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Formes diff\'erentielles r\'eelles et courants sur les espaces de Berkovich

Chambert-Loir, Antoine · Ducros, Antoine

Original paper

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Formes différentielles réelles et courants sur les espaces de Berkovich

Antoine Chambert-Loir Address: Irmar
Université de Rennes 1
Campus de Beaulieu
F-35042 Rennes Cedex
France
Email: antoine.chambert-loir@univ-rennes1.fr
   Antoine Ducros Address: Institut de mathématiques de Jussieu
Université Pierre-et-Marie-Curie
Case 247
4 place Jussieu
75231 Paris Cedex 05
Email: ducros@math.jussieu.fr
August 24, 2026
[01KP]

Introduction

Cet article propose une théorie des formes différentielles et des courants à valeurs réelles sur un espace analytique au sens de Berkovich. Avant d’en décrire la teneur, expliquons un peu la philosophie qui nous a guidés.

[01KQ]

0.1 Contexte et philosophie

[01KR]

0.1.1

Pour des problèmes de géométrie arithmétique sur un corps de fonctions k⁡(C)k(C), où CC est une variété algébrique projective sur un corps kk, il est courant et fructueux de considérer un objet défini sur k⁡(C)k(C) (variété, faisceau, morphisme…) comme un germe d’objet sur CC puis de le prolonger sur CC tout entier. La conjecture de Mordell sur les corps de fonctions devient alors un énoncé sur les sections d’une surface projective fibrée en courbes de genre au moins 22 au-dessus d’une courbe projective. On peut alors utiliser tout l’attirail de la géométrie algébrique sur cette surface, notamment la théorie de l’intersection.

Sur les corps de nombres, la théorie des schémas de Grothendieck donne un corps à ce principe. Cependant, le spectre Spec⁡(𝐙)\operatorname{Spec}(\mathbf{Z}) de 𝐙\mathbf{Z} est un schéma affine de dimension 11, donc l’analogue d’une courbe algébrique affine, et n’a pas de compactification naturelle. Une telle compactification ne serait vraisemblablement pas définissable uniquement par l’algèbre. La nullité du degré du diviseur d’une fonction sur une courbe projective a pour analogue la formule du produit. Dans cette analogie, c’est ainsi aux points fermés d’une courbe affine que correspondent les idéaux maximaux de 𝐙\mathbf{Z}, et le rôle des points à l’infini sera joué par la valeur absolue usuelle, archimédienne, de 𝐙\mathbf{Z}, un objet de nature plus analytique, ou en tout cas topologique.

La théorie d’Arakelov ([2, 34, 38]) vise à pallier cette asymétrie en proposant une théorie de l’intersection arithmétique sur les schémas réguliers, de type fini sur 𝐙\mathbf{Z}. Dans cette théorie, les objets algébriques (cycles, fibrés vectoriels,…) sont munis de structures supplémentaires définies par la géométrie analytique complexe (courants de Green, métriques hermitiennes,…). Cette théorie a donné lieu à de très beaux développements (par exemple, un théorème de Riemann-Roch arithmétique) et à des applications importante en géométrie diophantienne classique (hauteur de cycles [35, 18], théorèmes d’équidistribution de points de petite hauteur [51], preuve de la conjecture de Bogomolov [55, 60]).

[01KS]

0.1.2

Dans ce travail, nous avons souhaité remettre toutes les places sur le même plan, non pas en inventant une structure algébrique aux places archimédiennes, mais en tâchant de définir une structure analytique aux places ultramétriques. Ce n’est certes pas une idée originale.

La théorie d’Arakelov non archimédienne [11] est une première élaboration. Étant donnée une variété algébrique XX sur le corps des fractions KK d’un anneau de valuation discrète RR, ces auteurs travaillent non pas avec un modèle fixé 𝒳/R\mathscr{X}/R, mais avec le système projectif de tous les modèles. Pour des raisons techniques, ils doivent se restreindre aux modèles réguliers dont la fibre spéciale est un diviseur à croisements normaux stricts. Lorsque la caractéristique résiduelle de RR est strictement positive, cela les oblige à admettre l’existence d’une résolution des singularités plongée. Indépendamment de cette restriction (le cas où R=𝐂⁡((t))R=\mathbf{C}((t)) est déjà très intéressant), leur théorie reste de nature très algébrique : formes, courants sont définis comme des systèmes compatibles de cycles sur les différents modèles (pour des applications convenables fournies par la théorie de l’intersection).

Dans le cas des courbes, la thèse [54] d’A. Thuillier fournit une théorie d’Arakelov analytique à toutes les places fondée sur les espaces de Berkovich aux places ultramétriques et sur l’analyse complexe aux places archimédiennes. Dans le cas d’une courbe sur un corps ultramétrique, il y développe aussi une théorie du potentiel formellement analogue à celle qui vaut sur les surfaces de Riemann. Le cas de la droite projective a été développé indépendamment par [4, 3]. Ces considérations recoupent aussi les travaux de [50, 36, 37] en dynamique non archimédienne.

En dimension arbitraire, la théorie des mesures sur les espaces de Berkovich (due au premier auteur [22] et raffinée par [39]) fournit une troisième incarnation de cette idée. Si XX est propre, de dimension nn, et si L¯\bar{L} est un fibré en droites sur XX muni d’une métrique admissible au sens de [59], on construit une mesure sur l’espace analytique XanX^{\mathrm{an}} associé à X/KX/K par Berkovich que nous notons c1​(L¯)nc_{1}(\bar{L})^{n}. En effet, cette mesure est un analogue de la mesure de même nom lorsque L¯\bar{L} est un fibré en droites hermitien sur une variété analytique compacte de dimension nn. Sa masse totale est égale au degré deg⁡(c1​(L)n|X)\deg(c_{1}(L)^{n}|X) de XX pour LL. Elle donne aussi lieu à des théorèmes d’équidistribution des points de petite hauteur tout à fait analogues à ceux évoqués plus haut dans le cas archimédien ([22, 4, 36, 40, 58]). Voir aussi [23] pour un survol de la théorie qui met en parallèle les cas archimédien et ultramétrique. Dans [40], Gubler montre comment les idées de [55, 60] se transposent et permettent de prouver la conjecture de Bogomolov sur les corps de fonctions lorsque la variété abélienne sous-jacente est « totalement dégénérée ».

Divers mathématiciens se sont aussi intéressé à l’analogue du théorème de Yau (conjecture de Calabi) dans ce contexte. Citons un travail non publié de Kontsevich et Tschinkel (2000). Plus récemment, l’unicité d’une métrique conduisant à une mesure prescrite (théorème de Calabi) est prouvée dans [57] en adaptant la preuve de [12]. L’article [45] construit quelques solutions dans le cas de variétés abéliennes totalement dégénérées. Les articles [19, 20] prouvent l’existence de solutions dans de nombreux cas algébriques.

[01KT]

0.2 Cet article

[01KU]

0.2.1

Dans le cas d’un fibré en droites hermitien L¯\bar{L} sur une variété complexe XX c1​(L¯)c_{1}(\bar{L}) est une forme différentielle de type (1,1)(1,1) et sa puissance c1​(L¯)nc_{1}(\bar{L})^{n} est une forme de type (n,n)(n,n), laquelle donne lieu à une mesure si XX est de dimension nn. La théorie des mesures de [22] avait ceci d’insatisfaisant qu’elle définissait une mesure c1​(L¯)nc_{1}(\bar{L})^{n} tout en s’avérant incapable de donner un sens à l’objet c1​(L¯)c_{1}(\bar{L}), lorsque L¯\bar{L} est un fibré métrisé sur une variété algébrique propre de dimension nn sur un corps valué complet.

Combler cette frustration est la raison d’être du présent travail.

Au passage, nous étendons la théorie en traitant des variétés analytiques ni nécessairement algébriques, ni nécessairement compactes. Le caractère local des mesures c1​(L¯)nc_{1}(\bar{L})^{n} (établi dans [23]) apparaîtra ainsi bien plus naturellement.

Soit donc kk un corps valué complet, non archimédien. Soit XX un espace kk-analytique au sens de Berkovich [7, 8].

[01KV]

0.2.2 Fonctions et formes lisses

Nous appelons fonction lisse sur XX une fonction sur XX à valeurs réelles qui s’écrit localement φ⁡(log⁡|f1|,…,log⁡|fr|)\varphi(\log\mathopen{|}{f_{1}}\mathclose{|},\dots,\log\mathopen{|}{f_{r}}\mathclose{|}), où f1,…,fr∈𝒪X×f_{1},\dots,f_{r}\in\mathscr{O}_{X}^{\times} sont des fonctions holomorphes inversibles sur XX et φ\varphi est une fonction 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty} sur 𝐑r\mathbf{R}^{r} à valeurs réelles. Les fonctions lisses forment un sous-faisceau 𝒜X\mathscr{A}_{X} du faisceau des fonctions continues sur XX à valeurs réelles. Si XX est bon et paracompact, par exemple si XX est l’analytifié d’une variété algébrique, ce faisceau est fin.

Plus généralement, si pp et qq sont deux entiers naturels, nous définissons une notion de forme différentielle lisse de type (p,q)(p,q) sur XX, qui redonne la notion de fonction lisse pour (p,q)=(0,0)(p,q)=(0,0). Ce sont naturellement les sections de faisceaux 𝒜Xp,q\mathscr{A}_{X}^{p,q} qui sont nuls si p>dim(X)p>\dim(X) ou q>dim(X)q>\dim(X). La somme directe de ces faisceaux est une algèbre bigraduée commutative ; elle est munie d’opérateurs différentiels d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}} de degrés (1,0)(1,0) et (0,1)(0,1) et de carrés nuls.

Si dim(X)=n\dim(X)=n, on peut intégrer les formes de type (n,n)(n,n), pourvu bien entendu qu’elles soient intégrables, ce qui est par exemple le cas si leur support est compact. Si XX est l’analytifié d’une variété propre, l’intégrale d’une forme sur XX de la forme d′⁡ω\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega est nulle.

Plus généralement, Berkovich a introduit la notion de bord ∂(X)\partial(X) de l’espace analytique XX et nous définissons aussi l’intégrale d’une forme de type (n−1,n)(n-1,n) sur ce bord. Ces définitions donnent lieu à l’analogue de la formule de Stokes :

∫Xd′⁡ω=∫∂(X)ω,\int_{X}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega=\int_{\partial(X)}\omega,

si ω\omega est une forme à support compact de type (n−1,n)(n-1,n) sur XX.

[01KW]

0.2.3 Courants

Nous introduisons alors la notion de courant. Comme chez Schwartz et De Rham, ceux-ci sont définis comme les formes linéaires sur l’espace des formes différentielles lisses à support compact (et, techniquement, qui évitent le bord) qui vérifient une condition de continuité convenable. Par l’intégration des formes différentielles de type (n,n)(n,n) et le produit extérieur, les formes s’identifient à des courants. L’intégration sur XX, sur un sous-espace de XX, une mesure sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X), donnent aussi lieu à des courants.

Si ff est une fonction méromorphe régulière sur XX (c’est-à-dire définie sur un ouvert de Zariski dense), la fonction log⁡|f|\log\mathopen{|}{f}\mathclose{|} définit un courant. Notons div⁡(f)\operatorname{div}(f) le diviseur de ff (un cycle de codimension 11 sur XX) et δdiv⁡(f)\delta_{\operatorname{div}(f)} le courant sur XX qui se déduit par linéarité des divers courants d’intégration sur les composantes de div⁡(f)\operatorname{div}(f). Nous prouvons alors l’analogue de la formule de Poincaré-Lelong.

d′​d′′⁡log⁡|f|=δdiv⁡(f).\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log\mathopen{|}{f}\mathclose{|}=\delta_{\operatorname{div}(f)}.
[01KX]

0.2.4

Étant donné un fibré en droites LL sur XX, on définit alors naturellement la notion de métrique lisse sur LL. Grâce à la formule de Poincaré-Lelong, un tel fibré métrisé L¯\bar{L} possède une forme de courbure c1​(L¯)c_{1}(\bar{L}), définie de façon analogue à la forme de courbure d’un fibré en droites hermitien sur une variété complexe.

Si XX est l’analytifié d’une variété algébrique propre de dimension nn, on démontre alors à l’aide de la formule de Stokes que l’intégrale sur XX de la (n,n)(n,n)-forme lisse c1​(L¯)nc_{1}(\bar{L})^{n} est égal au degré d’intersection deg⁡(c1​(L)n∩[X])\deg(c_{1}(L)^{n}\cap[X]).

D’autre part, un modèle formel (𝔛,𝔏)(\mathfrak{X},\mathfrak{L}) de (X,L)(X,L) sur k∘k^{\circ} fournit naturellement une métrique continue (qualifiée de formelle) sur LL. Pour une telle métrique, la norme d’une section locale de LL est égale au maximum d’une famille finie de valeurs absolues de certaines fonctions holomorphes inversibles. Ainsi, et contrairement à l’intuition véhiculée par les articles précédents, une métrique formelle n’est pas lisse en général.

Cela fournit un point de contact entre la théorie du présent article et le mémoire [46] sur la théorie d’Arakelov des variétés toriques. Ce dernier travail étudie en détail les métriques hermitiennes naturelles sur les fibrés en droites hermitiens sur une variété torique complexe — définies précisément par des maximum de valeurs absolues de fonctions holomorphes. Un tel fibré en droite hermitien possède une courbure, laquelle n’est plus une forme différentielle mais un courant. Un outil crucial de [46] est fourni par la théorie de [5, 25] qui permet de les multiplier. (Rappelons que les courants ne sont en général pas plus multipliables que ne le sont les distributions.) Le fait essentiel est que la fonction max⁡(x1,…,xr)\max(x_{1},\dots,x_{r}) sur 𝐑r\mathbf{R}^{r} est limite uniforme de fonctions convexes lisses.

[01KY]

0.2.5

Nous définissons ainsi des notions de formes et courants positifs. Cela nous amène à développer les rudiments de la théorie des fonctions plurisousharmoniques — une fonction lisse uu est dite plurisousharmonique si d′​d′′⁡u\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u est un courant positif. En fait, les seules fonctions plurisousharmoniques que nous considérerons dans cet article sont des limites uniformes de fonctions lisses plurisousharmoniques. En copiant les arguments de [5, 25], nous pouvons définir des produits de courants T∧d′​d′′⁡u1∧⋯∧d′​d′′⁡urT\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u_{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u_{r}, où TT est un courant positif et u1,…,uru_{1},\dots,u_{r} des fonctions plurisousharmoniques comme ci-dessus.

Grâce à cette théorie, on peut multiplier les courants de courbure des fibrés en droites munis de métriques formelles. Nous prouvons alors que la théorie développée ici redonne les mesures définies dans [22]. La théorie construite dans ce dernier article partait du cas des métriques formelles, alors considérées comme métriques « lisses ». La théorie de l’intersection sur la fibre spéciale du modèle formel fournissait des mesures atomiques sur XX  ; un argument d’approximation permettait de construire des mesures pour des fibrés en droites munis de métriques plus générales. Dans le présent article, le point de vue est renversé : les métriques formelles ne sont pas lisses, mais limites uniformes de métriques lisses convenables, et les mesures associées ne sont définies que via un passage à la limite.

[01KZ]

0.3 Géométrie tropicale

[01L0]

0.3.1

La construction des faisceaux de formes différentielles repose sur un travail récent d’A. Lagerberg [43] dont le but est d’adapter les outils classiques de la théorie du pluripotentiel sur les variétés complexes à l’analyse convexe sur des espaces vectoriels réels.

Pour tout ouvert UU de l’espace vectoriel 𝐑n\mathbf{R}^{n}, Lagerberg construit une algèbre bigraduée commutative 𝒜∗,∗​(U)\mathscr{A}^{*,*}(U) en dédoublant le complexe de De Rham de 𝐑n\mathbf{R}^{n} : pour tous (p,q)∈𝐍2(p,q)\in\mathbf{N}^{2},

𝒜p,q​(U)=𝒞∞​(U)⊗⋀p(𝐑n)∗⊗⋀q(𝐑n)∗.\mathscr{A}^{p,q}(U)=\mathscr{C}^{\infty}(U)\otimes\bigwedge^{p}(\mathbf{R}^{n})^{*}\otimes\bigwedge^{q}(\mathbf{R}^{n})^{*}.

En particulier, 𝒜0,0​(U)\mathscr{A}^{0,0}(U) est l’algèbre des fonctions 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty} sur UU. Pour i∈{1,…,n}i\in\{1,\dots,n\}, on note d′⁡xi\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i} et d′′⁡xi\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{i} la ii-ieme forme coordonnée vue respectivement dans 𝒜1,0\mathscr{A}^{1,0} et 𝒜0,1\mathscr{A}^{0,1}. Cette algèbre possède deux dérivations, notées d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}, analogues des dérivations holomorphes et antiholomorphes. Elles sont caractérisées par la formule

d′⁡f=∑i=1n∂f∂xi​d′⁡xietd′′⁡f=∑i=1n∂f∂xi​d′′⁡xi,\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}f=\sum_{i=1}^{n}\frac{\partial f}{\partial x_{i}}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i}\quad\text{et}\quad\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}f=\sum_{i=1}^{n}\frac{\partial f}{\partial x_{i}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{i},

si ff est une fonction 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty} sur UU. Cette algèbre possède aussi une involution qui échange d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}.

L’opérateur (d′​d′′⁡f)n(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}f)^{n} est l’analogue de l’opérateur de Monge-Ampère complexe ; il s’exprime d’ailleurs en termes de l’opérateur de Monge-Ampère réel : on a en effet

(d′​d′′⁡f)n=n!​det((∂2f∂xi​∂xj))​d′⁡x1∧d′′⁡x1∧⋯∧d′⁡xn∧d′′⁡xn.(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}f)^{n}=n!\det\left(\big(\frac{\partial^{2}f}{\partial x_{i}\partial x_{j}}\big)\right)\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{1}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{n}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{n}.

Les éléments de 𝒜p,q​(U)\mathscr{A}^{p,q}(U) sont appelées superformes de type (p,q)(p,q) sur UU ; le préfixe super est ajouté par référence à la superanalyse de Berezin ; comme nous n’utiliserons pas cette dernière, nous nous permettrons souvent d’omettre ce préfixe.

Une (n,n)(n,n)-forme ω\omega sur un ouvert UU de 𝐑n\mathbf{R}^{n} s’écrit

ω=ω♯​d′⁡x1∧d′′⁡x1∧⋯∧d′⁡xn∧d′′⁡xn,\omega=\omega^{\sharp}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{1}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{n}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{n},

où ω♯\omega^{\sharp} est une fonction 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty}. Son intégrale est alors définie par la formule

∫Uω=∫Uω♯​(x1,…,xn)​d​x1​…​d​xn.\int_{U}\omega=\int_{U}\omega^{\sharp}(x_{1},\dots,x_{n})\,\mathrm{d}x_{1}\dots\mathrm{d}x_{n}.

Cela donne automatiquement naissance à une théorie des courants. Il y a aussi une notion de forme positive, de courant positif ; les fonctions convexes sont caractérisées par la positivité de leur image par l’opérateur d′​d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}, etc.

[01L1]

0.3.2

Le lien entre espaces de Berkovich et espaces réels est fourni par la « géométrie tropicale ».

Le point de vue tropical en géométrie analytique sur un corps valué kk (ultramétrique ou non) consiste à approcher un espace analytique XX par ses tropicalisations, ou amibes, images de XX dans 𝐑n\mathbf{R}^{n} par des applications de la forme x↦(log⁡|f1​(x)|,…,log⁡|fn​(x)|)x\mapsto(\log\mathopen{|}{f_{1}(x)}\mathclose{|},\dots,\log\mathopen{|}{f_{n}(x)}\mathclose{|}), où f1,…,fnf_{1},\dots,f_{n} sont des fonctions analytiques inversibles sur XX. Introduit initialement dans le cas où kk est le corps des nombres complexes et XX est une variété algébrique (voir [6, 56, 47]), ce point de vue a ensuite été développé dans le cas ultramétrique (citons notamment [10, 33, 39]).

Il est fondamental que les amibes sont alors des sous-espaces linéaires par morceaux de 𝐑n\mathbf{R}^{n}, connexes si XX est connexe. Ce fait, initialement démontré dans [10], a ensuite reprouvé par [39] à l’aide d’un argument de Berkovich issu de son analyse locale [9] des espaces analytiques (qui repose sur l’existence d’altérations [42]), puis dans [32] comme conséquence de l’élimination des quantificateurs pour les corps valués algébriquement clos. Voir aussi l’article [48] pour une autre incarnation du lien intime entre géométrie analytique et géométrie tropicale.

[01L2]

0.3.3

Plaçons nous pour commencer en géométrie analytique complexe. Soit XX une variété analytique complexe, f1,…,fnf_{1},\dots,f_{n} des fonctions holomorphes inversibles sur XX et f=(f1,…,fn):X→(𝐂∗)nf=(f_{1},\dots,f_{n})\colon X\rightarrow(\mathbf{C}^{*})^{n} l’application qui s’en déduit. Notons ftrop:X→𝐑nf_{\text{trop}}\colon X\rightarrow\mathbf{R}^{n} la composition de ff et de l’application (𝐂∗)n→𝐑n(\mathbf{C}^{*})^{n}\rightarrow\mathbf{R}^{n} donnée par (z1,…,zn)↦(log⁡|u1|,…,log⁡|un|)(z_{1},\dots,z_{n})\mapsto(\log\mathopen{|}{u_{1}}\mathclose{|},\dots,\log\mathopen{|}{u_{n}}\mathclose{|}).

Par les formules

f∗u=u∘ftrop,f∗d′xi=dlog|fi|etf∗d′′xi=dArg(fi),f^{*}u=u\circ f_{\text{trop}},\quad f^{*}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i}=\mathrm{d}\log\mathopen{|}{f_{i}}\mathclose{|}\quad\text{et}\quad f^{*}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{i}=\mathrm{d}\operatorname{Arg}(f_{i}),

une superforme ω\omega de type (p,q)(p,q) sur 𝐑n\mathbf{R}^{n} donne lieu à une forme différentielle réelle f∗​ωf^{*}\omega de degré p+qp+q sur XX. On prendra garde que f∗​ωf^{*}\omega n’est pas forcément de type (p,q)(p,q) : cela se voit déjà sur f∗​d′⁡xif^{*}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i} qui contient une composante holomorphe et une composante antiholomorphe. En revanche, si ω\omega est de type (p,p)(p,p) et symétrique, f∗​ωf^{*}\omega est de type (p,p)(p,p).

[01L3]

0.3.4

Revenons maintenant au cas des espaces analytiques sur un corps ultramétrique kk. Soit XX un tel espace. La définition d’une forme lisse de type (p,q)(p,q) est définie en considérant des tropicalisations locales f:X→𝐆mrf\colon X\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{r} et des superformes sur l’image ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) dans 𝐑r\mathbf{R}^{r}, une fois adaptée la définition de Lagerberg au cas des espaces linéaires par morceaux.

En revanche, si XX est de dimension nn, on voudrait définir l’intégrale d’une forme de type (n,n)(n,n) de la forme f∗​ωf^{*}\omega comme la somme des intégrales à la Lagerberg sur les sous-espaces de dimension nn de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X). Cela pose deux problèmes supplémentaires :

  • —

    L’intégrale définie par Lagerberg dépend du système de coordonnées canonique sur 𝐑n\mathbf{R}^{n} et ses sous-espaces linéaires n’en disposent pas a priori ;

  • —

    Si l’on pense à la formule de projection en théorie de l’intersection, ou à la formule du changement de variables dans les intégrales multiples, l’intégrale de f∗​ωf^{*}\omega ne peut être égale à ∫ω\int\omega qu’à un facteur correctif près, espèce de degré de ff.

Nous les résolvons simultanément en introduisant la notion de calibrage μ\mu d’un sous-espace linéaire par morceaux de dimension nn de 𝐑r\mathbf{R}^{r}. À des questions d’orientation près, il s’agit essentiellement d’une famille de nn-vecteurs définis face par face. En contractant la superforme ω\omega de type (n,n)(n,n) par ces nn-vecteurs, on la transforme en une nn-forme différentielle ⟨ω,μ⟩\langle\omega,\mu\rangle sur l’espace linéaire par morceaux, forme qu’on intègre de façon usuelle. La théorie de Lagerberg correspond au choix du nn-vecteur ∂∂x1∧…​∂∂xn\frac{\partial}{\partial x_{1}}\wedge\dots\frac{\partial}{\partial x_{n}} sur 𝐑n\mathbf{R}^{n}.

Si XX est compact, nous définissons alors un calibrage canonique μf\mu_{f} de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X). Négligeant ici des problèmes de bord, le fait que, lorsque r=nr=n, ff soit fini et plat au-dessus du squelette de 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}, et le degré de ff en ces points, intervient crucialement dans cette construction.

Signalons qu’il aurait peut-être été possible d’éviter d’introduire cette notion de calibrage en utilisant des structures 𝐙\mathbf{Z}-linéaires sur les espaces linéaires par morceaux considérés mais nous n’avons pas développé cette approche.

[01L4]

0.3.5

Une variante de ces constructions conduit à l’intégrale sur le bord de XX d’une forme de type (n−1,n)(n-1,n) et la formule de Stokes se déduit de celle en géométrie différentielle. Si la définition de l’intégrale de bord considère les bords des tropicalisations, un avatar de la condition d’équilibre en géométrie tropicale permet de prouver que la terminologie est justifiée, au sens où l’intégrale sur le bord de XX d’une forme nulle au voisinage du bord est nulle.

[01L5]

0.4 Remarques, perspectives

[01L6]

0.4.1

Nous nous sommes efforcés de rédiger le texte dans la généralité maximale compatible avec nos compétences techniques. Ainsi, on ne se limite pas aux espaces analytiques algébriques, on ne les suppose pas lisses, ni même réduits. En fait, notre théorie est très « générique » ; par exemple, les supports des formes lisses de degré maximal ne rencontrent aucun fermé de Zariski d’intérieur vide, en particulier aucun point rigide (en dimension >0>0). Ainsi, des hypothèses de lissité, etc. n’interviendraient jamais de façon cruciale au cours des preuves.

La théorie est valable en toute caractéristique. Elle n’utilise à aucun moment la résolution des singularités (Hironaka, Temkin) ou même l’existence d’altérations (De Jong), notamment grâce à l’article [32] du second auteur qui prouve, via l’élimination des quantificateurs, le caractère linéaire par morceaux des tropicalisations. Il est aussi valable en valuation triviale.

Nous utilisons cependant des arguments de réduction, proches de ceux permis par la géométrie formelle, mais de nature plus locale et techniquement plus aisés, fournis par la théorie de Temkin [52, 53].

[01L7]

0.4.2

Bien que la rédaction du présent texte soit assez complète, nous le compléterons dans les prochains mois en rajoutant détails et exemples, parmi lesquels :

  • —

    le calcul du courant d′​d′′⁡log⁡max⁡(1,|f|)\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log\max(1,\mathopen{|}{f}\mathclose{|}), l’analogue de la formule de Levine  ;

  • —

    le calcul des mesures canoniques sur les variétés abéliennes, à partir de leur uniformisation  ;

  • —

    lorsque L¯\bar{L} est un fibré en droites muni d’une métrique formelle, le calcul des puissances c1​(L¯)ic_{1}(\bar{L})^{i} et leur support (pour l’instant, seul figure ici le calcul de la puissance maximale)  ;

  • —

    l’étude de la positivité et du support des polynômes en classes de Chern de fibrés en droites métrisés, le lien avec la posivité des fibrés résiduels en théorie de l’intersection pour l’équivalence numérique, leur détection via des germes de sous-variétés analytiques de dimension adéquate sur des extensions valuées complètes convenables ;

Nous comptons aussi discuter l’existence de métriques positives sur les fibrés amples, dont la mesure associée contienne des ensembles finis prescrits (essentiellement) arbitraires et prouver la continuité de l’intégrale de fonctions de Green contre les mesures canoniques, analogue de la « formule de Mahler », dans l’esprit de [46, 24]. Ce dernier point conduira naturellement à une théorie analytique des hauteurs de cycles en géométrie diophantienne.

[01L8]

0.4.3

Ce travail appelle un certain nombre de prolongements. Nous voudrions en citer brièvement quelques uns ici.

  • —

    Développer une théorie plus complète des fonctions plurisousharmoniques, dans laquelle s’intégrerait les résultats récents de [19, 20].

  • —

    Qu’est-ce qu’une forme de Kähler dans notre contexte  ? Y a-t-il un analogue du théorème de plongement de Kodaira  ?

  • —

    Peut-on formuler et démontrer un analogue du théorème de Yau  ? Comme dans [57, 20], il semble que la partie unicité (théorème de Calabi) soit vraie, par la méthode de Błocki [12].

  • —

    Développer une théorie sur 𝐙\mathbf{Z} dans le style de [49] ; comme notre théorie est d’essence ultramétrique, il faudra sans doute des arguments nouveaux pour traiter les places archimédiennes.

  • —

    Ce formalisme peut-il être utilisé avec profit pour calculer des hauteurs de cycles spéciaux dans les variétés de Shimura, dans l’esprit des travaux de Gross-Zagier, Kudla, Rapoport… ;

  • —

    Y a-t-il des théorèmes d’équidistribution en dynamique ultramétrique, parallèles à ceux de Briend-Duval, Guedj, Dinh-Sibony  ?

  • —

    Développer une théorie d’Arakelov non archimédienne et, pour commencer, démontrer que tout cycle possède un courant de Green.

  • —

    Quelle est la cohomologie de l’espace des formes et des courants ? Y a-t-il des liens avec les groupes d’homologie tropicaux des variétés tropicales (I. Itenberg, L. Katzarkov, G. Mikhalkin et I. Zharkov).

[01L9]

0.5 Remerciements

C’est en janvier 2010 que nous avons débuté ce travail, au cours d’une visite d’A. D. à A. C.-L., alors que ce dernier passait l’année à l’Institute for Advanced Study de Princeton. Nous voulons remercier l’Institute pour son hospitalité et l’atmosphère qui nous a permis d’entamer un projet qui semblait alors bien hasardeux. A. C.-L. a bénéficié du soutien de la National Science Foundation, agrément No. DMS-0635607, des largesses de l’Institut universitaire de France et est membre du projet Positive de l’Agence nationale de la recherche. A. D. est membre du projet Berko de l’Agence nationale de la recherche.

Le contenu de cet article a été exposé dans diverses conférences et séminaires, Algebraic cycles and L-functions, Regensburg (Allemagne) ; Number Theory Days, Zürich (Suisse) ; Séminaire de géométrie algébrique et Séminaire de géométrie tropicale, Paris. Nous remercions les organisateurs de ces séminaires ainsi que leur public et d’autres collègues pour l’intérêt qu’ils nous ont manifesté, en particulier M. Baker, J.-B. Bost, S. Boucksom, C. Favre, K. Künnemann, I. Itenberg, F. Loeser, C. Peskine, A. Thuillier, C. Voisin.

Mentionnons enfin qu’à Regensburg, W. Gubler nous a signalé que C. Christiensen et lui-même étaient en train de développer une théorie similaire.

[01LA]

§ 1 Formes différentielles en géométrie tropicale

[01LB]

1.1 Polytopes

Soit VV un espace affine de dimension finie sur 𝐑\mathbf{R}, muni de sa topologie naturelle.

[01LC]

1.1.1 Cellules

Une cellule de VV est une partie non vide de VV qui est une intersection finie de demi-espaces affines fermés. Soit CC une cellule de VV ; la dimension de CC est par définition la dimension du sous-espace affine ⟨C⟩\langle C\rangle engendré par CC  ; une pp-cellule est une cellule de dimension pp.

L’intérieur de CC est son intérieur topologique dans ⟨C⟩\langle C\rangle et sera noté C̊\mathring{C} ; son complémentaire dans CC est appelé son bord et est noté ∂C\partial C. Le bord ∂C\partial C est non vide si et seulement si CC est de dimension strictement positive.

Une partie DD de VV est un cellule ouverte si elle est égale à l’intérieur d’une cellule CC, qui est alors uniquement déterminée : on a nécessairement C=D¯C=\overline{D}. La dimension d’une cellule ouverte est par définition la dimension de la cellule fermée correspondante  ; une pp-cellule ouverte est une cellule ouverte de dimension pp.

Remarquons qu’une partie CC de VV est une 00-cellule si et seulement si c’est un point, et c’est alors également une 00-cellule ouverte, son bord étant vide.

Soit CC une cellule de VV et soit HH un sous-espace affine de VV qui rencontre CC, et qui ou bien contient CC, ou bien ne rencontre pas l’intérieur de CC. L’intersection C∩HC\cap H est alors une cellule, ou bien égale à CC ou bien contenue dans ∂C\partial C. On dira d’une telle cellule qu’elle est une face de CC. L’intersection de deux faces de CC est ou bien vide, ou bien une face de CC  ; le bord de CC est réunion de faces. Une pp-face de CC est une face de CC de dimension pp.

[01LD]

1.1.2 Polytopes

On dit qu’une partie PP de VV est un polytope si c’est une réunion finie de cellules de VV.

Soit PP un polytope. Une décomposition cellulaire de PP est la donnée d’un ensemble fini 𝒞\mathscr{C} de cellules vérifiant les propriétés suivantes :

  • —

    Le polytope PP est la réunion des cellules appartenant à 𝒞\mathscr{C} ;

  • —

    Pour tout couple (C,D)(C,D) d’éléments de 𝒞\mathscr{C}, C∩DC\cap D est une face de CC et de DD ;

  • —

    Pour tout C∈𝒞C\in\mathscr{C}, toute face de CC appartient à 𝒞\mathscr{C}.

Tout polytope admet une décomposition cellulaire.

Soit 𝒞\mathscr{C} une décomposition cellulaire d’un polytope PP de VV. Les cellules ouvertes de 𝒞\mathscr{C} sont par définition les intérieurs des cellules de 𝒞\mathscr{C}  ; elles sont deux à deux disjointes.

On dit qu’une décomposition cellulaire 𝒞′\mathscr{C}^{\prime} de PP raffine la décomposition 𝒞\mathscr{C} si toute cellule de 𝒞′\mathscr{C}^{\prime} est contenue dans une cellule de 𝒞\mathscr{C}.

[01LE]
\exemname 1.1.3.

Soit CC une cellule de VV et soit 𝒞\mathscr{C} l’ensemble de ses faces. La cellule CC est un polytope et 𝒞\mathscr{C} en est une décomposition cellulaire.

[01LF]

1.1.4

Soit PP un polytope de VV et soit x∈Px\in P.

La dimension de PP en xx, notée dimx(P)\dim_{x}(P), est la dimension maximale d’une cellule contenant xx et contenue dans PP. La dimension de PP, notée dim(P)\dim(P), est la borne supérieure de la famille (dimx(P))x∈P(\dim_{x}(P))_{x\in P} ; cette définition coïncide avec la précédente lorsque PP est une cellule. On dit que PP est purement de dimension dd si dimx(P)=d\dim_{x}(P)=d pour tout x∈Px\in P  ; si PP est une dd-cellule, il est purement de dimension dd.

[01LG]

1.1.5

On dit que le point xx est un point intérieur de PP s’il existe un voisinage CC de xx dans PP qui est une cellule dont xx est un point intérieur  ; cette définition coïncide avec la précédente lorsque PP est lui-même une cellule. L’intérieur de PP est l’ensemble de ses points intérieurs. C’est un ouvert dense  ; son fermé complémentaire est appelé le bord de PP et est noté ∂P\partial P.

Supposons que xx soit un point intérieur de PP et soit CC un voisinage de xx dans PP qui est une cellule dont xx est un point intérieur. Le sous-espace affine ⟨C⟩\langle C\rangle de VV ne dépend alors pas du choix de CC  ; on l’appelle l’espace tangent à PP en xx et on le note Tx​PT_{x}P. Le point xx possède un voisinage dans PP qui est un ouvert de Tx​PT_{x}P.

[01LH]

1.2 Superformes, d’après A. Lagerberg

[01LI]

1.2.1

Pour tout espace affine réel VV, on note 𝒜V\mathscr{A}_{V} le faisceau des fonctions 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty} sur VV, V→\overrightarrow{V} son espace directeur et V→∗\overrightarrow{V}^{*} le dual de V→\overrightarrow{V}.

Soit VV un espace affine de dimension finie sur 𝐑\mathbf{R} Dans [43], Lagerberg définit comme suit la notion de superforme de type (p,q)(p,q) sur un ouvert UU de VV, que nous appellerons simplement dans ce qui suit forme de type (p,q)(p,q) : c’est un élément de

𝒜Vp,q(U)=𝒜V(U)⊗𝐑ΛpV→∗⊗𝐑ΛqV→∗.\mathscr{A}_{V}^{p,q}(U)=\mathscr{A}_{V}(U)\otimes_{\mathbf{R}}\Lambda^{p}\overrightarrow{V}^{*}\otimes_{\mathbf{R}}\Lambda^{q}\overrightarrow{V}^{*}.

Elles sont bien sûr nulles si p>dim(V)p>\dim(V) ou q>dim(V)q>\dim(V). En particulier, 𝒜V0,0​(U)\mathscr{A}_{V}^{0,0}(U) est l’anneau 𝒜V​(U)\mathscr{A}_{V}(U) des fonctions 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty} sur UU.

[01LJ]

1.2.2

Une classe admissible de fonctions numériques ℱ\mathscr{F} consiste en la donnée, pour tout espace affine réel VV de dimension finie d’un 𝒜V\mathscr{A}_{V}-module ℱV\mathscr{F}_{V} de fonctions mesurables sur VV, tel que pour toute application affine f:W→Vf\colon W\to V, tout ouvert UU de VV et tout g∈ℱV​(U)g\in\mathscr{F}_{V}(U), la composée g∘fg\circ f appartienne à ℱW​(f−1​(U))\mathscr{F}_{W}(f^{-1}(U)).

Par exemple, la classe des fonctions 𝒞r\mathscr{C}^{r} pour 0≤r≤+∞0\leq r\leq+\infty, celle des fonctions mesurables, ou celle des fonctions localement intégrables, sont des classes admissibles de fonctions numériques.

Tout particulièrement dans le cas de ces deux derniers exemples, le lecteur prendra garde que les sections de ℱ\mathscr{F} sont toujours de vraies fonctions : nous ne quotienterons jamais par le sous-espace des fonctions nulles presque partout.

On dira que la classe ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication si pour tout espace affine réel VV et tout ouvert UU de VV, le produit de deux fonctions de ℱV​(U)\mathscr{F}_{V}(U) appartient à ℱV​(U)\mathscr{F}_{V}(U).

À l’exception de celle des fonctions intégrables, toutes les classes évoquées ci-dessus sont stables par multiplication.

[01LK]

1.2.3

Soit ℱ\mathscr{F} une classe admissible de fonctions numériques. Une forme de type (p,q)(p,q) à coefficients dans ℱ\mathscr{F} sur l’ouvert UU est un élément de

ℱVp,q(U):=ℱV(U)⊗𝒜V​(U)𝒜Vp,q(U)=ℱ(U)⊗𝐑ΛpV→∗⊗𝐑ΛqV→∗.\mathscr{F}_{V}^{p,q}(U):=\mathscr{F}_{V}(U)\otimes_{\mathscr{A}_{V}(U)}\mathscr{A}_{V}^{p,q}(U)=\mathscr{F}(U)\otimes_{\mathbf{R}}\Lambda^{p}\overrightarrow{V}^{*}\otimes_{\mathbf{R}}\Lambda^{q}\overrightarrow{V}^{*}.
[01LL]

1.2.4

Une fois choisie une base de V→\overrightarrow{V} et une origine de VV, on dispose de coordonnées (x1,…,xn)(x_{1},\dots,x_{n}) qui permettent d’identifier VV à 𝐑n\mathbf{R}^{n} (où n=dim(V)n=\dim(V)). Pour distinguer les formes linéaires apparaissant dans le premier facteur Λp​V→∗\Lambda^{p}\overrightarrow{V}^{*} de celles apparaissant dans le second Λq​V→∗\Lambda^{q}\overrightarrow{V}^{*}, on convient de noter systématiquement les premières avec le préfixe d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et les secondes avec le préfixe d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}. Une forme de type (p,q)(p,q) sur UU à coefficients dans ℱ\mathscr{F} s’écrit ainsi

ω\displaystyle\omega =∑|I|=p,|J|=qωI,J​(x)​d′⁡xI⊗d′′⁡xJ\displaystyle=\sum_{\mathopen{|}{I}\mathclose{|}=p,\,\mathopen{|}{J}\mathclose{|}=q}\omega_{I,J}(x)\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\otimes\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J}
=∑|I|=p,|J|=qωI,J​(x)​d′⁡xi1∧⋯∧d′⁡xip⊗d′′⁡xj1∧⋯∧d′′⁡xjq,\displaystyle=\sum_{\mathopen{|}{I}\mathclose{|}=p,\,\mathopen{|}{J}\mathclose{|}=q}\omega_{I,J}(x)\,\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i_{1}}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i_{p}}\otimes\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{j_{1}}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{j_{q}},

où les ωI,J\omega_{I,J} appartiennent à ℱV​(U)\mathscr{F}_{V}(U), et où I=(i1,…,ip)I=(i_{1},\dots,i_{p}) et J=(j1,…,jq)J=(j_{1},\dots,j_{q}) parcourent respectivement les suites strictement croissantes d’entiers compris entre 11 et nn.

[01LM]

1.2.5

On note J\mathrm{J} l’involution de l’algèbre 𝒜V∗,∗​(U)\mathscr{A}_{V}^{*,*}(U) qui induit l’isomorphisme identique de 𝒜V1,0​(U)=𝒜V​(U)⊗𝐑V∗\mathscr{A}_{V}^{1,0}(U)=\mathscr{A}_{V}(U)\otimes_{\mathbf{R}}V^{*} sur 𝒜V0,1​(U)=𝒜V​(U)⊗𝐑V∗\mathscr{A}_{V}^{0,1}(U)=\mathscr{A}_{V}(U)\otimes_{\mathbf{R}}V^{*}. Elle induit une involution, encore notée JJ, du 𝒜V​(U)\mathscr{A}_{V}(U)-module gradué ℱV∗,∗​(U)\mathscr{F}_{V}^{*,*}(U), qui est un automorphisme de ℱV​(U)\mathscr{F}_{V}(U)-algèbre lorsque ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication.

En coordonnées, on a

J​ω=∑I,JωI,J​(x)​d′′⁡xI∧d′⁡xJ=(−1)p​q​∑I,JωI,J​(x)​d′⁡xJ∧d′′⁡xI.\mathrm{J}\omega=\sum_{I,J}\omega_{I,J}(x)\,\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{I}\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{J}=(-1)^{pq}\sum_{I,J}\omega_{I,J}(x)\,\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{J}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{I}.

Lorsque p=qp=q, on dit qu’une forme ω\omega de type (p,p)(p,p) est symétrique si elle vérifie J​ω=(−1)p​ω\mathrm{J}\omega=(-1)^{p}\omega ; cela revient donc à exiger que ωI,J=ωJ,I\omega_{I,J}=\omega_{J,I} pour tout couple (I,J)(I,J).

[01LN]

1.2.6

La somme directe 𝒜V∗,∗​(U)=⨁𝒜Vp,q​(U)\mathscr{A}_{V}^{*,*}(U)=\bigoplus\mathscr{A}_{V}^{p,q}(U) est naturellement munie d’une structure d’algèbre graduée sur l’anneau 𝒜V​(U)\mathscr{A}_{V}(U) obéissant à la règle de commutativité suivante : si ω\omega est de type (p,q)(p,q) et ω′\omega^{\prime} de type (p′,q′)(p^{\prime},q^{\prime}), alors

ω′∧ω=(−1)p​p′+q​q′​ω∧ω′.\omega^{\prime}\wedge\omega=(-1)^{pp^{\prime}+qq^{\prime}}\omega\wedge\omega^{\prime}.

Ainsi, la forme d′⁡xI⊗d′′⁡xJ\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\otimes\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J} sera plutôt notée d′⁡xI∧d′′⁡xJ\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J}.

Cette structure d’algèbre induit une structure de 𝒜V​(U)\mathscr{A}_{V}(U)-module gradué sur ℱV∗,∗​(U)\mathscr{F}_{V}^{*,*}(U) ; lorsque la classe ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication, elle induit aussi une structure de ℱV​(U)\mathscr{F}_{V}(U)-algèbre graduée.

[01LP]

1.2.7

Les formes de type (p,q)(p,q) à coefficients dans ℱ\mathscr{F} constituent un faisceau en 𝒜V\mathscr{A}_{V}-modules sur VV, qui sera noté ℱVp,q\mathscr{F}_{V}^{p,q}. On a ℱVp,q=ℱV⊗𝒜V𝒜Vp,q\mathscr{F}_{V}^{p,q}=\mathscr{F}_{V}\otimes_{\mathscr{A}_{V}}\mathscr{A}_{V}^{p,q}.

La somme directe ⨁ℱVp,q\bigoplus\mathscr{F}_{V}^{p,q} est un faisceau en 𝒜V\mathscr{A}_{V}-modules gradués, muni d’une involution JJ.

Lorsque ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication, ℱVp,q\mathscr{F}_{V}^{p,q} est un faisceau en ℱV\mathscr{F}_{V}-algèbres graduées et JJ est un morphisme de ℱV\mathscr{F}_{V}-algèbres.

[01LQ]

1.2.8

Soit f:V′→Vf\colon V^{\prime}\rightarrow V une application affine entre deux espaces affines de dimension finie. On définit de façon évidente l’image réciproque f∗​ωf^{*}\omega d’une forme ω\omega de type (p,q)(p,q) à coefficients dans ℱ\mathscr{F} sur un ouvert UU de VV ; c’est une forme de type (p,q)(p,q) à coefficients dans ℱ\mathscr{F} sur f−1​(U)f^{-1}(U).

[01LR]

1.2.9

Les faisceaux 𝒜Vp,q\mathscr{A}_{V}^{p,q} sont munis de deux opérateurs différentiels, d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}, définis ainsi en coordonnées. Pour ω\omega comme ci-dessus,

d′⁡ω=∑|I|=p,|J|=q∑i=1n∂ωI,J​(x)∂xi​d′⁡xi∧d′⁡xI∧d′′⁡xJ\displaystyle\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega=\sum_{\mathopen{|}{I}\mathclose{|}=p,\,\mathopen{|}{J}\mathclose{|}=q}\sum_{i=1}^{n}\frac{\partial\omega_{I,J}(x)}{\partial x_{i}}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i}\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J}
d′′⁡ω=(−1)p​∑|I|=p,|J|=q∑j=1n∂ωI,J​(x)∂xj​d′⁡xI∧d′′⁡xj∧d′′⁡xJ.\displaystyle\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega=(-1)^{p}\sum_{\mathopen{|}{I}\mathclose{|}=p,\,\mathopen{|}{J}\mathclose{|}=q}\sum_{j=1}^{n}\frac{\partial\omega_{I,J}(x)}{\partial x_{j}}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{j}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J}.

Ainsi, d′⁡ω\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega est de type (p+1,q)(p+1,q), tandis que d′′⁡ω\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega est de type (p,q+1)(p,q+1). Notons que pour i∈{1,…,n}i\in\{1,\dots,n\}, les symboles d′⁡xi\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i} et d′′⁡xi\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{i} sont bien les images par d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}} de la fonction affine xix_{i} sur VV. Remarquons aussi que la différentielle d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} n’est autre que l’opérateur induit par la connexion naturelle dans le fibré vectoriel trivial de fibre Λq​V→∗\Lambda^{q}\overrightarrow{V}^{*}.

Ces opérateurs s’étendent de façon évidente aux formes à coefficients dans une classe admissible de fonctions, pourvu que cette classe ait une régularité suffisante. Par exemple, si ω\omega est une forme de type (p,q)(p,q) à coefficients de classe 𝒞r\mathscr{C}^{r}, d′⁡ω\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega et d′′⁡ω\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega sont des formes de types (p+1,q)(p+1,q) et (p,q+1)(p,q+1) à coefficients de classe 𝒞r−1\mathscr{C}^{r-1}.

[01LS]
\lemmname 1.2.10.

On a les relations

d′′=Jd′J,Jd′=d′′J,Jd′′=d′Jetd′=Jd′′J\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}=\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathrm{J},\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}=\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\mathrm{J},\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}=\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathrm{J}\;\text{et}\;\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}=\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\mathrm{J}
[01LT]
Démonstration.

Par linéarité, il suffit de traiter le cas d’une forme de la forme ω=α​d′⁡xI∧d​c​xJ\omega=\alpha\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\wedge dcx_{J}, où II et JJ sont des multiindices de longueur pp et qq. Alors,

J​d′⁡J​ω\displaystyle\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathrm{J}\omega =(−1)p​q​J​d′⁡α​d′⁡xJ∧d′′⁡xI\displaystyle=(-1)^{pq}\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{J}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{I}
=(−1)p​q​J​∑i=1n∂α∂xi​d′⁡xi∧d′⁡xJ∧d′′⁡xI\displaystyle=(-1)^{pq}\mathrm{J}\sum_{i=1}^{n}\frac{\partial\alpha}{\partial x_{i}}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i}\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{J}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{I}
=(−1)p​q​∑i=1n∂α∂xi​d′′⁡xi∧d′′⁡xJ∧d′⁡xI\displaystyle=(-1)^{pq}\sum_{i=1}^{n}\frac{\partial\alpha}{\partial x_{i}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{i}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J}\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}
=(−1)p​q​(−1)p⁡(q+1)​∑i=1n∂α∂xi​d′⁡xI∧d′′⁡xi∧d′′⁡xJ\displaystyle=(-1)^{pq}(-1)^{p(q+1)}\sum_{i=1}^{n}\frac{\partial\alpha}{\partial x_{i}}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{i}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J}
=d′′⁡ω.\displaystyle=\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega.

Les autres relations s’en déduisent, compte tenu du fait que J\mathrm{J} est une involution. ∎

[01LU]

1.2.11

Les opérateurs d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}} sont des dérivations de l’algèbre graduée 𝒜∗,∗​(U)\mathscr{A}^{*,*}(U). Si ω\omega et ω′\omega^{\prime} sont respectivement de type (p,q)(p,q) et (p′,q′)(p^{\prime},q^{\prime}), on a

d′⁡(ω∧ω′)=d′⁡ω∧ω′+(−1)p+q​ω∧d′⁡ω′,\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}(\omega\wedge\omega^{\prime})=\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega\wedge\omega^{\prime}+(-1)^{p+q}\omega\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega^{\prime},

et de même pour d′′⁡(ω∧ω′)\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}(\omega\wedge\omega^{\prime}).

[01LV]
\remaname 1.2.12.

Comme on le voit, le dédoublement des variables différentielles introduit par Lagerberg dans [43] permet un calcul différentiel avec des formes de type (p,q)(p,q) (pour 0≤p,q≤n0\leq p,q\leq n) sur un espace réel de dimension nn qui est formellement analogue au calcul différentiel holomorphe. Expliquons comment on peut l’interpréter en termes de géométrie tropicale complexe. Soit TT le tore complexe (𝐂∗)n(\mathbf{C}^{*})^{n}, soit V=𝐑nV=\mathbf{R}^{n} et soit π:T→V\pi\colon T\rightarrow V l’application de tropicalisation donnée par (z1,…,zn)↦(log⁡|z1|,…,log⁡|zn|)(z_{1},\dots,z_{n})\mapsto(\log\mathopen{|}{z_{1}}\mathclose{|},\dots,\log\mathopen{|}{z_{n}}\mathclose{|}). Elle identifie VV au quotient de TT par son sous-groupe compact maximal 𝐔\mathbf{U}. Interprétant d′⁡xj\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{j} comme d​log⁡|zj|\mathrm{d}\log\mathopen{|}{z_{j}}\mathclose{|} et d′′⁡xj\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{j} comme d​Arg⁡(zj)\mathrm{d}\operatorname{Arg}(z_{j}), toute superforme de type (p,q)(p,q) sur un ouvert UU de VV définit une forme différentielle de degré p+qp+q sur π−1​(U)\pi^{-1}(U) qui est invariante par l’action de 𝐔\mathbf{U}. Inversement, toute forme ω\omega de degré p+qp+q sur π−1​(U)\pi^{-1}(U) peut s’écrire sous la forme

∑I,JfI,J​(r,θ)​d​rI∧d​θJ,\sum_{I,J}f_{I,J}(r,\theta)\mathrm{d}r_{I}\wedge\mathrm{d}\theta_{J},

où (r1,θ1),…,(rn,θn)(r_{1},\theta_{1}),\dots,(r_{n},\theta_{n}) sont respectivement module et argument de z1,…,znz_{1},\dots,z_{n} (de sorte que (log⁡r1,…,log⁡rn)∈U(\log r_{1},\dots,\log r_{n})\in U et (ei​θ1,…,ei​θn)∈𝐔(e^{i\theta_{1}},\dots,e^{i\theta_{n}})\in\mathbf{U}). Si, de plus, ω\omega est invariante sous l’action de 𝐔\mathbf{U}, on obtient que fI,Jf_{I,J} ne dépend pas de θ\theta, si bien que ω\omega provient d’une superforme de type (p,q)(p,q) sur 𝐑n\mathbf{R}^{n}. Autrement dit, on a un isomorphisme 𝒜Lagp,q≃(π∗)​((𝒜Tp+q)𝐔)\mathscr{A}^{p,q}_{\text{Lag}}\simeq(\pi_{*})\big((\mathscr{A}^{p+q}_{T})^{\mathbf{U}}\big) de faisceaux sur VV.

Par contre, cette identification ne préserve pas le type des formes en général  ; ce n’est déjà pas le cas pour d​log⁡|zj|\mathrm{d}\log\mathopen{|}{z_{j}}\mathclose{|} qui n’est pas de type (1,0)(1,0). Toutefois, les formes ainsi obtenues sur TT sont réelles, et les superformes symétriques de type (p,p)(p,p) donnent lieu à des formes de type (p,p)(p,p).

[01LW]

1.3 Intégrale d’une (p,n)(p,n)-forme sur un sous-espace de dimension pp

[01LX]

1.3.1

Soit ω\omega une (n,n)(n,n)-forme à coefficients mesurables sur un ouvert UU de 𝐑n\mathbf{R}^{n}, donnée en coordonnées par la formule

ω=ω♯​(x1,…,xn)​d′⁡x1∧d′′⁡x1∧…​d′⁡xn∧d′′⁡xn,\omega=\omega^{\sharp}(x_{1},\dots,x_{n})\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{1}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{1}\wedge\dots\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{n}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{n},

où ω♯\omega^{\sharp} est donc une fonction mesurable sur UU. Si ω♯\omega^{\sharp} est intégrable sur UU, Lagerberg a défini l’intégrale de ω\omega par la formule

∫Uω=∫Uω♯​(x1,…,xn)​d​x1​…​d​xn,\int_{U}\omega=\int_{U}\omega^{\sharp}(x_{1},\dots,x_{n})\,\mathrm{d}x_{1}\dots\mathrm{d}x_{n}, (1.3.1.1)

où d​x1​…​d​xn\mathrm{d}x_{1}\dots\mathrm{d}x_{n} désigne la mesure de Lebesgue.

[01LY]

1.3.2 Non-canonicité des intégrales de Lagerberg

Si f:𝐑n→𝐑nf\colon\mathbf{R}^{n}\rightarrow\mathbf{R}^{n} est une application affine bijective, d’application linéaire associée f→\overrightarrow{f}, on a

∫f−1​(U)f∗​ω=|det(f→)|​∫Uω.\int_{f^{-1}(U)}f^{*}\omega=\mathopen{|}{\det(\overrightarrow{f})}\mathclose{|}\int_{U}\omega. (1.3.2.1)

Soit nn un entier naturel et soit VV un espace affine de dimension nn sur 𝐑\mathbf{R}. Pour définir l’intégrale d’une (n,n)(n,n) forme intégrable ω\omega sur un ouvert UU de VV, il suffit de fixer un isomorphisme affine de VV sur 𝐑n\mathbf{R}^{n} et d’appliquer la définition ci-dessus. Le problème est que le résultat obtenu dépend de l’isomorphisme choisi : en effet, par ce qui précède, deux isomorphismes uu et u′u^{\prime} fournissent la même notion d’intégrale si et seulement le jacobien de l’automorphisme affine u′∘u−1u^{\prime}\circ u^{-1} de 𝐑n\mathbf{R}^{n} est égal à ±1\pm 1.

Pour définir l’intégrale d’une (n,n)(n,n)-forme sur un ouvert d’un espace affine, des données supplémentaires sont donc nécessaires. Comme on vient de le voir, ce peut être, un système de coordonnées affines  ; mais comme la dépendance en un tel système ne fait intervenir que la valeur absolue du jacobien du changement de variables, il est suffisant de se donner un nn-vecteur et une orientation.

Le but des paragraphes qui suivent est d’expliciter cette assertion un peu vague et de définir du même coup l’intégrale d’une (n−1,n)(n-1,n)-forme sur le bord d’un demi-espace de VV.

[01LZ]

1.3.3

Soit VV un 𝐑\mathbf{R}-espace affine de dimension finie. Soit ℱ\mathscr{F} la classe des fonctions numériques mesurables sur un espace affine, et soit ℒ1\mathscr{L}^{1} la sous-classe formée des fonctions intégrables pour la mesure de Lebesgue. (On n’identifie pas deux fonctions égales presque partout.)

Soit WW un sous-espace affine de VV, soit pp sa dimension ; soit oo une orientation de WW.

Soit nn un entier naturel et soit λ∈Λn​V\lambda\in\Lambda^{n}V. Soit ω\omega une (p,n)(p,n)-forme à coefficients dans ℱ\mathscr{F} sur un ouvert UU de VV. On note ⟨ω,λ⟩\langle\omega,\lambda\rangle la (p​,0)(p,0)-forme sur VV déduite de ω\omega en contractant par λ\lambda la partie faisant intervenir les variables en d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}} ; c’est donc une pp-forme (au sens usuel de la géométrie différentielle) à coefficients mesurables sur VV. On note alors

∫U∩W⟨|ω|,|λ|⟩\int_{U\cap W}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\lambda}\mathclose{|}\rangle

la masse totale de la mesure sur U∩WU\cap W déduite de la restriction à WW de la pp-forme ⟨ω,λ⟩\langle\omega,\lambda\rangle. On dit que ω\omega est intégrable sur W∩UW\cap U si cette masse totale est finie.

Dans ce cas, l’orientation oo fixée sur WW permet de définir l’intégrale de ⟨ω,λ⟩\langle\omega,\lambda\rangle sur U∩WU\cap W ; sous-entendant le choix de l’orientation oo, on note naturellement

∫U∩W⟨ω,λ⟩\int_{U\cap W}\langle\omega,\lambda\rangle

cette intégrale.

Les formes ω\omega de type (p,n)(p,n) à coefficients mesurables sur UU qui sont intégrables sur WW forment un sous-espace vectoriel de ℱVp,n​(U)\mathscr{F}^{p,n}_{V}(U). L’application ω↦∫U∩W⟨ω,λ⟩\omega\mapsto\int_{U\cap W}\langle\omega,\lambda\rangle est linéaire.

[01M0]

1.3.4

Lorsqu’on change l’orientation oo en l’orientation opposée, l’intégrale d’une forme (par rapport à (o,λ)(o,\lambda)) est transformée en son opposée. De même, lorsqu’on change le nn-vecteur λ\lambda en le multiple a​λa\lambda, l’intégrale d’une forme est multipliée par aa.

En particulier, la notion d’intégrabilité et l’intégrale ne sont pas modifiées si l’on change simultanément l’orientation oo en l’orientation opposée et le nn-vecteur λ\lambda en son opposé −λ-\lambda. Ces notions ne dépendent donc que de la classe μ\mu du couple (o,λ)(o,\lambda) dans le produit contracté Or⁡(W→)×{−1,1}Λn​V→\operatorname{Or}(\overrightarrow{W})\times^{\{-1,1\}}\Lambda^{n}\overrightarrow{V} de l’ensemble des orientations sur W→\overrightarrow{W} et de l’espace des nn-vecteurs sur V→\overrightarrow{V}, munis des actions naturelles de {−1,1}\{-1,1\}.

On notera ainsi ∫U∩W⟨ω,μ⟩\int_{U\cap W}\langle\omega,\mu\rangle et ∫U∩W⟨|ω|,|μ|⟩\int_{U\cap W}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu}\mathclose{|}\rangle ce qui était noté ∫U∩W⟨ω,λ⟩\int_{U\cap W}\langle\omega,\lambda\rangle et ∫U∩W⟨|ω|,|λ|⟩\int_{U\cap W}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\lambda}\mathclose{|}\rangle.

On peut penser aux symboles |ω|\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} et |μ|\mathopen{|}{\mu}\mathclose{|} comme représentant « ω\omega et μ\mu au signe près ».

[01M1]

1.3.5 Le cas des formes de type (n,n)(n,n) : les vecteurs-volume

Supposons que nn soit égal à la dimension de VV. Nous appellerons vecteur-volume sur VV un élément du produit contracté |Λn​V→|=Or⁡(V→)×{−1,1}Λn​V→\mathopen{|}{\Lambda^{n}\overrightarrow{V}}\mathclose{|}=\operatorname{Or}(\overrightarrow{V})\times^{\{-1,1\}}\Lambda^{n}\overrightarrow{V}. Concrètement, on obtient bien sûr un tel vecteur-volume à partir d’une base (e1,…,en)(e_{1},\ldots,e_{n}) de V→\overrightarrow{V}, décrétée directe, et d’un nn-vecteur a​e→1∧⋯∧ena\overrightarrow{e}_{1}\wedge\dots\wedge e_{n} de V→\overrightarrow{V}. Soit UU un ouvert de VV.

D’après les paragraphes précédents, une fois choisi un vecteur-volume μ\mu sur VV, on peut définir : l’intégrale ∫U⟨|ω|,|μ|⟩\int_{U}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu}\mathclose{|}\rangle pour toute forme mesurable ω\omega de type (n,n)(n,n) sur UU de VV  ; la notion de μ\mu-intégrabilité d’une telle forme  ; et, pour une (n,n)(n,n)-forme ω\omega sur UU qui est mesurable et μ\mu-intégrable, l’intégrale ∫U⟨ω,μ⟩\int_{U}\langle\omega,\mu\rangle.

Si ω=ω♯​(x1,…,xn)​d′⁡x1∧d′′⁡x1∧…∧d′⁡xn∧d′′⁡xn\omega=\omega^{\sharp}(x_{1},\ldots,x_{n})\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{1}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{1}\wedge\ldots\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{n}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{n} en coordonnées dans un repère (O,e1,…,en)(O,e_{1},\ldots,e_{n}) alors ω\omega est μ\mu-intégrable si et seulement si la fonction a​ω♯a\omega^{\sharp} sur UU est intégrable. Cela ne dépend d’ailleurs pas de aa, sauf si a=0a=0 auquel cas toute forme mesurable est μ\mu-intégrable.

On a

∫U⟨|ω|,|μ|⟩=|a|​∫U|ω♯|​(x1,…,xn)​d​x1​…​d​xn,\int_{U}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu}\mathclose{|}\rangle=\mathopen{|}{a}\mathclose{|}\int_{U}\mathopen{|}{\omega^{\sharp}}\mathclose{|}(x_{1},\dots,x_{n})\,\mathrm{d}x_{1}\dots\mathrm{d}x_{n},

et

∫U⟨ω,μ⟩=a​∫Uω♯​(x1,…,xn)​d​x1​…​d​xn\int_{U}\langle\omega,\mu\rangle=a\int_{U}\omega^{\sharp}(x_{1},\dots,x_{n})\,\mathrm{d}x_{1}\dots\mathrm{d}x_{n}

lorsque ω\omega est μ\mu-intégrable. Lorsque a=1a=1, on retrouve la formule de Lagerberg.

[01M2]

1.3.6

Soit f:V→V′f\colon V\rightarrow V^{\prime} un isomorphisme d’espaces affines de dimension finie et soit μ\mu un vecteur-volume sur VV.

Soit f∗​(μ)f_{*}(\mu) le vecteur volume sur V′V^{\prime} déduit de μ\mu par transport de structure.

Soit ω′\omega^{\prime} une (n,n)(n,n)-forme à coefficients mesurables sur V′V^{\prime} et soit ω=f∗​ω′\omega=f^{*}\omega^{\prime}. Pour que ω\omega soit μ\mu-intégrable, il faut et il suffit que ω′\omega^{\prime} soit f∗​(μ)f_{*}(\mu)-intégrable ; alors,

∫f−1​(U)⟨f∗​ω,μ⟩=∫U⟨ω,f∗​(μ)⟩.\int_{f^{-1}(U)}\langle f^{*}\omega,\mu\rangle=\int_{U}\langle\omega,{f_{*}(\mu)}\rangle.
[01M3]

1.3.7 Le cas des (n−1,n)(n-1,n)-formes : les intégrales de bord

On suppose toujours que nn est la dimension de VV. Soit V+V_{+} un demi-espace fermé de VV ; c’est un sous-espace linéaire par morceaux de VV dont le bord ∂V+\partial V_{+} est un hyperplan affine. Si ℓ\ell est une forme affine telle que V+={ℓ≥0}V_{+}=\{\ell\geq 0\}, on dit qu’un vecteur v∈V→v\in\overrightarrow{V} est sortant de V+V_{+} si ℓ⁡(v)≤0\ell(v)\leq 0, l’adverbe strictement signifiant que l’inégalité précédente est stricte.

Tout vecteur-volume μ\mu sur VV induit canoniquement un élément ∂μ+\partial\mu_{+} de Or⁡(∂V+→)×{−1,1}Λn​V→\operatorname{Or}(\overrightarrow{\partial V_{+}})\times^{\{-1,1\}}\Lambda^{n}\overrightarrow{V} défini comme suit. On choisit une orientation oo de ∂V+→\overrightarrow{\partial V_{+}}, une base directe (e2,…,en)(e_{2},\ldots,e_{n}) de ∂V+→\overrightarrow{\partial V_{+}}, un vecteur e1e_{1} strictement sortant de V+V_{+}, et l’on note o′o^{\prime} l’orientation de VV pour laquelle la base (e1,…,en)(e_{1},\ldots,e_{n}) est directe. Il existe alors un unique λ∈Λn​V→\lambda\in\Lambda^{n}\overrightarrow{V} tel que (o′,λ)(o^{\prime},\lambda) soit égal à μ\mu dans |Λn​V→|\mathopen{|}{\Lambda^{n}\overrightarrow{V}}\mathclose{|}. Le couple (o,λ)(o,\lambda) définit un élément ∂μ+\partial\mu_{+} de Or⁡(∂V→)×{−1,1}Λn​V→\operatorname{Or}(\overrightarrow{\partial V})\times^{\{-1,1\}}\Lambda^{n}\overrightarrow{V} qui est indépendant des choix faits.

D’après les paragraphes 1.3.3 et 1.3.4, on peut alors définir : l’intégrale ∫U∩∂V+⟨|ω|,|∂μ+|⟩\int_{U\cap\partial V_{+}}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\partial\mu_{+}}\mathclose{|}\rangle pour toute forme mesurable ω\omega de type (n−1,n)(n-1,n) sur UU  ; la notion de ∂μ+\partial\mu_{+}-intégrabilité d’une telle forme sur ∂V+\partial V_{+}  ; et, pour une forme ω\omega sur UU qui est mesurable et ∂μ+\partial\mu_{+}-intégrable sur ∂V+\partial V_{+}, l’intégrale ∫U∩∂V+⟨ω,∂μ+⟩\int_{U\cap\partial V_{+}}\langle\omega,\partial\mu_{+}\rangle.

Concrètement, choisissons (e1,…,en)(e_{1},\dots,e_{n}) comme ci-dessus. Cette base étant vue comme directe, le vecteur volume μ\mu est donné par un nn-vecteur a​e1∧⋯∧enae_{1}\wedge\dots\wedge e_{n} de Λn​V→\Lambda^{n}\overrightarrow{V}. Choisissons aussi une origine sur ∂V+\partial V_{+} ; dans les coordonnées correspondantes, on peut écrire

ω=∑i=1nωi​d′⁡x1∧d′′⁡x1∧…​d′⁡xi^∧d′′⁡xi∧…​d′⁡xn∧d′′⁡xn.\omega=\sum_{i=1}^{n}\omega_{i}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{1}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{1}\wedge\dots\widehat{\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i}}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{i}\wedge\dots\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{n}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{n}.

On a alors

∫U∩∂V+⟨|ω|,|∂μ+|⟩=|a|​∫U∩∂V+|ω1|​(0,x2,…,xn)​d​x2​…​d​xn.\int_{U\cap\partial V_{+}}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\partial\mu_{+}}\mathclose{|}\rangle=\mathopen{|}{a}\mathclose{|}\int_{U\cap\partial V_{+}}\mathopen{|}{\omega_{1}}\mathclose{|}(0,x_{2},\dots,x_{n})\mathrm{d}x_{2}\dots\mathrm{d}x_{n}.

La forme ω\omega est ∂μ+\partial\mu_{+}-intégrable sur WW si et seulement si a​ω1​(0,∗,…,∗)a\omega_{1}(0,*,\ldots,*) est L1L^{1} (ce qui ne dépend pas de aa, sauf si celui-ci est nul, auquel cas toute forme mesurable est ∂μ+\partial\mu_{+}-intégrable). Si c’est le cas,

∫U∩∂V+⟨ω,∂μ+⟩=a​∫U∩∂V+ω1​(0,x2,…,xn)​d​x2​…​d​xn.\int_{U\cap\partial V_{+}}\langle\omega,\partial\mu_{+}\rangle=a\int_{U\cap\partial V_{+}}\omega_{1}(0,x_{2},\dots,x_{n})\mathrm{d}x_{2}\dots\mathrm{d}x_{n}.
[01M4]
\lemmname 1.3.8 (Formule de Green).

Soit μ∈|Λn​V→|\mu\in\mathopen{|}{\Lambda^{n}\overrightarrow{V}}\mathclose{|}. Soit V+V_{+} un demi-espace fermé dans VV. Soit α\alpha et β\beta des formes lisses symétriques de type (p,p)(p,p) et (q,q)(q,q) sur VV, avec p+q=n−1p+q=n-1 ; si l’intersection de leurs supports est compact, on a

∫V+⟨α∧d′​d′′⁡β−d′​d′′⁡α∧β,μ⟩=∫∂V+⟨α∧d′′⁡β−d′′⁡α∧β,∂μ+⟩.\int_{V_{+}}\langle\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta-\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\beta,\mu\rangle=\int_{\partial V_{+}}\langle\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta-\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\beta,\partial\mu^{+}\rangle.
[01M5]
Démonstration.

On peut supposer que V=𝐑nV=\mathbf{R}^{n}, V+=𝐑+×𝐑n−1V_{+}=\mathbf{R}_{+}\times\mathbf{R}^{n-1}, et que le vecteur-volume μ\mu est égal à e1∧⋯∧ene_{1}\wedge\dots\wedge e_{n}. Posons

ω=α∧d′′⁡β−d′′⁡α∧β.\omega=\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta-\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\beta.

Considérant ω\omega comme une (n−1)(n-1)-forme à coefficients dans le fibré vectoriel trivial Λn​V→∗\Lambda^{n}\overrightarrow{V}^{*}, la formule de Stokes usuelle assure que

∫V+𝑑ω=∫∂V+ω.\int_{V_{+}}\mathrm{d}\omega=\int_{\partial V_{+}}\omega.

Par ailleurs,

d​ω=(α∧d′​d′′⁡β−d′​d′′⁡α∧β)+(d′⁡α∧d′′⁡β+d′′⁡α∧d′⁡β).\mathrm{d}\omega=(\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta-\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\beta)+(\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta+\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\beta).

Pour démontrer le lemme, il suffit donc de prouver d′α∧d′′β=−d′′α∧d′β\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta=-\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\beta. Comme toute forme de type (n,n)(n,n) est symétrique et p+q=n−1p+q=n-1, on a

d′⁡α∧d′′⁡β\displaystyle\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta =d′⁡α∧J​d′⁡J​β\displaystyle=\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\wedge\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathrm{J}\beta
=(−1)q​d′⁡α∧J​d′⁡β\displaystyle=(-1)^{q}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\wedge\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\beta
=(−1)n+q​J​d′⁡α∧d′⁡β\displaystyle=(-1)^{n+q}\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\beta
=(−1)​J​d′⁡J​α∧d′⁡β\displaystyle=(-1)\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathrm{J}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\beta
=−d′′α∧d′β,\displaystyle=-\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\beta,

d’où le lemme. ∎

[01M6]

1.4 Formes différentielles sur un polytope

[01M7]

1.4.1

Fixons une classe admissible ℱ\mathscr{F} de fonctions numériques. Soit VV un espace affine de dimension finie sur 𝐑\mathbf{R} et soit PP un polytope de VV ; on note jj l’injection canonique de PP dans VV.

Soit UU un ouvert de PP. On définit 𝒩p,q​(U)\mathscr{N}^{p,q}(U) comme le sous-espace vectoriel de j−1​(ℱVp,q)​(U)j^{-1}(\mathscr{F}_{V}^{p,q})(U) constitué des formes ω\omega possédant la propriété suivante : pour toute cellule CC de VV contenue dans PP, l’image de ω\omega dans ℱ⟨C⟩p,q​(⟨C⟩∩U)\mathscr{F}^{p,q}_{\langle C\rangle}(\langle C\rangle\cap U), dont le germe au voisinage de C∩UC\cap U est défini sans ambiguïté, est nulle en tout point de C∩UC\cap U. Comme

ℱ⟨C⟩p,q=⨁|I|=p,|J|=qℱ⟨C⟩​d′⁡xI∧d′′⁡xJ,\mathscr{F}^{p,q}_{\langle C\rangle}=\bigoplus_{|I|=p,|J|=q}\mathscr{F}_{\langle C\rangle}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J},

cette propriété se traduit, en coordonnées, par la nullité d’un certain nombre d’applications sur C∩UC\cap U.

Pour vérifier qu’une section de j−1​(ℱVp,q)​(U)j^{-1}(\mathscr{F}_{V}^{p,q})(U) appartient à 𝒩p,q​(U)\mathscr{N}^{p,q}(U), il suffit de s’assurer que la condition ci-dessus est satisfaite sur un ensemble de cellules recouvrant PP (par exemple, sur une décomposition cellulaire de PP). Lorsque ℱ\mathscr{F} est contenue dans la classe des fonctions continues, on peut se contenter de tester l’annulation requise en les points intérieurs des cellules considérées.

Il est immédiat que 𝒩p,q\mathscr{N}^{p,q} est un sous-faisceau en 𝐑\mathbf{R}-espaces vectoriels de j−1​(ℱVp,q)j^{-1}(\mathscr{F}_{V}^{p,q}). On définit alors le faisceau ℱPp,q\mathscr{F}_{P}^{p,q} comme le faisceau quotient de j−1​(ℱVp,q)j^{-1}(\mathscr{F}_{V}^{p,q}) par son sous-faisceau 𝒩p,q\mathscr{N}^{p,q}. Cette définition est compatible avec la précédente lorsque PP est un sous-espace affine de VV.

Le faisceau ℱP∗,∗\mathscr{F}^{*,*}_{P} est un 𝒜P\mathscr{A}_{P}-module gradué, et une ℱP\mathscr{F}_{P}-algèbre graduée si ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication. On écrira ℱP\mathscr{F}_{P} au lieu de ℱP0,0\mathscr{F}^{0,0}_{P}, et parfois ΩPp\Omega^{p}_{P} au lieu de 𝒜Pp​,0\mathscr{A}^{p,0}_{P}. Lorsque ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication, ℱP\mathscr{F}_{P} un faisceau d’anneaux.

[01M8]
\remaname 1.4.2.

Si UU est un ouvert de PP et si ω∈(ℱP⊗𝒜PΩPdimV)​(U)\omega\in(\mathscr{F}_{P}\otimes_{\mathscr{A}_{P}}\Omega^{\dim V}_{P})(U), on sait définir ∫U|ω|\int_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, ainsi que ∫Uω\int_{U}\omega si l’intégrale précédente est finie et si VV est orienté (on fixe une décomposition cellulaire de PP, et on calcule séparément l’intégrale sur chaque cellule de dimension dimV\dim V).

[01M9]

1.4.3

On notera que la notion de fonction (et donc de superforme) lisse sur un polytope d’un espace affine dépend de la façon dont ce polytope est plongé.

PP
QQ

Soit par exemple PP le graphe de 𝐑2\mathbf{R}^{2}, réunion des segments [(−1,0),(0,0)][(-1,0),(0,0)] et [(0,0),(1,1)][(0,0),(1,1)] et Q=[−1,1]Q=[-1,1] son image dans 𝐑\mathbf{R} par la première projection p:𝐑2→𝐑p\colon\mathbf{R}^{2}\rightarrow\mathbf{R}. L’application pp induit un isomorphisme d’espaces linéaires par morceaux de PP sur QQ.

La fonction ff sur QQ définie par f⁡(x)=max⁡(x​,0)f(x)=\max(x,0) est continue, mais n’est pas lisse. En revanche, la fonction f∘pf\circ p sur QQ est lisse, comme restriction de la seconde coordonnée.

La tige en l’origine du faisceau des (1,0)(1,0)-formes sur PP est de dimension 22, engendrée par les images de d′⁡x\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x et d′⁡y\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}y, tandis que la tige correspondante sur QQ n’est que de dimension 11, engendrée par d′⁡x\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x.

[01MA]

1.4.4

Soit PP un polytope d’un espace affine réel VV de dimension finie et soit ω\omega une forme de type (p,n)(p,n) à coefficients mesurables sur un ouvert UU de PP.

Si WW est un sous-espace affine de VV de dimension pp et si μ\mu est un élément de Or⁡(W→)×{−1,1}Λn​V→\operatorname{Or}(\overrightarrow{W})\times^{\{-1,1\}}\Lambda^{n}\overrightarrow{V}, on définit les intégrales ∫U∩W⟨|ω|,|μ|⟩\int_{U\cap W}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu}\mathclose{|}\rangle et, le cas échéant, ∫U∩W⟨ω,μ⟩\int_{U\cap W}\langle\omega,\mu\rangle exactement comme en 1.3.3 : elles se ramènent à des intégrales de formes différentielles classiques, cf. la remarque 1.4.2.

[01MB]
\lemmname 1.4.5.

Supposons dim(P)<max⁡(p,q)\dim(P)<\max(p,q). On a alors ℱPp,q=0\mathscr{F}_{P}^{p,q}=0.

[01MC]
Démonstration.

Soit UU un ouvert de PP et soit α\alpha une section de j−1​ℱVp,qj^{-1}\mathscr{F}^{p,q}_{V} sur UU. Soit CC une cellule de VV contenue dans PP. On a dim(C)≤dim(P)<max⁡(p,q)\dim(C)\leq\dim(P)<\max(p,q). Par suite, ℱ⟨C⟩p,q=0\mathscr{F}^{p,q}_{\langle C\rangle}=0, et α\alpha appartient donc à 𝒩p,q​(U)\mathscr{N}^{p,q}(U). ∎

[01MD]

1.4.6

L’opérateur de symétrie J\mathrm{J} applique 𝒩p,q\mathscr{N}^{p,q} dans 𝒩q,p\mathscr{N}^{q,p} et induit un morphisme de faisceaux, toujours noté J\mathrm{J}, de ℱPp,q\mathscr{F}^{p,q}_{P} dans ℱPq,p\mathscr{F}^{q,p}_{P} tel que J∘J=id\mathrm{J}\circ\mathrm{J}=\operatorname{id}.

Supposons que ℱ=𝒜\mathscr{F}=\mathscr{A}. Les opérateurs différentiels d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}} sur j−1​𝒜Vp,qj^{-1}\mathscr{A}_{V}^{p,q} appliquent alors 𝒩p,q\mathscr{N}^{p,q} dans 𝒩p+1,q\mathscr{N}^{p+1,q} et 𝒩p,q+1\mathscr{N}^{p,q+1} respectivement. Ils induisent donc des opérateurs différentiels de 𝒜Pp,q\mathscr{A}^{p,q}_{P} dans 𝒜Pp+1,q\mathscr{A}^{p+1,q}_{P} et 𝒜Pp,q+1\mathscr{A}^{p,q+1}_{P} respectivement.

[01ME]

1.4.7

Ces constructions sont fonctorielles pour les morphismes affines. Soit PP et P′P^{\prime} des polytopes de VV et V′V^{\prime} respectivement et soit f:P→P′f\colon P\to P^{\prime} une application égale à la restriction d’une application affine g:V→V′g\colon V\to V^{\prime}. Notons jj et j′j^{\prime} les immersions de PP dans VV et de P′P^{\prime} dans V′V^{\prime}. Soit (p,q)∈𝐍×𝐍(p,q)\in\mathbf{N}\times\mathbf{N}. L’application affine gg induit un morphisme de faisceaux de j−1​ℱV′p,qj^{-1}\mathscr{F}^{p,q}_{V^{\prime}} dans (j′)−1​ℱVp,q(j^{\prime})^{-1}\mathscr{F}^{p,q}_{V} qui applique 𝒩P′p,q\mathscr{N}_{P^{\prime}}^{p,q} dans 𝒩Pp,q\mathscr{N}_{P}^{p,q}. Il en résulte un homomorphisme, noté f∗f^{*}, de f−1​ℱP′p,qf^{-1}\mathscr{F}^{p,q}_{P^{\prime}} dans ℱPp,q\mathscr{F}^{p,q}_{P}.

Ces homomomorphismes respectent les structures de modules gradués, et d’algèbres graduées si ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication. Ils commutent à l’involution JJ, et aux opérateurs différentiels d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}} lorsque ℱ=𝒜\mathscr{F}=\mathscr{A}.

Si PP et QQ sont deux polytopes de VV tels que Q⊂PQ\subset P et si jj désigne l’inclusion de QQ dans PP, on écrira par abus α|Q\alpha|_{Q} au lieu de j∗​αj^{*}\alpha.

[01MF]

1.5 Calibrages et intégrales sur les polytopes

Soit ℱ\mathscr{F} la classe des fonctions mesurables. Soit VV un espace affine de dimension finie, soit PP un polytope de VV et soit nn un entier naturel tel que dim(P)≤n\dim(P)\leq n. Stricto sensu, la théorie ci-dessous dépend du choix de l’entier nn tel que dim(P)≤n\dim(P)\leq n, mais elle est sans intérêt lorsque dim(P)<n\dim(P)<n.

[01MG]

1.5.1 Intégrale d’une (n,n)(n,n)-forme intégrable sur un polytope calibré

De même que l’intégrale d’une forme de type (dim(V),dim(V))(\dim(V),\dim(V)) sur VV dépend d’un choix de coordonnées affines, ou plutôt, comme on l’a vu, du choix d’un vecteur-volume sur VV, la définition de l’intégrale sur PP d’une forme de type (n,n)(n,n) à coefficients mesurables va requérir des données supplémentaires.

Soit 𝒞\mathscr{C} une décomposition cellulaire de PP  ; pour tout mm, on note 𝒞m\mathscr{C}_{m} l’ensemble des cellules de 𝒞\mathscr{C} qui sont de dimension mm.

Pour toute cellule CC de dimension nn, choisissons un vecteur-volume μC∈|Λn​⟨C⟩→|\mu_{C}\in\mathopen{|}{\Lambda^{n}\overrightarrow{\langle C\rangle}}\mathclose{|}. On note μ\mu la famille (μC)(\mu_{C}) ainsi obtenue ; on dit que c’est un calibrage du polytope PP subordonné à la décomposition 𝒞\mathscr{C}.

Soit UU un ouvert de PP et soit ω\omega une (n,n)(n,n)-forme à coefficients mesurables sur UU.

On pose

∫U⟨|ω|,|μ|⟩=∑C∈𝒞n∫U∩⟨C⟩⟨|ω|,|μC|⟩.\int_{U}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu}\mathclose{|}\rangle=\sum_{C\in\mathscr{C}_{n}}\int_{U\cap\langle C\rangle}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu_{C}}\mathclose{|}\rangle.

On dit que ω\omega est μ\mu-intégrable si cette somme est finie  ; il revient au même de demander que ω|⟨C⟩∩U\omega|_{\langle C\rangle\cap U} soit μC\mu_{C}-intégrable pour toute cellule C∈𝒞nC\in\mathscr{C}_{n}.

Si ω\omega est μ\mu-intégrable, on définit l’intégrale de ω\omega sur UU relativement au calibrage μ\mu par la formule

∫U⟨ω,μ⟩=∑C∈𝒞n∫U∩⟨C⟩⟨ω,μC⟩.\int_{U}\langle\omega,\mu\rangle=\sum_{C\in\mathscr{C}_{n}}\int_{U\cap\langle C\rangle}\langle\omega,\mu_{C}\rangle. (1.5.1.1)
[01MH]

1.5.2

Soit 𝒟\mathscr{D} une décomposition cellulaire de PP raffinant 𝒞\mathscr{C}. Pour tout D∈𝒟nD\in\mathscr{D}_{n}, il existe une unique cellule λ⁡(D)∈𝒞n\lambda(D)\in\mathscr{C}_{n} telle que D⊂λ⁡(D)D\subset\lambda(D) ; les sous-espace affine engendré par DD est alors égal à ⟨λ⁡(D)⟩\langle\lambda(D)\rangle. On définit un calibrage (νD)(\nu_{D}) de PP subordonné à la décomposition 𝒟\mathscr{D} on posant νD=μλ⁡(D)\nu_{D}=\mu_{\lambda(D)} pour tout D∈𝒟nD\in\mathscr{D}_{n}. On dira qu’il raffine le calibrage μ\mu.

Soit ω\omega une (n,n)(n,n)-forme mesurable sur un ouvert UU de PP. On a alors ∫U⟨|ω|,|ν|⟩=∫U⟨|ω|,|μ|⟩\int_{U}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\nu}\mathclose{|}\rangle=\int_{U}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu}\mathclose{|}\rangle. Par conséquent, ω\omega est μ\mu-intégrable si et seulement si elle est ν\nu-intégrable, et si c’est le cas on a ∫U⟨ω,ν⟩=∫U⟨ω,μ⟩\int_{U}\langle\omega,\nu\rangle=\int_{U}\langle\omega,\mu\rangle

[01MI]

1.5.3 Discordance

Soit F∈𝒞n−1F\in\mathscr{C}_{n-1} et soit 𝒞>F\mathscr{C}_{>F} l’ensemble des C∈𝒞nC\in\mathscr{C}_{n} dont FF est une face.

Fixons une orientation oo sur le sous-espace affine ⟨F⟩\langle F\rangle. Pour tout C∈𝒞>FC\in\mathscr{C}_{>F}, munissons l’espace affine ⟨C⟩\langle C\rangle de l’orientation oCo_{C} donnée par oo et la normale sortante. Pour tout C∈𝒞>FC\in\mathscr{C}_{>F}, notons μ~C\tilde{\mu}_{C} le nn-vecteur tel que le vecteur-volume μC\mu_{C} soit la classe du couple (o,μ~C)(o,\tilde{\mu}_{C}). Le nn-vecteur μ~C\tilde{\mu}_{C} appartient à Λn​⟨C⟩→\Lambda^{n}\overrightarrow{\langle C\rangle}, et peut être vu comme appartenant à Λn​V→\Lambda^{n}\overrightarrow{V}.

Notons μ~F\tilde{\mu}_{F} la somme dans Λn​V→\Lambda^{n}\overrightarrow{V} des vecteurs μ~C\tilde{\mu}_{C} pour CC parcourant 𝒞>F\mathscr{C}_{>F} ; la classe μF\mu_{F} du couple (o,μ~F)(o,\tilde{\mu}_{F}) dans le produit contracté Or⁡(F)×{±1}Λn​V→\operatorname{Or}(F)\times_{\{\pm 1\}}\Lambda^{n}\overrightarrow{V} ne dépend pas du choix de l’orientation oo. On dit que c’est la discordance du calibrage μ\mu le long de la face FF  ; on dit que la face FF est harmonieuse si cette discordance est nulle.

[01MJ]

1.5.4 Intégrale de bord

Soit ω\omega une (n−1,n)(n-1,n)-forme mesurable sur un ouvert UU de PP, et soit x∈F∩Ux\in F\cap U. La forme ω\omega est définie au voisinage de xx par un germe η\eta de (n−1,n)(n-1,n)-forme à coefficients mesurables.

L’élément ⟨η,μ~F⟩|F\langle\eta,\tilde{\mu}_{F}\rangle|_{F} de (ℱF⊗𝒜FΩFn−1)x(\mathscr{F}_{F}\otimes_{\mathscr{A}_{F}}\Omega^{n-1}_{F})_{x} est alors bien défini. En effet, pour toute cellule C∈𝒞FC\in\mathscr{C}_{F}, le germe ⟨η,μ~C⟩|F\langle\eta,\tilde{\mu}_{C}\rangle|_{F} est égal à la restriction à FF de ⟨η|C,μ~C⟩\langle\eta|_{C},\tilde{\mu}_{C}\rangle, lequel est uniquement déterminé, par la définition-même du faisceau des formes sur un polytope.

La forme ω\omega donne ainsi naissance sans ambiguïté à une (n−1)(n-1)-forme différentielle (classique) à coefficients mesurables sur U∩FU\cap F, que l’on notera ⟨ω,μ~F⟩\langle\omega,\tilde{\mu}_{F}\rangle.

La masse totale de la mesure sur U∩FU\cap F déduite de ⟨ω,μ~F⟩\langle\omega,\tilde{\mu}_{F}\rangle ne dépend que de μF\mu_{F} et sera notée ∫F∩U⟨|ω|,|μF|⟩\int_{F\cap U}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu_{F}}\mathclose{|}\rangle. Si cette masse est finie, l’intégrale de ⟨ω,μ~F⟩\langle\omega,\tilde{\mu}_{F}\rangle sur U∩FU\cap F ne dépend que de μF\mu_{F} et sera notée ∫F∩U⟨ω,μF⟩\int_{F\cap U}\langle\omega,\mu_{F}\rangle.

On pose alors

∫∂𝒞P∩U⟨|ω|,|∂μ|⟩=∑F∈𝒞m−1∫F∩U⟨|ω|,|μF|⟩.\int_{\partial_{\mathscr{C}}P\cap U}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\partial\mu}\mathclose{|}\rangle=\sum_{F\in\mathscr{C}_{m-1}}\int_{F\cap U}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu_{F}}\mathclose{|}\rangle.

On dit que ω\omega est ∂μ\partial\mu-intégrable si cette somme est finie, et si c’est le cas l’on pose

∫U∩∂𝒞P⟨ω,∂μ⟩=∑F∈𝒞n−1∫F∩U⟨ω,μF⟩.\int_{U\cap\partial_{\mathscr{C}}P}\langle\omega,\partial\mu\rangle=\sum_{F\in\mathscr{C}_{n-1}}\int_{F\cap U}\langle\omega,\mu_{F}\rangle. (1.5.4.1)

Si ω\omega est ∂μ\partial\mu-intégrable, il résulte de nos constructions que l’on peut également écrire

∫U∩∂𝒞P⟨ω,∂μ⟩=∑F∈𝒞m−1,C∈𝒞>F∫F∩U⟨ω,∂μC+⟩,\int_{U\cap\partial_{\mathscr{C}}P}\langle\omega,\partial\mu\rangle=\sum_{\begin{subarray}{c}F\in\mathscr{C}_{m-1},\\ C\in\mathscr{C}_{>F}\end{subarray}}\int_{F\cap U}\langle\omega,\partial\mu_{C}^{+}\rangle,

où la notation ∂μC+\partial\mu_{C}^{+} est celle de 1.3.7, relative au demi-espace de ⟨C⟩\langle C\rangle bordé par ⟨F⟩\langle F\rangle et contenant CC.

On prendra garde qu’en général, ∂𝒞P\partial_{\mathscr{C}}P contient strictement le bord de PP. Dans ce cas, ∫∂𝒞⟨ω,∂μ⟩\int_{\partial\mathscr{C}}\langle\omega,\partial\mu\rangle fait intervenir des (n−1)(n-1)-faces qui sont intérieures à PP. En revanche, seules interviennent les faces qui ne sont pas harmonieuses.

[01MK]

1.5.5

Soit 𝒟\mathscr{D} une décomposition cellulaire de PP raffinant 𝒞\mathscr{C}, et soit ν\nu le raffinement correspondant de μ\mu. Soit ω\omega une(n−1,n)(n-1,n)-forme intégrable sur PP. On a alors ∫∂𝒟P⟨|ω|,|∂ν|⟩=∫∂𝒞P⟨|ω|,|∂μ|⟩\int_{\partial_{\mathscr{D}}P}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\partial\nu}\mathclose{|}\rangle=\int_{\partial_{\mathscr{C}}P}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\partial\mu}\mathclose{|}\rangle, et ∫∂𝒟P⟨ω,∂ν⟩=∫∂𝒞P⟨ω,∂μ⟩\int_{\partial_{\mathscr{D}}P}\langle\omega,\partial\nu\rangle=\int_{\partial_{\mathscr{C}}P}\langle\omega,\partial\mu\rangle dans le cas intégrable.

En effet, soit FF une cellule appartenant à 𝒟n−1\mathscr{D}_{n-1} qui n’est pas contenue dans une cellule appartenant à 𝒞n−1\mathscr{C}_{n-1}. Elle est alors contenue dans exactement deux nn-cellules cellules DD et D′D^{\prime} de 𝒟\mathscr{D}, elles-mêmes contenues dans une même nn-cellule CC de 𝒞\mathscr{C}. Si (o,v)(o,v) désigne un représentant de μC\mu_{C} alors comme DD et D′D^{\prime} induisent deux orientations opposées sur FF, la discordance νF\nu_{F} est de la forme (o′,v−v)=(o′​,0)(o^{\prime},v-v)=(o^{\prime},0), et FF est harmonieuse.

Seules interviennent donc effectivement dans le calcul des intégrales le long de ∂𝒟P\partial_{\mathscr{D}}P les (n−1)(n-1)-cellules de 𝒟\mathscr{D} contenues dans une (n−1)(n-1)-cellule de 𝒞\mathscr{C}, d’où l’assertion, compte-tenu du fait (qui résulte immédiatement des définitions) que sur une telle cellule, la discordance de la restriction coïncide avec la restriction de la discordance.

[01ML]

1.5.6

Comme ils définissent aussi la même intégrale, nous identifierons implicitement, dans la suite, deux calibrages qui ont un raffinement commun.

Ainsi, un calibrage μ\mu ne sera plus subordonné à une décomposition polytopale 𝒞\mathscr{C} donnée. Aussi écrirons-nous ∫P⟨ω,∂μ⟩\int_{P}\langle\omega,\partial\mu\rangle au lieu de ∫∂𝒞P⟨ω,μ⟩\int_{\partial_{\mathscr{C}}P}\langle\omega,\mu\rangle. Nous nous contenterons de voir ceci comme une convention d’écriture ; au vu de (1.5.4.1), on pourrait lui donner un sens plus précis en définissant le « bord » ∂μ\partial\mu de μ\mu comme la donnée à raffinement près des différentes discordances.

[01MM]
\lemmname 1.5.7 (Formules de Stokes et Green).

Soit VV un espace affine, soit PP un sous-espace linéaire par morceaux de VV et soit μ\mu un calibrage de PP. Soit ω\omega une (n−1,n)(n-1,n)-forme lisse et à support compact sur PP. On a la formule de Stokes :

∫X⟨d′⁡ω,μ⟩=∫X⟨ω,∂μ⟩.\int_{X}\langle\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega,\mu\rangle=\int_{X}\langle\omega,\partial\mu\rangle. (1.5.7.1)

Soit α\alpha et β\beta des (p,p)(p,p) et (q,q)(q,q)-formes lisses et symétriques sur PP, où p+q=p−1p+q=p-1. Si l’intersection de leurs supports est compact, on a la formule de Green :

∫X⟨α∧d′​d′′⁡β−d′​d′′⁡α∧β,μ⟩=∫X⟨α∧d′′⁡β−d′′⁡α∧β,∂μ⟩.\int_{X}\langle\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta-\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\beta,\mu\rangle=\int_{X}\langle\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta-\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\beta,\partial\mu\rangle. (1.5.7.2)
[01MN]
Démonstration.

Ces formules résultent de celles démontrées ci-dessus pour des demi-espaces et de la définition des calibrages et des discordances.

En effet, supposons d’abord que PP soit un livre : sa tranche est un sous-espace affine WW de dimension n−1n-1 de VV, ses pages des demi-espaces Vi+V_{i}^{+} de bord WW dans des sous-esapces affines de dimension de nn de VV contenant WW. Fixons une orientation sur WW et munissons les espaces ViV_{i} de l’orientation correspondant à la normale sortante. Le calibrage μ\mu correspond alors à des nn-vecteurs μ~i\tilde{\mu}_{i} de V→i\overrightarrow{V}_{i}, la discordance μW\mu_{W} à leur somme. D’après la formule de Stokes (lemme 1.3.8), on a

∫X⟨d′⁡ω,μ⟩=∑i∫Vi+⟨d′⁡ω,μi⟩=∑i∫W⟨ω,μi⟩=∫W⟨ω,μW⟩=∫X⟨ω,∂μ⟩.\int_{X}\langle\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega,\mu\rangle=\sum_{i}\int_{V_{i}^{+}}\langle\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega,\mu_{i}\rangle=\sum_{i}\int_{W}\langle\omega,\mu_{i}\rangle=\int_{W}\langle\omega,\mu_{W}\rangle=\int_{X}\langle\omega,\partial\mu\rangle.

Cela démontre la formule de Stokes dans ce cas particulier.

Pour traiter le cas général, fixons une décomposition cellulaire 𝒞\mathscr{C} de PP.

La réunion ∂2𝒞\partial^{2}\mathscr{C} des cellules de 𝒞\mathscr{C} de dimension au plus n−2n-2 intersecte chaque cellule CC de dimension ≥n−1\geq n-1 de 𝒞\mathscr{C} selon un ensemble de mesure nulle dans l’espace affine ⟨C⟩\langle C\rangle.

Il s’ensuit que le compact ∂2𝒞∩supp⁡(ω)\partial^{2}\mathscr{C}\cap\operatorname{supp}(\omega) possède un voisinage dont la trace sur chaque cellule CC de dimension ≥n−1\geq n-1 est de mesure arbitrairement petite dans ⟨C⟩\langle C\rangle.

Pour tout point xx de P ∂2𝒞P\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}\partial^{2}\mathscr{C}, il existe un voisinage UxU_{x} de xx dans VV et un livre LxL_{x} tel que Lx∩Ux=X∩UxL_{x}\cap U_{x}=X\cap U_{x}. Comme on a prouvé la formule de Stokes pour les livres, un argument de partition de l’unité et de passage à la limite (pour traiter ce qui se passe au voisinage de ∂2𝒞∩supp⁡(ω)\partial^{2}\mathscr{C}\cap\operatorname{supp}(\omega)) l’entraîne dans le cas général.

La formule de Green se prouve de la même façon. ∎

[01MP]

1.5.8 Fonctorialité

Soit u:V→Wu\colon V\rightarrow W une application affine, soit PP un polytope de VV de dimension ≤n\leq n, et soit QQ son image dans WW. Soit 𝒞\mathscr{C} une décomposition cellulaire de PP, assez fine pour que son image 𝒟\mathscr{D} par uu soit une décomposition cellulaire de QQ. Soit μ\mu un calibrage de PP subordonné à la décomposition 𝒞\mathscr{C}. On définit comme suit un calibrage u∗​μu_{*}\mu de QQ subordonné à la décomposition 𝒟\mathscr{D}. Soit D∈𝒟nD\in\mathscr{D}_{n}. Soit 𝒞D\mathscr{C}_{D} l’ensemble des nn-cellules de 𝒞\mathscr{C} qui s’envoient sur DD  ; l’application uu induit pour tout C∈𝒞DC\in\mathscr{C}_{D} un homéomorphisme C≃DC\simeq D et une bijection affine ⟨C⟩≃⟨D⟩\langle C\rangle\simeq\langle D\rangle.

Fixons une orientation oo de ⟨D⟩.→\overrightarrow{\langle D\rangle.} Elle induit une orientation oCo_{C} de ⟨C⟩→\overrightarrow{\langle C\rangle} pour toute cellule C∈𝒟C\in\mathscr{D}.

Pour tout C∈𝒞DC\in\mathscr{C}_{D}, il existe un unique vC∈Λn​⟨C⟩→v_{C}\in\Lambda^{n}\overrightarrow{\langle C\rangle} tel que μC\mu_{C} soit égal à la classe de (oC,vC)(o_{C},v_{C})  ; soit wCw_{C} son image dans Λn​⟨D⟩→\Lambda^{n}\overrightarrow{\langle D\rangle}. Le couple (o,∑C∈𝒞DwC)(o,\sum_{C\in\mathscr{C}_{D}}w_{C}) définit un vecteur-volume νD\nu_{D} sur l’espace ⟨D⟩→\overrightarrow{\langle D\rangle}.

On pose u∗​μ=(νD)D∈𝒟nu_{*}\mu=(\nu_{D})_{D\in\mathscr{D}_{n}}.

Soit ω\omega une forme à coefficients mesurables de type (n,n)(n,n) (resp. (n−1,n)(n-1,n)) sur un ouvert UU de QQ. La forme u∗​ωu^{*}\omega est intégrable si et seulement si ω\omega est intégrable : cela provient du fait que si CC est une cellule de dimension nn (resp. n−1n-1) contenue dans PP (on ne demande pas que C∈𝒞C\in\mathscr{C}) et si u|Cu_{|C} n’est pas injective, la restriction de u∗​ωu^{*}\omega à ⟨C⟩∩U\langle C\rangle\cap U est nulle, parce qu’elle provient d’un espace affine de dimension <n<n (resp. <n−1<n-1).

Lorsque ω\omega est intégrable, on a les égalités

∫u−1​(U)⟨u∗​ω,μ⟩=∫U⟨ω,u∗​(μ)⟩,et∫u−1​(U)⟨u∗​ω,∂μ⟩=∫U⟨ω,∂u∗​(μ)⟩.\int_{u^{-1}(U)}\langle u^{*}\omega,\mu\rangle=\int_{U}\langle\omega,u_{*}(\mu)\rangle,\quad\text{et}\quad\int_{u^{-1}(U)}\langle u^{*}\omega,\partial\mu\rangle=\int_{U}\langle\omega,\partial u_{*}(\mu)\rangle.
[01MQ]

§ 2 Géométrie analytique et géométrie tropicale

[01MR]

2.1 Géométrie analytique : conventions et notations

On fixe pour toute la suite de l’article un corps ultramétrique complet kk  ; sa valeur absolue peut être triviale. On note k∘k^{\circ} son anneau de valuation et k~\tilde{k} son corps résiduel.

[01MS]

2.1.1

Dans ce texte, la notion d’espace kk-analytique sera à prendre au sens de Berkovich, et plus précisément de [8]  ; notons que les espaces définis dans [7] sont ceux qui sont qualifiés de bons dans [8], c’est-à-dire ceux dont tout point admet un voisinage affinoïde, et donc une base de voisinages affinoïdes.

[01MT]

2.1.2

Soit XX un espace kk-analytique.

Pour tout x∈Xx\in X, on note ℋ⁡(x){\mathscr{H}}(x) le corps résiduel complété de xx. On note 𝒪X,x\mathscr{O}_{X,x} l’anneau local de XX en xx  ; lorsque XX est bon, il est noethérien ([8], th. 2.1.4), hensélien ([8], th. 2.1.5) et excellent ([29], th. 2.13).

On pose dk​(x)=deg. tr.​(ℋ⁡(x)~/k~)+dim𝐐(𝐐⊗𝐙(|ℋ​(x)×|/|k×|)).d_{k}(x)=\text{deg. tr.}(\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k})+\dim_{\mathbf{Q}}\left(\mathbf{Q}\otimes_{\mathbf{Z}}(|{\mathscr{H}}(x)^{\times}|/|k^{\times}|)\right).

On a l’égalité dimX=supx∈Xdk​(x)\dim X=\sup_{x\in X}d_{k}(x) (cf. [28], 1.14).

[01MU]

2.1.3 Dimension centrale d’un germe d’espace kk-analytique

Soit (X,x)(X,x) un germe d’espace kk-analytique. La dimension centrale dimcent(X,x)\dim_{\rm cent}(X,x) de (X,x)(X,x) est le minimum, pour VV voisinage analytique de xx dans XX, de la dimension de l’adhérence de Zariski de xx dans VV. Elle est majorée par dk​(x)d_{k}(x) en vertu de ce qui précède.

Lorsque (X,x)(X,x) est bon, on a d’après le corollaire 1.12 de [30] l’égalité

dimcent(X,x)+dimKrull𝒪X,x=dimxX.\dim_{\rm cent}(X,x)+\dim_{\rm Krull}\mathscr{O}_{X,x}=\dim_{x}X.
[01MV]

2.1.4

Soit f:Y→Xf\colon Y\to X un morphisme d’espaces kk-analytiques qui est topologiquement propre, et soit xx un point de XX dont la fibre est de dimension nulle et ne rencontre pas ∂f\partial f. La fibre f−1​(x)f^{-1}(x) étant compacte et de dimension nulle, elle est ensemblistement finie. Soit y∈f−1​(x)y\in f^{-1}(x). Comme ff est de dimension nulle et sans bord en yy, elle est finie en xx ([8], cor. 3.1.10). Il existe donc un voisinage analytique compact WyW_{y} de yy dans YY et un voisinage analytique compact VyV_{y} de xx dans XX tels que ff induise un morphisme fini Wy→VyW_{y}\to V_{y}  ; quitte à restreindre VyV_{y}, on peut supposer qu’il ne rencontre pas les antécédents de xx autres que yy. Posons W=⋂y∈f−1​(x)WyW=\bigcap_{y\in f^{-1}(x)}W_{y}. Par construction, WW est un voisinage analytique compact de xx dans XX tel que f−1​(W)→Wf^{-1}(W)\to W soit fini.

[01MW]

2.1.5

Rappelons ([21], chap. 1, §9, no 10, définition 6, p. 69) qu’un espace topologique XX est dit paracompact s’il est séparé et si tout recouvrement ouvert possède un raffinement qui est localement fini. Un espace compact est paracompact. Une partie fermée d’un espace paracompact est paracompacte.

Un espace localement compact est dit dénombrable à l’infini s’il est réunion dénombrable d’ensembles compacts ; un espace localement compact dénombrable à l’infini est paracompact. Plus généralement, un espace topologique localement compact est paracompact si et seulement si c’est l’espace somme d’une famille d’espaces localement compacts dénombrables à l’infini (loc. cit., théorème 5, p. 70).

Soit XX un espace topologique et soit FF une partie fermée de XX. Nous dirons que FF est fortement paracompacte dans XX si elle possède un voisinage ouvert et paracompact dans XX. Si XX est paracompact, toute partie fermée est évidemment fortement paracompacte.

Toute partie fermée d’un espace topologique XX qui est fortement paracompacte dans XX est paracompacte. Dans l’autre sens, notons le lemme suivant.

[01MX]
\lemmname 2.1.6.

Soit XX un espace analytique. Toute partie compacte de XX possède un voisinage ouvert qui est dénombrable à l’infini. En particulier, toute partie compacte de XX est fortement paracompacte.

[01MY]
Démonstration.

Soit FF une partie compacte de XX. Soit xx un point de FF ; il possède un voisinage ouvert UxU_{x} dans XX qui est ouvert, paracompact et connexe par arcs ([8], remarque 1.2.4 (iii)), donc réunion dénombrable de parties compactes. Puisque FF est compact, il existe une partie finie SS de FF telle que la réunion UU des UxU_{x}, pour x∈Sx\in S, contienne FF. Cet ensemble UU est ouvert dans XX et dénombrable à l’infini. ∎

[01MZ]

2.2 Tores, squelettes, tropicalisations, moments

[01N0]

2.2.1

Dans ce travail, le groupe multiplicatif et ses puissances jouent un rôle fondamental. Rappelons que l’anneau des fonctions algébriques sur l’espace 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} est l’anneau A=k⁡[T1±1,…,Tn±1]A=k[T_{1}^{\pm 1},\dots,T_{n}^{\pm 1}] des polynômes de Laurent à coefficients dans kk en des indéterminées T1,…,TnT_{1},\dots,T_{n}. Le groupe analytique 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}, au sens de Berkovich, est l’ensemble des semi-normes multiplicatives sur cet anneau qui étendent la valeur absolue de kk. Pour éviter le recours à un choix explicite de coordonnées, nous adopterons la convention suivante : nous appellerons tore (de dimension nn) tout groupe analytique isomorphe à une puissance 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} du groupe multiplicatif  ; nos tores sont donc implicitement supposés déployés.

[01N1]

2.2.2

Rappelons que toute fonction analytique inversible sur 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} est algébrique et, plus précisément, est même un monôme, c’est-à-dire de la forme a​T1m1​…​TnmnaT_{1}^{m_{1}}\dots T_{n}^{m_{n}}, où a∈k∗a\in k^{*} et (m1,…,mn)∈𝐙n(m_{1},\dots,m_{n})\in\mathbf{Z}^{n} est un vecteur appelé exposant. (En dimension 1, cet énoncé est le lemme 9.7.1/1 de [14], le cas général en découle par récurrence.)

Le morphisme 𝐆mn→𝐆m\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}} induit par une telle fonction est un homomorphisme de groupes analytiques si et seulement si a=1a=1.

Soit TT un tore. L’ensemble 𝖷⁡(T)\mathsf{X}(T) des caractères de TT, c’est-à-dire des morphismes de groupes analytiques de TT vers 𝐆m\mathbf{G}_{\mathrm{m}}, est un groupe abélien.

On déduit de ce qui précède que tout isomorphisme de TT avec 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} induit un isomorphisme de 𝖷⁡(T)\mathsf{X}(T) avec 𝐙n\mathbf{Z}^{n}  ; on en déduit aussi que si TT et T′T^{\prime} sont deux tores, tout morphisme d’espace kk-analytique de TT vers T′T^{\prime} est affine, i.e. composé d’un morphisme de groupes analytiques et d’une translation  ; c’est donc un morphisme de groupes si et seulement si il envoie l’origine de TT sur l’origine de T′T^{\prime}. Pour cette raison, lorsque nous évoquerons un morphisme entre tores qui n’est pas nécessairement un morphisme de groupes, nous le qualifierons de morphisme affine.

[01N2]

2.2.3 Tropicalisations

On considère le groupe abélien 𝐑+×\mathbf{R}_{+}^{\times} comme un 𝐑\mathbf{R}-espace vectoriel, via l’exponentiation coordonnée par coordonnée  ; le choix d’une base de logarithmes permet d’ailleurs de l’identifier à l’espace 𝐑\mathbf{R}.

Soit TT un tore. Nous noterons TtropT_{\text{trop}} le 𝐑\mathbf{R}-espace vectoriel Hom⁡(𝖷⁡(T),𝐑+×)\operatorname{Hom}(\mathsf{X}(T),\mathbf{R}^{\times}_{+}), que l’on peut identifier à (𝐑+×)n(\mathbf{R}^{\times}_{+})^{n} une fois choisie une trivialisation de TT, ou à 𝐑n\mathbf{R}^{n} si l’on fixe en plus une base de logarithmes. L’espace vectoriel TtropT_{\text{trop}} est appelé tropicalisation du tore TT.

Étant donné un point tt de TT, l’application qui applique un caractère φ∈𝖷⁡(T)\varphi\in\mathsf{X}(T) sur l’élément |φ⁡(t)|\mathopen{|}{\varphi(t)}\mathclose{|} est un élément de TtropT_{\text{trop}} noté trop​(t){\text{trop}}(t). L’application trop:T→Ttrop{\text{trop}}\colon T\rightarrow T_{\text{trop}} ainsi définie est continue.

La formation de TtropT_{\text{trop}} est fonctorielle : tout morphisme affine f:T→T′f\colon T\to T^{\prime} entre tores induit une application affine ftrop:Ttrop→Ttrop′f_{\text{trop}}\colon T_{\text{trop}}\to T^{\prime}_{\text{trop}} telle que le diagramme

T\textstyle{T\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}f\scriptstyle{f}T′\textstyle{T^{\prime}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}Ttrop\textstyle{T_{\text{trop}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}ftrop\scriptstyle{f_{\text{trop}}}Ttrop′\textstyle{T^{\prime}_{\text{trop}}}

commute.

[01N3]

2.2.4 Squelette de 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}

L’application de tropicalisation 𝐆mn→(𝐆mn)trop\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}\to(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})_{\text{trop}} possède une section continue naturelle (𝐆mn)trop→𝐆mn(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})_{\text{trop}}\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}, définie comme suit : elle envoie un point r=(r1,…,rn)∈(𝐆mn)trop=(𝐑+×)nr=(r_{1},\dots,r_{n})\in(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})_{\text{trop}}=(\mathbf{R}+^{\times})^{n} sur le point ηr\eta_{r} de 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} défini par la semi-norme qui applique le polynôme de Laurent

f=∑m∈𝐙nam​T1m1​…​Tnmnf=\sum_{m\in\mathbf{Z}^{n}}a_{m}T_{1}^{m_{1}}\dots T_{n}^{m_{n}}

sur

maxm∈𝐙n⁡|am|​r1m1​…​rnmn.\max_{m\in\mathbf{Z}^{n}}\mathopen{|}{a_{m}}\mathclose{|}r_{1}^{m_{1}}\dots r_{n}^{m_{n}}.

Son image est appelée squelette de 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} et est notée S⁡(𝐆mn)S(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}).

Canonicité du squelette. On peut caractériser S⁡(𝐆mn)S(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}) comme l’ensemble des points de 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} maximaux pour la relation ≤\leq définie comme suit : x≤yx\leq y si et seulement si |f⁡(x)|≤|f⁡(y)|\mathopen{|}{f(x)}\mathclose{|}\leq\mathopen{|}{f(y)}\mathclose{|} pour toute fonction analytique ff sur 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}.

En effet, soit x∈𝐆mnx\in\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}. Pour tout ii, on pose ri=Ti​(x)r_{i}=T_{i}(x), et l’on note rr le nn-uplet (r1,…,rn)(r_{1},\ldots,r_{n}). Soit f=∑m∈𝐙nam​T1m1​…​Tnmnf=\sum_{m\in\mathbf{Z}^{n}}a_{m}T_{1}^{m_{1}}\dots T_{n}^{m_{n}} une fonction analytique sur 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}. On a

|f⁡(x)|≤maxm∈𝐙n⁡|am|​r1m1​…​rnmn=|f⁡(ηr)|.|f(x)|\leq\max_{m\in\mathbf{Z}^{n}}\mathopen{|}{a_{m}}\mathclose{|}r_{1}^{m_{1}}\dots r_{n}^{m_{n}}=\mathopen{|}{f(\eta_{r})}\mathclose{|}.

En conséquence, x≤ηrx\leq\eta_{r}  ; en particulier, si xx est maximal alors x=ηrx=\eta_{r}.

Ainsi, tout point maximal appartient à S⁡(𝐆mn)S(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}). Réciproquement, soit r∈(𝐑+×)nr\in(\mathbf{R}^{\times}_{+})^{n} et soit x≥ηrx\geq\eta_{r}. Pour tout ii, on pose si=|Ti​(x)|s_{i}=|T_{i}(x)|, et l’on note ss le nn-uplet (s1,…,sn)(s_{1},\ldots,s_{n}). Par ce qui précède, x≤ηsx\leq\eta_{s}  ; a fortiori, ηr≤ηs\eta_{r}\leq\eta_{s}. En appliquant cette inégalité à TiT_{i} et Ti−1T_{i}^{-1} pour tout ii, il vient r=sr=s. Ainsi ηr≤x≤ηr\eta_{r}\leq x\leq\eta_{r} et x=ηrx=\eta_{r}. Par conséquent, ηr\eta_{r} est maximal.

On en déduit que si σ\sigma est un automorphisme d’espace analytique de 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} alors σ⁡(S⁡(𝐆mn))=S⁡(𝐆mn)\sigma(S(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}))=S(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}). Notons qu’il n’y a pas besoin de supposer que σ\sigma agit non trivialement sur le corps kk, il peut par exemple provenir d’une action galoisienne.

[01N4]

2.2.5 Squelette d’un tore

Soit TT un tore et soit f:𝐆mn→Tf\colon\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}\to T un isomorphisme. En vertu de ce qui précède, le fermé f⁡(S⁡(𝐆mn))f(S(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})) de TT ne dépend pas de ff.

On l’appelle le squelette de TT et on le note S⁡(T)S(T). L’application naturelle T→TtropT\to T_{\text{trop}} induct un homéomorphisme S⁡(T)≃TtropS(T)\simeq T_{\text{trop}}. Si PP est un sous-ensemble de TtropT_{\text{trop}}, on notera PsqP_{\mathrm{sq}} le sous-ensemble de S⁡(T)S(T) qui lui correspond via cet homéomorphisme.

[01N5]
\definame 2.2.6.

Soit XX un espace kk-analytique  ; on appelle moment sur XX un morphisme de XX vers un tore.

Soit f:X→Tf\colon X\to T un moment sur un espace kk-analytique XX. On désignera par ftrop:X→Ttropf_{\text{trop}}\colon X\rightarrow T_{\text{trop}} l’application composée X→T→TtropX\to T\to T_{\text{trop}}. On dira que l’application ftropf_{\text{trop}} est la tropicalisation de ff  ; c’est une application continue.

[01N6]
\remaname 2.2.7.

Si f:T→T′f\colon T\to T^{\prime} est un morphisme affine entre tores, la notation ftropf_{\text{trop}} désigne donc aussi bien l’application induite Ttrop→Ttrop′T_{\text{trop}}\to T^{\prime}_{\text{trop}} que sa composée T→T′→Ttrop′T\to T^{\prime}\to T^{\prime}_{\text{trop}} avec l’application de tropicalisation de TT. Cette ambiguïté n’aura, en pratique, guère de conséquences.

[01N7]

2.3 Les tropicalisations sont des polytopes

[01N8]

2.3.1 Une convention.

Soit TT et T′T^{\prime} deux tores. Les 𝐑\mathbf{R}-espace vectoriels TtropT_{\text{trop}} et Ttrop′T^{\prime}_{\text{trop}} sont égaux respectivement à Hom⁡(𝖷⁡(T),𝐑+×)\operatorname{Hom}(\mathsf{X}(T),\mathbf{R}^{\times}_{+}) et Hom⁡(𝖷⁡(T′),𝐑+×)\operatorname{Hom}(\mathsf{X}(T^{\prime}),\mathbf{R}^{\times}_{+}).

On dispose par conséquent d’un isomorphisme naturel

Hom𝐑−lin⁡(Ttrop,Ttrop′)≃Hom⁡(𝖷′​(T),𝖷⁡(T))⊗𝐙𝐑.\operatorname{Hom}_{\mathbf{R}-\text{lin}}(T_{\text{trop}},T^{\prime}_{\text{trop}})\simeq\operatorname{Hom}(\mathsf{X}^{\prime}(T),\mathsf{X}(T))\otimes_{\mathbf{Z}}\mathbf{R}.

Notons que dans le cas particulier où T′=𝐆mT^{\prime}=\mathbf{G}_{\mathrm{m}}, on a Ttrop′=𝐑+×T^{\prime}_{\text{trop}}=\mathbf{R}^{\times}_{+} d’où un isomorphisme naturel

Hom𝐑−lin⁡(Ttrop,𝐑+×)≃𝖷⁡(T)⊗𝐙𝐑.\operatorname{Hom}_{\mathbf{R}-\text{lin}}(T_{\text{trop}},\mathbf{R}^{\times}_{+})\simeq\mathsf{X}(T)\otimes_{\mathbf{Z}}\mathbf{R}.

Désormais, et sauf mention expresse du contraire :

  • —

    une cellule de TtropT_{\text{trop}} sera toujours une cellule « à pentes rationnelles », c’est-à-dire définie comme une intersection de demi-espaces fermés décrits par des inégalités de la forme φ≤a\varphi\leq a, où φ∈𝖷⁡(T)⊂Hom𝐑−lin⁡(Ttrop,𝐑+×)\varphi\in\mathsf{X}(T)\subset\operatorname{Hom}_{\mathbf{R}-\text{lin}}(T_{\text{trop}},\mathbf{R}^{\times}_{+}) et où a∈𝐑+×a\in\mathbf{R}^{\times}_{+}  ;

  • —

    un polytope de TtropT_{\text{trop}} sera toujours une union finie de cellules à pentes rationnelles, et une décomposition cellulaire d’un polytope de TtropT_{\text{trop}} sera toujours constituée de cellules à pentes rationnelles  ;

  • —

    une application Ttrop→Ttrop′T_{\text{trop}}\to T^{\prime}_{\text{trop}} sera dite affine si elle est composée d’une translation et d’une application appartenant à Hom⁡(𝖷⁡(T′),𝖷⁡(T))⊗𝐐\operatorname{Hom}(\mathsf{X}(T^{\prime}),\mathsf{X}(T))\otimes\mathbf{Q}.

  • —

    une application continue ff d’un polytope PP de TtropT_{\text{trop}} vers Ttrop′T^{\prime}_{\text{trop}} sera dite linéaire par morceaux s’il existe une décomposition cellulaire 𝒞\mathscr{C} de PP telle que la restriction de ff à chaque cellule de 𝒞\mathscr{C} s’étende en une application affine de TtropT_{\text{trop}} vers Ttrop′T^{\prime}_{\text{trop}}.

Nous parlerons également à l’occasion de cellule et de polytope de S⁡(T)S(T), d’application affine de S⁡(T)S(T) vers S⁡(T′)S(T^{\prime}), et d’application linéaire par morceaux d’un polytope de S⁡(T)S(T) vers S⁡(T′)S(T^{\prime}) ou vers Ttrop′T^{\prime}_{\text{trop}} : ces notions sont simplement déduites des notions correspondantes sur TtropT_{\text{trop}} et Ttrop′T^{\prime}_{\text{trop}} via les homéomorphisme naturels S⁡(T)≃TtropS(T)\simeq T_{\text{trop}} et S⁡(T′)≃S​(T′)tropS(T^{\prime})\simeq S(T^{\prime})_{\text{trop}}.

[01N9]

2.3.2 Tropicalisations : le cas global.

Soit XX un espace kk-analytique compact et soit f:X→Tf:X\to T un moment  ; soit nn la dimension de XX.

Le compact ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) est alors un polytope de TtropT_{\text{trop}} de dimension ≤n\leq n  ; ce résultat a été établi par Berkovich dans le cas où XX est G-localement algébrisable, cf. [9], cor. 6.2.2. Pour le cas général, on pourra se reporter à [27], §3.30 ou à [31], th. 3.2.

Le théorème 3.2 de [31] assure également que ftrop​(∂X)f_{\text{trop}}(\partial X) est contenu dans un polytope de dimension ≤n−1\leq n-1, et est lui-même un polytope de dimension ≤n−1\leq n-1 si XX est affinoïde.

[01NA]

2.3.3 Tropicalisations : le cas local

Soit XX un espace kk-analytique et soit xx un point de XX. Soit f:X→Tf\colon X\to T un moment  ; posons ξ=ftrop​(x)\xi=f_{\text{trop}}(x), et notons nn la dimension de TT.

En vertu du théorème 3.3 de [31], il existe un voisinage analytique compact UU de xx dans XX qui possède la propriété suivante : pour tout voisinage analytique compact VV de xx dans UU, les germes de polytopes (ftrop​(U),ξ)(f_{\text{trop}}(U),\xi) et (ftrop​(V),ξ)(f_{\text{trop}}(V),\xi) coïncident. La dimension dd de ftrop​(U)f_{\text{trop}}(U) en ξ\xi ne dépend pas du choix de UU et est appelée la dimension tropicale de ff en xx.

Le théorème 3.3 de [31] affirme également que si x∉∂Xx\notin\partial X alors ftrop​(U)f_{\text{trop}}(U) est purement de dimension dd en ξ\xi ; et que si de plus d=nd=n alors ftrop​(U)f_{\text{trop}}(U) est un voisinage de ξ\xi dans TtropT_{\text{trop}}.

Par ailleurs, il donne une majoration (dans le cas général) et une expression explicite (dans le cas sans bord) de l’entier dd en fonction d’invariants mettant en jeu le corps résiduel gradué de ℋ⁡(x){\mathscr{H}}(x) – c’est une notion introduite par Temkin dans [53] dont nous n’aurons pas besoin ici. À l’aide de [31], (0.12) et (0.13), il en découle notamment les faits suivants :

  • —

    L’entier dd est majoré par dk​(x)d_{k}(x)  ;

  • —

    Si d=nd=n, alors f⁡(x)∈S⁡(T)f(x)\in S(T)  ;

  • —

    Inversement, si f⁡(x)∈S⁡(T)f(x)\in S(T) et si de plus x∉∂Xx\notin\partial X, alors d=nd=n.

[01NB]

2.3.4 Images réciproques du squelette

Soit XX un espace kk-analytique de dimension nn, et soit f1:X→T1f_{1}\colon X\to T_{1},…, fm:X→Tmf_{m}\colon X\to T_{m} des moments sur XX, où les tores TiT_{i} sont tous de dimension nn.

Soit Σ\Sigma la réunion des fi−1​(S⁡(Ti))f_{i}^{-1}(S(T_{i})). Il résulte du théorème 5.1 de [31] que Σ\Sigma possède une structure naturelle d’espace linéaire par morceaux, qui peut être définie uniquement à l’aide de la structure analytique de XX, sans référence à l’écriture de Σ\Sigma comme réunion des fi−1​(S⁡(Ti))f_{i}^{-1}(S(T_{i})).

Nous n’allons pas dire ici précisément ce que nous entendons par espace linéaire par morceaux  ; nous renvoyons le lecteur intéressé au chapitre 1 de [9] ou au chapitre 0 de [31]. Indiquons simplement que si YY est un domaine analytique compact de XX, il existe un recouvrement de Σ∩Y\Sigma\cap Y par une famille finie (Pj)(P_{j}) de compacts satisfaisant les conditions suivantes.

  • —

    Pour tout jj, il existe un moment φj\varphi_{j} défini sur un domaine analytique de YY contenant PjP_{j}, à valeurs dans 𝐆mNj\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N_{j}} pour un certain entier NjN_{j}, et tel que φj,trop\varphi_{j,{\text{trop}}} identifie PjP_{j} à un polytope de 𝐆m,tropNj{\bf G}_{m,{\text{trop}}}^{N_{j}}  ;

  • —

    Pour tout (j1,j2)(j_{1},j_{2}), l’intersection Pj1∩Pj2P_{j_{1}}\cap P_{j_{2}} s’identifie via φj1,trop\varphi_{j_{1},{\text{trop}}} à un polytope de 𝐆m,tropNj1{\bf G}_{m,{\text{trop}}}^{N_{j_{1}}}, et via φj2,trop\varphi_{j_{2},{\text{trop}}} à un polytope de 𝐆m,tropNj2{\bf G}_{m,{\text{trop}}}^{N_{j_{2}}}  ;

  • —

    Pour toute fonction analytique inversible ff sur YY et tout indice jj, l’application composée

    φj,trop​(Pj)≃Pj→|f|𝐑+×\varphi_{j,{\text{trop}}}(P_{j})\simeq P_{j}\stackrel{{\scriptstyle|f|}}{{\rightarrow}}\mathbf{R}^{\times}_{+}

    est linéaire par morceaux.

[01NC]

2.4 Squelettes, degrés et tropicalisations

[01ND]

2.4.1 Squelettes et isogénies

Soit f:T→T′f\colon T\to T^{\prime} un morphisme affines et à fibres finies entre tores de même dimension nn  ; en d’autres termes, ff est composée d’une isogénie et d’une translation. Le morphisme ff est fini, plat et surjectif, et l’application affine ftropf_{\text{trop}} est bijective.

Soit x∈Tx\in T, soit dd la dimension tropicale de idT\operatorname{id}_{T} en xx, et soit δ\delta la dimension tropicale de idT′\operatorname{id}_{T^{\prime}} en f⁡(x)f(x).

Soit VV un voisinage affinoïde de xx dans TT tel que l’image VtropV_{\text{trop}} de VV dans TtropT_{\text{trop}} soit de dimension dd. Le polytope ftrop​(Vtrop)f_{\text{trop}}(V_{\text{trop}}) est de dimension dd, et coïncide avec f​(V)tropf(V)_{\text{trop}}.

Comme ff est fini et plat, il est ouvert, et f⁡(V)f(V) est donc un voisinage de f⁡(x)f(x). La dimension de f​(V)tropf(V)_{\text{trop}} est par conséquent supérieure ou égale à δ\delta  ; ainsi, d≥δd\geq\delta.

Soit WW un voisinage affinoïde de f⁡(x)f(x) dans T′T^{\prime} tel que WtropW_{\text{trop}} soit de dimension δ\delta. Comme ff est surjective, f−1​(W)f^{-1}(W) se surjecte sur WW et l’on a donc l’égalitéftrop​(f−1​(W)trop)=Wtropf_{\text{trop}}(f^{-1}(W)_{\text{trop}})=W_{\text{trop}}  ; il s’ensuit que f−1​(W)tropf^{-1}(W)_{\text{trop}} est de dimension δ\delta. Comme c’est un voisinage de xx, sa dimension est supérieure ou égale à dd  ; on a ainsi δ≥d\delta\geq d, d’où finalement l’égalité d=δd=\delta.

Il en résulte que d=nd=n si et seulement si δ=n\delta=n, c’est-à-dire que x∈S⁡(T)x\in S(T) si et seulement si f⁡(x)∈S⁡(T′)f(x)\in S(T^{\prime}). Autrement dit, S⁡(T)=f−1​(S⁡(T′))S(T)=f^{-1}(S(T^{\prime})).

On dispose dès lors d’un diagramme commutatif

    S⁡(T)       f                     S⁡(T′)              Ttrop       ftrop          Ttrop′    .\vbox{\lx@xy@svg{\hbox{\raise 0.0pt\hbox{\kern 14.19275pt\hbox{\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\hbox{\vtop{\halign{\entry@#!@&&\entry@@#!@\cr&\cr&\crcr}}}\ignorespaces{\hbox{\kern-13.85938pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\raise-2.5pt\hbox{$\textstyle{S(T)\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}$}}}}}}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 13.85939pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 21.3854pt\raise 6.1111pt\hbox{{}\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise-1.75pt\hbox{$\scriptstyle{f}$}}}\kern 3.0pt}}}}}}\ignorespaces{\hbox{\kern 38.19275pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{\lx@xy@tip{1}\lx@xy@tip{-1}}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 0.0pt\raise-8.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces{\hbox{\kern 0.0pt\raise-24.68451pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{\lx@xy@tip{1}\lx@xy@tip{-1}}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\kern 38.19275pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\raise-2.5pt\hbox{$\textstyle{S(T^{\prime})\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}$}}}}}}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 53.45491pt\raise-8.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces{\hbox{\kern 53.45491pt\raise-24.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{\lx@xy@tip{1}\lx@xy@tip{-1}}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\kern-14.19275pt\raise-32.01782pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\raise-2.5pt\hbox{$\textstyle{T_{\text{trop}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}$}}}}}}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 14.19275pt\raise-32.01782pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 14.8506pt\raise-25.60117pt\hbox{{}\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise-1.44444pt\hbox{$\scriptstyle{f_{\text{trop}}}$}}}\kern 3.0pt}}}}}}\ignorespaces{\hbox{\kern 39.26216pt\raise-32.01782pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{\lx@xy@tip{1}\lx@xy@tip{-1}}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\kern 39.26216pt\raise-32.01782pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\raise-2.5pt\hbox{$\textstyle{T^{\prime}_{\text{trop}}}$}}}}}}}\ignorespaces\ignorespaces}}}}}.

Les flèches verticales et la flèche horizontale du bas étant une bijection affine, ff induit une bijection affine S⁡(T)≃S⁡(T′)S(T)\simeq S(T^{\prime}).

[01NE]

2.4.2 Morphisme finis et plats au-dessus d’un sous-ensemble du but

Commençons par quelques conventions de vocabulaire. Soit f:Y→Xf\colon Y\to X un morphisme entre espaces kk-analytiques et soit x∈Xx\in X. On dira que ff est fini et plat au-dessus de xx s’il existe un voisinage analytique VV de xx tel que f−1​(V)→Vf^{-1}(V)\to V soit fini et plat. On peut alors toujours choisir un tel VV connexe  ; le degré de f−1​(V)→Vf^{-1}(V)\to V ne dépend dès lors pas du choix de VV, et on l’appelle le degré de ff au-dessus de xx. Il s’ensuit que l’ensemble des points de XX au-dessus desquels ff est fini et plat est un ouvert, sur lequel le degré est localement constant.

Soit x∈Xx\in X un point au-dessus duquel ff est fini et plat, et soit VV un voisinage analytique de xx dans XX tel que f−1​(V)→Vf^{-1}(V)\to V soit fini et plat. Soit UU un ouvert de XX contenant f−1​(x)f^{-1}(x). Il existe un voisinage analytique WW de xx dans VV tel que f−1​(W)⊂f−1​(V)∩Uf^{-1}(W)\subset f^{-1}(V)\cap U, par propreté topologique de f−1​(V)→Vf^{-1}(V)\to V  ; par conséquent, f|Uf|_{U} est fini et plat au-dessus de xx, de même degré que Y→XY\to X.

Remarquons que ff est fini et plat de degré nul au-dessus de xx si et seulement si il existe un voisinage analytique VV de xx dans XX tel que f−1​(V)=∅f^{-1}(V)=\emptyset  ; c’est donc le cas si et seulement si x∉f⁡(Y)¯x\notin\overline{f(Y)}.

Soit Σ\Sigma un sous-ensemble de XX. On dira que ff est fini et plat au-dessus de Σ\Sigma s’il est fini et plat au-dessus de tout point de Σ\Sigma. Si c’est le cas et si Σ\Sigma est connexe et non vide, le degré de ff au-dessus au-dessus d’un point xx de Σ\Sigma ne dépend pas de xx et sera appelé le degré de ff au-dessus de Σ\Sigma.

Soit UU un ouvert de XX contenant f−1​(Σ)f^{-1}(\Sigma). En vertu de ce qui précède, si ff est fini et plat au-dessus de Σ\Sigma, il en va de même de f|Uf|_{U}, et dans le cas où Σ\Sigma est en plus connexe et non vide, le degré de f|Uf|_{U} au-dessus de Σ\Sigma est égal à celui de ff.

[01NF]

2.4.3 Un exemple

Soit XX un espace kk-analytique compact de dimension dd, soit TT un tore de dimension dd, et soit f:X→Tf\colon X\to T un morphisme. Soit t∈S⁡(T)t\in S(T).

La fibre f−1​(t)f^{-1}(t) est finie et purement de dimension nulle. En effet, soit x∈f−1​(t)x\in f^{-1}(t). On a d≥dk​(x)≥dk​(t)=dd\geq d_{k}(x)\geq d_{k}(t)=d. Par conséquent, dk​(x)=dk​(t)=dd_{k}(x)=d_{k}(t)=d, ce qui entraîne que dℋ⁡(t)​(x)=0d_{{\mathscr{H}}(t)}(x)=0  ; ainsi, f−1​(t)f^{-1}(t) est purement de dimension nulle. C’est alors un sous-ensemble fermé et discret, et partant fini, du compact XX.

Supposons que f−1​(t)∩∂X=∅f^{-1}(t)\cap\partial X=\emptyset. Le morphisme ff est alors fini et plat au-dessus de tt. En effet, soit x∈f−1​(t)x\in f^{-1}(t). Comme ff est de dimension nulle et sans bord en xx, elle est finie en xx ([8], cor. 3.1.10). Il existe donc un voisinage affinoïde VxV_{x} de xx dans XX et un voisinage affinoïde WxW_{x} de tt dans TT tels que ff induise un morphisme fini Vx→WxV_{x}\to W_{x}  ; quitte à restreindre VxV_{x}, on peut supposer qu’il ne rencontre pas les antécédents de tt autres que xx. Posons W=⋂x∈f−1​(t)WxW=\bigcap_{x\in f^{-1}(t)}W_{x}. Par construction, WW est un voisinage affinoïde de tt dans TT tel que f−1​(W)→Wf^{-1}(W)\to W soit fini.

Par ailleurs, l’anneau local 𝒪T,t\mathscr{O}_{T,t} est un corps (cf. par exemple [31], 0.19)  ; il s’ensuit que ff est fini et plat au-dessus de tt, comme annoncé.

Soit Σ\Sigma l’image réciproque de S⁡(T)S(T) par ff. Comme ftrop​(∂X)f_{\text{trop}}(\partial X) est contenu dans un polytope de TtropT_{\text{trop}} de dimension au plus d−1d-1, le compact f⁡(∂X∩Σ)f(\partial X\cap\Sigma) est contenu dans un polytope Δ\Delta de S⁡(T)S(T) de dimension au plus d−1d-1.

Pour tout t∈S⁡(T) Δt\in S(T)\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}\Delta l’application ff est finie et plate au-dessus de tt en vertu de ce qui précède, puisque f−1​(t)f^{-1}(t) est contenu dans X−∂XX-\partial X. Autrement dit, ff est fini et plat au-dessus de S⁡(T) ΔS(T)\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}\Delta.

[01NG]

2.4.4 Degrés et tropicalisations

Soit XX un espace kk-analytique de dimension dd, soit TT un tore de dimension quelconque et soit T′T^{\prime} un tore de dimension dd  ; on se donne un moment f:X→Tf\colon X\to T et un morphisme affine surjectif p:T→T′p\colon T\to T^{\prime}. Comme XX est compact, ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) est un polytope compact de TtropT_{\text{trop}} de dimension au plus dd, et ftrop​(∂X)f_{\text{trop}}(\partial X) est contenu dans un polytope compact de dimension au plus d−1d-1.

Soit QQ un ouvert connexe et non vide de Ttrop′T^{\prime}_{\text{trop}} contenu dans (p∘f)trop​(X)(p\circ f)_{\text{trop}}(X) et ne rencontrant pas (p∘f)trop​(∂X)(p\circ f)_{\text{trop}}(\partial X)  ; remarquons qu’il existe une décomposition cellulaire de (p∘f)trop​(X)(p\circ f)_{\text{trop}}(X) dont toutes les cellules ouvertes de dimension dd satisfont cette propriété. Soit (Pi)(P_{i}) la famille des composantes connexes de ptrop−1​(Q)p_{\text{trop}}^{-1}(Q).

L’ouvert QQ ne rencontrant pas (p∘f)trop​(∂X)(p\circ f)_{\text{trop}}(\partial X), l’ouvert QsqQ_{\mathrm{sq}} de S⁡(T′)S(T^{\prime}) ne rencontre pas p∘f⁡(∂X)p\circ f(\partial X), et p∘fp\circ f est dès lors fini et plat au-dessus de QsqQ_{\mathrm{sq}}, qui est connexe et non vide. Soit dd le degré de p∘fp\circ f au-dessus de QsqQ_{\mathrm{sq}}.

L’ouvert (p∘f)trop−1​(Q)(p\circ f)_{\text{trop}}^{-1}(Q) de XX contient (p∘f)−1​(Qsq)(p\circ f)^{-1}(Q_{\mathrm{sq}})  ; il est donc fini et plat de degré dd au-dessus de QsqQ_{\mathrm{sq}}.

On a ptrop−1​(Q)=∐Pip_{\text{trop}}^{-1}(Q)=\coprod P_{i}  ; il vient (p∘f)trop−1​(Q)=∐ftrop−1​(Pi)(p\circ f)_{\text{trop}}^{-1}(Q)=\coprod f_{\text{trop}}^{-1}(P_{i}), chacun d’eux étant ouvert et fermé dans ptrop−1​(Q)p_{\text{trop}}^{-1}(Q). Par conséquent, ftrop−1​(Pi)f_{\text{trop}}^{-1}(P_{i}) est pour tout ii fini et plat au-dessus de QsqQ_{\mathrm{sq}}  ; notons did_{i} le degré correspondant. L’égalité ptrop−1​(Q)=∐Pip_{\text{trop}}^{-1}(Q)=\coprod P_{i} implique que les did_{i} sont presque tous nuls et que d=∑did=\sum d_{i}.

Fixons ii. L’entier did_{i} est alors nul si et seulement si ptrop​(Pi)≠Qp_{\text{trop}}(P_{i})\neq Q.

En effet, supposons que di≠0d_{i}\neq 0  ; dans ce cas, tout point de QsqQ_{\mathrm{sq}} a au moins un antécédent dans ftrop−1​(Pi)f^{-1}_{\text{trop}}(P_{i}), d’où il découle que (p∘f)trop​(ftrop−1​(Pi))=Q(p\circ f)_{\text{trop}}(f^{-1}_{\text{trop}}(P_{i}))=Q, puis que ptrop​(Pi)=Qp_{\text{trop}}(P_{i})=Q, d’où la surjectivité de Pi→QP_{i}\to Q.

Réciproquement, supposons que PiP_{i} se surjecte sur QQ. Il existe alors nécessairement une cellule CC de TtropT_{\text{trop}} de dimension dd, contenue dans ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X), s’envoyant injectivement dans Ttrop′T^{\prime}_{\text{trop}} et rencontrant PiP_{i}. Il existe dès lors un polytope compact non vide PP de dimension dd contenu dans PiP_{i} et tel que P≃ptrop​(P)P\simeq p_{\text{trop}}(P). Appelons WW le compact ftrop−1​(P)f_{\text{trop}}^{-1}(P). Comme PP est contenu dans ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) on a ftrop​(W)=Pf_{\text{trop}}(W)=P  ; par conséquent, (p∘f)trop​(W)=ptrop​(P)(p\circ f)_{\text{trop}}(W)=p_{\text{trop}}(P) est un polytope de dimension dd. Si la dimension tropicale de (p∘f)|W(p\circ f)|_{W} en tout point de WW était majorée par d−1d-1 le polytope (p∘f)trop​(W)(p\circ f)_{\text{trop}}(W) serait de dimension au plus d−1d-1, ce qui est contradictoire. Il existe donc un point de WW en lequel la dimension tropicale de (p∘f)|W(p\circ f)|_{W} est égale à dd  ; il en résulte que (p∘f)​(W)(p\circ f)(W) rencontre S⁡(T′)S(T^{\prime}). Compte-tenu du fait que (p∘f)trop​(W)=ptrop​(P)⊂Q(p\circ f)_{\text{trop}}(W)=p_{\text{trop}}(P)\subset Q, il s’ensuit que (p∘f)​(W)(p\circ f)(W) rencontre QsqQ_{\mathrm{sq}}. Ainsi, il existe un point x∈Qsqx\in Q_{\mathrm{sq}} dont la fibre rencontre W⊂ftrop−1​(Pi)W\subset f_{\text{trop}}^{-1}(P_{i})  ; le degré de ftrop−1​(Pi)f_{\text{trop}}^{-1}(P_{i}) au-dessus de xx est donc non nul, ce qu’il fallait démontrer.

Changement de paramétrage au but. Donnons-nous un tore T′′T^{\prime\prime} de dimension dd et un morphisme affine et surjectif q:T′→T′′q\colon T^{\prime}\to T^{\prime\prime}. Un tel morphisme est fini et plat  ; notons ee son degré. L’application qtrop:Ttrop′→Ttrop′′q_{\text{trop}}\colon T^{\prime}_{\text{trop}}\to T^{\prime\prime}_{\text{trop}} est alors une bijection affine, q−1​(S⁡(T′′))q^{-1}(S(T^{\prime\prime})) s’identifie à S⁡(T′)S(T^{\prime}) et S⁡(T′)→S⁡(T′′)S(T^{\prime})\to S(T^{\prime\prime}) est un homéomorphisme (2.4.1).

Soit RR l’image de QQ par la bijection affine qtropq_{\text{trop}}. Si z∈Rsqz\in R_{\mathrm{sq}} alors zz a un unique antécédent xx sur T′T^{\prime}, qui est situé sur S⁡(T′)S(T^{\prime}) et par conséquent sur QsqQ_{\mathrm{sq}}  ; le morphisme qq est fini et plat de degré ee en xx. Il s’ensuit que XX est fini et plat de degré d​ede au-dessus de RsqR_{\mathrm{sq}}  ; par le même raisonnement, ftrop−1​(Pi)f_{\text{trop}}^{-1}(P_{i}) est fini et plat de degré di⋅ed_{i}\cdot e sur RsqR_{\mathrm{sq}}.

[01NH]

§ 3 Formes différentielles réelles en géométrie ultramétrique

[01NI]

3.1 Formes de type (p,q)(p,q) sur un espace analytique

[01NJ]

3.1.1

Soit XX un espace kk-analytique. On appelle carte tropicale sur XX la donnée d’un moment f:X→Tf\colon X\rightarrow T sur XX et d’un polytope compact PP de TtropT_{\text{trop}} qui contient ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X). Les cartes tropicales sur XX forment une catégorie (essentiellement) petite, un morphisme d’une carte tropicale (f:X→T,P)(f\colon X\rightarrow T,P) dans une autre (f′:X→T′,P′)(f^{\prime}\colon X\rightarrow T^{\prime},P^{\prime}) étant un morphisme de tores q:T→T′q\colon T\rightarrow T^{\prime} tel que f′=q∘ff^{\prime}=q\circ f et qtrop​(P)⊂P′q_{\text{trop}}(P)\subset P^{\prime}.

[01NK]

3.1.2

Fixons une classe admissible ℱ\mathscr{F} de fonctions numériques. Pour tout ouvert UU de XX et tout couple (p,q)(p,q) d’entiers naturels, notons ℱpfp,q​(U)\mathscr{F}_{\text{pf}}^{p,q}(U) la limite inductive des espaces ℱPp,q​(P)\mathscr{F}^{p,q}_{P}(P), lorsque (f:U→T,P)(f\colon U\to T,P) parcourt l’ensemble des cartes tropicales sur UU.

Lorsque UU parcourt l’ensemble des ouverts de XX, les espaces ℱpfp,q​(U)\mathscr{F}_{\text{pf}}^{p,q}(U) définissent un préfaisceau sur XX  ; le faisceau associé ℱXp,q\mathscr{F}_{X}^{p,q}, est appelé le faisceau des formes de type (p,q)(p,q) sur XX à coefficients dans ℱ\mathscr{F}  ; lorsque ℱ=𝒜\mathscr{F}=\mathscr{A}, on parle de forme lisse.

Soit UU un ouvert de XX et soit (f:U→T,P)(f\colon U\to T,P) une carte tropicale sur UU. Toute forme α\alpha appartenant à ℱPp,q​(P)\mathscr{F}^{p,q}_{P}(P) définit un élément de ℱpfp,q​(U)\mathscr{F}^{p,q}_{\text{pf}}(U), puis une forme appartenant à ℱXp,q​(U)\mathscr{F}^{p,q}_{X}(U)  ; celle-ci sera notée f∗​αf^{*}\alpha.

Supposons que dim(X)<max⁡(p,q)\dim(X)<\max(p,q). Le faisceau ℱXp,q\mathscr{F}_{X}^{p,q} est alors nul. En effet, soit UU un ouvert de XX, soit (f:U→T,P)(f\colon U\to T,P) une carte tropicale sur UU, et soit α\alpha une forme de type (p,q)(p,q) sur PP à coefficients dans ℱ\mathscr{F}. Nous allons montrer que f∗​αf^{*}\alpha est nulle au voisinage de tout point de UU, ce qui suffira à conclure.

Soit x∈Ux\in U et soit VV un voisinage analytique compact de xx dans UU. La carte tropicale (f|V̊:V̊→T,P)(f|_{\mathring{V}}\colon\mathring{V}\to T,P) se factorise par (f|V̊:V̊→T,ftrop(V))(f|_{\mathring{V}}\colon\mathring{V}\to T,f_{\text{trop}}(V)).

Par conséquent, f∗​α|V̊=(f|V̊)∗​(α|ftrop​(V))f^{*}\alpha|_{\mathring{V}}=(f|_{\mathring{V}})^{*}(\alpha|_{f_{\text{trop}}(V)}).

La dimension de ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) est majorée par celle de XX, et est donc strictement inférieure à max⁡(p,q)\max(p,q). Par conséquent, ℱftrop​(V)p,q=0\mathscr{F}^{p,q}_{f_{\text{trop}}(V)}=0  ; dès lors, α|ftrop​(V)=0\alpha|_{f_{\text{trop}}(V)}=0 et f∗​α|V̊=0f^{*}\alpha|_{\mathring{V}}=0, ce qui achève la démonstration.

[01NL]

3.1.3

Le faisceau 𝒜X:=𝒜X0,0\mathscr{A}_{X}:=\mathscr{A}^{0,0}_{X} est un faisceau en 𝐑\mathbf{R}-algèbres de fonctions numériques sur XX, que l’on appelle les fonctions lisses. Ses sections sur un ouvert UU sont les fonctions réelles sur XX qui s’écrivent localement sur UU sous la forme φ⁡(log⁡|f1|,…,log⁡|fn|)\varphi(\log\mathopen{|}{f_{1}}\mathclose{|},\ldots,\log\mathopen{|}{f_{n}}\mathclose{|}) où les fif_{i} sont des fonctions holomorphes inversibles et où φ\varphi est une fonction 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty} définie sur un ouvert de 𝐑n\mathbf{R}^{n} contenant l’image de l’application (log⁡|f1|,…,log⁡|fn|)(\log\mathopen{|}{f_{1}}\mathclose{|},\dots,\log\mathopen{|}{f_{n}}\mathclose{|}).

[01NM]

3.1.4

Les faisceaux 𝒜Xp,q\mathscr{A}_{X}^{p,q} sont des 𝒜X\mathscr{A}_{X}-modules.

Ils sont naturellement munis de différentielles d′:𝒜Xp,q→𝒜Xp+1,q\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\colon\mathscr{A}_{X}^{p,q}\rightarrow\mathscr{A}_{X}^{p+1,q} et d′′:𝒜Xp,q→𝒜Xp,q+1\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\colon\mathscr{A}_{X}^{p,q}\rightarrow\mathscr{A}_{X}^{p,q+1}, caractérisées par les relations

d′⁡f∗​α=f∗​d′⁡α,d′′⁡f∗​α=f∗​d′′⁡α,\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}f^{*}\alpha=f^{*}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha,\quad\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}f^{*}\alpha=f^{*}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha,

pour toute carte tropicale (f:U→T,P)(f\colon U\rightarrow T,P) et toute forme α\alpha de type (p,q)(p,q) sur PP.

Leur somme directe 𝒜X∗,∗=⨁p,q𝒜Xp,q\mathscr{A}_{X}^{*,*}=\bigoplus_{p,q}\mathscr{A}_{X}^{p,q} est un faisceau en algèbres bigraduées commutatives ; si ω\omega est de type (p,q)(p,q) et ω′\omega^{\prime} de type (p′,q′)(p^{\prime},q^{\prime}), alors

ω′∧ω=(−1)(p+p′)​(q+q′)​ω∧ω′.\omega^{\prime}\wedge\omega=(-1)^{(p+p^{\prime})(q+q^{\prime})}\omega\wedge\omega^{\prime}.

Elle est aussi munie d’une involution J\mathrm{J} caractérisée par la condition J​f∗​α=f∗​J​α\mathrm{J}f^{*}\alpha=f^{*}\mathrm{J}\alpha pour toute carte comme ci-dessus. Les différentielles vérifient la règle de Leibniz : si ω\omega et ω′\omega^{\prime} sont respectivement de type (p,q)(p,q) et (p′,q′)(p^{\prime},q^{\prime}), on a

d′⁡(ω∧ω′)=d′⁡ω∧ω′+(−1)p+q​ω∧d′⁡ω′,\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}(\omega\wedge\omega^{\prime})=\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega\wedge\omega^{\prime}+(-1)^{p+q}\omega\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega^{\prime},

et de même pour d′′⁡(ω∧ω′)\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}(\omega\wedge\omega^{\prime}).

[01NN]

3.1.5

La somme directe ℱX∗,∗=⨁p,qℱXp,q\mathscr{F}_{X}^{*,*}=\bigoplus_{p,q}\mathscr{F}_{X}^{p,q} est faisceau en 𝒜X\mathscr{A}_{X}-modules bigradués, auquel l’involution JJ se prolonge.

Si ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication, le faisceau ℱX\mathscr{F}_{X} est un faisceau de 𝐑\mathbf{R}-algèbres, et ℱ∗,∗\mathscr{F}^{*,*} est une ℱX\mathscr{F}_{X}-algèbre bigraduée, et JJ est un automorphisme de ℱX\mathscr{F}_{X}-algèbre.

[01NP]

3.1.6

Lorsque ℱ\mathscr{F} est la classe des fonctions mesurables (resp. localement intégrables, resp. 𝒞m\mathscr{C}^{m} pour un certain m≥1m\geq 1, resp. localement LpL^{p} pour un certain pp), on dira que ℱX∗,∗\mathscr{F}_{X}^{*,*} est le faisceau des formes à coefficients mesurables (resp. localement intégrables, resp. 𝒞m\mathscr{C}^{m}, resp. localement LpL^{p}) sur XX.

Mais si ℱ\mathscr{F} est la classe des fonctions continues, on dira que ℱX∗,∗\mathscr{F}_{X}^{*,*} est le faisceau des formes à coefficients tropicalement continus sur XX.

On doit introduire l’adverbe tropicalement pour éviter la confusion avec la notion de fonction continue sur un espace de Berkovich : bien entendu, toute fonction tropicalement continue sur un espace de Berkovich est continue, mais la réciproque est fausse. En effet, comme la valeur absolue d’une fonction inversible est constante au voisinage de tout point rigide, il en est de même de toute fonction tropicalement continue. En revanche, l’exemple de l’application x↦|T⁡(x)|x\mapsto\mathopen{|}{T(x)}\mathclose{|} sur 𝐀1\mathbf{A}^{1} montre qu’il existe des fonctions continues qui ne sont pas localement constantes au voisinage d’un point rigide.

[01NQ]

3.1.7

Cette construction est fonctorielle. Plus précisément, si f:Y→Xf\colon Y\to X est un morphisme d’espaces kk-analytiques, on dispose d’une application naturelle f∗:f−1​(𝒜X∗,∗)→𝒜Y∗,∗f^{*}\colon f^{-1}(\mathscr{A}^{*,*}_{X})\to\mathscr{A}^{*,*}_{Y} qui est un morphisme d’anneaux gradués, commute aux dérivations d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}} ainsi qu’à l’involution J\mathrm{J}.

On dispose également d’une application naturelle f∗:f−1​(ℱX∗,∗)→ℱY∗,∗f^{*}\colon f^{-1}(\mathscr{F}^{*,*}_{X})\to\mathscr{F}^{*,*}_{Y} qui est un morphisme de 𝒜Y\mathscr{A}_{Y}-modules gradués, et de ℱY\mathscr{F}_{Y}-algèbres graduées si ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication, et qui commute à l’involution J\mathrm{J}.

Si YY est un domaine analytique ou un fermé de Zariski de XX et si α∈𝒜Xp,q​(X)\alpha\in\mathscr{A}^{p,q}_{X}(X) on se permettra de noter α|Y\alpha|_{Y} l’image de α\alpha dans 𝒜Yp,q​(Y)\mathscr{A}^{p,q}_{Y}(Y).

[01NR]
\lemmname 3.1.8.

Pour qu’une forme α∈ℱXp,q​(X)\alpha\in\mathscr{F}^{p,q}_{X}(X) soit nulle, il faut et il suffit que sa restriction à tout domaine analytique compact de XX le soit. Si XX est bon, il suffit qu’elle le soit sur tout domaine affinoïde de XX.

[01NS]
Démonstration.

Cela résulte du fait que tout point possède une base de voisinages qui sont des intérieurs de domaines analytiques compacts, resp. des domaines affinoïdes de XX si celui-ci est bon. ∎

[01NT]

3.1.9

Soit ω\omega une forme de type (p,q)(p,q) et à coefficients dans ℱ\mathscr{F} sur XX et soit VV un domaine analytique de XX.

Une présentation de ω|V\omega|_{V} est la donnée d’une carte tropicale (f:V→T,P)(f\colon V\rightarrow T,P) et d’une forme α∈ℱPp,q​(P)\alpha\in\mathscr{F}^{p,q}_{P}(P) telle que ω|V=f∗​α\omega|_{V}=f^{*}\alpha. On dira que ω|V\omega|_{V} est tropicale si elle admet une présentation  ; lorsque c’est le cas, nous dirons aussi que VV tropicalise ω\omega.

Supposons que VV soit compact et tropicalise ω\omega, et soit (f:V→T,P,α)(f\colon V\to T,P,\alpha) une présentation de ω|V\omega|_{V}. Comme ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) est un polytope, (f:V→T,ftrop(V),α|ftrop​(V))(f\colon V\to T,f_{\text{trop}}(V),\alpha|_{f_{\text{trop}}(V)}) est encore une présentation de ω|V\omega|_{V}  ; une telle présentation sera simplement notée (f:V→T,α)(f\colon V\to T,\alpha) : l’omission du polytope signifie qu’il est égal à ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V).

Supposons que XX soit bon. Par définition du faisceau des (p,q)(p,q)-formes, tout point de XX possède un voisinage affinoïde qui tropicalise ω\omega.

[01NU]
\lemmname 3.1.10.

Soit f:X→Tf\colon X\rightarrow T et g:X→Tg\colon X\rightarrow T deux moments sur XX tels que ftrop=gtropf_{\text{trop}}=g_{\text{trop}}. Alors, pour tout polytope compact PP qui contient ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) et toute forme α\alpha sur PP, on a f∗​α=g∗​αf^{*}\alpha=g^{*}\alpha.

[01NV]
Démonstration.

On peut supposer que XX est un espace analytique compact et que P=ftrop​(X)P=f_{\text{trop}}(X). Notons ΔP\Delta_{P} l’image de PP dans Ttrop×TtropT_{\text{trop}}\times T_{\text{trop}} par l’immersion diagonale. La première projection p1:T×T→Tp_{1}\colon T\times T\rightarrow T induit un morphisme de la carte tropicale ((f,g),ΔP)((f,g),\Delta_{P}) dans la carte tropicale (f,P)(f,P) ; de même la seconde projection induit un morphisme de la carte tropicale ((f,g),ΔP)((f,g),\Delta_{P}) dans la carte tropicale (g,P)(g,P). Sur ΔP\Delta_{P}, les applications p1,tropp_{1,{\text{trop}}} et p2,tropp_{2,{\text{trop}}} coïncident, si bien que les formes p1,trop∗​αp_{1,{\text{trop}}}^{*}\alpha et p2,trop∗​αp_{2,{\text{trop}}}^{*}\alpha coïncident. Le lemme en résulte. ∎

[01NW]

3.2 Support

[01NX]

3.2.1

Comme pour toute section d’un faisceau de groupes abéliens, le support d’une forme différentielle ω\omega de type (p,q)(p,q) est l’ensemble des points où son germe n’est pas nul ; c’est aussi le complémentaire du plus grand ouvert à la restriction duquel cette forme est nul. Ce paragraphe est consacré à quelques propriétés de ce support, en lien avec la géométrie tropicale.

[01NY]
\lemmname 3.2.2.

Soit XX un espace analytique compact, et soit ω\omega une forme de type (p,q)(p,q) sur XX, à coefficients dans ℱ\mathscr{F}. Soit (f:X→T,α)(f\colon X\rightarrow T,\alpha) une présentation de ω\omega. Si ω=0\omega=0 alors α=0\alpha=0.

[01NZ]
Démonstration.

Par définition, tout point de XX possède un voisinage ouvert UU tel que la restriction à UU de ω\omega fournisse l’objet nul de la limite inductive ℱpfp,q​(U)\mathscr{F}_{\text{pf}}^{p,q}(U). Il existe en conséquence, par compacité de XX, une famille finie (fi:Ui→Ti,qi:Ti→T,Pi)(f_{i}\colon U_{i}\rightarrow T_{i},q_{i}\colon T_{i}\rightarrow T,P_{i}), où les UiU_{i} sont des ouverts qui recouvrent XX, où (fi:Ui→Ti,Pi)(f_{i}\colon U_{i}\rightarrow T_{i},P_{i}) est pour tout ii une carte tropicale sur UiU_{i}, et où qiq_{i} est pour tout ii un morphisme affine de tores de TiT_{i} vers TT tel que qi,trop​(Pi)⊂ftrop​(X)q_{i,{\text{trop}}}(P_{i})\subset f_{\text{trop}}(X) et (qi,trop|Pi)∗​α=0(q_{i,{\text{trop}}}|_{P_{i}})^{*}\alpha=0.

Comme les UiU_{i} recouvrent XX, le polytope ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) est la réunion des images par les qi,tropq_{i,{\text{trop}}} des sous-espaces linéaires par morceaux PiP_{i}. Il existe donc une décomposition cellulaire 𝒞\mathscr{C} de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) et, pour tout ii, une décomposition cellulaire 𝒟i\mathscr{D}_{i} de PiP_{i}, telles que toute cellule de 𝒞\mathscr{C} soit l’image pour un certain ii, d’une cellule de 𝒟i\mathscr{D}_{i} par qi,tropq_{i,{\text{trop}}}.

Soit Q∈𝒞Q\in\mathscr{C}. Choisissons ii et une cellule Q′∈𝒟iQ^{\prime}\in\mathscr{D}_{i} telle que qi,trop​(Q′)=Qq_{i,{\text{trop}}}(Q^{\prime})=Q. L’application qi,tropq_{i,{\text{trop}}} induit alors une surjection affine de ⟨Q′⟩\langle Q^{\prime}\rangle sur ⟨Q⟩\langle Q\rangle, et la restriction de qi,trop∗​αq_{i,{\text{trop}}}^{*}\alpha au vosinage de Q′Q^{\prime} dans ⟨Q′⟩\langle Q^{\prime}\rangle est nulle car (qi,trop|Pi)∗​α=0(q_{i,{\text{trop}}}|_{P_{i}})^{*}\alpha=0. Par suite, la restriction au voisinage de QQ dans ⟨Q⟩\langle Q\rangle de la forme α\alpha est nulle.

Il en résulte que α=0\alpha=0, ce qu’il fallait démontrer. ∎

[01P0]
\coroname 3.2.3.

Conservons les notations du lemme. Notons KK le support de ω\omega dans XX et HH celui de α\alpha dans ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X). On a H=ftrop​(K)H=f_{\text{trop}}(K).

[01P1]
Démonstration.

Soit xx un point de XX. Soit QQ un voisinage de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) dans ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) qui est un polytope compact. Le domaine analytique W=ftrop−1​(Q)W=f_{\text{trop}}^{-1}(Q) de XX est un voisinage de xx et ω|W=(f|W)∗​(α|Q)\omega|_{W}=(f|_{W})^{*}(\alpha|_{Q}).

Supposons que xx appartienne à KK. Le compact KK rencontre alors l’intérieur de WW, ce qui entraîne que ω|W≠0\omega|_{W}\neq 0, et donc que α|Q≠0\alpha|_{Q}\neq 0. Il s’ensuit que HH rencontre QQ. Comme QQ peut être choisi arbitrairement petit, ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) appartient à HH, d’où l’inclusion ftrop​(K)⊂Hf_{\text{trop}}(K)\subset H.

Inversement, supposons que ftrop​(x)∈Hf_{\text{trop}}(x)\in H. Par définition de HH, la restriction à QQ de la forme α\alpha est non nulle. Il s’ensuit d’après le lemme, que la restriction de ω\omega à ftrop−1​(Q)f_{\text{trop}}^{-1}(Q) est non nulle. Par conséquent, ftrop−1​(Q)f_{\text{trop}}^{-1}(Q) rencontre KK, et Q=ftrop​(ftrop−1​(Q))Q=f_{\text{trop}}(f_{\text{trop}}^{-1}(Q)) rencontre ftrop​(K)f_{\text{trop}}(K). Comme QQ est un voisinage arbitrairement petit de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x), celui-ci est adhérent à ftrop​(K)f_{\text{trop}}(K). Puisque ftrop​(K)f_{\text{trop}}(K) est compact, ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) appartient à ftrop​(K)f_{\text{trop}}(K). ∎

[01P2]
\coroname 3.2.4.

Soit XX un espace kk-analytique, soit ω\omega une forme à coefficients mesurables sur XX, et soit (Xi)(X_{i}) un G-recouvrement de XX par des domaines analytiques. Si ω|Xi=0\omega|_{X_{i}}=0 pour tout ii, alors ω=0\omega=0.

[01P3]
Démonstration.

On peut raisonner localement, ce qui ramène le problème au cas où XX est compact, où ω\omega est tropicale, et où (Xi)(X_{i}) est un recouvrement fini de XX par des domaines analytiques compacts.

Soit (f:X→T,α)(f\colon X\to T,\alpha) une présentation de ω\omega. En vertu du lemme 3.2.2, la restriction de α\alpha à ftrop​(Xi)f_{\text{trop}}(X_{i}) est nulle pour tout ii.

Comme ftrop​(X)=⋃ftrop​(Xi)f_{\text{trop}}(X)=\bigcup f_{\text{trop}}(X_{i}), il vient α=0\alpha=0, et donc ω=0\omega=0.

∎

[01P4]
\lemmname 3.2.5.

Soit XX un espace kk-analytique de dimension nn, soit ω\omega une (p,q)(p,q)-forme sur XX à coefficients mesurables, et soit xx un point de XX tel que dk​(x)<max⁡(p,q)d_{k}(x)<\max(p,q). Il existe un voisinage analytique compact VV de xx dans XX tel ω|V=0\omega|_{V}=0.

[01P5]
Démonstration.

Soit VV un voisinage analytique compact tel que dim(ftrop​(V))\dim(f_{\text{trop}}(V)) soit égal à la dimension tropicale dd de ff en xx, et tel que VV tropicalise ω\omega.

Choisissons une présentation (f:V→T,α)(f\colon V\rightarrow T,\alpha) de ω\omega. On a d≤dk​(x)<max⁡(p,q)d\leq d_{k}(x)<\max(p,q). Par conséquent, ℱftrop​(V)p,q=0\mathscr{F}_{f_{\text{trop}}(V)}^{p,q}=0 et α=0\alpha=0. ∎

[01P6]
\lemmname 3.2.6.

Soit f:Y→Xf\colon Y\to X un morphisme entre espaces kk-analytiques. On suppose que YY est purement de dimension nn et XX purement de dimension dd. Soit y∈Yy\in Y tel que dk​(f​(y))=dd_{k}(f(y))=d. La dimension de ff en yy est alors égale à n−dn-d.

[01P7]
Démonstration.

Posons x=f⁡(y)x=f(y). Quitte à remplacer XX par un domaine affinoïde X′X^{\prime} de XX contenant XX, et YY par un domaine affinoïde de f−1​(X′)f^{-1}(X^{\prime}) contenant yy, on peut supposer que XX et YY sont affinoïdes.

Soit rr la dimension de ff en yy. D’après le théorème 4.6 de [28], la flèche Y→XY\to X se factorise par un morphisme Y→𝐀XrY\to\mathbf{A}^{r}_{X} de dimension relative nulle en yy.

En vertu de la variante analytique du Main Theorem de Zariski (th. 3.2 de [28]), il existe un voisinage affinoïde VV de yy dans YY, un morphisme étale T→𝐀XrT\to\mathbf{A}^{r}_{X}, et un domaine affinoïde WW de TT tels que Y→𝐀XrY\to\mathbf{A}^{r}_{X} se factorise par un morphisme fini V→WV\to W.

Comme XX est purement de dimension dd, il résulte du lemme 2.3.3 de [30] que TT est purement de dimension d+rd+r. Il en est donc de même de son domaine analytique WW. De ce fait, la dimension de VV est inférieure ou égale à d+rd+r. En tant que domaine affinoïde de YY, l’espace VV est purement de dimension nn  ; on a donc n≤d+rn\leq d+r.

Par ailleurs, par définition de rr il existe une composante irréductible ZZ de f−1​(X)f^{-1}(X) contenant yy et de dimension rr. Celle-ci possède un point zz tel que dℋ⁡(f⁡(x))​(z)=rd_{{\mathscr{H}}(f(x))}(z)=r  ; comme dk​(x)=dd_{k}(x)=d, on a dk​(z)=r+dd_{k}(z)=r+d.

En conséquence, d+r≤nd+r\leq n, d’où finalement l’égalité d+r=nd+r=n. ∎

[01P8]
\propname 3.2.7.

Soit XX un espace kk-analytique sans bord, purement de dimension nn. Soit ω\omega une forme de type (p,q)(p,q) à coefficients tropicalement continus sur XX et soit KK son support. Les points xx de KK tels que dk​(x)=nd_{k}(x)=n sont denses dans KK.

[01P9]
Démonstration.

Quitte à remplacer XX par un voisinage ouvert d’un point de KK, il suffit de prouver que KK contient un tel point xx. On peut aussi supposer que ω\omega est tropicale. Soit donc (f:X→𝐆mN,P,α)(f\colon X\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N},P,\alpha) une présentation de ω\omega.

Soit xx un point de KK et soit VV un voisinage affinoïde de xx possédant la propriété suivante : pour tout voisinage affinoïde WW de xx dans VV, le compact ftrop​(W)f_{\text{trop}}(W) est un voisinage de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) dans ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V)  ; l’existence d’un tel VV découle de 2.3.3.

Fixons un voisinage affinoïde WW de xx dans Int⁡(V/X){\rm Int}\;(V/X). Comme VV est un voisinage de xx dans XX et comme xx appartient au support de ω\omega, la restriction à VV de ω\omega n’est pas nulle. Par suite, ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) appartient au support de α|ftrop​(V)\alpha|_{f_{\text{trop}}(V)} (corollaire 3.2.3).

Fixons une décomposition cellulaire 𝒞\mathscr{C} de ftrop​(W)f_{\text{trop}}(W), et soit QQ la réunion des cellules maximales de 𝒞\mathscr{C} qui contiennent ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x). Comme ftrop​(W)f_{\text{trop}}(W) est un voisinage de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) dans ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V), le polytope QQ est lui-même un voisinage de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) dans ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V).

Il s’ensuit que α|Q≠0\alpha|_{Q}\neq 0  ; par conséquent, il existe une cellule maximale CC de 𝒞\mathscr{C} (contenue dans QQ), dont on note dd la dimension, telle que α|C≠0\alpha|_{C}\neq 0  ; la forme α\alpha étant à coefficients continus, il existe un ouvert C1C_{1} de CC, contenu dans son intérieur, tel que α|C1≠0\alpha|_{C_{1}}\neq 0  ; notons que C1C_{1} est ouvert dans ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V).

L’espace V′=(ftrop)|V−1​(C1)∩Int​VV^{\prime}=(f_{\text{trop}})|_{V}^{-1}(C_{1})\cap{\rm Int}\;V est un ouvert de XX.

Soit p:𝐆mN→𝐆mdp\colon\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N}\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{d} un morphisme affine de tores tel que ptropp_{\text{trop}} soit injectif sur ⟨C⟩\langle C\rangle, de sorte que C′=ptrop​(C1)C^{\prime}=p_{\text{trop}}(C_{1}) est un ouvert non vide de 𝐆m,tropd\mathbf{G}_{\mathrm{m},{\text{trop}}}^{d}. Il existe une forme α′\alpha^{\prime} sur C′C^{\prime} telle que α|C1=p∗​α′\alpha|_{C_{1}}=p^{*}\alpha^{\prime}. Posons f′=p∘ff^{\prime}=p\circ f ; on a ω|V′=(f′)∗​α′\omega|_{V^{\prime}}=(f^{\prime})^{*}\alpha^{\prime}. Écrivons α′=∑αI​J′​d′⁡xI∧d′′⁡xJ\alpha^{\prime}=\sum\alpha^{\prime}_{IJ}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J}, où II et JJ parcourent les multiindices de {1,…,d}\{1,\dots,d\} de longueurs pp et qq respectivement. Quitte à restreindre C1C_{1}, C′C^{\prime} et donc V′V^{\prime}, on peut aussi supposer que l’une des fonctions continues αI​J′\alpha^{\prime}_{IJ} ne s’annule pas sur C′C^{\prime}.

Fixons une cellule compacte C2C_{2} non vide, de dimension dd et contenu dans C1C_{1}. Comme ftrop′​(W)⊃C1f^{\prime}_{\text{trop}}(W)\supset C_{1}, le domaine analytique compact ftrop−1​(C2)∩Wf_{\text{trop}}^{-1}(C_{2})\cap W est non vide, et il est contenu dans V′V^{\prime} puisque W⊂Int​VW\subset{\rm Int}\;V. Son image par ftropf_{\text{trop}} est égale à C2C_{2}, et son image par ftrop′f^{\prime}_{\text{trop}} est en conséquence un polytope compact et de dimension dd de C′C^{\prime}. Il existe donc y∈ftrop−1​(C2)∩Wy\in f_{\text{trop}}^{-1}(C_{2})\cap W en lequel la dimension tropicale de f′|ftrop−1​(C2)∩Wf^{\prime}|_{f_{\text{trop}}^{-1}(C_{2})\cap W} est égale à dd  ; la dimension tropicale de f′f^{\prime} en yy est a fortiori égale à dd, ce qui signifie que f′​(y)f^{\prime}(y) appartient à la partie Csq′C^{\prime}_{\mathrm{sq}} du squelette de 𝐆md\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{d} (2.3.3).

En vertu du lemme 3.2.6 ci-dessus, la fibre (f′)|V′−1​(f′​(y))(f^{\prime})|_{V^{\prime}}^{-1}(f^{\prime}(y)) est purement de dimension n−dn-d. Il existe donc un point zz de cette fibre tel que dℋ⁡(y)​(z)=n−dd_{{\mathscr{H}}(y)}(z)=n-d. Comme dk​(f′​(y))=dd_{k}(f^{\prime}(y))=d, il vient dk​(z)=nd_{k}(z)=n.

Comme f′​(z)=f′​(y)f^{\prime}(z)=f^{\prime}(y) appartient à 𝐒⁡(𝐆md){\bf S}(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{d}) et comme f′|V′f^{\prime}|_{V^{\prime}} est sans bord puisque V′V^{\prime} est un ouvert de l’espace sans bord XX, il résulte de 2.3.3 que pour tout voisinage affinoïde UU de zz dans V′V^{\prime}, le compact ftrop′​(U)f^{\prime}_{\text{trop}}(U) contient un voisinage de ftrop′​(z)f^{\prime}_{\text{trop}}(z) dans (𝐆md)trop(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{d})_{\text{trop}}. Comme il est par ailleurs contenu dans C′C^{\prime} par définition de V′V^{\prime}, il contient un ouvert de C′C^{\prime}, sur lequel α\alpha est non nulle.

Il s’ensuit, d’après le lemme 3.2.2, que ω|U\omega|_{U} est non nulle. Ceci valant pour tout UU, le point zz appartient au support de ω\omega, ce qui achève la démonstration. ∎

[01PA]
\propname 3.2.8.

Supposons que XX soit purement de dimension nn et sans bord. Si α\alpha est une forme lisse de type (p,q)(p,q) sur XX, non nulle, alors il existe une forme β\beta de type (n−p,n−q)(n-p,n-q) sur XX telle que α∧β≠0\alpha\wedge\beta\neq 0.

[01PB]
Démonstration.

D’après la proposition 3.2.7, il existe un point xx du support de α\alpha tel que dk​(x)=nd_{k}(x)=n. Soit VV un voisinage affinoïde de xx et f:V→𝐆mNf\colon V\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N} un moment qui tropicalise la forme α\alpha tel que ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) soit purement de dimension nn. Soit η\eta une forme lisse sur ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) telle que α=f∗​η\alpha=f^{*}\eta ; elle n’est pas nulle.

L’image ftrop​(∂(V))f_{\text{trop}}(\partial(V)) est un sous-espace linéaire par morceaux de dimension ≤n−1\leq n-1. Il existe donc un ouvert QQ d’une cellule ouverte maximale qui ne rencontre pas ftrop​(∂(V))f_{\text{trop}}(\partial(V)) tel que η|Q≠0\eta|_{Q}\neq 0. Comme dim(Q)=n\dim(Q)=n, on peut trouver une (n−p,n−q)(n-p,n-q)-forme lisse à support compact contenu dans QQ telle que η∧η′≠0\eta\wedge\eta^{\prime}\neq 0. Puisque son support ne rencontre pas ∂(V)\partial(V), la forme f∗​η′f^{*}\eta^{\prime} sur VV se prolonge (par zéro) en une forme lisse β\beta à support propre sur XX. La restriction à VV de α∧β\alpha\wedge\beta est égal à f∗​(η∧η′)f^{*}(\eta\wedge\eta^{\prime}), donc n’est pas nulle (lemme 3.2.2). ∎

[01PC]
\lemmname 3.2.9.

Soit XX un espace kk-analytique purement de dimension nn, et soit ω\omega une forme à coefficients mesurables sur XX, de type (p,n)(p,n) ou (n,p)(n,p) pour un certain pp. Soit UU un ouvert de XX. Supposons que le support de ω\omega est fortement paracompact dans XX  ; le support de ω|U\omega|_{U} est alors fortement paracompact dans UU.

[01PD]
Démonstration.

Quitte à remplacer XX par un voisinage paracompact X′X^{\prime} du support de ω\omega, et UU par son intersection avec X′X^{\prime}, on peut supposer que XX est paracompact. En raisonnant composante connexe par composante connexe, on peut le supposer connexe, et partant dénombrable à l’infini.

Il existe alors un G-recouvrement (Xi)(X_{i}) localement fini et dénombrable de XX par des domaines affinoïdes qui tropicalisent ω\omega.

Pour chaque ii, la forme ω|Xi\omega|_{X_{i}} admet une présentation (fi:Xi→Ti,αi)(f_{i}\colon X_{i}\to T_{i},\alpha_{i}).

Fixons ii, et appelons Σi\Sigma_{i} le sous-ensemble de XiX_{i} formé des points en lesquels la dimension tropicale de fif_{i} est égale à nn. Comme le bidegré de ω\omega est égal à (n,p)(n,p) ou (p,n)(p,n), le support de ω|Xi\omega|_{X_{i}} est contenu dans Σi\Sigma_{i}. Il en résulte, d’après le corollaire 3.2.4, que Σ:=⋃Σi\Sigma:=\bigcup\Sigma_{i} contient le support de ω\omega.

Choisissons un isomorphisme Ti≃𝐆mNiT_{i}\simeq\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N_{i}}. Pour toute partie JJ de {1,…,Ni}\{1,\ldots,N_{i}\} de cardinal NN, notons fi,Jf_{i,J} le morphisme de TT vers 𝐆mJ\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{J} composé de fif_{i} et de la projection naturelle 𝐆mNi→𝐆mJ\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N_{i}}\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{J}. La dimension tropicale de fif_{i} en un point xx de XX est alors égale à nn si et seulement si il existe JJ tel que fi,Jf_{i,J} soit de dimension tropicale nn en xx.

Autrement dit, Σi\Sigma_{i} est la réunion des fi,J−1​(S⁡(𝐆mJ))f_{i,J}^{-1}(S(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{J})). On peut donc écrire Σi\Sigma_{i} comme une réunion finie ⋃𝒦i​j\bigcup\mathscr{K}_{ij} où chaque 𝒦i​j\mathscr{K}_{ij} est un compact homéomorphe à un polytope (2.3.4).

L’intersection de UU avec chacun des 𝒦i​j\mathscr{K}_{ij} est homéomorphe à un ouvert d’un polytope et est donc dénombrable à l’infini.

Par conséquent, l’intersection de UU avec Σi\Sigma_{i} est dénombrable à l’infini  ; comme l’ensemble d’indice ii est dénombrable, l’intersection de UU avec Σ\Sigma s’écrit comme une réunion dénombrable ⋃mΘm\bigcup_{m}\Theta_{m} de compacts.

Le lemme 2.1.6 assure que chaque Θm\Theta_{m} possède dans UU un voisinage ouvert UmU_{m} dénombrable à l’infini.

La réunion VV des UmU_{m} est un voisinage ouvert et dénombrable à l’infini de Σ\Sigma dans UU  ; comme Σ\Sigma contient le support de ω\omega, l’ouvert VV de XX est un voisinage paracompact du support de ω|U\omega|_{U}.

∎

[01PE]

3.3 Partitions de l’unité

[01PF]
\lemmname 3.3.1.

Soit XX un espace kk-affinoïde et soit xx, yy des points distincts de XX. Il existe une fonction lisse sur XX qui vaut 00 au voisinage de xx et 11 au voisinage de yy.

[01PG]
Démonstration.

Par définition du spectre (analytique) d’une algèbre affinoïde, il existe une fonction holomorphe ff sur XX telle que |f⁡(x)|≠|f⁡(y)|\mathopen{|}{f(x)}\mathclose{|}\neq\mathopen{|}{f(y)}\mathclose{|}.

Supposons ces deux valeurs non nulles  ; soit φ\varphi une fonction 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty} à support compact sur 𝐑\mathbf{R} valant 00 au voisinage de log⁡|f⁡(x)|\log\mathopen{|}{f(x)}\mathclose{|} et 11 au voisinage de log⁡|f⁡(y)|\log\mathopen{|}{f(y)}\mathclose{|}. La fonction φ∘log⁡|f|\varphi\circ\log\mathopen{|}{f}\mathclose{|}, définie sur l’ouvert d’inversibilité de ff, est lisse ; prolongeons-la par 00 sur XX tout entier. Comme φ\varphi est à support compact, la fonction obtenue est nulle au voisinage de l’ensemble des zéros de ff ; elle est donc lisse.

Si f⁡(x)=0f(x)=0, on raisonne de même à partir d’une fonction φ\varphi à support compact valant 11 au voisinage de log⁡|f⁡(y)|\log\mathopen{|}{f(y)}\mathclose{|}.

Si f⁡(y)=0f(y)=0, on construit comme ci-dessus une fonction lisse uu qui est nulle au voisinage de yy et qui vaut 11 au voisinage de xx ; la fonction 1−u1-u convient. ∎

[01PH]
\coroname 3.3.2.

Soit XX un espace kk-affinoïde, soit KK un sous-ensemble compact de XX, soit x∈X Kx\in X\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}K. Il existe une fonction lisse sur XX qui vaut 11 au voisinage de xx et nulle au voisinage de KK.

[01PI]
Démonstration.

Pour tout y∈Ky\in K, soit fyf_{y} une fonction lisse sur XX valant 11 au voisinage de xx et nulle dans un voisinage VyV_{y} de yy. Soit (y1,…,yn)(y_{1},\dots,y_{n}) une famille finie de points de KK telle que les VyjV_{y_{j}} recouvrent KK. La fonction ∏fyj\prod f_{y_{j}} convient. ∎

[01PJ]
\coroname 3.3.3.

Soit XX un bon espace kk-analytique topologiquement séparé, soit xx un point de XX, soit UU un voisinage de xx. Il existe une fonction lisse sur XX qui vaut 11 au voisinage de xx, et dont le support est compact et contenu dans UU.

[01PK]
Démonstration.

Soit VV un voisinage affinoïde de xx  ; il est fermé dans XX, car XX est topologiquement séparé. Par suite, K=V (V̊∩U)K=V\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}(\mathring{V}\cap U) est une partie fermée de XX contenue dans VV. Soit ff une fonction lisse sur VV qui vaut 11 au voisinage de xx et qui est nulle au voisinage de KK. Soit gg la fonction sur XX qui coïncide avec ff sur VV et qui est nulle en dehors de VV. Elle est lisse sur l’intérieur de VV, sur l’ouvert X VX\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}V, ainsi que sur un voisinage de KK dans XX  ; ces trois ouverts recouvrent XX. La fonction gg est donc lisse  ; son support est contenu dans UU, comme il est contenu dans l’affinoïde VV, il est aussi compact. ∎

[01PL]
\coroname 3.3.4.

Soit XX un bon espace kk-analytique topologiquement séparé. Soit KK une partie compacte de XX et soit UU un voisinage ouvert de KK dans XX. Il existe une fonction f:X→[0,1]f\colon X\rightarrow[0,1], qui est lisse et à support compact, qui vaut 11 au voisinage de KK et qui est nulle hors de UU.

[01PM]
Démonstration.

Pour tout x∈Kx\in K, soit fxf_{x} une fonction lisse sur XX qui vaut 11 au voisinage de xx et dont le support est compact et contenu dans UU. Quitte à remplacer fxf_{x} par son carré, on peut la supposer positive ou nulle. Comme KK est compact, la somme gg d’une sous-famille finie de ces fonctions est strictement positive en tout point de KK ; elle est lisse et son support est encore compact et contenu dans UU. Soit φ\varphi une fonction 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty} de 𝐑\mathbf{R} vers [0;1][0;1], nulle en 00 et égale à 11 sur un voisinage de g⁡(K)g(K). La fonction f=φ∘gf=\varphi\circ g convient. ∎

[01PN]
\propname 3.3.5 (Stone–Weierstraß).

Soit XX un bon espace kk-analytique topologiquement séparé, soit UU un ouvert de XX. Soit ff une fonction continue à valeurs réelles sur XX dont le support est compact et contenu dans UU. Pour tout ε>0\varepsilon>0, il existe une fonction lisse gg sur XX dont le support est compact, contenu dans UU, et telle que |f⁡(x)−g⁡(x)|<ε\mathopen{|}{f(x)-g(x)}\mathclose{|}<\varepsilon pour tout x∈Xx\in X.

[01PP]
Démonstration.

Soit X′X^{\prime} le compactifié d’Alexandroff de XX ; comme XX est localement compact, c’est un espace topologique compact. Soit 𝒮\mathscr{S} l’ensemble des fonctions réelles sur X′X^{\prime} qui sont la somme d’une fonction constante et d’une fonction lisse à support compact sur XX (prolongée par 00 au point à l’infini). C’est une sous-algèbre unitaire de l’algèbre des fonctions continues sur X′X^{\prime} ; elle sépare les points en vertu du corollaire 3.3.3. Prolongée par 00 au point à l’infini, la fonction ff définit une fonction continue f′f^{\prime} sur X′X^{\prime}. D’après le théorème de Stone-Weierstraß, il existe un nombre réel cc et une fonction lisse à support compact sur XX, disons gg, tels que |f′−g−c|<ε/2\mathopen{|}{f^{\prime}-g-c}\mathclose{|}<\varepsilon/2. En considérant cette inégalité au point à l’infini, on a |c|<ε/2\mathopen{|}{c}\mathclose{|}<\varepsilon/2, si bien que |f−g|<ε\mathopen{|}{f-g}\mathclose{|}<\varepsilon en tout point.

Soit h:X→[0,1]h\colon X\rightarrow[0,1] une fonction lisse sur XX dont le support est compact et contenu dans UU et qui vaut 11 au voisinage du support de ff. La fonction h​ghg est lisse sur XX, son support est compact et contenu dans UU. Pour xx en dehors du support de ff, on a |f⁡(x)−h⁡(x)​g​(x)|=|h⁡(x)​g​(x)|≤|g⁡(x)|=|f⁡(x)−g⁡(x)|<ε\mathopen{|}{f(x)-h(x)g(x)}\mathclose{|}=\mathopen{|}{h(x)g(x)}\mathclose{|}\leq\mathopen{|}{g(x)}\mathclose{|}=\mathopen{|}{f(x)-g(x)}\mathclose{|}<\varepsilon. Si xx appartient au support de ff, on a |f⁡(x)−h⁡(x)​g​(x)|=|f⁡(x)−g⁡(x)|<ε\mathopen{|}{f(x)-h(x)g(x)}\mathclose{|}=\mathopen{|}{f(x)-g(x)}\mathclose{|}<\varepsilon. La fonction h​ghg convient. ∎

[01PQ]
\propname 3.3.6 (Partitions de l’unité lisses).

Soit XX un bon espace kk-analytique paracompact.11 1 Rappelons que la définition d’un espace topologique paracompact le suppose séparé. Soit (Ui)i∈I(U_{i})_{i\in I} un recouvrement ouvert de XX. Il existe une partition de l’unité subordonnée à (Ui)(U_{i}) formée de fonctions lisses sur XX : pour tout ii, une fonction lisse, positive ou nulle, fif_{i} sur XX, de support contenu dans UiU_{i}, et telles que 1=∑fi1=\sum f_{i}, la somme étant localement finie.

[01PR]
Démonstration.

On peut supposer que XX est connexe. Comme il est paracompact, on peut aussi supposer que (Ui)(U_{i}) est un recouvrement ouvert, localement fini de XX formé d’ouverts relativement compacts dans XX. Puisque XX est connexe et paracompact, il est dénombrable à l’infini et l’on peut indexer par l’ensemble des entiers naturel l’ensemble d’indices du recouvrement (Ui)(U_{i}).

Considérons une partition de l’unité continue (gi)(g_{i}) subordonnée au recouvrement (Ui)(U_{i}). Pour tout ii, le support de gig_{i} est compact. Il existe donc une fonction lisse hih_{i} sur XX, à support compact contenu dans UiU_{i}, telle que |hi−gi|<1/2i+2\mathopen{|}{h_{i}-g_{i}}\mathclose{|}<1/2^{i+2}. Posons h=∑hih=\sum h_{i} ; c’est la somme d’une famille localement finie donc fonctions lisses, donc c’est une fonction lisse. Pour x∈Xx\in X,

h⁡(x)=∑ihi​(x)≥∑igi​(x)−∑i2−i−2≥1−∑i=0∞2−i−2=12.h(x)=\sum_{i}h_{i}(x)\geq\sum_{i}g_{i}(x)-\sum_{i}2^{-i-2}\geq 1-\sum_{i=0}^{\infty}2^{-i-2}=\dfrac{1}{2}.

Posons fi=hi/hf_{i}=h_{i}/h ; c’est une fonction lisse sur XX dont le support est contenu dans UiU_{i}. On a ∑fi=1\sum f_{i}=1. ∎

[01PS]
\coroname 3.3.7.

Soit XX un bon espace kk-analytique paracompact. Les faisceaux 𝒜Xp,q\mathscr{A}_{X}^{p,q} sont fins.

[01PT]

3.4 Existence de tropicalisations (presque) globales

La définition d’une forme lisse est locale, mais lorsque la source est affinoïde, on peut en donner une version partiellement globale  ; c’est l’objet de la proposition qui suit.

[01PU]
\propname 3.4.1.

Soit XX un espace kk-affinoïde et soit α\alpha une forme lisse sur XX. Il existe une famille finie (g1,…,gm)(g_{1},\ldots,g_{m}) de fonctions holomorphes sur XX possédant la propriété suivante : soit x∈Xx\in X, soit II l’ensemble des indices ii tels que gi​(x)≠0g_{i}(x)\neq 0, soit X′X^{\prime} l’ouvert d’inversibilité simultanée des gig_{i} pour i∈Ii\in I et soit g:X′→𝐆mIg\colon X^{\prime}\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{I} le moment (gi)i∈I(g_{i})_{i\in I}  ; le point gtrop​(x)g_{\text{trop}}(x) possède un voisinage ouvert Ω\Omega dans (𝐑+×)I(\mathbf{R}^{\times}_{+})^{I} tel que gg tropicalise α|gtrop−1​(Ω)\alpha|_{g_{\text{trop}}^{-1}(\Omega)}.

[01PV]
Démonstration.

Soit x∈Xx\in X. Par définition d’une forme lisse, il existe un voisinage ouvert UxU_{x} de xx dans XX, une famille hx=(hx​,1,…,hx,nx)h_{x}=(h_{x,1},\ldots,h_{x,n_{x}}) de fonctions holomorphes inversibles sur UxU_{x}, et une forme lisse βx\beta_{x} sur 𝐑nx\mathbf{R}^{n_{x}}, tels que α|Ux=hx∗​βx\alpha|_{U_{x}}=h_{x}^{*}\beta_{x}. Par définition de la topologie de XX, on peut supposer qu’il existe une famille finie (λx​,1,…,λx,rx)(\lambda_{x,1},\ldots,\lambda_{x,r_{x}}) de fonctions analytiques sur XX et, pour tout j∈{1,…,rx}j\in\{1,\ldots,r_{x}\}, un intervalle ouvert borné Ix,jI_{x,j} de 𝐑\mathbf{R} tels que l’ouvert UxU_{x} soit défini par la conjonction des conditions |λx,j|∈Ix,j|\lambda_{x,j}|\in I_{x,j} pour 1≤j≤rx1\leq j\leq r_{x}, et tels que chacune des hx,ih_{x,i} soit la restriction à UxU_{x} d’une fonction inversible (encore notée hx,ih_{x,i}) sur le domaine affinoïde VxV_{x} de XX défini par la conjonction des conditions |λj,x|∈Ix,j¯|\lambda_{j,x}|\in\overline{I_{x,j}} pour 1≤j≤rx1\leq j\leq r_{x}.

On peut en outre remplacer chaque hx,ih_{x,i} par une fonction sur VxV_{x} qui a même tropicalisation. Soit JJ l’ensemble des indices jj tels que 0∉Ix,j¯0\notin\overline{I_{x,j}}. L’algèbre des fonctions analytiques de la forme h​∏j∈Jλx,jnjh\prod_{j\in J}\lambda_{x,j}^{n_{j}}, où hh est holomorphe sur XX et où les njn_{j} sont des entiers négatifs ou nuls, est dense dans l’algèbre des fonctions analytiques sur VxV_{x}. Comme la borne inférieure sur VxV_{x} de la norme de chacune des hx,ih_{x,i} est strictement positive, on peut remplacer pour tout ii la fonction hxih_{x_{i}} par une fonction de la forme hx,i′​∏j∈Jλx,jni,jh^{\prime}_{x,i}\prod_{j\in J}\lambda_{x,j}^{n_{i,j}}, où hx,i′h^{\prime}_{x,i} est holomorphe sur XX et où les ni,jn_{i,j} sont des entiers négatifs ou nuls.

Comme XX est compact, il admet une partie finie SS de XX telle que les UxU_{x}, pour x∈Sx\in S, recouvrent XX. Considérons la famille de toutes les fonctions hx,ih_{x,i} et λx,j\lambda_{x,j}, pour x∈Sx\in S, 1≤i≤nx1\leq i\leq n_{x} et 1≤j≤rx1\leq j\leq r_{x}, et renumérotons-la de façon arbitraire en une famille (g1,…,gm)(g_{1},\dots,g_{m}). La description explicite de α|Ux\alpha|_{U_{x}} donnée ci-dessus pour tout x∈Xx\in X assure que (g1,…,gm)(g_{1},\ldots,g_{m}) satisfait les conclusions de la proposition. ∎

[01PW]

3.4.2 Bref rappel sur les réductions graduées à la Temkin.

Traditionnellement, la réduction 𝒜~\widetilde{\mathscr{A}} d’une algèbre kk-affinoïde est définie comme le quotient de l’anneau {a∈𝒜,∥a∥∞≤1}\{a\in\mathscr{A},\mathopen{\|}{a}\mathclose{\|}_{\infty}\leq 1\} par son idéal {a∈𝒜,∥a∥∞<1}\{a\in\mathscr{A},\mathopen{\|}{a}\mathclose{\|}_{\infty}<1\}, où ∥a∥∞\mathopen{\|}{a}\mathclose{\|}_{\infty} est la (semi)-norme spectrale sur ℳ⁡(𝒜)\mathscr{M}(\mathscr{A}), qui coïncide avec le rayon spectral au sens de la théorie générale des algèbres de Banach.

Toutefois, cette réduction ne s’avère exploitable que lorsque 𝒜\mathscr{A} est strictement kk-affinoïde  ; elle a en général des propriétés pathologiques – ainsi, si r∉|k×|r\notin\sqrt{|k^{\times}|}, l’algèbre k​{T/r}~\widetilde{k\{T/r\}} est isomorphe à k~\tilde{k}, alors qu’elle devrait moralement être de dimension 11.

Pour remédier à ces défauts, Temkin a développé dans [53] une théorie de la réduction graduée des algèbres affinoïdes.

Rappelons brièvement en quoi elle consiste. Pour toute algèbre kk-affinoïde 𝒜\mathscr{A}, Temkin définit 𝒜~\widetilde{\mathscr{A}} comme l’anneau 𝐑+×\mathbf{R}^{\times}_{+}-gradué

⨁r>0{a∈𝒜,∥a∥∞≤r}/⨁r>0{a∈𝒜,∥a∥∞<r}.\bigoplus_{r>0}\{a\in\mathscr{A},\mathopen{\|}{a}\mathclose{\|}_{\infty}\leq r\}/\bigoplus_{r>0}\{a\in\mathscr{A},\mathopen{\|}{a}\mathclose{\|}_{\infty}<r\}.

Remarquons que la réduction traditionnelle s’interprète maintenant comme l’ensemble des éléments homogènes de degré 1 de 𝒜~\widetilde{\mathscr{A}} (attention, la graduation est multiplicative  !).

La plupart des propriétés de la réduction usuelle se déclinent mutatis mutandis dans ce contexte  ; il convient simplement de remplacer un certain nombre de notions d’algèbre commutative par leurs avatars gradués. Nous n’entrerons pas ici dans les détails  ; le lecteur intéressé pourra consulter [53] ou [32]. Indiquons simplement que l’on dispose d’une application anticontinue de réduction de X=ℳ⁡(𝒜)X=\mathscr{M}(\mathscr{A}) vers sa réduction graduée X~\widetilde{X}, définie comme l’ensemble des idéaux homogènes premiers de 𝒜~\widetilde{\mathscr{A}}.

[01PX]
\lemmname 3.4.3.

Soit f:Y→Xf\colon Y\to X un morphisme entre espaces kk-affinoïdes et soit KK un compact contenu dans Int⁡(Y/X)\operatorname{Int}(Y/X). Il existe une famille (f1,…,fn)(f_{1},\ldots,f_{n}) de fonctions analytiques non nilpotentes sur YY telle que les propriétés suivantes soient satisfaites, en désignant pour tout ii par ρi\rho_{i} le rayon spectral de fif_{i} :

  1. 1.

    Pour tout y∈Ky\in K et tout ii on a |fi​(y)|<ρi|f_{i}(y)|<\rho_{i} ;

  2. 2.

    Pour tout y∈∂(Y/X)y\in\partial(Y/X) il existe ii tel que |fi​(y)|=ρi|f_{i}(y)|=\rho_{i}.

[01PY]
Démonstration.

Notons Y~\widetilde{Y} et X~\widetilde{X} les réductions graduées à la Temkin des espaces affinoïdes YY et XX, ainsi que f~:Y~→X~\tilde{f}\colon\widetilde{Y}\to\widetilde{X} l’application induite par f~\tilde{f}. Soit π:Y→Y~\pi\colon Y\to\widetilde{Y} la flèche de réduction. Notons 𝒜\mathscr{A} et ℬ\mathscr{B} les algèbres respectivement associées à XX et YY, et 𝒜~\widetilde{\mathscr{A}} et ℬ~\widetilde{\mathscr{B}} leurs réductions graduées.

Soit 𝐲∈Y~{\bf y}\in\widetilde{Y}. Notons J𝐲J_{\bf y} (resp I𝐲I_{\bf y}) l’idéal de ℬ~\widetilde{\mathscr{B}} (resp. 𝒜~\widetilde{\mathscr{A}}) engendré par les éléments homogènes s’annulant sur 𝐲\bf y (resp. f~​(𝐲)\tilde{f}({\bf y})). Soit EE le sous-ensemble de Y~\widetilde{Y} formé des points 𝐲\bf y tel que ℬ~/J𝐲\widetilde{\mathscr{B}}/J_{\bf y} soit finie sur 𝒜~/I𝐲\widetilde{\mathscr{A}}/I_{\bf y}. En vertu du going-up gradué, si 𝐲∈E{\bf y}\in E alors {𝐲}¯⊂𝐄\overline{\{\bf y\}}\subset E.

L’intérieur Int⁡(Y/X)\operatorname{Int}(Y/X) est précisément égal à π−1​(E)\pi^{-1}(E) ([53], Proposition 3.1).

Soit y∈Ky\in K. Comme K⊂Int⁡(Y/X)K\subset\operatorname{Int}(Y/X), on a π⁡(y)∈E\pi(y)\in E. L’image réciproque du fermé {π⁡(y)}¯\overline{\{\pi(y)\}} de Y~\widetilde{Y} est ouverte, et la compacité de KK entraîne alors que π⁡(K)\pi(K) est contenu dans une réunion finie F=⋃{𝐲i}¯F=\bigcup\overline{\{{\bf y}_{i}\}}, où les 𝐲i{\bf y}_{i} appartiennent à EE  ; notons que FF est un fermé de Y~\widetilde{Y}, qui est contenu dans EE.

Par quasi-compacité de Y~\widetilde{Y}, il existe une famille (f1,…,fn)(f_{1},\ldots,f_{n}) de fonctions analytiques non nilpotentes sur YY, de rayons spectraux respectifs ρ1,…,ρn\rho_{1},\ldots,\rho_{n}, telle que FF soit le lieu des zéros des fi~\widetilde{f_{i}}, où fi~\widetilde{f_{i}} désigne l’image canonique de fif_{i} dans le groupe des éléments homogènes de degré ρi\rho_{i} de 𝒜~\widetilde{\mathscr{A}}.

Soit y∈Ky\in K. Puisque π⁡(y)∈F\pi(y)\in F, on a pour tout ii l’égalité fi~​(π​(y))=0\tilde{f_{i}}(\pi(y))=0, ce qui signifie exactement que |fi​(y)|<ρi|f_{i}(y)|<\rho_{i}.

Soit y∈∂(Y/X)y\in\partial(Y/X). Le point π⁡(y)\pi(y) n’appartient pas à EE, et a fortiori pas à FF. Il s’ensuit qu’il existe ii tel que fi~​(π​(y))≠0\tilde{f_{i}}(\pi(y))\neq 0, ce qui signifie exactement que |fi​(y)||f_{i}(y)| est égal à ρi\rho_{i}. ∎

[01PZ]
\propname 3.4.4.

Soit Y→XY\to X un morphisme entre espaces kk-affinoïdes, où YY est purement de dimension nn. Soit (α1,…,αm)(\alpha_{1},\ldots,\alpha_{m}) une famille de formes à coefficients mesurables sur YY. Soit KK un compact contenu dans Int⁡(Y/X)\operatorname{Int}(Y/X) constitué de points yy tels que dk​(y)=nd_{k}(y)=n.

Il existe un voisinage affinoïde VV de KK dans Int⁡(Y/X)\operatorname{Int}(Y/X), qui est un domaine rationnel de YY, et un moment g:V→Tg\colon V\to T tels que les deux propriétés suivantes soient satisfaites :

1) gg tropicalise chacune des αi|V\alpha_{i}|_{V}  ;

2) gtrop​(∂(V/Y))∩gtrop​(K)=∅g_{\text{trop}}(\partial(V/Y))\cap g_{\text{trop}}(K)=\emptyset.

[01Q0]
Démonstration.

Soit 𝒜\mathscr{A} l’algèbre des fonctions analytiques sur YY. Il résulte de la proposition 3.4.1 qu’il existe une famille finie (h1,…,hN)(h_{1},\ldots,h_{N}) de fonctions appartenant à 𝒜\mathscr{A} possédant la propriété suivante :

(∗)(*) Soit y∈Yy\in Y, soit JJ l’ensemble des indices jj tels que hj​(y)≠0h_{j}(y)\neq 0, soit Y′Y^{\prime} l’ouvert d’inversibilité simultanée des hjh_{j} pour j∈Jj\in J et soit h:Y′→𝐆mJh\colon Y^{\prime}\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{J} le moment (hj)j∈J(h_{j})_{j\in J}  ; le point htrop​(y)h_{\text{trop}}(y) possède un voisinage ouvert Ω\Omega dans (𝐑+×)J(\mathbf{R}^{\times}_{+})^{J} tel que hh tropicalise chacune des αi|htrop−1​(Ω)\alpha_{i}|_{h_{\text{trop}}^{-1}(\Omega)}.

Soit y∈Ky\in K. Comme dk​(y)=nd_{k}(y)=n, le point yy n’est situé sur aucun fermé de Zariski de YY de dimension <n<n  ; comme YY est purement de dimension nn, cela signifie que yy n’appartient qu’à une composante irréductible de YY, et est Zariski-dense dans celle-ci.

Soit (Yα)(Y_{\alpha}) la famille des composantes irréductibles de YY. On pose 𝒴=Spec⁡𝒜\mathscr{Y}=\operatorname{Spec}\mathscr{A}  ; pour tout α\alpha, on désigne par 𝒴α\mathscr{Y}_{\alpha} la composante irréductible de 𝒴\mathscr{Y} qui correspond à YαY_{\alpha}.

Par le lemme d’évitement des idéaux premiers appliqué sur le schéma affine 𝒴\mathscr{Y}, il existe une fonction ff holomorphe sur YY telle que ff s’annule en tout point de Yα∩YβY_{\alpha}\cap Y_{\beta} dès que α≠β\alpha\neq\beta, et soit génériquement inversible sur YαY_{\alpha} pour tout α\alpha  ; notons ZZ (resp. 𝒵\mathscr{Z}) le lieu des zéros de ff sur YY (resp. 𝒴\mathscr{Y}).

Soit j∈{1,…,N}j\in\{1,\ldots,N\}. L’ouvert D⁡(f)D(f) de 𝒴\mathscr{Y} est la réunion disjointe des ouverts 𝒴α 𝒵\mathscr{Y}_{\alpha}\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}\mathscr{Z}. Il existe donc hj′∈𝒜h^{\prime}_{j}\in\mathscr{A} sur YY et un entier njn_{j} tels que pour tout α\alpha la fonction hj′​f−nj|Yα−Zh^{\prime}_{j}f^{-n_{j}}|_{Y_{\alpha}-Z} soit égale à hjh_{j} si hjh_{j} est génériquement inversible sur YαY_{\alpha}, et égale à 11 dans le cas contraire :

Modifions la famille (h1,…,hN)(h_{1},\ldots,h_{N}) en remplaçant chacun des hjh_{j} par hj′h^{\prime}_{j}, et en posant f=hN+1f=h_{N+1}  ; puis écrivons NN au lieu de N+1N+1, pour alléger les notations. La nouvelle famille (h1,…,hN)(h_{1},\ldots,h_{N}) ainsi obtenue satisfait encore (∗)(*) sous réserve que l’on se limite aux points y∈Y−Zy\in Y-Z, c’est-à-dire aux points en lesquels hN=fh_{N}=f est inversible  ; et chacune des hjh_{j} est maintenant génériquement inversible sur toutes les YαY_{\alpha}, et est donc inversible au voisinage de KK.

Le compact KK est contenu dans Int⁡(Y/X)\operatorname{Int}(Y/X). En vertu du lemme 3.4.3, il existe un nombre fini de fonctions analytiques non nilpotentes λ1,…,λr\lambda_{1},\ldots,\lambda_{r} sur YY, de rayons spectraux respectifs ρ1,…,ρr\rho_{1},\ldots,\rho_{r}, telles que :

  • —

    pour tout ℓ\ell et tout y∈Ky\in K, |λℓ​(y)|<ρℓ|\lambda_{\ell}(y)|<\rho_{\ell}  ;

  • —

    pour tout y∈∂(Y/X)y\in\partial(Y/X), il existe ℓ\ell tel que |λℓ|=ρℓ|\lambda_{\ell}|=\rho_{\ell}.

Choisissons pour tout jj un nombre réel strictement positif sjs_{j} tel que |hj|>sj|h_{j}|>s_{j} sur KK, et soit WW le domaine affinoïde rationnel de YY défini par la conjonction d’inégalités |hj|≥sj|h_{j}|\geq s_{j}  ; comme hNh_{N} ne s’annule pas sur WW, on peut écrire W=∐(W∩Yα)W=\coprod(W\cap Y_{\alpha}).

Fixons α\alpha. Soit LαL_{\alpha} l’ensemble des indices ℓ\ell tels que λℓ|Yα\lambda_{\ell}|_{Y_{\alpha}} soit génériquement inversible  ; elle est alors inversible au voisinage de K∩YαK\cap Y_{\alpha}. Pour tout ℓ∈Lα\ell\in L_{\alpha}, choisissons deux réels rℓ,αr_{\ell,\alpha} et Rℓ,αR_{\ell,\alpha} différents de 11, tels que 0<rℓ,α<Rℓ,α<ρℓ0<r_{\ell,\alpha}<R_{\ell,\alpha}<\rho_{\ell} et tels que rℓ,α<|λℓ|<Rℓ,αr_{\ell,\alpha}<|\lambda_{\ell}|<R_{\ell,\alpha} sur K∩YαK\cap Y_{\alpha}. Soit VαV_{\alpha} le domaine affinoïde de W∩YαW\cap Y_{\alpha} défini par la conjonction des inégalités rℓ,α≤|λℓ|≤Rℓ,αr_{\ell,\alpha}\leq|\lambda_{\ell}|\leq R_{\ell,\alpha} pour ℓ∈Lα\ell\in L_{\alpha} et soit VV le domaine affinoïde ∐Vα\coprod V_{\alpha} de YY  ; c’est un domaine rationnel de WW, et partant de YY.

Si ℓ∈Lα\ell\in L_{\alpha}, on note λℓ,α\lambda_{\ell,\alpha} la fonction analytique sur VV qui vaut λℓ\lambda_{\ell} sur VαV_{\alpha} et 11 sur V−VαV-V_{\alpha}.

Soit y∈Vy\in V. Il appartient à l’un des VαV_{\alpha}  ; on a donc |λℓ​(y)|≤Rℓ,α<ρℓ|\lambda_{\ell}(y)|\leq R_{\ell,\alpha}<\rho_{\ell} si ℓ∈Lα\ell\in L_{\alpha}, et λℓ​(y)=0<ρℓ\lambda_{\ell}(y)=0<\rho_{\ell} sinon. En conséquence, le point yy n’appartient pas à ∂(Y/X)\partial(Y/X)  ; il vient V⊂Int⁡(Y/X)V\subset\operatorname{Int}(Y/X).

Soit y∈∂(V/Y)y\in\partial(V/Y). Par définition du domaine affinoïde VV, on est dans l’un des deux cas suivants, non exclusifs l’un de l’autre.

  • —

    Premier cas : il existe jj tel que |hj|​(y)=sj|h_{j}|(y)=s_{j}. On a alors |hj​(y)|∉|hj|​(K)|h_{j}(y)|\notin|h_{j}|(K).

  • —

    Second cas : il existe (ℓ,α)(\ell,\alpha) tel que y∈Yα,ℓ∈Lαy\in Y_{\alpha},\ell\in L_{\alpha} et |λℓ,α​(y)|∈{rℓ,α,Rℓ,α}|\lambda_{\ell,\alpha}(y)|\in\{r_{\ell,\alpha},R_{\ell,\alpha}\}. La définition de rℓ,αr_{\ell,\alpha} et Rℓ,αR_{\ell,\alpha} assure alors que |λℓ,α​(y)|∉|λℓ,α​(K∩Yα)||\lambda_{\ell,\alpha}(y)|\notin|\lambda_{\ell,\alpha}(K\cap Y_{\alpha})|  ; et comme rℓ,αr_{\ell,\alpha} et Rℓ,αR_{\ell,\alpha} sont différents de 11, le réel |λℓ,α​(y)||\lambda_{\ell,\alpha}(y)| n’appartient pas non plus à |λℓ,α​(K−Yα)||\lambda_{\ell,\alpha}(K-Y_{\alpha})|  ; il s’ensuit que |λℓ,α​(y)|∉|λℓ,α|​(K)|\lambda_{\ell,\alpha}(y)|\notin|\lambda_{\ell,\alpha}|(K).

Soit gg le moment défini sur VV par la concaténation des hjh_{j} et des λℓ,α\lambda_{\ell,\alpha}  ; il résulte de ce qui précède que gtrop​(∂(V/Y))∩gtrop​(K)=∅g_{\text{trop}}(\partial(V/Y))\cap g_{\text{trop}}(K)=\emptyset. Par ailleurs, soit y∈Vy\in V. Par choix des hjh_{j}, il existe un polytope compact PxP_{x} qui est un voisinage de gtrop​(x)g_{\text{trop}}(x) dans gtrop​(V)g_{\text{trop}}(V) tel que chacune des αi|gtrop−1​(Px)\alpha_{i}|_{g_{\text{trop}}^{-1}(P_{x})} provienne via gtropg_{\text{trop}} d’une forme βi,x\beta_{i,x} sur PxP_{x}. Le lemme 3.2.2 assure que les βi,x\beta_{i,x} sont uniquement déterminées  ; il garantit également leur recollement lorsque xx varie. Ainsi, gg tropicalise chacune des αi\alpha_{i}. ∎

[01Q1]

3.5 Calibrage canonique d’une tropicalisation

[01Q2]

3.5.1

Soit XX un espace kk-analytique compact purement de dimension nn et soit f:X→Tf\colon X\rightarrow T un moment sur XX.

L’espace ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) est un polytope compact de TtropT_{\text{trop}}. Soit 𝒞\mathscr{C} une décomposition cellulaire de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X).

On construit comme suit un calibrage μf\mu_{f} de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) qui est partout non nul. On dit que c’est le calibrage canonique de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X).

Soit CC une cellule de 𝒞\mathscr{C} de dimension nn. Choisissons un morphisme de tores qq de TT dans le tore 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} tel que la restriction à ⟨C⟩\langle C\rangle de l’application affine

qtrop:Ttrop→(𝐆mn)trop≃log𝐑nq_{\text{trop}}\colon T_{\text{trop}}\rightarrow(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})_{\text{trop}}\simeq_{\log}\mathbf{R}^{n}

soit un isomorphisme, et soit σ:𝐑n→Ttrop\sigma\colon\mathbf{R}^{n}\rightarrow T_{\text{trop}} l’unique section de |q|\mathopen{|}{q}\mathclose{|} dont l’image est le sous-espace affine ⟨C⟩\langle C\rangle.

L’image de ∂X\partial X par (q∘f)trop(q\circ f)_{\text{trop}} est contenue dans un polytope de dimension ≤n−1\leq n-1.

Il existe donc une décomposition cellulaire 𝒟\mathscr{D} de CC telle que pour toute cellule ouverte DD de 𝒞\mathscr{C} de dimension nn, la cellule image qtrop​(D)q_{\text{trop}}(D) ne rencontre pas (q∘f)trop​(∂X)(q\circ f)_{\text{trop}}(\partial X). L’ouvert ftrop−1​(D)f_{\text{trop}}^{-1}(D) est alors, d’après les résultats du §2.4, fini et plat de degré strictement positif sur q​(D)sqq(D)_{\mathrm{sq}}  ; on note dDd_{D} le degré en question. Soit |e1∧⋯∧en|\mathopen{|}{e_{1}\wedge\dots\wedge e_{n}}\mathclose{|} le vecteur-volume de 𝐑n\mathbf{R}^{n} associé à son orientation pour laquelle la base canonique (e1,…,en)(e_{1},\dots,e_{n}) est directe et au nn-vecteur e1∧⋯∧ene_{1}\wedge\dots\wedge e_{n}. Posons alors

μD=dD​((σ)∗​(|e1∧⋯∧en|)).\mu_{D}=d_{D}\,\big((\sigma)_{*}(\mathopen{|}{e_{1}\wedge\dots\wedge e_{n}}\mathclose{|})\big).

Si l’on modifie qq en le composant par un morphisme de tores φ\varphi de 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} dans lui-même, cela multiplie le degré dDd_{D} par le degré de φ\varphi, c’est-à-dire par |det(Mφ)|\mathopen{|}{\det(M_{\varphi})}\mathclose{|}, où Mφ∈Mn​(𝐙)M_{\varphi}\in\mathrm{M}_{n}(\mathbf{Z}) est la matrice des exposants de φ\varphi. En outre, σ\sigma est remplacé par σ∘φtrop−1\sigma\circ{\varphi_{\text{trop}}}^{-1} et le vecteur-volume |e1∧⋯∧en|\mathopen{|}{e_{1}\wedge\dots\wedge e_{n}}\mathclose{|} est multiplié par l’inverse de |det(Mφ)|\mathopen{|}{\det(M_{\varphi})}\mathclose{|}. Par suite, μD\mu_{D} est indépendant du choix de qq.

On définit ainsi un calibrage (μD)(\mu_{D}) de CC, qui ne dépend donc pas de qq, ni de la décomposition 𝒟\mathscr{D} : il suffit en effet de s’assurer qu’il est insensible à un raffinement de celle-ci, ce qui est immédiat.

En concaténant les familles (μD)(\mu_{D}) ainsi construites sur les différentes pp-cellules de 𝒞\mathscr{C}, on définit un calibrage de l’espace ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X). Il ne dépend pas de la décomposition 𝒞\mathscr{C} : il suffit en effet, là encore, de s’assurer qu’il est insensible à un raffinement de celle-ci, ce qui est clair.

[01Q3]
\lemmname 3.5.2.

Soit XX un espace kk-analytique compact purement de dimension nn, soit f:X→Tf\colon X\rightarrow T un moment sur XX, et soit p:T→T′p\colon T\to T^{\prime} un morphisme affine de tores.

Le calibrage canonique μp∘f\mu_{p\circ f} de (p∘f)trop​(X)=ptrop​(ftrop​(X))(p\circ f)_{\text{trop}}(X)=p_{\text{trop}}(f_{\text{trop}}(X)) est égal à ptrop∗μfp_{{\text{trop}}*}\mu_{f}.

[01Q4]
Démonstration.

Choisissons une décomposition cellulaire 𝒞\mathscr{C} de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) et une décomposition cellulaire 𝒟\mathscr{D} de ptrop​(ftrop​(X))p_{\text{trop}}(f_{\text{trop}}(X)) telle que ptrop​(C)∈𝒟p_{\text{trop}}(C)\in\mathscr{D} pour toute cellule C∈𝒞C\in\mathscr{C}.

Soit DD une nn-cellule de 𝒟\mathscr{D}, et soit 𝒞D\mathscr{C}_{D} l’ensemble des nn-cellules de 𝒞\mathscr{C} s’envoyant sur DD  ; pour toute cellule C∈𝒞DC\in\mathscr{C}_{D}, l’application ftropf_{\text{trop}} induit des isomorphismes

⟨C⟩≃⟨D⟩​et​C≃D.\langle C\rangle\simeq\langle D\rangle\;\text{et}\;C\simeq D.

Soit qq une projection affine de T′T^{\prime} sur un 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} telle que qtrop|Dq_{\text{trop}}|_{D} soit injective, et soit Δ\Delta une cellule de dimension nn contenue dans l’intérieur de qtrop​(D)q_{\text{trop}}(D) et ne rencontrant pas (q∘p∘f)trop​(∂X)(q\circ p\circ f)_{\text{trop}}(\partial X). On note ΔD\Delta_{D} l’image réciproque de Δ\Delta sur DD, et ΔC\Delta_{C} l’image réciproque de Δ\Delta sur CC pour toute C∈𝒞C\in\mathscr{C}.

On note σD\sigma_{D} la réciproque de l’isomorphisme ⟨D⟩≃𝐑n\langle D\rangle\simeq\mathbf{R}^{n} induit par qtropq_{\text{trop}} (et le logarithme)  ; pour tout C∈𝒞DC\in\mathscr{C}_{D}, on note de même σC\sigma_{C} la réciproque de l’isomorphisme ⟨C⟩≃𝐑n\langle C\rangle\simeq\mathbf{R}^{n} induit par ptrop∘qtropp_{\text{trop}}\circ q_{\text{trop}}.

Soit dDd_{D} le degré de (p∘f)trop−1​(ΔD)(p\circ f)_{\text{trop}}^{-1}(\Delta_{D}) sur DsqD_{{\mathrm{sq}}}  ; pour tout C∈𝒞DC\in\mathscr{C}_{D}, soit dCd_{C} le degré de ftrop−1​(ΔC)f_{\text{trop}}^{-1}(\Delta_{C}) sur DsqD_{{\mathrm{sq}}}.

Comme (p∘f)trop−1​(ΔD)(p\circ f)_{\text{trop}}^{-1}(\Delta_{D}) est la réunion disjointe des ftrop−1​(ΔC)f_{\text{trop}}^{-1}(\Delta_{C}) pour C∈𝒞DC\in\mathscr{C}_{D}, on a dD=∑C∈𝒞DdCd_{D}=\sum_{C\in\mathscr{C}_{D}}d_{C}.

Munissons 𝐑n\mathbf{R}^{n} de l’orientation donnée par sa base canonique, et soit ee le nn-vecteur standard de 𝐑n\mathbf{R}^{n}. On note oDo_{D} l’orientation de ⟨D⟩\langle D\rangle déduite de oo via qtropq_{\text{trop}}  ; pour tout C∈𝒞DC\in\mathscr{C}_{D}, on note oCo_{C} l’orientation de ⟨C⟩\langle C\rangle déduite de oo via ptrop∘qtropp_{\text{trop}}\circ q_{\text{trop}}.

Pour tout C∈𝒞DC\in\mathscr{C}_{D}, le calibrage μf\mu_{f} vaut (oC,dC​σC​(e))(o_{C},d_{C}\sigma_{C}(e)) sur ΔC\Delta_{C}  ; et le calibrage μp∘f\mu_{p\circ f} vaut (oD,dD​σD​(e))(o_{D},d_{D}\sigma_{D}(e)) sur ΔD\Delta_{D}.

Comme ptrop∘σC=σDp_{\text{trop}}\circ\sigma_{C}=\sigma_{D} pour toute C∈𝒟C\in\mathscr{D}, la valeur sur ΔD\Delta_{D} du calibrage ptrop​(μf)p_{\text{trop}}(\mu_{f}) est égale à (oD,(∑C∈𝒞DdC)​σD​(e))=(oD,dD​σD​(e))(o_{D},(\sum_{C\in\mathscr{C}_{D}}d_{C})\sigma_{D}(e))=(o_{D},d_{D}\sigma_{D}(e)), c’est-à-dire à μp∘f​(ΔD)\mu_{p\circ f}(\Delta_{D}). ∎

[01Q5]

3.6 Condition d’harmonie

[01Q6]
\theoname 3.6.1.

Soit XX un espace kk-analytique compact purement de dimension nn. Soit f:X→Tf\colon X\rightarrow T un moment, soit μf\mu_{f} le calibrage de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X), et soit 𝒞\mathscr{C} une décomposition cellulaire de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) adaptée à μf\mu_{f}. Toute (n−1)(n-1)-cellule FF de 𝒞\mathscr{C} qui n’est pas contenue dans ftrop​(∂X)f_{\text{trop}}(\partial X) est harmonieuse

[01Q7]
Démonstration.

Quitte à étendre les scalaires, on peut supposer que la valuation du corps de base kk est non triviale. Quitte à raffiner la décomposition polytopale, on suppose que ftrop​(∂X)f_{\text{trop}}(\partial X) est contenu dans la réunion des (n−1)(n-1)-cellules de 𝒞\mathscr{C}.

Soit FF une (n−1)(n-1)-cellule de 𝒞\mathscr{C} qui n’est pas contenue dans ftrop​(∂X)f_{\text{trop}}(\partial X). Qualifions de bonne toute surjection affine u:Ttrop→𝐑nu\colon T_{\text{trop}}\rightarrow\mathbf{R}^{n} qui possède les propriétés suivantes :

  • —

    si CC est une nn-cellule de 𝒞\mathscr{C} contenant FF alors u|⟨C⟩u|_{\langle C\rangle} est injective  ;

  • —

    si GG est une (n−1)(n-1)-cellule de 𝒞\mathscr{C} qui diffère de FF alors

    ⟨u⁡(G)⟩≠⟨u⁡(F)⟩.\langle u(G)\rangle\neq\langle u(F)\rangle.

Chacune de ces conditions définit un ouvert de Zariski non vide de l’espace affine Aff⁡(Ttrop,𝐑n){\rm Aff}(T_{\text{trop}},\mathbf{R}^{n}). L’ensemble Ω\Omega des bonnes applications affines de TtropT_{\text{trop}} dans 𝐑n\mathbf{R}^{n} est donc un ouvert de Zariski dense de Aff⁡(Ttrop,𝐑n){\rm Aff}(T_{\text{trop}},\mathbf{R}^{n})  ; notons Ω𝐙\Omega_{\mathbf{Z}} le sous-ensemble de Ω\Omega formé des applications affines dont la partie vectorielle est entière et la partie de translation est dans log⁡|k×|\log\mathopen{|}{k^{\times}}\mathclose{|}  ; on peut également décrire Ω𝐙\Omega_{\mathbf{Z}} comme l’ensemble des applications affines appartenant à Ω\Omega qui sont de la forme ptropp_{\text{trop}} où p:T→𝐆mnp\colon T\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} est un morphisme affine et surjectif de tores. Comme |k×|≠{1}|k^{\times}|\neq\{1\}, l’ensemble Ω𝐙\Omega_{\mathbf{Z}} est non vide, et rencontre même tout ouvert de Zariski non vide de Aff⁡(Ttrop,𝐑n){\rm Aff}(T_{\text{trop}},\mathbf{R}^{n}).

Soit u∈Ω𝐙u\in\Omega_{\mathbf{Z}} et soit p:T→𝐆mnp\colon T\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} un morphisme affine et surjectif de tores tel que u=ptropu=p_{\text{trop}}. Notons 𝒞F\mathscr{C}_{F} l’ensemble des cellules appartenant à 𝒞\mathscr{C} dont FF est une face. Notons H+H^{+} et H−H^{-} les deux demi-espaces délimités par ptrop​(⟨F⟩)p_{\text{trop}}(\langle F\rangle). Soit CC un élément de 𝒞F\mathscr{C}_{F} ; alors ptrop​(C)p_{\text{trop}}(C) est contenu dans l’un des deux demi-espaces H+H^{+} et H−H^{-}, et l’un deux seulement ; on posera εC=1\varepsilon_{C}=1 si ptrop​(C)⊂H+p_{\text{trop}}(C)\subset H^{+} et εC=−1\varepsilon_{C}=-1 sinon. Notons aussi σC:𝐑n→Ttrop\sigma_{C}\colon\mathbf{R}^{n}\rightarrow T_{\text{trop}} l’unique section de ptropp_{\text{trop}} dont l’image est ⟨C⟩\langle C\rangle.

Par définition d’une bonne application affine, il existe x∈Fx\in F et un pavé ouvert U⊂𝐑nU\subset\mathbf{R}^{n} de centre y:=ptrop​(x)y:=p_{\text{trop}}(x) possédant les propriétés suivantes :

  • —

    les seules cellules fermées de 𝒞\mathscr{C} contenant xx sont FF et les éléments de 𝒞F\mathscr{C}_{F}, ce qui implique que ⋃C∈𝒞FC\bigcup_{C\in\mathscr{C}_{F}}C est un voisinage de xx dans ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X)  ;

  • —

    si GG est une (n−1)(n-1)-cellule de 𝒞\mathscr{C} différente de FF alors ptrop​(G)∩U=∅p_{\text{trop}}(G)\cap U=\emptyset.

Posons U+=U∩H+U^{+}=U\cap H^{+} et U−=U∩H−U^{-}=U\cap H^{-}. Pour toute C∈𝒫FC\in\mathscr{P}_{F}, l’image réciproque de UU sur CC est un demi-pavé UCU_{C} (fermé le long de sa tranche médiane) de l’espace affine ⟨C⟩\langle C\rangle, qui s’envoie homéomorphiquement sur U+U^{+} si εC=1\varepsilon_{C}=1 et sur U−U^{-} si εC=−1\varepsilon_{C}=-1. La réunion VV des UCU_{C}, pour C∈𝒞FC\in\mathscr{C}_{F}, est une composante connexe de ptrop−1​(U)p_{\text{trop}}^{-1}(U).

La condition 2) ci-dessus et les hypothèses faites sur FF et sur la décomposition 𝒞\mathscr{C} garantissent que UU ne rencontre pas (p∘f)trop​(∂X)(p\circ f)_{\text{trop}}(\partial X). Il résulte alors de la section 2.4 que (p∘f)|ftrop−1​(V)(p\circ f)|_{f_{\text{trop}}^{-1}(V)} est fini et plat sur UsqU_{\mathrm{sq}}  ; soit dd le degré correspondant.

Pour toute C∈𝒞FC\in\mathscr{C}_{F}, notons UC′U^{\prime}_{C} le demi-pavé ouvert UC−FU_{C}-F. Les composantes connexes de l’image réciproque de U+⁣+:=U+−ptrop​(F)U^{++}:=U^{+}-p_{\text{trop}}(F) dans VV sont exactement les UP′​CU^{\prime}_{P}C pour les polytopes C∈𝒫FC\in\mathscr{P}_{F} tels que εC=1\varepsilon_{C}=1. Comme ftrop−1​(V)f_{\text{trop}}^{-1}(V) est fini et plat de degré dd sur Usq+⁣+U^{++}_{\mathrm{sq}}, on en déduit l’assertion suivante : pour toute CC tel que εC=1\varepsilon_{C}=1, l’ouvert ftrop−1​(UC′)f_{\text{trop}}^{-1}(U^{\prime}_{C}) de XX est fini et plat sur U+⁣+U^{++}, et si dCd_{C} désigne le degré correspondant alors d=∑dCd=\sum d_{C}.

Les composantes connexes de l’image réciproque de U−⁣−:=U−−ptrop​(F)U^{--}:=U^{-}-p_{\text{trop}}(F) dans VV sont exactement les UC′U^{\prime}_{C} pour les indices ii tels que εC=−1\varepsilon_{C}=-1. Comme ftrop−1​(V)f_{\text{trop}}^{-1}(V) est fini et plat de degré dd sur Usq−⁣−U^{--}_{\mathrm{sq}}, on en déduit l’assertion suivante : pour toute CC tel que εC=−1\varepsilon_{C}=-1, l’ouvert ftrop−1​(UC′)f_{\text{trop}}^{-1}(U^{\prime}_{C}) de XX est fini et plat sur U−⁣−U^{--}, et si dCd_{C} désigne le degré correspondant alors d=∑dCd=\sum d_{C}.

Il résulte par ailleurs de la définition des entiers dCd_{C} et du calibrage μf\mu_{f} que pour toute cellule C∈𝒞FC\in\mathscr{C}_{F}, la restriction de μf\mu_{f} à UC′U^{\prime}_{C} est égale à εC​dC​σC,∗​(e1∧⋯∧en)\varepsilon_{C}\,d_{C}\,\sigma_{C,*}(e_{1}\wedge\dots\wedge e_{n}). La discordance de μf\mu_{f} le long de ff est donc égale à la somme

∑C∈𝒞FεC​dC​σC,∗​(e1∧⋯∧en).\sum_{C\in\mathscr{C}_{F}}\varepsilon_{C}\,d_{C}\,\sigma_{C,*}(e_{1}\wedge\dots\wedge e_{n}).

Comme

∑C,ϵC=1dC=∑C,ϵC=−1dC=d,\sum_{C,\epsilon_{C}=1}d_{C}=\sum_{C,\epsilon_{C}=-1}d_{C}=d,

on a ∑ϵC​dC=0\sum\epsilon_{C}d_{C}=0. Par suite,

⋀nptrop​(μF)=∑CεC​dC​e1∧⋯∧en=0.\bigwedge^{n}p_{\text{trop}}(\mu_{F})=\sum_{C}\varepsilon_{C}d_{C}e_{1}\wedge\dots\wedge e_{n}=0.

Cela prouve que μC\mu_{C} appartient au noyau de ⋀nptrop\bigwedge^{n}p_{\text{trop}}.

Ceci vaut pour tout morphisme affine pp de tores tel que ptropp_{\text{trop}} soit une bonne application affine. Par conséquent,

μF∈⋂u∈Ω𝐙ker⋀nu.\mu_{F}\in\bigcap_{u\in\Omega_{\mathbf{Z}}}\ker\bigwedge^{n}u.

On en déduit que μF=0\mu_{F}=0. ∎

[01Q8]

3.7 Intégrales et intégrales de bord des formes tropicales

[01Q9]

3.7.1

Soit XX un espace analytique compact, purement de dimension nn.

Soit ω\omega une forme à coefficients mesurables sur XX, de type (n,n)(n,n) (resp. (n−1,n)(n-1,n))  ; on la suppose tropicale.

Soit (f:X→T,α)(f\colon X\to T,\alpha) une présentation de ω\omega. Les faits suivants résultent de 1.5.8, du lemme 3.5.2, et du caractère filtrant de la catégorie des présentations de ω\omega.

  • —

    L’intégrale ∫ftrop​(X)⟨|α|,μf⟩\int_{f_{\text{trop}}(X)}\langle\mathopen{|}{\alpha}\mathclose{|},\mu_{f}\rangle (resp. ∫ftrop​(X)⟨|α|,∂μf⟩\int_{f_{\text{trop}}(X)}\langle\mathopen{|}{\alpha}\mathclose{|},\partial\mu_{f}\rangle) ne dépend que de ω\omega, et pas de la présentation choisie. On la note ∫X|ω|\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} (resp. ∫∂X|ω|\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}). On dit que ω\omega est intégrable (resp. intégrable le long de ∂X\partial X) si cette intégrale est finie.

  • —

    Si α\alpha est μf\mu_{f}-intégrable (resp. ∂μf\partial\mu_{f}-intégrable), l’intégrale ∫ftrop​(X)⟨α,μf⟩\int_{f_{\text{trop}}(X)}\langle\alpha,\mu_{f}\rangle (resp. ∫ftrop​(X)⟨α,∂μf⟩\int_{f_{\text{trop}}(X)}\langle\alpha,\partial\mu_{f}\rangle) ne dépend que de ω\omega, et pas de la présentation choisie. On la note ∫Xω\int_{X}\omega (resp. ∫∂Xω\int_{\partial X}\omega).

Soit X′X^{\prime} un domaine analytique compact de XX  ; posons ω′=ω|X′\omega^{\prime}=\omega|_{X^{\prime}}. On écrira ∫X′|ω|\int_{X^{\prime}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} (resp. ∫∂X′|ω|\int_{\partial X^{\prime}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}) au lieu de ∫X′|ω′|\int_{X^{\prime}}\mathopen{|}{\omega^{\prime}}\mathclose{|} (resp. ∫∂X′|ω′|\int_{\partial X^{\prime}}\mathopen{|}{\omega^{\prime}}\mathclose{|}).

Si ω′\omega^{\prime} est intégrable (resp. intégrable le long de ∂X′\partial X^{\prime}) on écrira ∫X′ω\int_{X^{\prime}}\omega (resp. ∫∂X′ω\int_{\partial X^{\prime}}\omega) au lieu de ∫X′ω′\int_{X^{\prime}}\omega^{\prime} (resp. ∫∂X′ω′\int_{\partial X^{\prime}}\omega^{\prime}).

[01QA]
\propname 3.7.2.

Soit VV un espace kk-analytique compact purement de dimension nn. Soit ω\omega une forme de type (n,n)(n,n) à coefficients mesurables sur VV, que l’on suppose tropicale. Soit W,W1W,W_{1} et W2W_{2} trois domaines analytiques compacts de VV.

  1. 1.

    On a

    ∫W1|ω|≤∫W1∪W2|ω|=∫W1|ω|+∫W2|ω|−∫W1∩W2|ω|,\int_{W_{1}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\leq\int_{W_{1}\cup W_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{W_{1}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}+\int_{W_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}-\int_{W_{1}\cap W_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},
    et​∫W1∪W2ω=∫W1ω+∫W2ω−∫W1∩W2ω\text{et}\;\int_{W_{1}\cup W_{2}}\omega=\int_{W_{1}}\omega+\int_{W_{2}}\omega-\int_{W_{1}\cap W_{2}}\omega

    si ω|W1∪W2\omega|_{W_{1}\cup W_{2}} est intégrable.

  2. 2.

    Supposons que WW contient le support de ω\omega. On a alors ∫W|ω|=∫V|ω|\int_{W}|\omega|=\int_{V}|\omega|, et ∫Wω=∫Vω\int_{W}\omega=\int_{V}\omega si ω\omega est intégrable.

[01QB]
\propname 3.7.3.

Soit VV un espace kk-analytique compact purement de dimension nn. Soit ω\omega une forme de type (n−1,n)(n-1,n) à coefficients mesurables sur VV, que l’on suppose tropicale. Soit W,W1W,W_{1} et W2W_{2} trois domaines analytiques compacts de VV.

  1. 1.

    Chacun des quatre termes

    ∫∂(W1∪W2)|ω|,∫∂W1|ω|,∫∂W2|ω|​et​∫∂(W1∩W2)|ω|\int_{\partial(W_{1}\cup W_{2})}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\int_{\partial W_{1}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\int_{\partial W_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\;\text{et}\;\int_{\partial(W_{1}\cap W_{2})}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}

    est majoré par la somme des trois autres, et s’ils sont tous finis alors

    ∫∂(W1∪W2)ω=∫∂W1ω+∫∂W2ω−∫∂(W1∩W2CLOSEω.\int_{\partial(W_{1}\cup W_{2})}\omega=\int_{\partial W_{1}}\omega+\int_{\partial W_{2}}\omega-\int_{\partial(W_{1}\cap W_{2}}\omega.
  2. 2.

    Supposons que WW est un voisinage de supp⁡(ω)\operatorname{supp}(\omega). On a alors ∫∂W|ω|=∫∂V|ω|\int_{\partial W}|\omega|=\int_{\partial V}|\omega|, et ∫∂Wω=∫∂Vω\int_{\partial W}\omega=\int_{\partial V}\omega si ω\omega est intégrable le long de ∂V\partial V.

Les démonstrations des deux propositions sont en grande partie similaires ; pour éviter d’inutiles répétitions, nous les prouvons simultanément.

[01QC]
Démonstration.

Soit WW un domaine analytique compact de VV qui s’écrit W1∪W2W_{1}\cup W_{2}, où W1W_{1} et W2W_{2} sont deux domaines analytiques compacts de VV. On suppose que WW contient le support de ω\omega si ω\omega est de bi-degré (n,n)(n,n), et qu’il est un voisinage de ce support si elle est de type (n−1,n)(n-1,n). Fixons une présentation (f:V→T,α)(f\colon V\rightarrow T,\alpha) de ω\omega.

Choisissons une décomposition cellulaire 𝒞\mathscr{C} de ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) qui possède les propriétés suivantes :

  1. 1.

    Les parties ftrop​(W),ftrop​(W1)f_{\text{trop}}(W),f_{\text{trop}}(W_{1}), ftrop​(W2)f_{\text{trop}}(W_{2}) et ftrop​(W1∩W2)f_{\text{trop}}(W_{1}\cap W_{2}) sont réunions de cellules appartenant à 𝒞\mathscr{C}  ;

  2. 2.

    Cette décomposition est compatible avec les calibrages μf,μf|W,μf|W1,μf|W2\mu_{f},\mu_{f|_{W}},\mu_{f|_{W_{1}}},\mu_{f|_{W_{2}}} et μf|W1∩W2\mu_{f|_{W_{1}\cap W_{2}}} (que l’on prolonge par 00 en dehors de leurs polytopes de définition respectifs).

Soit C∈𝒞C\in\mathscr{C}, et soit p:T→𝐆mnp\colon T\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} un morphisme affine surjectif de tores tel que ptrop|Cp_{\text{trop}}|_{C} soit injective. Choisissons un pavé ouvert PP dans l’intérieur C̊\mathring{C} de CC, dont l’image RR par ptropp_{\text{trop}} ne rencontre pas (p∘f)trop​(∂V∪∂W∪∂W1∪∂W2∪∂(W1∩W2))(p\circ f)_{\text{trop}}(\partial V\cup\partial W\cup\partial W_{1}\cup\partial W_{2}\cup\partial(W_{1}\cap W_{2})), et qui possède la propriété suivante : si α|C̊≠0\alpha|_{\mathring{C}}\neq 0 alors PP rencontre le support de α\alpha.

L’ouvert U=ftrop−1​(P)U=f_{\text{trop}}^{-1}(P) est alors fini et plat sur RsqR_{\mathrm{sq}}  ; appelons dd le degré correspondant. En vertu de l’hypothèse faite sur RR, l’ouvert UU ne rencontre aucun des bords des différents domaines analytiques en jeu  ; dès lors, toute composante connexe de UU qui rencontre WW (resp. W1W_{1}, resp. W2W_{2}, resp. W1∩W2W_{1}\cap W_{2}) est entièrement contenue dans W1∪W2W_{1}\cup W_{2} (resp. …). Par conséquent, UU s’écrit U′​∐U1​∐U12​∐U2U^{\prime}\coprod U_{1}\coprod U_{12}\coprod U_{2}, où U′U^{\prime} est la réunion des composantes connexes de UU contenues dans V−WV-W, où U1U_{1} est la réunion des composantes connexes de UU contenues dans W1−W2W_{1}-W_{2}, où U2U_{2} est défini de façon symétrique, et où U12U_{12} est la réunion des composantes connexes de UU contenues dans W1∩W2W_{1}\cap W_{2}.

Les ouverts U′U^{\prime}, U1​∐U12U_{1}\coprod U_{12}, U2​∐U12U_{2}\coprod U_{12} et U12U_{12} sont finis et plats au-dessus de RsqR_{\mathrm{sq}}  ; si l’on note d′d^{\prime}, d1d_{1}, d2d_{2} et d12d_{12} les degrés correspondants on a d=d′+d1+d2−d12d=d^{\prime}+d_{1}+d_{2}-d_{12}.

[01QD]
\lemmname 3.7.4.

Si ω\omega est de type (n,n)(n,n) et si α|C̊≠0\alpha|_{\mathring{C}}\neq 0 alors d′=0d^{\prime}=0.

[01QE]
Démonstration.

Pour le voir, on raisonne par l’absurde en supposant que d′d^{\prime} est non nul.

Par choix de PP, on a α|P≠0\alpha|_{P}\neq 0  ; en conséquence, il existe un polytope compact P0P_{0} contenu dans PP, qui est un voisinage dans PP d’un point de supp⁡(α)\operatorname{supp}(\alpha)  ; l’intersection U′′:=U′∩ftrop−1​(P0)U^{\prime\prime}:=U^{\prime}\cap f_{\text{trop}}^{-1}(P_{0}) est un domaine affinoïde de U′U^{\prime}. Comme on a supposé que d′≥1d^{\prime}\geq 1, on a Rsq⊂p∘f⁡(U′)R_{\mathrm{sq}}\subset p\circ f(U^{\prime}), et donc ftrop​(U′)=Pf_{\text{trop}}(U^{\prime})=P, ce qui entraîne que ftrop​(U′′)=P0f_{\text{trop}}(U^{\prime\prime})=P_{0}. La restriction α|P0\alpha|_{P_{0}} étant non nulle, la restriction à U′′U^{\prime\prime} de ω\omega n’est pas nulle (lemme 3.2.2), ce qui contredit l’inclusion du support de ω\omega dans WW.

∎

Revenons à la démonstration des propositions 3.7.2 et 3.7.3. Soit σ\sigma la section de ptropp_{\text{trop}} d’image ⟨C⟩\langle C\rangle, et soit |𝐞||{\bf e}| l’image par σ\sigma du vecteur-volume standard de 𝐑n\mathbf{R}^{n}.

On a alors par définition

μf​(C)\displaystyle\mu_{f}(C) =d​|𝐞|,\displaystyle=d|{\bf e}|,
μf|W​(C̊)\displaystyle\mu_{f|_{W}}(\mathring{C}) =(d1+d2−d12)​|𝐞|,\displaystyle=(d_{1}+d_{2}-d_{12})|{\bf e}|,
μf|W1​(C)\displaystyle\mu_{f|_{W_{1}}}(C) =d1​|𝐞|,\displaystyle=d_{1}|{\bf e}|,
μf|W2​(C)\displaystyle\mu_{f|_{W_{2}}}(C) =d2​|𝐞|\displaystyle=d_{2}|{\bf e}|

et

μf|W1∩W2​(C)\displaystyle\mu_{f|_{W_{1}\cap W_{2}}}(C) =d12​|𝐞|.\displaystyle=d_{12}|{\bf e}|.

Il vient

μf|W​(C)=μf|W1​(C)+μf|W2​(C̊)−μf|W1∩W2​(C),\mu_{f|_{W}}(C)=\mu_{f|_{W_{1}}}(C)+\mu_{f|_{W_{2}}}(\mathring{C})-\mu_{f|_{W_{1}\cap W_{2}}}(C),

et μf​(C)=μf|W​(C)\mu_{f}(C)=\mu_{f|_{W}}(C) si ω\omega est de type (n,n)(n,n) et si α|C̊≠0\alpha|_{\mathring{C}}\neq 0, puisqu’on a alors d′=0d^{\prime}=0 d’après le lemme 3.7.4 ci-dessus.

[01QF]
\remaname 3.7.5.

Tous les vecteurs volumes dont il vient d’être question sont des multiples entiers positifs d’un même vecteur volume, à savoir |𝐞|\mathopen{|}{\bf e}\mathclose{|}.

Supposons que ω\omega est de type (n,n)(n,n). Le calcul des différentes intégrales en jeu dans la proposition 3.7.2 ne fait alors intervenir effectivement que les cellules C∈𝒞C\in\mathscr{C} telles que α|C̊≠0\alpha|_{\mathring{C}}\neq 0. Il en résulte, compte-tenu de ce qui précède et de la remarque 3.7.5, que

∫W1|ω|≤∫V|ω|=∫W|ω|=∫W1|ω|+∫W2|ω|−∫W1∩W2|ω|,\int_{W_{1}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\leq\int_{V}|\omega|=\int_{W}|\omega|=\int_{W_{1}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}+\int_{W_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}-\int_{W_{1}\cap W_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},

et que

∫Vω=∫Wω=∫W1ω+∫W2ω−∫W1∩W2ω\int_{V}\omega=\int_{W}\omega=\int_{W_{1}}\omega+\int_{W_{2}}\omega-\int_{W_{1}\cap W_{2}}\omega

dans le cas intégrable (la remarque 3.7.5 ne sert que pour la première ligne). Ceci achève de démontrer la proposition 3.7.2.

Supposons maintenant que ω\omega est de type (n−1,n)(n-1,n). Soit FF une (n−1)(n-1)-cellule de 𝒞\mathscr{C}. On a en vertu de ce qui précède l’égalité

∂μf|W​(F)=∂μf|W1​(F)+∂μf|W2​(F)−∂μf|W1∩W2​(F),\partial\mu_{f|_{W}}(F)=\partial\mu_{f|_{W_{1}}}(F)+\ \partial\mu_{f|_{W_{2}}}(F)-\partial\mu_{f|_{W_{1}\cap W_{2}}}(F),

d’où l’on déduit (à l’aide de l’inégalité triangulaire pour ce qui concernent les intégrales de bord de |ω|\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}) l’assertion 1) de la proposition 3.7.3.

Il reste à prouver l’assertion 2) de la proposition 3.7.3. On suppose donc que ω\omega est de type (n−1,n)(n-1,n) et que WW est un voisinage du support de ω\omega.

En recouvrant le compact V−Int​(W/V)V-\text{Int}\;(W/V) par un nombre fini de domaines affinoïdes qui ne rencontrent pas le support de ω\omega, on obtient un domaine analytique compact ZZ de XX qui est disjoint du support de ω\omega, et tel que Z∪W=XZ\cup W=X.

Comme ZZ ne rencontre pas le support de ω\omega, les intégrales ∫∂Z|ω|\int_{\partial Z}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} et ∫∂(Z∩W)|ω|\int_{\partial(Z\cap W)}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} sont nulles. En appliquant l’assertion 1) de la proposition 3.7.3, déjà établie, il vient alors

∫∂X|ω|=∫∂W|ω|.\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{\partial W}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}.

L’égalité ∫∂Xω=∫∂Wω\int_{\partial X}\omega=\int_{\partial W}\omega dans le cas intégrable se démontre exactement de la même manière. ∎

[01QG]

3.8 Intégrales et intégrales de bord sur les domaines d’un bon espace kk-analytique

[01QH]

3.8.1

Soit XX un espace kk-analytique, purement de dimension nn, et soit ω\omega une forme de type (n,n)(n,n) (resp. (n−1,n)(n-1,n)) à coefficients mesurables sur XX.

On appellera atlas intégral sur XX adapté à ω\omega une famille (Xi,λi,Yi)(X_{i},\lambda_{i},Y_{i}) où :

∙\bullet (Xi)(X_{i}) est une famille d’ouverts relativement compacts de XX qui recouvre supp⁡(ω)\operatorname{supp}(\omega)  ;

∙\bullet (λi)(\lambda_{i}) est une partition de l’unité lisse sur ⋃Xi\bigcup X_{i}, subordonnée à (Xi)(X_{i}), et les λi\lambda_{i} sont à support compact  ;

∙\bullet YiY_{i} est pour tout ii un voisinage analytique compact de supp⁡(λi​ω|Xi)\operatorname{supp}(\lambda_{i}\omega|_{X_{i}}) dans XiX_{i} qui tropicalise λi\lambda_{i} et ω\omega.

Notons que s’il existe un atlas intégral (Xi,λi,Yi)(X_{i},\lambda_{i},Y_{i}) sur YY adapté à ω\omega, il existe pour tout domaine analytique fermé ZZ de XX un atlas intégral sur ZZ adapté à ω\omega (c’est-à-dire, plus rigoureusement, à ω|Z\omega|_{Z}) : il suffit de prendre (Xi∩Z,λi|Z∩⋃Xi,Yi∩Z)(X_{i}\cap Z,\lambda_{i}|_{Z\cap\bigcup X_{i}},Y_{i}\cap Z), que l’on notera plus simplement (Xi,λi,Yi)|Z(X_{i},\lambda_{i},Y_{i})|_{Z}.

[01QI]

3.8.2

Supposons que XX est bon et que supp⁡(ω)∩Y\operatorname{supp}(\omega)\cap Y est fortement paracompact dans XX  ; il existe alors un atlas intégral sur YY adapté à ω\omega.

En effet, choisissons un voisinage ouvert paracompact Ω\Omega de supp⁡(ω)∩Y\operatorname{supp}(\omega)\cap Y dans XX.

Il existe une famille (Vi)i∈I(V_{i})_{i\in I} de domaines affinoïdes de Ω\Omega telle que les V̊i\mathring{V}_{i} recouvrent Ω\Omega. Soit (λi)i∈I(\lambda_{i})_{i\in I} une partition de l’unité lisse sur Ω\Omega subordonnée au recouvrement (V̊i)i(\mathring{V}_{i})_{i}.

Pour tout i∈Ii\in I, le support de λi​ω\lambda_{i}\omega est constitué de points xx tels que dk​(x)=nd_{k}(x)=n (lemme 3.2.5). D’après la proposition 3.4.4, il existe un voisinage affinoïde UiU_{i} du support de λi​ω\lambda_{i}\omega dans ViV_{i} qui tropicalise λi\lambda_{i} et ω\omega.

La famille (V̊i∩Y,λi|Ω∩Y,Ui∩Y)(\mathring{V}_{i}\cap Y,\lambda_{i}|_{\Omega\cap Y},U_{i}\cap Y) est alors un atlas intégral sur YY adapté à ω\omega.

Notons qu’on peut également, étant donné un ensemble fini ℱ\mathscr{F} de formes mesurables sur XX, imposer de surcroît aux UiU_{i}, et a fortiori aux Ui∩YU_{i}\cap Y, de tropicaliser les formes appartenant à ℱ\mathscr{F}.

[01QJ]

3.8.3

On fait l’hypothèse qu’il existe un atlas intégral (Xi,λi,Yi)(X_{i},\lambda_{i},Y_{i}) sur XX qui est adapté à ω\omega.

On pose ∫X|ω|=∑∫Yiλi​|ω|\int_{X}|\omega|=\sum\int_{Y_{i}}\lambda_{i}|\omega|

(resp.​∫∂X|ω|=∑∫∂Yiλi​|ω|​).\text{(resp.}\;\;\int_{\partial X}|\omega|=\sum\int_{\partial Y_{i}}\lambda_{i}|\omega|\;\;\text{)}.

On dira que la forme ω\omega est intégrable sur XX (resp. sur ∂X\partial X) si ∫X|ω|<+∞\int_{X}|\omega|<+\infty (resp. ∫∂X|ω|<+∞\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}<+\infty).

Si c’est le cas, λi​ω\lambda_{i}\omega est intégrable sur YiY_{i} (resp. sur ∂Yi\partial Y_{i}) pour tout ii, et la famille (∫Yiλi​ω)i(\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\omega)_{i} (resp. ∫∂Yiλi​ωi\int_{\partial Y_{i}}\lambda_{i}\omega_{i}) est sommable. On pose alors

∫Xω=∑i∫Yiλi​ωi,\int_{X}\omega=\sum_{i}\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\omega_{i},
OPEN(resp.​∫∂Xω=∑i∫∂Yiλi​ω)i​).\text{(resp.}\;\int_{\partial X}\omega=\sum_{i}\int_{\partial Y_{i}}\lambda_{i}\omega)_{i}\;\text{)}.

Les valeurs de ∫X|ω|\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} (resp. ∫∂X|ω|\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}), et de ∫Xω\int_{X}\omega (resp. ∫∂Xω\int_{\partial X}\omega) dans le cas intégrable semblent dépendre de notre choix d’atlas intégral. Il n’en est en réalité rien, comme le montre le lemme ci-dessous – ce qui justifie a posteriori nos notations.

[01QK]
\lemmname 3.8.4.

Les valeurs de ∫X|ω|\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} (resp. ∫∂X|ω|\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}), et de ∫Xω\int_{X}\omega (resp. ∫∂Xω\int_{\partial X}\omega) dans le cas intégrable, ne dépendent pas de l’atlas intégral choisi.

[01QL]
Démonstration.

Supposons tout d’abord que ω\omega est de type (n,n)(n,n).

Insensibilité au choix des YiY_{i}. Supposons donnée la famille (Xi,λi)(X_{i},\lambda_{i}), et fixons ii. L’élément ∫Yiλi​|ω|\int_{Y_{i}}\lambda_{i}|\omega| de [0;+∞][0;+\infty] et, le cas échéant, le réel ∫Yiλi​ω\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\omega ne dépendent pas du choix de YiY_{i}.

Pour le voir, on choisit un (autre) domaine analytique compact (Yi′)(Y^{\prime}_{i}) de XiX_{i} qui est un voisinage de supp⁡(λi​ω)\operatorname{supp}(\lambda_{i}\omega) dans XiX_{i}.

On a alors en vertu de l’assertion 2) de la proposition 3.7.2 les égalités

∫Yiλi​|ω|=∫Yi∩Yi′λi​|ω|=∫Yi′λi​|ω|,\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{Y_{i}\cap Y^{\prime}_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{Y^{\prime}_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},

et les mêmes sans valeurs absolues en cas d’intégrabilité, ce qu’on souhaitait établir.

Insensibilité au choix de tout l’atlas. On suppose donné l’atlas intégral (Xi,λi,Yi)(X_{i},\lambda_{i},Y_{i})  ; soit (Xi′,λi′,Yi′)(X^{\prime}_{i},\lambda^{\prime}_{i},Y^{\prime}_{i}) un autre atlas intégral sur YY adapté à ω\omega.

On peut modifier les YiY_{i} (ce qui, par ce qui précède, ne change pas les intégrales en jeu) de sorte que pour tout ii, le domaine analytique compact YiY_{i} tropicalise tous les λj′\lambda^{\prime}_{j} : cela provient du fait que si ii est fixé, presque toutes les fonctions λj′\lambda^{\prime}_{j} sont nulles sur XiX_{i} (qui est relativement compact). De même, pour tout jj, on modifie Yj′Y^{\prime}_{j} de sorte qu’il tropicalise toutes les fonctions lisses λi\lambda_{i}. Posons U=⋃XiU=\bigcup X_{i} et U′=⋃Xj′U^{\prime}=\bigcup X^{\prime}_{j}.

Comme les λi\lambda_{i} et les λj′\lambda_{j}^{\prime} sont à support compact (dans UU et U′U^{\prime} respectivement), on les prolonge par 00 en des fonctions lisses sur YY tout entier.

Fixons ii et jj. L’intégrale ∫Yj′λj′​|ω|\int_{Y^{\prime}_{j}}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} est alors égale à ∑i∫Yi∩Yj′λi​λj′​|ω|\sum_{i}\int_{Y_{i}\cap Y^{\prime}_{j}}\lambda_{i}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} (notons qu’ici la somme est finie, puisque les λi\lambda_{i} sont presque toutes nulles au voisinage du compact Yj′Y^{\prime}_{j}).

En effet, ∑λi=1\sum\lambda_{i}=1 sur UU. Il existe donc un voisinage analytique compact Ω\Omega de (supp⁡ω)∩Yj′(\operatorname{supp}\omega)\cap Y^{\prime}_{j} dans Yj′Y^{\prime}_{j} sur lequel ∑λi=1\sum\lambda_{i}=1 (notons que par compacité de Ω\Omega cette somme est finie).

En vertu de l’assertion 2) de la proposition 3.7.2, il vient

∫Z​Yjλj′​|ω|=∫Ωλj′​|ω|=∑i∫Ωλi​λj′​|ω|\int_{ZY_{j}}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{\Omega}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{i}\int_{\Omega}\lambda_{i}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}
=∑i∫Ω∩Yiλi​λj′​|ω|=∑i∫Yj′∩Yiλi​λj′​|ω|,=\sum_{i}\int_{\Omega\cap Y_{i}}\lambda_{i}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{i}\int_{Y^{\prime}_{j}\cap Y_{i}}\lambda_{i}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},

comme annoncé. On a de même pour tout couple (i,j)(i,j) l’égalité

∫Yiλi​|ω|=∑j∫Yi∩Yj′λi​λj′​|ω|.\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{j}\int_{Y_{i}\cap Y^{\prime}_{j}}\lambda_{i}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}.

On peut dès lors écrire

∑j∫Yj′λj′​|ω|=∑i,j∫Yj′λi​λj′​|ω|=∑j∑i∫Yi∩Yj′λi​λj′​|ω|=∑j∑i∫Yiλi​λj′​|ω|=∑i∫Yiλi​|ω|\sum_{j}\int_{Y^{\prime}_{j}}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{i,j}\int_{Y^{\prime}_{j}}\lambda_{i}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{j}\sum_{i}\int_{Y_{i}\cap Y^{\prime}_{j}}\lambda_{i}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\\ =\sum_{j}\sum_{i}\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{i}\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}

ce qui prouve que ∫X|ω|\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} ne dépend pas pas du choix d’un l’atlas intégral adapté à ω\omega.

Lorsque ω\omega est intégrable, l’intégrale ∫Xω\int_{X}\omega ne dépend pas non plus des choix faits : pour le prouver, on décalque la démonstration ci-dessus en remplaçant partout |ω|\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} par ω\omega.

La preuve du lemme lorsque ω\omega est une (n−1,n)(n-1,n)-forme est en tout point similaire à celle que l’on vient de donner pour les (n,n)(n,n)-formes, à ceci près qu’elle se fonde sur l’assertion 2) de la proposition 3.7.3 au lieu de l’assertion 2) de la proposition 3.7.2. ∎

[01QM]

3.8.5 Compatibilité avec les définitions précédentes

Supposons maintenant que XX est compact, et que ω\omega est tropicale.

Les définitions ci-dessus de ∫X|ω|\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} (resp. ∫∂X|ω|\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}), et de ∫Xω\int_{X}\omega (resp. ∫∂Xω\int_{\partial X}\omega) dans le cas intégrable, coïncident avec celles données au paragraphe 3.7 : on le voit en choisissant comme atlas intégral adapté à ω\omega la famille singleton {(X​,1,X)}\{(X,1,X)\}.

[01QN]

3.9 Premières propriétés de l’intégrale

Soit XX un bon espace kk-analytique purement de dimension nn.

[01QP]

3.9.1

Soit ω\omega une (n,n)(n,n)-forme (resp. une (n−1,n)(n-1,n)-forme) à support fortement paracompact dans XX.

Soit UU un ouvert de XX et soit YY un domaine analytique fermé de UU.

La forme ω|U\omega|_{U} est à support fortement paracompact dans UU en vertu du lemme 3.2.9.

On peut donc définir ∫Y|ω|\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, (resp. ∫∂Y|ω|\int_{\partial Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}), et ∫Yω\int_{Y}\omega, (resp. ∫∂Yω\int_{\partial Y}\omega) dans le cas intégrable.

Si YY est compact et si ω|Y\omega|_{Y} est tropicale, ces définitions coïncident avec celles du paragraphe 3.7.

[01QQ]

3.9.2

L’intégrale est linéaire dans le sens suivant. Soit (ωℓ)(\omega_{\ell}) une famille localement finie et dénombrable de formes mesurables de type (n,n)(n,n) (resp. (n−1,n)(n-1,n)) à supports fortement paracompacts dans XX, et soit (rℓ)(r_{\ell}) une famille de nombres réels.

La forme ω:=∑rℓ​ωℓ\omega:=\sum r_{\ell}\omega_{\ell} est alors bien définie, et à support fortement paracompact dans XX : pour le voir, on choisit pour tout ℓ\ell un ouvert paracompact XℓX_{\ell} de XX contenant supp⁡(ωℓ)\operatorname{supp}(\omega_{\ell}).

Chaque composante connexe de XℓX_{\ell} est dénombrable à l’infini. Comme les XℓX_{\ell} sont en nombre dénombrable, chaque composante connexe de ⋃Xℓ\bigcup X_{\ell} est dénombrable à l’infini. Par conséquent, ⋃Xℓ\bigcup X_{\ell} est un ouvert paracompact de XX contenant le support de chacune des ωℓ\omega_{\ell}, et a fortiori le support de ∑rℓ​ωℓ\sum r_{\ell}\omega_{\ell}.

On a alors

∫X|ω|≤∑|rℓ|​∫X|ωℓ|\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\leq\sum|r_{\ell}|\int_{X}\mathopen{|}{\omega_{\ell}}\mathclose{|}
(resp.​∫∂X|ω|≤∑|rℓ|​∫∂X|ωℓ|​),\text{(resp.}\;\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\leq\sum|r_{\ell}|\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega_{\ell}}\mathclose{|}\;\;\text{),}

et

∫Xω=∑rℓ​∫Yωℓ\int_{X}\omega=\sum r_{\ell}\int_{Y}\omega_{\ell}
(resp.​∫∂Xω=∑rℓ​∫∂Xωℓ​)\text{(resp.}\;\int_{\partial X}\omega=\sum r_{\ell}\int_{\partial X}\omega_{\ell}\;\;\text{)}

dans le cas intégrable.

Pour le voir, on commence par choisir un ouvert paracompact ZZ de XX contenant ⋃supp⁡(ωℓ)\bigcup\operatorname{supp}(\omega_{\ell}) (on a vu ci-dessus qu’un tel ouvert existe toujours).

Donnons-nous une famille (Vi)(V_{i}) de domaines affinoïdes de ZZ tels que les V̊i\mathring{V}_{i} recouvrent ZZ, et une partition de l’unité lisse (λi)(\lambda_{i}) sur ZZ, subordonnée à (V̊i)(\mathring{V}_{i}).

Fixons ii. Comme la famille (ωℓ)(\omega_{\ell}) est localement finie, et comme le support de λi​ωℓ\lambda_{i}\omega_{\ell} est constitué pour tout ℓ\ell de points xx tels que dk​(x)=nd_{k}(x)=n (lemme 3.2.5), il existe en vertu de la proposition 3.4.4, un voisinage affinoïde UiU_{i} de ⋃ℓsupp⁡(λi​ωℓ)\bigcup_{\ell}\operatorname{supp}(\lambda_{i}\omega_{\ell}) dans ViV_{i} qui tropicalise λi\lambda_{i} et toutes les ωℓ\omega_{\ell} (celles qui sont nulles sur ViV_{i} sont automatiquement tropicales).

La famille (V̊iλi,Ui)|(\mathring{V}_{i}\,\lambda_{i},U_{i})| est un atlas intégral sur XX adapté à ω\omega et à chacune des ωℓ\omega_{\ell}  ; on peut donc calculer toutes les intégrales en jeu au moyen de cet atlas, et le résultat cherché s’ensuit immédiatement.

[01QR]
\remaname 3.9.3.

Supposons qu’il existe une partition de l’unité mesurable (gℓ)(g_{\ell}) telle que ωℓ=gℓ​ω\omega_{\ell}=g_{\ell}\omega pour tout ℓ\ell. On montre alors par la même méthode que ci-dessus que

∫X|ω|=∑∫X|ωℓ|.\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum\int_{X}\mathopen{|}{\omega_{\ell}}\mathclose{|}.
[01QS]

3.9.4

Soit ω\omega une forme mesurable de bidegré (n,n)(n,n) (resp. (n−1,n)(n-1,n)) telle qu’il existe un atlas intégral (Xi,λi,Ti)(X_{i},\lambda_{i},T_{i}) sur XX, adapté à ω\omega.

Soit YY un domaine analytique fermé de XX, et soit ZZ un domaine analytique fermé de YY. Supposons que ZZ contienne (resp. soit un voisinage) de supp⁡(ω)∩Y\operatorname{supp}(\omega)\cap Y.

On a alors ∫Z|ω|=∫Y|ω|\int_{Z}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} (resp. ∫∂Z|ω|=∫∂Y|ω|\int_{\partial Z}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{\partial Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}), et ∫Zω=∫Yω\int_{Z}\omega=\int_{Y}\omega (resp. ∫∂Zω=∫∂Yω\int_{\partial Z}\omega=\int_{\partial Y}\omega) dans le cas intégrable.

En effet, les différentes intégrales en jeu peuvent se calculer au moyen des atlas (Xi,λi,Ti)|Y(X_{i},\lambda_{i},T_{i})|_{Y} et (Xi,λi,Ti)|Z(X_{i},\lambda_{i},T_{i})|_{Z}, et l’assertion découle dès lors aussitôt de la proposition 3.7.2 (resp. 3.7.3).

Par un raisonnement analogue également fondé sur la proposition 3.7.2 (resp. 3.7.3), on montre que si Y1Y_{1} et Y2Y_{2} sont deux domaines analytiques fermés de XX, alors :

∙\bullet ∫Y1∪Y2|ω|=∫Y1|ω|+∫Y2|ω|−∫Y1∩Y2|ω|\int_{Y_{1}\cup Y_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{Y_{1}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}+\int_{Y_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}-\int_{Y_{1}\cap Y_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}

(resp. chacun des quatre termes ∫∂(Y1∪Y2)|ω|\int_{\partial(Y_{1}\cup Y_{2})}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, ∫∂Y1|ω|\int_{\partial Y_{1}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, ∫∂Y2|ω|\int_{\partial Y_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, ∫∂(Y1∩Y2)|ω|\int_{\partial(Y_{1}\cap Y_{2})}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} est majoré par la somme des trois autres)  ;

∙\bullet ∫Y1∪Y2ω=∫Y1ω+∫Y2ω−∫Y1∩Y2ω\int_{Y_{1}\cup Y_{2}}\omega=\int_{Y_{1}}\ \omega+\int_{Y_{2}}\omega-\int_{Y_{1}\cap Y_{2}}\omega

(resp. ∫∂(Y1∪Y2)ω=∫∂Y1ω+∫∂Y2ω−∫∂(Y1∩Y2)ω\int_{\partial(Y_{1}\cup Y_{2})}\omega=\int_{\partial Y_{1}}\omega+\int_{\partial Y_{2}}\omega-\int_{\partial(Y_{1}\cap Y_{2})}\omega) dans le cas intégrable.

[01QT]

3.10 Propriétés spécifiques aux intégrales de (n,n)(n,n)-formes

Soit XX un bon espace kk-analytique purement de dimension nn, et soit ω\omega une forme mesurable de type (n,n)(n,n) telle qu’il existe un atlas intégral sur XX adapté à ω\omega.

[01QU]

3.10.1

Soit YY un domaine analytique fermé de XX, et soit Y′Y^{\prime} un domaine analytique fermé de YY. On a alors ∫Y′|ω|≤∫Y|ω|\int_{Y^{\prime}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\leq\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}. Cela résulte en effet immédiatement de la définition de l’intégrale et de la proposition 3.7.2.

[01QV]

3.10.2

On a l’égalité

∫X|ω|=supY∫Y|ω|,\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sup_{Y}\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},

où YY parcourt l’ensemble des domaines analytiques compacts de XX.

On sait en effet par ce qui précède que

∫X|ω|≥supY∫Y|ω|.\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\geq\sup_{Y}\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}.

Soit α<∫X|ω|\alpha<\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}.

Donnons-nous un atlas intégral (Xi,λi,Yi)(X_{i},\lambda_{i},Y_{i}) sur XX adapté à ω\omega.

Il existe un ensemble fini II d’indices tel que ∑i∫Yiλi​|ω|>α\sum_{i}\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}>\alpha. Soit YY la réunion des YiY_{i} pour i∈Ii\in I. C’est un domaine analytique compact de XX.

En calculant ∫Y|ω|\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} au moyen de l’atlas (Xi,λi,Yi)|Y(X_{i},\lambda_{i},Y_{i})|_{Y}, on voit que ∫Y|ω|≥∑i∫Yiλi​|ω|>α\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\geq\sum_{i}\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}>\alpha, d’où notre assertion.

[01QW]

3.10.3

On suppose à partir de maintenant que pour tout ouvert UU de XX, il existe un atlas intégral sur UU adapté à ω|U\omega|_{U}  ; c’est par exemple le cas dès que ω\omega est à support fortement paracompact dans XX.

Il découle alors de 3.10.1 et 3.10.2 que l’on a pour tout ouvert UU de XX l’inégalité ∫U|ω|≤∫X|ω|\int_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\leq\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}.

[01QX]

3.10.4

Soit YY un domaine analytique fermé de XX et soit UU l’ouvert X−YX-Y. Il résulte de la description locale des domaines analytiques par Temkin ([53], §4) que la fonction caractéristique 𝟏Y{\bf 1}_{Y} est une (0,0)(0,0)-forme à coefficients mesurables (et même tropicalement continus par morceaux)  ; il en va évidemment de même de 𝟏U{\bf 1}_{U}.

[01QY]
\propname 3.10.5.

On a ∫Y|ω|=∫X𝟏Y​|ω|\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{X}{\bf 1}_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, et ∫Yω=∫X𝟏Y​ω\int_{Y}\omega=\int_{X}{\bf 1}_{Y}\omega dans le cas intégrable.

On a ∫U|ω|=∫X𝟏U​|ω|\int_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{X}{\bf 1}_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, et ∫Uω=∫X𝟏U​ω\int_{U}\omega=\int_{X}{\bf 1}_{U}\omega dans le cas intégrable.

[01QZ]
Démonstration.

Traitons d’abord le cas des intégrales sur YY.

On a ∫Y|ω|=∫Y𝟏Y​|ω|\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{Y}{\bf 1}_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, puisque ω|Y=𝟏Y​ω|Y\omega|_{Y}={\bf 1}_{Y}\omega|_{Y}. Et comme YY contient le support de 𝟏Y​ω{\bf 1}_{Y}\omega, cette dernière intégrale est égale à ∫X𝟏Y​|ω|\int_{X}{\bf 1}_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}  ; on procède de même pour les intégrales sans valeurs absolues, dans le cas intégrable.

Venons-en maintenant au cas de UU. Soit (Xi,λi,Zi)(X_{i},\lambda_{i},Z_{i}) un atlas intégral sur XX adapté à ω\omega, tel que chacun des ZiZ_{i} tropicalise également 𝟏Y{\bf 1}_{Y} (ou 𝟏U{\bf 1}_{U}, ce qui est pareil).

On a ∫U|ω|=∑i∫Uλi​|ω|\int_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{i}\int_{U}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, et ∫X𝟏U​|ω|=∑i∫X𝟏U​λi​|ω|\int_{X}{\bf 1}_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{i}\int_{X}{\bf 1}_{U}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, et les égalités analogues sans valeurs absolues dans le cas intégrable. Pour tout ii, le support de la forme λi​ω\lambda_{i}\omega est contenu dans ZiZ_{i} ; d’après le paragraphe 3.9.4, on a donc

∫Uλi​|ω|=∫U∩Ziλi​|ω|et∫X𝟏U​λi​|ω|=∫Zi𝟏U​λi​|ω|,\int_{U}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{U\cap Z_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\quad\text{et}\quad\int_{X}\mathbf{1}_{U}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{Z_{i}}\mathbf{1}_{U}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},

ainsi que les égalités analogues sans valeurs absolues.

Quitte à remplacer XX par ZiZ_{i}, UU par U∩ZiU\cap Z_{i} et ω\omega par λi​ω\lambda_{i}\omega, on peut donc supposer que XX est compact et que ω\omega et 𝟏U{\bf 1}_{U} sont tropicales, définies par un moment f:X→Tf\colon X\to T. Posons P=ftrop​(X)P=f_{\text{trop}}(X), Q=ftrop​(Y)Q=f_{\text{trop}}(Y). Soit α\alpha la (n,n)(n,n)-forme mesurable sur PP telle que ω=f∗​α\omega=f^{*}\alpha. On a Y=ftrop−1​(Q)Y=f_{\text{trop}}^{-1}(Q) et Y=ftrop−1​(P Q)Y=f_{\text{trop}}^{-1}(P\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}Q).

Par définition,

∫X𝟏U​|ω|=∫P⟨𝟏P Q​|α|,|μf|⟩=∫P Q⟨|α|,|μf|⟩.\int_{X}\mathbf{1}_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{P}\langle\mathbf{1}_{P\mathchoice{\mathbin{\vrule height=2.17pt,width=4.85236pt,depth=-1.14528pt}}{\mathbin{\vrule height=2.17pt,width=4.85236pt,depth=-1.14528pt}}{\mathbin{\vrule height=1.50694pt,width=2.56181pt,depth=-0.84387pt}}{\mathbin{\vrule height=0.60275pt,width=1.71793pt,depth=-0.72334pt}}Q}\mathopen{|}{\alpha}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu_{f}}\mathclose{|}\rangle=\int_{P\mathchoice{\mathbin{\vrule height=2.17pt,width=4.85236pt,depth=-1.14528pt}}{\mathbin{\vrule height=2.17pt,width=4.85236pt,depth=-1.14528pt}}{\mathbin{\vrule height=1.50694pt,width=2.56181pt,depth=-0.84387pt}}{\mathbin{\vrule height=0.60275pt,width=1.71793pt,depth=-0.72334pt}}Q}\langle\mathopen{|}{\alpha}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu_{f}}\mathclose{|}\rangle.

Par ailleurs, soit (Oi)(O_{i}) un recouvrement de P QP\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}Q par des ouverts relativement compacts, (θi)(\theta_{i}) une partition de l’unité subordonnée au recouvrement (Oi)(O_{i}) formée de fonctions lisses à supports compacts et, pour tout ii, un polytope compact QiQ_{i} de P QP\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}Q voisinage dans OiO_{i} du support de θi​α\theta_{i}\alpha. On a alors

∫P Q⟨|α|,|μf|⟩=∑i∫Qiθi​⟨|α|,|μf|Qi|⟩.\int_{P\mathchoice{\mathbin{\vrule height=2.17pt,width=4.85236pt,depth=-1.14528pt}}{\mathbin{\vrule height=2.17pt,width=4.85236pt,depth=-1.14528pt}}{\mathbin{\vrule height=1.50694pt,width=2.56181pt,depth=-0.84387pt}}{\mathbin{\vrule height=0.60275pt,width=1.71793pt,depth=-0.72334pt}}Q}\langle\mathopen{|}{\alpha}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu_{f}}\mathclose{|}\rangle=\sum_{i}\int_{Q_{i}}\theta_{i}\langle\mathopen{|}{\alpha}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu_{f}|_{Q_{i}}}\mathclose{|}\rangle.

En outre, on a

∫Qiθi​⟨|α|,|μf|Qi|⟩=∫ftrop−1​(Qi)|f∗​(θi​α)|=∫ftrop−1​(Qi)f∗​(θi)​|ω|.\int_{Q_{i}}\theta_{i}\langle\mathopen{|}{\alpha}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu_{f}|_{Q_{i}}}\mathclose{|}\rangle=\int_{f_{\text{trop}}^{-1}(Q_{i})}\mathopen{|}{f^{*}(\theta_{i}\alpha)}\mathclose{|}=\int_{f_{\text{trop}}^{-1}(Q_{i})}f^{*}(\theta_{i})\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}.

Alors, la famille (ftrop−1​(Oi),f∗​(θi),ftrop−1​(Qi))i(f_{\text{trop}}^{-1}(O_{i}),f^{*}(\theta_{i}),f_{\text{trop}}^{-1}(Q_{i}))_{i} est un atlas intégral sur UU adapté à ω\omega. On a donc

∫U|ω|=∑i∫ftrop−1​(Qi)f∗​(θi)​|ω|,\int_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{i}\int_{f_{\text{trop}}^{-1}(Q_{i})}f^{*}(\theta_{i})\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},

d’où l’égalité ∫U|ω|=∫X𝟏U​|ω|\int_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{X}\mathbf{1}_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}. Dans le cas intégrable, la preuve de l’égalité ∫Uω=∫X𝟏U​ω\int_{U}\omega=\int_{X}\mathbf{1}_{U}\omega est identique, en enlevant les valeurs absolues du calcul précédent. ∎

[01R0]
\coroname 3.10.6.

Soit XX un bon espace analytique de dimension nn, soit ω\omega une (n,n)(n,n)-forme intégrable sur XX. Soit ℬ\mathscr{B} l’algèbre de Boole engendrée par les domaines analytiques fermés de XX. Il existe une unique application additive de ℬ\mathscr{B} dans 𝐑\mathbf{R}, notée B↦∫BωB\mapsto\int_{B}\omega, qui coïncide avec l’intégrale usuelle si BB est un domaine analytique fermé ou un complémentaire d’un tel domaine analytique.

[01R1]
\propname 3.10.7.

Soit XX un bon espace kk-analytique de dimension nn. Soit ω\omega une (n−1,n)(n-1,n)-forme mesurable sur XX dont le support est fortement paracompact dans XX et ne rencontre pas ∂X\partial X. On a alors ∫∂X|ω|=0\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=0, et ∫∂Xω=0\int_{\partial X}\omega=0.

[01R2]
Démonstration.

La définition de l’intégrale supposer que XX est paracompact et sans bord. Choisissons une famille (Vi)(V_{i}) de domaines affinoïdes de XX telle que les V̊i\mathring{V}_{i} recouvrent XX. Soit (λi)(\lambda_{i}) une partition de l’unité lisse subordonnée au recouvrement (V̊i)(\mathring{V}_{i}).

Fixons un indice ii. D’après la proposition 3.4.4, il existe un voisinage affinoïde UiU_{i} du support KiK_{i} de λi​ω\lambda_{i}\omega dans V̊i=Int⁡(Vi/k)\mathring{V}_{i}=\operatorname{Int}(V_{i}/k) et un moment (fi:Ui→Ti)(f_{i}\colon U_{i}\rightarrow T_{i}) qui tropicalise λi​ωi\lambda_{i}\omega_{i} et satisfait la condition

fi,trop​(∂(Ui/Vi))∩fi,trop​(Ki)=∅.f_{i,{\text{trop}}}(\partial(U_{i}/{V_{i}}))\cap f_{i,{\text{trop}}}(K_{i})=\emptyset.

Démontrons alors que l’on a ∫∂Uiλi​ω=0\int_{\partial U_{i}}\lambda_{i}\omega=0. Soit α\alpha la (n−1,n)(n-1,n)-forme sur fi,trop​(Ui)f_{i,{\text{trop}}}(U_{i}) telle que λi​ω|Ui=fi∗​α\lambda_{i}\omega|_{U_{i}}=f_{i}^{*}\alpha ; d’après le corollaire 3.2.3, son support est fi,trop​(Ki)f_{i,{\text{trop}}}(K_{i}). Choisissons une décomposition cellulaire 𝒞\mathscr{C} de fi,trop​(Ui)f_{i,{\text{trop}}}(U_{i}) adaptée au calibrage μfi\mu_{f_{i}}.

Soit alors FF une (n−1)(n-1)-cellule de 𝒞\mathscr{C}. Si FF est disjointe de gi,trop​(Ki)g_{i,{\text{trop}}}(K_{i}), l’intégrale ∫F⟨α,μfi⟩\int_{F}\langle\alpha,\mu_{f_{i}}\rangle est nulle. Sinon, FF rencontre gi,trop​(Ki)g_{i,{\text{trop}}}(K_{i}). Puisque Ui⊂Int⁡(Vi/k)U_{i}\subset\operatorname{Int}(V_{i}/k), Int⁡(Ui/Vi)=Int⁡(Ui)\operatorname{Int}(U_{i}/V_{i})=\operatorname{Int}(U_{i}), d’où ∂(Ui/Vi)=∂Ui\partial(U_{i}/V_{i})=\partial U_{i}.

En particulier, fi,trop​(∂(Ui/Vi))=fi,trop​(∂Ui)f_{i,{\text{trop}}}(\partial(U_{i}/V_{i}))=f_{i,{\text{trop}}}(\partial U_{i}), si bien que FF n’est pas contenue dans fi,trop​(∂Ui)f_{i,{\text{trop}}}(\partial U_{i}). D’après le théorème 3.6.1, FF est harmonieuse et ne contribue donc pas à l’intégrale ∫∂Uiλi​|ω|\int_{\partial U_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}. Cela démontre la nullité de ∫∂Uiλi​|ω|\int_{\partial U_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}  ; Il s’ensuit que ∫∂X|ω|=0\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=0  ; la nullité de ∫∂Xω\int_{\partial X}\omega se démontre de la même manière. ∎

[01R3]

3.11 Positivité, régularité et continuité

[01R4]
\propname 3.11.1.

Soit XX un bon espace kk-analytique de dimension nn, soit ω\omega une (n,n)(n,n)-forme lisse sur XX et soit VV un domaine analytique compact de XX tel que ω\omega est nulle sur VV. Pour tout ε>0\varepsilon>0, il existe un voisinage WW de VV dans XX qui est un domaine analytique compact tel que ∫W|ω|≤ε\int_{W}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\leq\varepsilon.

[01R5]
Démonstration.

En revenant à la définition de l’intégrale, on se ramène au cas où VV est contenu dans l’intérieur d’un domaine affinoïde V′V^{\prime} adapté à ω\omega. Soit f:V′→Tf\colon V^{\prime}\rightarrow T un moment et soit α\alpha une (n,n)(n,n)-forme sur ftrop​(V′)f_{\text{trop}}(V^{\prime}) telle que ω|V′=f∗​α\omega|_{V^{\prime}}=f^{*}\alpha.

Considérons une décomposition polytopale 𝒫′\mathscr{P}^{\prime} de ftrop​(V′)f_{\text{trop}}(V^{\prime}) telle que ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) soit réunion de cellules de 𝒫′\mathscr{P}^{\prime} et qui soit adaptée au calibrages μf\mu_{f} de ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) et ftrop​(V′)f_{\text{trop}}(V^{\prime}). Il existe un voisinage PP de ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) dans ftrop​(V′)f_{\text{trop}}(V^{\prime}) qui est un polyope. Alors, W=ftrop−1​(V)W=f_{\text{trop}}^{-1}(V) est un domaine analytique de V′V^{\prime} qui est un voisinage de VV. Compte tenu de la régularité extérieure de la mesure de Lebesgue sur un espace affine, la définition de ∫V′|ω|\int_{V^{\prime}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} montre que cette intégrale est arbitrairement proche de 00. ∎

[01R6]
\propname 3.11.2.

Soit XX un bon espace kk-analytique topologiquement séparé et de dimension nn. Soit ω\omega une (n,n)(n,n)-forme intégrable sur XX (resp. une (n−1,n)(n-1,n)-forme intégrable sur ∂X\partial X). Pour toute fonction lisse uu sur XX, on a

|∫Xu​ω|≤∥u∥K​∫X|ω|,resp. ​|∫∂Xf​ω|≤∥u∥K∩∂X​∫∂X|ω|.\left|{\int_{X}u\omega}\right|\leq\mathopen{\|}{u}\mathclose{\|}_{K}\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\quad\text{\emph{resp.} }\left|{\int_{\partial X}f\omega}\right|\leq\mathopen{\|}{u}\mathclose{\|}_{K\cap\partial X}\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}.

(On note ∥u∥C\mathopen{\|}{u}\mathclose{\|}_{C} désigne la borne supérieure de |u|\mathopen{|}{u}\mathclose{|} sur une partie CC de XX.)

[01R7]
Démonstration.

Commençons par traiter le cas d’une forme de type (n,n)(n,n). Soit uu une fonction lisse sur XX. Il résulte de la définition de l’intégrale ∫Xu​ω\int_{X}u\omega que l’on a

|∫Xu​ω|≤∥u∥X​∫X|ω|.\left|{\int_{X}u\omega}\right|\leq\mathopen{\|}{u}\mathclose{\|}_{X}\int_{X}{\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}}.

Soit ε>0\varepsilon>0. Il existe un voisinage compact UU de KK sur lequel uu est bornée par ∥u∥K+ε\mathopen{\|}{u}\mathclose{\|}_{K}+\varepsilon ; soit alors λ\lambda une fonction lisse sur XX, de support contenu dans UU, qui vaut 11 au voisinage de KK et telle que 0≤λ⁡(x)≤10\leq\lambda(x)\leq 1 pour tout point de UU. Comme λ​ω=ω\lambda\omega=\omega, on a alors

|∫Xu​ω|=|∫Xλ​u​ω|≤∥λ​u∥X​∫X|ω|≤(∥u∥K+ε)​∫X|ω|.\left|{\int_{X}u\omega}\right|=\left|{\int_{X}\lambda u\omega}\right|\leq\mathopen{\|}{\lambda u}\mathclose{\|}_{X}\int_{X}{\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}}\leq(\mathopen{\|}{u}\mathclose{\|}_{K}+\varepsilon)\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}.

La proposition en découle en faisant tendre ε\varepsilon vers 00.

Le cas des formes de type (n−1,n)(n-1,n) est analogue se traite de même. Soit λ\lambda une fonction lisse égale à 11 au voisinage de ∂X∩K\partial X\cap K. La forme λ​ω−ω\lambda\omega-\omega est nulle au voisinage de ∂X\partial X ; d’après la proposition 3.10.7, son intégrale de bord est nulle. On a alors

|∫∂Xu​ω|=|∫∂Xλ​u​ω|≤∥λ​u∥X​∫∂X|ω|.\left|{\int_{\partial X}u\omega}\right|=\left|{\int_{\partial X}\lambda u\omega}\right|\leq\mathopen{\|}{\lambda u}\mathclose{\|}_{X}\int_{\partial X}{\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}}.

La proposition en résulte en considérons de telles fonctions λ\lambda dont le support tend vers ∂X∩K\partial X\cap K. ∎

[01R8]

3.12 Formules de Stokes et de Green

[01R9]
\theoname 3.12.1.

Soit XX un bon espace kk-analytique de dimension nn. Soit ω\omega une (n−1,n)(n-1,n)-forme sur XX. On suppose que ω\omega est intégrable sur ∂X\partial X et que d′⁡ω\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega est intégrable sur XX. Alors,

∫∂Xω=∫Xd′⁡ω.\int_{\partial X}\omega=\int_{X}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega.
[01RA]
\theoname 3.12.2.

Soit XX un bon espace kk-analytique de dimension nn. Soit pp et qq des entiers tels que p+q=n−1p+q=n-1. Soit α\alpha une (p,p)(p,p)-forme sur XX, soit β\beta une (q,q)(q,q)-forme sur XX. Supposons que l’intersection des supports de α\alpha et β\beta est compact. Alors,

∫Xα∧d′⁡d′′⁡β−d′⁡d′′⁡α∧β=∫∂Xα∧d′′⁡β−d′′⁡α∧β.\int_{X}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta-\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\beta=\int_{\partial X}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta-\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\beta.
[01RB]
Démonstration.

À l’aide d’une partition de l’unité et en revenant à la définition des intégrales, ces formules se déduisent des formules analogues pour les polytopes calibrés. L’hypothèse que le support de ω\omega est compact, ou que l’intersection des supports de α\alpha et β\beta l’est, rend toutes les familles d’intégrales presque nulles, de sorte que les questions de sommabilité deviennent triviales. ∎

[01RC]

§ 4 Courants

Soit XX un espace analytique. On supposera toujours que XX est bon et topologiquement séparé.

[01RD]

4.1 Topologie sur l’espace des formes

[01RE]

4.1.1

Munisons l’espace des (p,q)(p,q)-formes lisses à support compact sur XX de la topologie suivante : une suite (net, filtre) (ωn)(\omega_{n}) converge vers ω\omega s’il existe une famille finie (Wi)(W_{i}) de domaines analytiques compacts recouvrant la réunion des supports des ωn\omega_{n} et de ω\omega et, pour tout ii, une tropicalisation τi:Wi→Ti\tau_{i}\colon W_{i}\rightarrow T_{i}, des formes lisses φn,i\varphi_{n,i} et φi\varphi_{i} sur Ti,tropT_{i,{\text{trop}}} telles que ωn|Wi=τi∗​φn,i\omega_{n}\mathrel{|}{W_{i}}=\tau_{i}^{*}\varphi_{n,i}, ω|Ui=τi∗​φi\omega\mathrel{|}{U_{i}}=\tau_{i}^{*}\varphi_{i}, la suite (φn,i)(\varphi_{n,i}) convergeant uniformément vers φ\varphi, ainsi que chacune de ses dérivées, sur le polytope τi​(Wi)\tau_{i}(W_{i}).

[01RF]
\lemmname 4.1.2.
  1. a)

    Soit (ωn)(\omega_{n}) et (ηn)(\eta_{n}) des suites de formes lisses à support compact sur XX qui convergent respectivement vers des formes ω\omega et η\eta. Alors ωn∧ηn\omega_{n}\wedge\eta_{n} converge vers ω∧η\omega\wedge\eta.

  2. b)

    Soit UU un ouvert de XX et soit η\eta une forme lisse à support compact dans UU. Soit (ωn)(\omega_{n}) une suite de formes lisses à support compact sur XX qui converge vers une forme ω\omega. Alors, ωn∧η\omega_{n}\wedge\eta converge vers ω∧η\omega\wedge\eta.

  3. c)

    Soit η\eta une forme lisse sur XX. Soit (ωn)(\omega_{n}) une suite de formes lisses à support compact sur XX qui converge vers une forme ω\omega. Alors, ωn∧η\omega_{n}\wedge\eta converge vers ω∧η\omega\wedge\eta.

[01RG]
Démonstration.

Ces assertions sont classiques sur un ouvert de 𝐑n\mathbf{R}^{n} et s’étendent immédiatement au cas des formes sur un polytope. Il reste à expliquer comment on se ramène à cette situation.

a) Considérons une famille finie (Wi,τi)(W_{i},\tau_{i}) de cartes tropicales qui recouvrent le support de ces formes et témoignent de la convergence de ωn\omega_{n} vers ω\omega et de la convergence de ηn\eta_{n} vers η\eta. On voit dans ces cartes que ωn∧ηn\omega_{n}\wedge\eta_{n} converge vers ω∧η\omega\wedge\eta.

b) Pour tout ii, choisissons un raffinement fini (Wi,j,τi,j)(W_{i,j},\tau_{i,j}) de la carte tropicale (Wi,τi)(W_{i},\tau_{i}) par des cartes qui décrivent η\eta, où les Wi,jW_{i,j} sont des affinoïdes contenus dans UU dont la réunion recouvre l’intersection avec WiW_{i} du support de η\eta. Alors, la famille finie de cartes tropicales témoigne de la convergence de ωn∧η\omega_{n}\wedge\eta vers ω∧η\omega\wedge\eta.

c) Pour tout ii, choisissons de même un raffinement fini (Wi,j,τi,j)(W_{i,j},\tau_{i,j}) de la carte tropicale (Wi,τi)(W_{i},\tau_{i}) par des affinoïdes de WiW_{i} qui tropicalisent η\eta. Là encore, ces cartes (Wi,j)(W_{i,j}) témoignent de la convergence de ωn∧η\omega_{n}\wedge\eta vers ω∧η\omega\wedge\eta. ∎

[01RH]

4.2 Courants

[01RI]

4.2.1 Formes à support propre

On dit qu’une forme α\alpha sur XX est à support propre si son support est compact et disjoint du bord ∂(X)\partial(X) de XX.

On note 𝒜cp,q​(X)\mathscr{A}_{\text{c}}^{p,q}(X) le sous-espace de 𝒜p,q​(X)\mathscr{A}^{p,q}(X) constitué des formes lisses à support propre.

Cette terminologie a été choisie par analogie avec celle des morphismes propres en géométrie analytique de Berkovich : en effet un morphisme ff entre deux espaces analytiques est propre si et seulement si l’application sous-jacente entre espaces topologiques est propre et s’il est sans bord ([8], (1.5.3), (iii)).

[01RJ]

4.2.2

On appelle courant de bidimension (p,q)(p,q) sur XX une forme linéaire continue sur l’espace 𝒜cp,q​(X)\mathscr{A}_{\text{c}}^{p,q}(X) des formes lisses de type (p,q)(p,q) à support propre. On notera ⟨S,α⟩\langle S,\alpha\rangle l’image de la forme α\alpha par le courant SS.

On note 𝒟p,q​(X)\mathscr{D}_{p,q}(X) l’ensemble des courants de bidimension (p,q)(p,q). Si XX est équidimensionnel de dimension nn, on posera aussi 𝒟p,q=𝒟n−p,n−q\mathscr{D}^{p,q}=\mathscr{D}_{n-p,n-q} et on dira que c’est l’espace des courants de bidegré (p,q)(p,q).

Ce sont des modules sur l’anneau des fonctions lisses sur XX. Plus précisément, l’espace vectoriel bigradué 𝒟⁡(X)\mathscr{D}(X), somme directe des espaces 𝒟p,q​(X)\mathscr{D}_{p,q}(X), est un module gradué (à gauche) sur l’espace vectoriel 𝒜⁡(X)\mathscr{A}(X) des formes lisses sur XX. Si α∈𝒜cp,q​(X)\alpha\in\mathscr{A}^{p,q}_{\text{c}}(X) et TT est de bidimension (p′,q′)(p^{\prime},q^{\prime}), le courant α​T\alpha T est de bidimension (p′−p,q′−q)(p^{\prime}-p,q^{\prime}-q) ; si TT est de bidegré (p′,q′)(p^{\prime},q^{\prime}), α​T\alpha T est de bidegré (p′+p,q′+q)(p^{\prime}+p,q^{\prime}+q).

[01RK]

4.2.3 Image directe d’un courant

Soit XX un espace analytique bon et topologiquement séparé. Soit LL une extension complète de kk, soit YY un LL-espace analytique (bon et topologiquement séparé) et soit φ:Y→XL\varphi\colon Y\rightarrow X_{L} un morphisme propre d’espaces analytiques.

Le morphisme φ\varphi induit une application linéaire naturelle, notée φ∗\varphi^{*}, de 𝒜(p,q)​(X)\mathscr{A}^{(p,q)}(X) dans 𝒜(p,q)​(Y)\mathscr{A}^{(p,q)}(Y). Soit ω\omega une forme lisse à support propre sur XX. Soit ωL\omega_{L} la forme qui s’en déduit sur XLX_{L} ; son support est encore compact et ne rencontre pas le bord de XLX_{L} car un espace sans bord reste sans bord par changement de base par une extension de corps valués complets. Comme φ\varphi est propre, la forme φ∗​ωL\varphi^{*}\omega_{L} est encore à support propre.

L’application φ∗\varphi^{*} de 𝒜c(p,q)​(X)\mathscr{A}^{(p,q)}_{\text{c}}(X) dans 𝒜c(p,q)​(Y)\mathscr{A}^{(p,q)}_{\text{c}}(Y) ainsi définie est linéaire et continue. Elle induit par dualité une application linéaire φ∗\varphi_{*} de 𝒟(p,q)​(Y)\mathscr{D}_{(p,q)}(Y) dans 𝒟(p,q)​(X)\mathscr{D}_{(p,q)}(X).

[01RL]

4.2.4 Propriété de faisceau

Soit UU un ouvert de XX. Comme ∂(U)=U∩∂(X)\partial(U)=U\cap\partial(X), toute forme sur l’espace UU dont le support est compact et disjoint de ∂(U)\partial(U) peut être vue comme une forme sur XX dont le support est compact et disjoint de ∂(X)\partial(X). Un courant sur XX définit un courant sur UU ; l’application U↦𝒟p,q​(U)U\mapsto\mathscr{D}_{p,q}(U) est un préfaisceau.

[01RM]
\lemmname 4.2.5.

Ce préfaisceau U↦𝒟p,q​(U)U\mapsto\mathscr{D}_{p,q}(U) est un faisceau de 𝒜0\mathscr{A}^{0}-modules sur XX. C’est en particulier un faisceau fin.

[01RN]
Démonstration.

Soit (Ui)(U_{i}) un recouvrement ouvert d’un ouvert UU de XX, pour tout ii, soit SiS_{i} un courant sur UiU_{i} tels que la restriction à Ui∩UjU_{i}\cap U_{j} des courants SiS_{i} et SjS_{j} coïncident, pour tous i,ji,j. Démontrons qu’il existe une unique courant SS sur UU dont la restriction à UiU_{i} est égale à SiS_{i}.

Soit ω\omega une (p,q)(p,q)-forme à support sur UU dont le support est compact et disjoint de ∂(U)\partial(U). Soit (φi)(\varphi_{i}) une famille de fonctions lisses sur UU, où pour tout ii, le support de φi\varphi_{i} est compact et contenu dans Int⁡(Ui/k)\operatorname{Int}(U_{i}/k), telles que ∑φi\sum\varphi_{i} soit égale à 11 au voisinage du support de ω\omega. En effet, soit VV un voisinage ouvert paracompact du support de ω\omega dans UU ; pour tout ii, posons Vi=Ui∩VV_{i}=U_{i}\cap V. La famille (Vi)(V_{i}) est un recouvrement ouvert de VV ; il existe donc (proposition 3.3.6) une partition de l’unité (φi)(\varphi_{i}) subordonnée à (Vi)(V_{i}) et constituée de fonctions lisses sur VV.

On a ω=∑φi​ω\omega=\sum\varphi_{i}\omega, et seuls un nombre fini de termes de cette somme sont non nuls. Si SS est un courant sur UU dont la restriction à UiU_{i} est égale à SiS_{i}, on a donc nécessairement ⟨ω,S⟩=∑⟨φi​ω,Si⟩\langle\omega,S\rangle=\sum\langle\varphi_{i}\omega,S_{i}\rangle, d’où l’unicité d’un courant SS vérifiant les conditions requises.

Soit V′V^{\prime} un second ouvert paracompact contenant le support de ω\omega ; posons Vi′=Ui∩V′V^{\prime}_{i}=U_{i}\cap V^{\prime} et considérons une partition de l’unité (φi′)(\varphi^{\prime}_{i}) subordonnée à (Vi′)(V^{\prime}_{i}) et constituée de fonctions lisses sur V′V^{\prime}. On a aussi ω=∑i,jφj′​φi​ω\omega=\sum_{i,j}\varphi^{\prime}_{j}\varphi_{i}\omega, si bien que

∑j⟨φj′​ω,Sj⟩=∑i,j⟨φj′​φi​ω,Sj⟩=∑i,j⟨φj′​φi​ω,Sj⟩=∑i⟨φi​ω,Si⟩,\sum_{j}\langle\varphi^{\prime}_{j}\omega,S_{j}\rangle=\sum_{i,j}\langle\varphi^{\prime}_{j}\varphi_{i}\omega,S_{j}\rangle=\sum_{i,j}\langle\varphi^{\prime}_{j}\varphi_{i}\omega,S_{j}\rangle=\sum_{i}\langle\varphi_{i}\omega,S_{i}\rangle,

où la deuxième égalité découle de la condition de coïncidence des courants SiS_{i}.

Il existe donc une unique application SS de l’espace 𝒜cp,q​(U)\mathscr{A}^{p,q}_{\text{c}}(U) dans 𝐑\mathbf{R} telle que ⟨ω,S⟩=∑⟨φi​ω,Si⟩\langle\omega,S\rangle=\sum\langle\varphi_{i}\omega,S_{i}\rangle pour tout ouvert paracompact VV contenant le support de la (p,q)(p,q)-forme ω\omega et toute partition de l’unité (φi)(\varphi_{i}) subordonnée au recouvrement (Ui∩V)(U_{i}\cap V) de VV formée de fonctions lisses sur VV. Cette application est linéaire.

C’est un courant sur UU. Soit (ωn)(\omega_{n}) une suite de (p,q)(p,q)-formes lisses à supports compacts sur UU qui converge vers 00. Par définition, il existe une famille finie (Wα)(W_{\alpha}) d’affinoïdes de UU et pour tout α\alpha, un moment τα:Wα→𝐆mnα\tau_{\alpha}\colon W_{\alpha}\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n_{\alpha}} et des (p,q)(p,q)-formes lisses ηn,α\eta_{n,\alpha} sur 𝐆m,tropnα\mathbf{G}_{\mathrm{m},{\text{trop}}}^{n_{\alpha}} telles que τα∗​ηn,α=ωn|Wα\tau_{\alpha}^{*}\eta_{n,\alpha}=\omega_{n}|_{W_{\alpha}}, la suite (ηn,α)(\eta_{n,\alpha}) tendant, pour tout α\alpha, vers 00 sur le polytope τα​(Wα)\tau_{\alpha}(W_{\alpha}). Soit VV un voisinage paracompact de la réunion des WαW_{\alpha} et soit (φi)(\varphi_{i}) une partition de l’unité subordonnée au recouvrement (Ui∩V)(U_{i}\cap V).

On peut raffiner les cartes tropicales (Wα,τα)(W_{\alpha},\tau_{\alpha}) de sorte que pour tout α\alpha, WαW_{\alpha} soit contenu dans l’un des UiU_{i} et que, pour tout ii et tout α\alpha, la restriction à WαW_{\alpha} de φi\varphi_{i} soit de la forme τα∗​ψα,i\tau_{\alpha}^{*}\psi_{\alpha,i}, où ψα,i\psi_{\alpha,i} est une fonction lisse sur 𝐆m,tropnα\mathbf{G}_{\mathrm{m},{\text{trop}}}^{n_{\alpha}}.

Pour tout nn, on a

⟨ωn,S⟩=∑i⟨φi​ωn,Si⟩.\langle\omega_{n},S\rangle=\sum_{i}\langle\varphi_{i}\omega_{n},S_{i}\rangle.

D’après le lemme 4.1.2, φi​ωn\varphi_{i}\omega_{n} tend vers 00 dans l’espace des formes à support compact sur UiU_{i}, donc ⟨φi​ωn,Si⟩\langle\varphi_{i}\omega_{n},S_{i}\rangle tend vers 00. Finalement, ⟨ωn,S⟩\langle\omega_{n},S\rangle tend vers 00. Cela démontre que SS est un courant.

Soit ω\omega une (p,q)(p,q)-forme dont le support est compact et contenu dans UjU_{j} ; soit VV et (φi)(\varphi_{i}) comme ci-dessus, où VV est contenu dans UjU_{j}. Pour tout ii, le support de φi​ω\varphi_{i}\omega est contenu dans Ui∩UjU_{i}\cap U_{j}, donc ⟨φi​ω,Sj⟩=⟨φi​ω,Si⟩\langle\varphi_{i}\omega,S_{j}\rangle=\langle\varphi_{i}\omega,S_{i}\rangle. Alors,

⟨ω,S⟩=∑⟨φi​ω,Si⟩=∑⟨φi​ω,Sj⟩=⟨ω,Sj⟩.\langle\omega,S\rangle=\sum\langle\varphi_{i}\omega,S_{i}\rangle=\sum\langle\varphi_{i}\omega,S_{j}\rangle=\langle\omega,S_{j}\rangle.

Cela démontre que la restriction à UiU_{i} du courant SS est égale à SiS_{i}. ∎

[01RP]

4.3 Courants d’intégration

[01RQ]

4.3.1

Soit XX un espace analytique bon et topologiquement séparé. Soit LL une extension complète de kk, soit YY un LL-espace analytique (bon et topologiquement séparé) qui est de dimension dd. Soit φ:Y→X\varphi\colon Y\rightarrow X un morphisme d’espaces analytiques qui est topologiquement propre. Par exemple, on peut prendre pour φ\varphi l’immersion d’un domaine analytique, d’un sous-espace analytique fermé, ou encore d’une fibre d’un morphisme munie de sa structure naturelle d’espace analytique.

Le morphisme φ\varphi induit une application linéaire naturelle, notée φ∗\varphi^{*}, de 𝒜(p,q)​(X)\mathscr{A}^{(p,q)}(X) dans 𝒜(p,q)​(Y)\mathscr{A}^{(p,q)}(Y). Si le support d’une forme ω\omega est compact dans XX, il en est de même de celui de la forme φ∗​ω\varphi^{*}\omega sur YY.

[01RR]

4.3.2

Pour toute (d,d)(d,d)-forme lisse α\alpha sur XX dont le support est compact et disjoint de Int⁡(X)\operatorname{Int}(X), posons alors ⟨φ∗​δY,α⟩=∫Yφ∗​α\langle\varphi_{*}\delta_{Y},\alpha\rangle=\int_{Y}\varphi^{*}\alpha, où l’intégrale d’une (d,d)(d,d)-forme à support compact sur YY a été définie en (3.7). On définit ainsi un courant de bidimension (d,d)(d,d) sur XX, qu’on appelle courant d’intégration sur YY.

Pour démontrer la continuité de f∗​δYf_{*}\delta_{Y}, on se ramène au cas où Y=XY=X puis, compte tenu de la définition de ∫Y\int_{Y}, à la continuité de l’intégrale d’un polytope calibré dans un espace affine.

[01RS]

4.3.3

Plus généralement, pour toute forme ω\omega sur YY, de type (p′,q′)(p^{\prime},q^{\prime}), et à coefficients continus, on définit le courant φ∗​(ω​δY)\varphi_{*}(\omega\delta_{Y}) sur XX par la formule ⟨φ∗​(ω​δY),α⟩=∫Yω​φ∗​α\langle\varphi_{*}(\omega\delta_{Y}),\alpha\rangle=\int_{Y}\omega\varphi^{*}\alpha. Il est de bidimension (d−p′,d−q′)(d-p^{\prime},d-q^{\prime}).

[01RT]

4.3.4

On définit de manière analogue le courant d’intégration sur le bord de YY, noté δ∂Y\delta_{\partial Y}, par la formule ⟨α,δ∂Y⟩=∫∂Yφ∗​α\langle\alpha,\delta_{\partial Y}\rangle=\int_{\partial Y}\varphi^{*}\alpha, pour toute (p−1,p)(p-1,p)-forme à support compact α\alpha sur XX. Il est donc de bidimension (p−1,p)(p-1,p).

[01RU]

4.3.5

On associe alors à une forme α∈𝒜p,q​(X)\alpha\in\mathscr{A}^{p,q}(X) le courant [α]=α​δX[\alpha]=\alpha\delta_{X} de bidimension (n−p,n−q)(n-p,n-q) sur XX. Cela définit plus généralement un morphisme de faisceaux

𝒜X(p,q)⊗𝒟(p′,q′),X→𝒟(p′−p,q′−q),X.\mathscr{A}^{(p,q)}_{X}\otimes\mathscr{D}_{(p^{\prime},q^{\prime}),X}\rightarrow\mathscr{D}_{(p^{\prime}-p,q^{\prime}-q),X}.
[01RV]
\lemmname 4.3.6.

Supposons que XX soit purement de dimension nn. Si α\alpha est une forme lisse de type (n,n)(n,n) telle que [α]=0[\alpha]=0, alors α=0\alpha=0 sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X).

[01RW]
Démonstration.

Soit xx un point de Int⁡(X)\operatorname{Int}(X), soit VV un voisinage affinoïde de xx contenu dans Int⁡(X)\operatorname{Int}(X), soit f:V→𝐆mNf\colon V\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N} un moment et soit η\eta une forme lisse sur ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) telle que α=f∗​η\alpha=f^{*}\eta.

Démontrons que η\eta est nulle en prouvant que sa restriction à toute cellule ouverte maximale de P=ftrop​(V)P=f_{\text{trop}}(V) est nulle.

Si dim(P)<n\dim(P)<n, alors η\eta est nulle. Supposons que dim(P)=n\dim(P)=n et soit QQ une cellule ouverte de PP de dimension nn. Par construction, ftrop​(x)∈Q¯f_{\text{trop}}(x)\in\bar{Q}. Par ailleurs, ftrop​(∂(V))f_{\text{trop}}(\partial(V)) est contenu dans un polytope de dimension <n<n contenu dans PP ; il est en particulier d’intérieur vide dans QQ. Pour démontrer que η|Q=0\eta|_{Q}=0, il suffit de prouver que η\eta est nulle au voisinage de tout point yy de Q ftrop​(∂(V))Q\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}f_{\text{trop}}(\partial(V)).

Soit θ\theta une fonction sur 𝐆m,tropN\mathbf{G}_{\mathrm{m},{\text{trop}}}^{N}, de classe 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty}, dont le support ne rencontre aucune autre cellule que QQ et ne rencontre pas ftrop​(∂(V))f_{\text{trop}}(\partial(V)). La fonction f|V∗​θf|_{V}^{*}\theta est lisse sur VV et son support ne rencontre pas le bord de VV, et donc pas le bord de VV dans XX. Son extension par 00, notée f∗​θf^{*}\theta, est donc une fonction lisse à support propre sur XX. On donc ∫X(f∗​θ)​α=0\int_{X}(f^{*}\theta)\alpha=0. Comme le support de (f∗​θ)​α(f^{*}\theta)\alpha est contenu dans VV, on a ∫V(f∗​θ)​α=0\int_{V}(f^{*}\theta)\alpha=0. Comme le support de θ\theta ne rencontre que la cellule ouverte QQ, cette dernière intégrale est donnée par ∫Q⟨θ​η,μQ⟩\int_{Q}\langle\theta\eta,\mu_{Q}\rangle, où μ\mu désigne le calibrage canonique de VV. Comme θ\theta est arbitraire, cela entraîne que la restriction de η\eta à la face QQ est nulle, ce qu’on voulait démontrer. ∎

[01RX]
\coroname 4.3.7.

Si [α]=0[\alpha]=0, alors α=0\alpha=0 sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X).

[01RY]
Démonstration.

Supposons que la restriction à Int⁡(X)\operatorname{Int}(X) ne soit pas nulle. Soit β\beta une forme sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X) telle que α∧β≠0\alpha\wedge\beta\neq 0 (proposition 3.2.8 Soit xx un point du support de α∧β\alpha\wedge\beta et soit λ\lambda une fonction lisse à support propre sur XX qui vaut 11 au voisinage de xx. La forme λ​β\lambda\beta sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X) est à support compact, donc son prolongement par zéro est une forme ω\omega à support propre sur XX et la forme α∧ω\alpha\wedge\omega n’est pas nulle sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X). D’après le lemme 4.3.6, on a donc [α∧ω]≠0[\alpha\wedge\omega]\neq 0. Il existe donc une fonction φ\varphi lisse à support propre sur XX telle que ⟨[α∧ω],φ⟩≠0\langle[\alpha\wedge\omega],\varphi\rangle\neq 0. Puisque

⟨[α∧ω],φ⟩=∫Xφ​α∧ω=⟨[α],φ​ω⟩,\langle[\alpha\wedge\omega],\varphi\rangle=\int_{X}\varphi\alpha\wedge\omega=\langle[\alpha],\varphi\omega\rangle,

on a [α]≠0[\alpha]\neq 0. ∎

[01RZ]
\remaname 4.3.8.

Soit XX un espace kk-analytique (bon et topologiquement séparé) purement de dimension nn. Soit α\alpha une (n,n)(n,n)-forme dont la restriction à Int⁡(X)\operatorname{Int}(X) est nulle. Supposons que ∂(X)\partial(X) soit d’intérieur vide. Alors, α=0\alpha=0.

Soit xx un point de XX ; démontrons que α\alpha est nulle au voisinage de xx. C’est vrai par hypothèse si x∈Int⁡(X)x\in\operatorname{Int}(X) ; supposons donc que x∈∂(X)x\in\partial(X). Soit WW un voisinage de xx qui est un domaine analytique compact de XX, soit f:W→Tf\colon W\rightarrow T un moment et soit ω\omega une (n,n)(n,n)-forme sur ftrop​(W)f_{\text{trop}}(W) telle que α=f∗​ω\alpha=f^{*}\omega. Comme xx appartient au support de α\alpha, ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) appartient au support de ω\omega et ω\omega est une (n,n)(n,n)-forme non nulle au voisinage de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x). Par suite, ftrop​(W)f_{\text{trop}}(W) est de dimension nn au voisinage de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x). En outre, comme ∂(X)∩W⊂∂(W)\partial(X)\cap W\subset\partial(W), ftrop​(∂(X)∩W)f_{\text{trop}}(\partial(X)\cap W) est contenu dans un polytope de dimension ≤n−1\leq n-1, donc est d’intérieur vide dans les faces de dimension nn. Il en résulte qu’au voisinage de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x), la restriction de ω\omega à chacune des faces de dimension nn de ftrop​(W)f_{\text{trop}}(W) est nulle. Par suite, ω\omega est nulle au voisinage de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) et α\alpha est nulle au voisinage de xx.

[01S0]
\remaname 4.3.9.

L’hypothèse « ∂X\partial X d’intérieur vide » peut sembler surprenante. Elle est vérifiée dans les deux cas importants suivants :

  • —

    L’espace XX est sans bord ;

  • —

    La valuation de kk est non triviale et l’espace XX est strict.

C’est évident dans le premier cas. Dans le second, tout ouvert non vide de XX contient un point rigide par le Nullstellensatz analytique et ces points n’appartiennent pas au bord de XX, si bien que Int⁡(X/k)\operatorname{Int}(X/k) est dense dans XX.

[01S1]

4.4 Calcul différentiel sur les courants

[01S2]

4.4.1

L’application linéaire d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} de 𝒜c(p,q)​(X)\mathscr{A}^{(p,q)}_{\text{c}}(X) dans 𝒜c(p+1,q)​(X)\mathscr{A}^{(p+1,q)}_{\text{c}}(X) est continue. On note b′\mathrm{b}^{\prime} son adjoint, de 𝒟(p,q)​(X)\mathscr{D}_{(p,q)}(X) dans 𝒟(p+1,q)​(X)\mathscr{D}_{(p+1,q)}(X).

On définit de même b′′:𝒟(p,q)​(X)→𝒟(p,q+1)​(X)\mathrm{b}^{\prime\prime}\colon\mathscr{D}_{(p,q)}(X)\rightarrow\mathscr{D}_{(p,q+1)}(X) comme l’adjoint de l’application d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}.

[01S3]

4.4.2

Supposons maintenant que XX soit purement de dimension nn. On définit l’opérateur de symétrie J\mathrm{J} sur les courants par la formule :

⟨J​S,ω⟩=(−1)n​⟨S,J​ω⟩.\langle\mathrm{J}S,\omega\rangle=(-1)^{n}\langle S,\mathrm{J}\omega\rangle.

De la sorte, J⁡[α]=[J​α]J[\alpha]=[J\alpha] pour toute forme α∈𝒜(p,q)​(X)\alpha\in\mathscr{A}^{(p,q)}(X). En effet,

⟨J⁡[α],ω⟩=(−1)n​∫Xα∧J​ω=(−1)n​∫XJ⁡(J​α∧ω)=∫XJ​α∧ω=⟨[J​α],ω⟩.\langle\mathrm{J}[\alpha],\omega\rangle=(-1)^{n}\int_{X}\alpha\wedge\mathrm{J}\omega=(-1)^{n}\int_{X}\mathrm{J}(\mathrm{J}\alpha\wedge\omega)=\int_{X}\mathrm{J}\alpha\wedge\omega=\langle[\mathrm{J}\alpha],\omega\rangle.

On dit qu’un courant SS de bidegré (p,p)(p,p) est symétrique si J​S=(−1)p​S\mathrm{J}S=(-1)^{p}S.

[01S4]

4.4.3

Soit α\alpha une forme différentielle de type (p,q)(p,q) sur XX et soit [α][\alpha] le courant de bidegré (p,q)(p,q) qui lui est associé. Pour toute forme ω∈𝒜c(n−p,n−q)​(X)\omega\in\mathscr{A}^{(n-p,n-q)}_{\text{c}}(X), on a

d′⁡(α∧ω)=d′⁡α∧ω+(−1)p+q​α∧d′⁡ω.\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}(\alpha\wedge\omega)=\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\wedge\omega+(-1)^{p+q}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega.

Comme le support de α∧ω\alpha\wedge\omega est disjoint de ∂X\partial X, la formule de Stokes (théorème 3.12.1) entraîne

∫Xd′⁡α∧ω=(−1)p+q+1​∫Xα∧d′⁡ω,\int_{X}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\wedge\omega=(-1)^{p+q+1}\int_{X}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega,

autrement dit

b′​[α]=(−1)p+q+1​[d′⁡α].\mathrm{b}^{\prime}[\alpha]=(-1)^{p+q+1}[\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha].

On définit ainsi l’opérateur d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} de 𝒟(p,q)​(X)\mathscr{D}^{(p,q)}(X) dans 𝒟(p+1,q)\mathscr{D}^{(p+1,q)} par

d′=(−1)p+q+1b′.\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}=(-1)^{p+q+1}\mathrm{b}^{\prime}. (4.4.3.1)

De même, on pose

d′′=(−1)p+q+1b′′,\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}=(-1)^{p+q+1}\mathrm{b}^{\prime\prime}, (4.4.3.2)

de sorte que pour toute forme α∈𝒜(p,q)​(X)\alpha\in\mathscr{A}^{(p,q)}(X), d′′⁡[α]=[d′′⁡α]\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}[\alpha]=[\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha].

On vérifie aussi la relation Jd′J=d′′\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathrm{J}=\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}.

Par ailleurs, il est utile de remarquer que pour tout courant S∈𝒟(p,q)​(X)S\in\mathscr{D}_{(p,q)}(X) et toute forme α∈𝒜cp,q​(X)\alpha\in\mathscr{A}^{p,q}_{\text{c}}(X), on a

⟨d′​d′′⁡S,α⟩=⟨S,d′​d′′⁡α⟩.\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}S,\alpha\rangle=\langle S,\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\rangle. (4.4.3.3)

En effet, d′​d′′S=((−1)p+q+2b′)((−1)p+q+1b′′)S=−b′b′′S\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}S=((-1)^{p+q+2}\mathop{\mathrm{b^{\prime}}})((-1)^{p+q+1}\mathop{\mathrm{b}^{\prime\prime}})S=-\mathop{\mathrm{b^{\prime}}}\mathop{\mathrm{b}^{\prime\prime}}S est l’image de SS par le transposé de −d′′d′=d′d′′-\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}=\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}.

[01S5]

4.4.4

Soit φ:Y/L→X/k\varphi\colon Y/L\rightarrow X/k un morphisme d’espaces analytiques qui est topologiquement propre et sans bord. Les opérateurs J\mathrm{J}, d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}} sur les courants commutent à l’application φ∗\varphi_{*} d’image directe.

[01S6]
\propname 4.4.5.

Soit φ:Y/L→X/k\varphi\colon Y/L\rightarrow X/k un morphisme d’espaces analytiques qui est topologiquement propre. Supposons que Y/LY/L soit purement de dimension dd. On a défini des courants φ∗​δY∈𝒟d,d​(X)\varphi_{*}\delta_{Y}\in\mathscr{D}_{d,d}(X) et φ∗​δY∈𝒟d−1,d​(X)\varphi_{*}\delta_{Y}\in\mathscr{D}_{d-1,d}(X). On a la relation

d′⁡(φ∗​δY)=−φ∗​δ∂Ydans 𝒟d−1,d​(X).\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}(\varphi_{*}\delta_{Y})=-\varphi_{*}\delta_{\partial Y}\qquad\text{dans $\mathscr{D}_{d-1,d}(X)$.} (4.4.5.1)
[01S7]
Démonstration.

Soit en effet une forme α∈𝒜cd−1,d​(X)\alpha\in\mathscr{A}^{d-1,d}_{\text{c}}(X). Par définition, on a

⟨d′⁡(φ∗​δY),α⟩=⟨φ∗​δY,d′⁡α⟩=∫Yφ∗​(d′⁡α)=∫Yd′⁡(φ∗​α).\langle\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}(\varphi_{*}\delta_{Y}),\alpha\rangle=\langle\varphi_{*}\delta_{Y},\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\rangle=\int_{Y}\varphi^{*}(\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha)=\int_{Y}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}(\varphi^{*}\alpha).

Appliquant la formule de Stokes (théorème 3.12.1), on a donc

⟨d′(φ∗δY),α⟩=−∫∂Yφ∗α=−⟨φ∗δ∂Y,α⟩.\langle\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}(\varphi_{*}\delta_{Y}),\alpha\rangle=-\int_{\partial Y}\varphi^{*}\alpha=-\langle\varphi_{*}\delta_{\partial Y},\alpha\rangle.

Cela démontre la relation indiquée. ∎

[01S8]

4.5 Multiplicités et degré intégral

[01S9]

4.5.1

Soit 𝒜\mathscr{A} une algèbre kk-affinoïde, soit ℐ\mathscr{I} son nilradical, soit XX l’espace ℳ⁡(𝒜)\mathscr{M}(\mathscr{A}) et soit 𝒳\mathscr{X} le schéma Spec⁡𝒜\operatorname{Spec}\mathscr{A}. Soit x∈Xx\in X, et soit 𝐱\mathbf{x} son image sur 𝒳\mathscr{X}. L’anneau 𝒜\mathscr{A} étant réduit, l’espace analytique XX est réduit (Berkovich, cf. [29], th. 3.4). Les anneaux locaux artiniens 𝒪𝒳,𝐱/ℐ\mathscr{O}_{\mathscr{X},\mathbf{x}}/\mathscr{I} et 𝒪𝒳,𝐱/ℐ\mathscr{O}_{\mathscr{X},\mathbf{x}}/\mathscr{I} sont donc tous deux des corps.

Pour tout 𝒜\mathscr{A}-module de type fini ℱ\mathscr{F}, on pose

ℱ𝐱=ℱ⊗𝒜𝒪𝒳,𝐱etℱx=ℱ⊗𝒜𝒪X,x\mathscr{F}_{\mathbf{x}}=\mathscr{F}\otimes_{\mathscr{A}}\mathscr{O}_{\mathscr{X},\mathbf{x}}\quad\text{et}\quad\mathscr{F}_{x}=\mathscr{F}\otimes_{\mathscr{A}}\mathscr{O}_{X,x}
[01SA]
\lemmname 4.5.2.

Pour tout 𝒜\mathscr{A}-module de type fini ℱ\mathscr{F}, on a long⁡(ℱx)=long⁡(ℱ𝐱)\operatorname{long}(\mathscr{F}_{x})=\operatorname{long}(\mathscr{F}_{\mathbf{x}}).

Nous dirons que c’est la longueur de ℱ\mathscr{F} (ou du faisceau cohérent associé) en xx ou en 𝐱\mathbf{x}.

Lorsque ℱ=𝒜\mathscr{F}=\mathscr{A}, cet entier est ce qu’on appelle la multiplicité de la composante irréductible {𝐱}¯\overline{\{{\mathbf{x}}\}} de 𝒳\mathscr{X}  ; nous dirons également que c’est la multiplicité de XX en xx.

[01SB]
Démonstration.

Dans le diagramme commutatif

    Spec⁡𝒪X,x                         Spec⁡𝒪𝒳,𝐱              𝒜    ,\vbox{\lx@xy@svg{\hbox{\raise 0.0pt\hbox{\kern 24.0129pt\hbox{\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\hbox{\vtop{\halign{\entry@#!@&&\entry@@#!@\cr&\cr&\crcr}}}\ignorespaces{\hbox{\kern-24.0129pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\raise-2.5pt\hbox{$\textstyle{\operatorname{Spec}\mathscr{O}_{X,x}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}$}}}}}}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 14.60742pt\raise-8.3611pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{}}$}}}}}\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\lx@xy@drawline@}}\ignorespaces{\hbox{\kern 48.0129pt\raise-27.47711pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{\lx@xy@tip{1}\lx@xy@tip{-1}}}$}}}}}\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\lx@xy@drawline@}}\ignorespaces{\hbox{\lx@xy@drawline@}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 0.0pt\raise-8.3611pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces{\hbox{\kern 0.0pt\raise-24.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{\lx@xy@tip{1}\lx@xy@tip{-1}}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\kern 51.7629pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\raise-2.5pt\hbox{$\textstyle{}$}}}}}}}{\hbox{\kern-23.75075pt\raise-31.33331pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\raise-2.5pt\hbox{$\textstyle{\operatorname{Spec}\mathscr{O}_{\mathscr{X},\mathbf{x}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}$}}}}}}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 23.75075pt\raise-31.33331pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces{\hbox{\kern 48.0129pt\raise-31.33331pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{\lx@xy@tip{1}\lx@xy@tip{-1}}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\kern 48.0129pt\raise-31.33331pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\raise-2.5pt\hbox{$\textstyle{\mathscr{A}}$}}}}}}}\ignorespaces\ignorespaces}}}}},

toutes les flèches sont plates. Il s’ensuit que l’on a pour tout entier nn et tout 𝒜\mathscr{A}-module de type fini des isomorphismes naturels

((ℐn​ℱ)/(ℐn+1​ℱ))𝐱≃(ℐn​ℱ𝐱)/(ℐn+1​ℱ𝐱)((\mathscr{I}^{n}\mathscr{F})/(\mathscr{I}^{n+1}\mathscr{F}))_{\mathbf{x}}\simeq(\mathscr{I}^{n}\mathscr{F}_{\mathbf{x}})/(\mathscr{I}^{n+1}\mathscr{F}_{\mathbf{x}})

et

((ℐn​ℱ)/(ℐn+1​ℱ))x≃(ℐn​ℱx)/(ℐn+1​ℱx).((\mathscr{I}^{n}\mathscr{F})/(\mathscr{I}^{n+1}\mathscr{F}))_{x}\simeq(\mathscr{I}^{n}\mathscr{F}_{x})/(\mathscr{I}^{n+1}\mathscr{F}_{x}).

Par conséquent,

dim𝒪X,x/ℐ(ℐn​ℱx)/(ℐn+1​ℱx)=dim𝒪𝒳,𝐱/ℐ(ℐn​ℱ𝐱)/(ℐn+1​ℱ𝐱).\dim_{\mathscr{O}_{X,x}/\mathscr{I}}(\mathscr{I}^{n}\mathscr{F}_{x})/(\mathscr{I}^{n+1}\mathscr{F}_{x})=\dim_{\mathscr{O}_{\mathscr{X},\mathbf{x}}/\mathscr{I}}(\mathscr{I}^{n}\mathscr{F}_{\mathbf{x}})/(\mathscr{I}^{n+1}\mathscr{F}_{\mathbf{x}}).

Le lemme en résulte par dévissage. ∎

[01SC]

4.5.3

Soit XX un espace kk-analytique irréductible, soit ℱ\mathscr{F} un faisceau cohérent sur XX, et soit ℐ\mathscr{I} le faisceau des éléments localement nilpotents sur XX. Fixons un domaine affinoïde non vide VV de XX. La suite de faisceaux cohérents

ℱ⊃ℐ​ℱ⊃ℐ2​ℱ​…⊃ℐm​ℱ⊃ℐm+1​ℱ⊃…\mathscr{F}\supset\mathscr{I}\mathscr{F}\supset\mathscr{I}^{2}\mathscr{F}\ldots\supset\mathscr{I}^{m}\mathscr{F}\supset\mathscr{I}^{m+1}\mathscr{F}\supset\ldots

s’annule à un rang fini lorsqu’on la restreint à VV  ; elle s’annule donc génériquement à un rang fini, c’est-à-dire qu’il existe nn tel que ℐn​ℱ\mathscr{I}^{n}\mathscr{F} soit nul au-dessus d’un ouvert de Zariski non vide de XX.

Soit nn un entier. Le faisceau ℱm:=ℐm​ℱ/ℐm+1​ℱ\mathscr{F}_{m}:=\mathscr{I}^{m}\mathscr{F}/\mathscr{I}^{m+1}\mathscr{F} est un faisceau cohérent de 𝒪X/ℐ\mathscr{O}_{X}/\mathscr{I}-modules, c’est-à-dire un faisceau cohérent sur XredX_{\text{red}}. Sa restriction à VredV_{\text{red}} est génériquement libre sur chacune des composantes irréductibles de VredV_{\text{red}}. Par conséquent, l’ouvert de Zariski UU de XredX_{\text{red}} au-dessus duquel ℱm\mathscr{F}_{m} est libre est non vide. Comme UU est connexe ([7], Corollaire 3.3.20), le rang de ℱm\mathscr{F}_{m} est constant sur cet ouvert ; on le note rm​(ℱ)r_{m}(\mathscr{F}).

Pour mm assez grand, on a rm​(ℱ)=0r_{m}(\mathscr{F})=0. On note ℓ⁡(ℱ)=∑m≥0rm​(ℱ)\ell(\mathscr{F})=\sum_{m\geq 0}r_{m}(\mathscr{F}) et on dit que c’est la longueur générique du faisceau cohérent ℱ\mathscr{F}. Lorsque ℱ=𝒪X\mathscr{F}=\mathscr{O}_{X}, on dit que ℓ⁡(𝒪X)\ell(\mathscr{O}_{X}) est la multiplicité générique de XX.

Soit vv un point de VV tel que 𝒪V,v\mathscr{O}_{V,v} soit artinien. La longueur générique de ℱ\mathscr{F} est alors égale par construction à la longueur de ℱ|V\mathscr{F}|_{V} en vv, et la multiplicité générique de XX est égale à la multiplicité de VV en vv.

[01SD]

4.5.4

Soit WW un espace kk-affinoïde et soit π:V→W\pi\colon V\to W un morphisme fini  ; soit ww un point de WW tel que 𝒪W,w\mathscr{O}_{W,w} soit un corps. Le morphisme Vred→WV_{\text{red}}\to W est fini et plat au-dessus de ww  ; soit θ\theta le degré correspondant. Alors, π∗​𝒪V⊗𝒪W,w\pi_{*}\mathscr{O}_{V}\otimes\mathscr{O}_{W,w} est un espace vectoriel de dimension θ\theta sur 𝒪W,w\mathscr{O}_{W,w}, tandis que π∗​ℱm|V⊗𝒪W,w\pi_{*}\mathscr{F}_{m}|V\otimes\mathscr{O}_{W,w} est un espace vectoriel de dimension rm​(ℱ)​θr_{m}(\mathscr{F})\theta. Par suite, la dimension de π∗​ℱ|V⊗𝒪W,w\pi_{*}\mathscr{F}|_{V}\otimes\mathscr{O}_{W,w} est égal à ℓ⁡(ℱ)​θ\ell(\mathscr{F})\theta.

[01SE]

4.5.5

Soit LL un corps tel que XLX_{L} soit encore irréductible. L’espace (Xred)L(X_{\text{red}})_{L} n’est pas forcément réduit, et rm​(ℱL)r_{m}(\mathscr{F}_{L}) diffère de rm​(ℱ)r_{m}(\mathscr{F}) en général  ; il résulte plus précisément des définitions que ℓ⁡(ℱL)=𝗆​∑rm​(ℱ)\ell(\mathscr{F}_{L})=\mathsf{m}\sum r_{m}(\mathscr{F}), où 𝗆\mathsf{m} est la multiplicité générique de (Xred)L(X_{\text{red}})_{L}.

[01SF]

4.5.6

Soit XX un espace kk-analytique irréductible de dimension nn, soit YY un espace kk-analytique et soit π:Y→X\pi:Y\to X un morphisme fini. Soit 𝗆\mathsf{m} la multiplicité générique de XX, et soit 𝗇\mathsf{n} l’entier ∑rm​(π∗​𝒪Y)\sum r_{m}(\pi_{*}\mathscr{O}_{Y}). Il résulte de ce qui précède que pour tout domaine affinoïde VV de YY, pour tout morphisme fini φ:V→W\varphi:V\to W où WW est un espace kk-affinoïde, et pour tout point ww de WW tel que 𝒪W,w\mathscr{O}_{W,w} soit un corps, le degré de Y×XVY\times_{X}V au-dessus de ww est égal au produit du degré de VV au-dessus de ww par 𝗇/𝗆\mathsf{n}/\mathsf{m}. On dira que 𝗇/𝗆\mathsf{n}/\mathsf{m} est le degré intégral de YY sur XX.

[01SG]

4.5.7

On déduit alors de la définition des intégrales que pour toute (n,n)(n,n)-forme mesurable ω\omega sur XX à support fortement paracompact dans XX, on a ∫Y|π∗​ω|=(𝗇/𝗆)​∫X|ω|\int_{Y}\mathopen{|}{\pi^{*}\omega}\mathclose{|}=(\mathsf{n}/\mathsf{m})\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, et ∫Yπ∗​ω=(𝗇/𝗆)​∫Xω\int_{Y}\ \pi^{*}\omega=(\mathsf{n}/\mathsf{m})\int_{X}\omega dans le cas intégrable.

De même, si ω\omega est une (n−1,n)(n-1,n)-forme mesurable ω\omega sur XX à support fortement paracompact dans XX, on a ∫∂Y|π∗​ω|=(𝗇/𝗆)​∫∂X|ω|\int_{\partial Y}\mathopen{|}{\pi^{*}\omega}\mathclose{|}=(\mathsf{n}/\mathsf{m})\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, et ∫∂Yπ∗​ω=(𝗇/𝗆)​∫∂Xω\int_{\partial Y}\ \pi^{*}\omega=(\mathsf{n}/\mathsf{m})\int_{\partial X}\omega dans le cas intégrable.

Donnons maintenant quelques exemples.

[01SH]
\exemname 4.5.8.

Le degré intégral de YY au-dessus de XX est nul si et seulement si dimY<n\dim Y<n.

[01SI]
\exemname 4.5.9.

Si XX est réduit, π∗​𝒪Y\pi_{*}\mathscr{O}_{Y} est génériquement libre sur XX, et le degré intégral de YY sur XX est simplement le rang correspondant. En particulier, si Y→XY\to X est plat son degré intégral est égal à son degré.

[01SJ]
\exemname 4.5.10.

Supposons que Y=XredY=X_{\text{red}} et soit 𝗆\mathsf{m} la multiplicité générique de XX  ; le degré intégral de Y=XredY=X_{\text{red}} sur XX est alors égal à 1/𝗆1/\mathsf{m}. Ainsi si X=ℳ⁡(k⁡[ϵ])X=\mathscr{M}(k[\epsilon]) avec ϵN=0\epsilon^{N}=0 et ϵN−1≠0\epsilon^{N-1}\neq 0 pour un certain N≥1N\geq 1, on a Y=ℳ⁡(k)Y=\mathscr{M}(k), et le degré intégral de YY sur XX est égal à 1/N1/N.

Remarquons que le degré intégral de YY sur XX est encore égal à 1/𝗆1/\mathsf{m} si l’on suppose simplement que YY s’identifie génériquement avec XredX_{\text{red}}. C’est par exemple le cas lorsque YY est le normalisé de XX ([29], définition 5.10).

[01SK]

4.5.11

Cette notion de degré intégral s’étend comme suit au cas des espaces analytiques non nécessairement irréductibles. Soit XX un espace kk-analytique purement de dimension nn, soit Y→XY\to X un morphisme fini, soit TT une composante irréductible de XX, et soit ZZ la réunion des autres composantes. Munissons TT de sa structure générique de sous-espace analytique fermé de XX, définie en prenant G-localement l’adhérence schématique de T−ZT-Z. Le degré intégral de Y×XTY\times_{X}T sera appelé plus brièvement le degré intégral de YY au-dessus de TT.

Comme le support d’une (n,n)(n,n)-forme est constitué uniquement de points xx tel que dk​(x)=nd_{k}(x)=n, il ne contient aucun point situé sur deux composantes irréductibles distinctes de XX.

Par conséquent, la formule donnée ci-dessus se généralise comme suit. Soit (Xi)(X_{i}) la famille des composantes irréductibles de XX  ; pour tout ii, soit did_{i} le degré intégral de YY au-dessus de YiY_{i}. Si ω\omega est une (n,n)(n,n)-forme mesurable sur XX à support fortement paracompact dans XX, on a alors ∫Y|f∗​(ω)|=∑idi​∫Xi|ω|\int_{Y}\mathopen{|}{f^{*}(\omega)}\mathclose{|}=\sum_{i}d_{i}\int_{X_{i}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, et la même chose sans les valeurs absolues dans le cas intégrable.

Cela vaut également mutatis mutandis pour les (n−1,n)(n-1,n)-formes.

Si XX est irréductible, si Y→XY\to X est fini de degré intégral dd et si LL est une extension complète de kk alors le degré intégral de YLY_{L} sur chacune des composantes irréductibles de XLX_{L} est égal à dd.

[01SL]

4.6 Le courant d’intégration δdiv⁡(f)\delta_{\operatorname{div}(f)} et la formule de Poincaré–Lelong

[01SM]
\lemmname 4.6.1.

Soit XX un espace kk-analytique purement de dimension nn et topologiquement séparé. Soit uu une fonction de XX dans 𝐑∪{±∞}\mathbf{R}\cup\{\pm\infty\} telle qu’il existe un ouvert de Zariski dense X∗⊂XX^{*}\subset X telle que u|X∗u|_{X^{*}} soit lisse. Posons Z=X X∗Z=X\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}X^{*}.

L’application linéaire [u][u] qui, à une (n,n)(n,n)-forme α∈𝒜cn,n​(X)\alpha\in\mathscr{A}^{n,n}_{\text{c}}(X), associe l’intégrale ∫X∗u​α\int_{X^{*}}u\alpha est un courant de bidegré (0,0)(0,0) sur XX.

[01SN]
Démonstration.

Il faut vérifier, d’une part que ces intégrales convergent, et d’autre part que cette application linéaire est continue.

Soit UU un domaine affinoïde de XX, soit (g:U→𝐆mr,P)(g\colon U\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{r},P) une carte tropicale sur UU et soit λ\lambda une fonction lisse dont le support est compact et contenu dans Ů\mathring{U}. Notons KK l’intersection du support de λ\lambda et de la réunion dans UU des images réciproques par p∘gp\circ g des squelettes de 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}, pour toute projection standard pp de 𝐆mr\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{r} sur 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} ; si r<nr<n, on pose K=∅K=\emptyset. L’ensemble KK est une partie compacte de Ů\mathring{U} ; pour toute (n,n)(n,n)-forme lisse ω\omega sur PP, le support de λ​g∗​ω\lambda g^{*}\omega est contenu dans KK. En outre, puisque ZZ est un fermé de Zariski d’intérieur vide de XX, Z∩K=∅Z\cap K=\emptyset ; autrement dit, K⊂X∗K\subset X^{*}.

Il existe un domaine affinoïde VV de UU tel que K⊂V⊂X∗∩UK\subset V\subset X^{*}\cap U. La restriction à U∩X∗U\cap X^{*} de u​λ​g∗​ωu\lambda g^{*}\omega est une forme lisse donc le support est contenu dans VV ; la convergence de l’intégrale de u​λ​g∗​ωu\lambda g^{*}\omega sur U∩X∗U\cap X^{*} en découle, de même que l’égalité ∫X∗u​λ​g∗​ω=∫Vu​λ​g∗​ω\int_{X^{*}}u\lambda g^{*}\omega=\int_{V}u\lambda g^{*}\omega.

Par un argument de partitions de l’unité, il en résulte que l’application linéaire [u][u] est bien définie.

La description précédente dans une carte tropicale fixée entraîne aussi que ⟨[u],λ​g∗​ωj⟩→0\langle[u],\lambda g^{*}\omega_{j}\rangle\rightarrow 0 si ωj→0\omega_{j}\rightarrow 0. Par suite, [u][u] est un courant. ∎

[01SP]

4.6.2

Soit ff une fonction méromorphe régulière sur XX. Soit X∗X^{*} le sous-espace de XX formé des points au voisinage desquels ff est définie et non nulle  ; c’est un ouvert de Zariski d’intérieur vide de XX sur lequel la fonction log⁡|f|\log\mathopen{|}{f}\mathclose{|} est lisse. Le lemme précédent fournit ainsi un courant [log⁡|f|][\log\mathopen{|}{f}\mathclose{|}] de bidegré (0,0)(0,0) sur XX.

[01SQ]

4.6.3

Soit XX un espace kk-analytique purement de dimension nn et topologiquement séparé. Soit ff une fonction analytique sur XX, non diviseur de zéro. Soit ZZ le sous-espace analytique fermé de XX d’équation f=0f=0  ; il est purement de dimension n−1n-1.

L’application α↦∫Zα\alpha\mapsto\int_{Z}\alpha est alors un (1,1)(1,1)-courant positif, qui est fermé dès que XX est sans bord. On le note δdiv⁡(f)\delta_{\operatorname{div}(f)}.

[01SR]
\lemmname 4.6.4.

Si ff et gg sont deux fonctions non diviseurs de zéro sur XX alors δdiv⁡(f​g)=δdiv⁡(f)+δdiv⁡(g)\delta_{\operatorname{div}(fg)}=\delta_{\operatorname{div}(f)}+\delta_{\operatorname{div}(g)}.

[01SS]
Démonstration.

En raisonnant G-localement on se ramène au cas où XX est affinoïde, d’algèbre associée 𝒜\mathscr{A}. La suite exacte

0→g.𝒜/(f​g)→𝒜⁡(f​g)→𝒜/(g)→00\to g.\mathscr{A}/(fg)\to\mathscr{A}(fg)\to\mathscr{A}/(g)\to 0

peut se récrire

0→𝒜/(f)→𝒜/f​g→𝒜/(g)→00\to\mathscr{A}/(f)\to\mathscr{A}/fg\to\mathscr{A}/(g)\to 0

puisque gg n’est pas diviseur de zéro dans AA. Soit YY une composante irréductible commune aux lieux des zéros de ff et gg. Par un calcul de longueur en un point de YY dont l’anneau local est artinien, on déduit de la suite exacte ci-dessus que la multiplicité générique de YY comme composante de {fg=0}\{fg=0\} est égale à la somme de sa multiplicité générique comme composante de {f=0}\{f=0\} et de sa multiplicité générique comme composante de {g=0}\{g=0\}. L’assertion requise s’ensuit aussitôt.

∎

L’additivité de f↦δdiv⁡(f)f\mapsto\delta_{\operatorname{div}(f)} permet de définir le courant associé à un quotient f/gf/g de deux fonctions holomorphes non diviseur de zéro (par la formule δdiv⁡((f/g))=δdiv⁡(f)−δdiv⁡(g)\delta_{\operatorname{div}((f/g))}=\delta_{\operatorname{div}(f)}-\delta_{\operatorname{div}(g)}) puis, par recollement, de définir δdiv⁡(h)\delta_{\operatorname{div}(h)} pour toute fonction méromorphe régulière hh.

Le courant δdiv⁡(h)\delta_{\operatorname{div}(h)} est fermé si XX est sans bord, il n’est évidemment pas positif en général.

[01ST]
\theoname 4.6.5 (Formule de Poincaré-Lelong).

Soit XX un espace kk-analytique purement de dimension nn et topologiquement séparé. et soit ff une fonction méromorphe régulière sur XX. On a l’égalité

δdiv⁡(f)=d′​d′′⁡[log⁡|f|].\delta_{\operatorname{div}(f)}=\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[\log|f|].
[01SU]
Démonstration.

Le théorème est local sur XX. On peut donc supposer que ff est de la forme g/hg/h, avec gg et hh holomorphes non diviseurs de zéro. Par additivité des deux termes de l’égalité à établir, on se ramène alors au cas où ff est holomorphe. Pour alléger les notations, nous nous permettrons de noter encore ff le morphisme X→𝐀1X\to\mathbf{A}^{1} qu’elle induit.

On peut supposer que XX est S1S_{1}, et que f:X→𝐀1f:X\to\mathbf{A}^{1} est purement de dimension relative n−1n-1.

En effet, soit x∈Xx\in X. Supposons que f⁡(x)=0f(x)=0. Comme ff n’est pas diviseur de zéro, elle est de dimension relative n−1n-1 en xx  ; elle est donc de dimension majorée par n−1n-1 au voisinage de xx ([28], th. 4.9), et même égale à n−1n-1 en vertu du Hauptidealsatz, au voisinage de xx. Par ailleurs, ff appartient à l’idéal maximal de 𝒪X,x\mathscr{O}_{X,x}, et n’est pas diviseur de zéro dans celui-ci  ; en conséquence, 𝒪X,x\mathscr{O}_{X,x} est S1S_{1}. Il existe dès lors un voisinage ouvert UU de xx dans XX tel que UU soit S1S_{1} et tel que f|Uf|_{U} soit purement de dimension relative n−1n-1.

Si f⁡(x)≠0f(x)\neq 0, il existe un voisinage UU de xx sur lequel ff est inversible. Les deux termes de l’égalité à établir sont nuls sur UU, et celle-ci est dès lors vérifiée sur UU.

On peut donc supposer que XX est S1S_{1} et que f:X→𝐀1f:X\to\mathbf{A}^{1} est purement de dimension relative n−1n-1.

Soit VV un domaine affinoïde de XX, et soit g:V→𝐆mNg:V\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N} un moment. Pour tout t∈Dt\in D on note VtV_{t} la fibre f|V−1​(t)f|_{V}^{-1}(t)  ; pour tout intervalle réel II on note VIV_{I} le domaine analytique de VV défini par la condition |f|∈I|f|\in I. On désigne par hh le moment produit (g,f):V→𝐆mN×𝐀1(g,f):V\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N}\times\mathbf{A}^{1}.

Si PP est un polytope de dimension nn et si 𝒞\mathscr{C} est une décomposition cellulaire de PP, la réunion des nn-cellules de 𝒞\mathscr{C} est un polytope purement de dimension nn qui ne dépend pas de 𝒞\mathscr{C}. Nous l’appellerons le nn-squelette de PP.

[01SV]
\propname 4.6.6.

Il existe un polytope calibré P⊂𝐑NP\subset\mathbf{R}^{N} purement de dimension n−1n-1 et un réel r>0r>0 possédant les propriétés suivantes :

  • 1)

    pour tout t∈V[0;r[t\in V_{[0;r[} le (n−1)(n-1)-squelette de gtrop​(Vt)g_{\text{trop}}(V_{t}) est égal à PP en tant que polytope calibré  ;

  • 2)

    pour tout segment II contenu dans ]0;r[]0;r[ le nn-squelette de htrop​(VI)h_{\text{trop}}(V_{I}) est égal à P×IP\times I en tant que polytope calibré, où P×IP\times I est muni du produit du calibrage de PP par le calibrage standard de II.

[01SW]
Démonstration.

Le domaine analytique gtrop−1​(gtrop​(V0))g_{\text{trop}}^{-1}(g_{\text{trop}}(V_{0})) de VV contient le fermé de Zariski V0V_{0}  ; il contient donc un voisinage de V0V_{0} (car V0↪VV_{0}\hookrightarrow V est sans bord). Par propreté topologique de ff, on en déduit que gtrop​(Vt)g_{\text{trop}}(V_{t}) est inclus dans gtrop​(V0)g_{\text{trop}}(V_{0}) pour tout tt suffisamment proche de 00.

Nous allons établir un résultat analogue à propos de ∂V\partial V. Celui-ci est contenue dans une réunion finie de compacts qui sont chacun de la forme φ−1​(ηs)\varphi^{-1}(\eta_{s}) pour un certain φ:V→𝐀1\varphi:V\to\mathbf{A}^{1} et un certain s>0s>0 ([32], lemme 3.1).

Soit φ:V→𝐀1\varphi:V\to\mathbf{A}^{1} un morphisme et soit s>0s>0. Pour tout x∈φ−1​(ηs)∩V0x\in\varphi^{-1}(\eta_{s})\cap V_{0}, on a n−1≤dk​(x)=dℋ⁡(ηs)​(x)+1n-1\leq d_{k}(x)=d_{{\mathscr{H}}(\eta_{s})}(x)+1  ; par conséquent, dℋ⁡(ηs)​(x)≤n−2d_{{\mathscr{H}}(\eta_{s})}(x)\leq n-2, et la dimension ℋ⁡(ηs){\mathscr{H}}(\eta_{s})-analytique de φ−1​(ηs)∩V0\varphi^{-1}(\eta_{s})\cap V_{0} est donc de dimension majorée par n−2n-2. Dès lors, gtrop​(φ−1​(ηs)∩V0)g_{\text{trop}}(\varphi^{-1}(\eta_{s})\cap V_{0}) est un polytope QQ de dimension inférieure ou égale à n−2n-2. Son image réciproque gtrop−1​(Q)g_{\text{trop}}^{-1}(Q) est un domaine analytique compact de VV. Son intersection avec φ−1​(ηs)\varphi^{-1}(\eta_{s}) est un domaine analytique compact WW de ce dernier, qui est dès lors un voisinage de W∩V0W\cap V_{0} dans φ−1​(ηs)\varphi^{-1}(\eta_{s})  ; par conséquent, WW contient φ−1​(ηs)∩Vt\varphi^{-1}(\eta_{s})\cap V_{t} pour tt suffisamment petit.

Il s’ensuit qu’il existe un polytope Δ⊂gtrop​(V0)\Delta\subset g_{\text{trop}}(V_{0}) de dimension ≤n−2\leq n-2 tel que gtrop​(∂V∩Vt)⊂Δg_{\text{trop}}(\partial V\cap V_{t})\subset\Delta pour tout tt suffisamment petit. Soit rr tel que gtrop​(Vt)⊂gtrop​(V0)g_{\text{trop}}(V_{t})\subset g_{\text{trop}}(V_{0}) et gtrop​(∂V∩Vt)⊂Δg_{\text{trop}}(\partial V\cap V_{t})\subset\Delta pour tout t∈D⁡(0,r)t\in D(0,r).

Choisissons une décomposition cellulaire 𝒞\mathscr{C} de gtrop​(V0)g_{\text{trop}}(V_{0}) telle que Δ\Delta soit contenu dans la réunion des n−2n-2 cellules de 𝒞\mathscr{C}.

Soit PP une (n−1)(n-1)-cellule de 𝒞\mathscr{C}. Il suffit de montrer les résultats suivants :

  • —

    pour tout t∈D⁡(0,r)t\in D(0,r), on a P⊂gtrop​(Vt)P\subset g_{\text{trop}}(V_{t}), et le calibrage de gtrop​(Vt)g_{\text{trop}}(V_{t}) sur PP est constant et égal à celui de gtrop​(V0)g_{\text{trop}}(V_{0}) sur PP  ;

  • —

    pour tout segment II de ]0;r[]0;r[ le calibrage de htrop​(VI)h_{\text{trop}}(V_{I}) sur P×IP\times I se déduit de celui de gtrop​(V0)g_{\text{trop}}(V_{0}) sur PP par produit avec le calibrage standard de II.

Il résulte de la définition des calibrages que l’on peut, pour ce faire, remplacer VV par gtrop−1​(P)g_{\text{trop}}^{-1}(P) puis, en composant gg avec une projection 𝐆mN→𝐆mn−1\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N}\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n-1} bien choisie (de façon à induire une injection sur PP), supposer que N=n−1N=n-1  ; notons que l’égalité P̊∩gtrop​(∂V∩Vt)=∅\mathring{P}\cap g_{\text{trop}}(\partial V\cap V_{t})=\emptyset (pour t∈D⁡(0,r)t\in D(0,r)) est préservée par cette modification.

Soit t∈D⁡(0,r)t\in D(0,r) et soit StS_{t} le squelette de (𝐆mn−1)t(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n-1})_{t}. Soit xx un point de l’image canonique P̊sq,t\mathring{P}_{{\mathrm{sq}},t} de P̊\mathring{P} dans StS_{t}. Nous allons montrer que hh est fini et plat de degré strictement positif au-dessus de xx, et que ce degré ne dépend pas de xx.

La dimension relative de hh est égale à 00 au-dessus de xx. En effet, dℋ⁡(t)​(x)=n−1d_{{\mathscr{H}}(t)}(x)=n-1. Si yy est un antécédent de xx par hh, on a

dℋ⁡(t)​(y)=dℋ⁡(x)​(y)+dℋ⁡(t)​(x)=dℋ⁡(x)​(y)+n−1.d_{{\mathscr{H}}(t)}(y)=d_{{\mathscr{H}}(x)}(y)+d_{{\mathscr{H}}(t)}(x)=d_{{\mathscr{H}}(x)}(y)+n-1.

Comme VtV_{t} est de dimension n−1n-1, on a dℋ⁡(t)​(y)≤n−1d_{{\mathscr{H}}(t)}(y)\leq n-1 et donc dℋ⁡(x)​(y)=0d_{{\mathscr{H}}(x)}(y)=0. La fibre de hh en xx est donc de dimension nulle, ce qu’on souhaitait établir.

Le morphisme hh est sans bord en tout point situé au-dessus de xx. En effet, la projection de xx sur (𝐆mn−1)trop(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n-1})_{\text{trop}} appartient par construction à P̊\mathring{P}, laquelle ne rencontre pas gtrop​(∂V∩Vt)g_{\text{trop}}(\partial V\cap V_{t})  ; tous les antécédents de xx par hh sont dès lors des points intérieurs de VV, d’où l’assertion.

Le morphisme hh est plat au-dessus de xx. En effet, comme dℋ⁡(t)​(x)=n−1d_{{\mathscr{H}}(t)}(x)=n-1, on a dk​(x)≤n−1d_{k}(x)\leq n-1. En conséquence, il résulte de 2.1.3 que l’anneau local 𝒪𝐆mn−1×𝐀1,x\mathscr{O}_{\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n-1}\times\mathbf{A}^{1},x} est de dimension ≤1\leq 1  ; c’est donc ou bien un corps, ou bien un anneau de valuation discrète, puisque 𝐆mn−1×𝐀1\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n-1}\times\mathbf{A}^{1} est lisse. Si c’est un corps, l’assertion est évidente.

Supposons que ce soit un anneau de valuation discrète, et soit yy un antécédent de xx. Comme 𝒪𝐆mn−1×𝐀1,x\mathscr{O}_{\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n-1}\times\mathbf{A}^{1},x} est un anneau de valuation discrète, la dimension centrale de ce germe (2.1.3) vaut 1. Le morphisme hh étant fini en yy par ce qui précède, la dimension centrale de 𝒪V,y\mathscr{O}_{V,y} est égale à 11 d’après le lemme 1.13 de [30]. En utilisant à nouveau 2.1.3, on voit que 𝒪V,y\mathscr{O}_{V,y} est de dimension 11. Comme XX est S1S_{1}, l’anneau local 𝒪V,y\mathscr{O}_{V,y} est S1S_{1} (cf. [29], th. 3.4) et donc de Cohen-Macaulay.

Récapitulons : 𝒪V,y\mathscr{O}_{V,y} est une 𝒪𝐆mn−1×𝐀1,x\mathscr{O}_{\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n-1}\times\mathbf{A}^{1},x}-algèbre finie et de même dimension que 𝒪𝐆mn−1×𝐀1,x\mathscr{O}_{\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n-1}\times\mathbf{A}^{1},x}  ; l’anneau 𝒪𝐆mn−1×𝐀1,x\mathscr{O}_{\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n-1}\times\mathbf{A}^{1},x} est régulier et 𝒪V,y\mathscr{O}_{V,y} est de Cohen-Macaulay. Par conséquent, la 𝒪𝐆mn−1×𝐀1,x\mathscr{O}_{\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n-1}\times\mathbf{A}^{1},x}-algèbre 𝒪V,y\mathscr{O}_{V,y} est plate, et hh est ainsi plat en tout point situé au-dessus de xx.

Le degré de hh au-dessus de xx ne dépend pas de xx. Cela résulte simplement de la connexité de Σ:={P̊sq,t}t∈D⁡(0,r)\Sigma:=\{\mathring{P}_{{\mathrm{sq}},t}\}_{t\in D(0,r)}, que nous allons établir. Si ξ∈P̊\xi\in\mathring{P}, notons ξsq,t\xi_{{\mathrm{sq}},t} le point de P̊sq,t\mathring{P}_{{\mathrm{sq}},t} qui lui correspond. Donnons-nous deux points ξsq,t11\xi^{1}_{{\mathrm{sq}},t_{1}} et ξsq,t22\xi^{2}_{{\mathrm{sq}},t_{2}} de Σ\Sigma. On relie alors ξsq,t11\xi^{1}_{{\mathrm{sq}},t_{1}} à ξsq,t12\xi^{2}_{{\mathrm{sq}},t_{1}} grâce à un chemin joignant ξ1\xi^{1} à ξ2\xi^{2} sur P̊\mathring{P}, puis ξsq,t12\xi^{2}_{{\mathrm{sq}},t_{1}} à ξsq,t22\xi^{2}_{{\mathrm{sq}},t_{2}} grâce à un chemin reliant t1t_{1} à t2t_{2} sur D⁡(0,r)D(0,r) (on utilise la continuité de la section de Shilov associé à ξ2\xi^{2}).

Conclusion. Notons dd cette valeur commune du degré. Soit x∈Σx\in\Sigma et soit tt son image sur D⁡(0,r)D(0,r). Comme hh est fini et plat de degré dd au-dessus de xx, le morphisme gt:Vt→(𝐆mn−1)tg_{t}:V_{t}\to(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n-1})_{t} est fini et plat de degré dd au-dessus de xx par fonctorialité. En particulier, dd est égal au degré de g0g_{0} au-dessus de n’importe quel point de Psq​,0′P^{\prime}_{{\mathrm{sq}},0} et il est donc non nul. Il s’ensuit que P′⊂gtrop​(Vt)P^{\prime}\subset g_{\text{trop}}(V_{t}) pour tout d∈D⁡(0,r)d\in D(0,r)  ; par compacité, P⊂gtrop​(Vt)P\subset g_{\text{trop}}(V_{t}) pour tout t∈D⁡(0,r)t\in D(0,r). Ceci achève la démonstration, nos assertions sur les degrés entraînant les propriétés requises pour les calibrages. ∎

Fin de la preuve de la formule de Poincaré-Lelong.

Les deux courants δdiv⁡f\delta_{\operatorname{div}f} et d′⁡d′′⁡[log⁡|f|]\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}[\log|f|] sont symétriques  ; pour s’assurer de leur égalité, il suffit de les appliquer à une forme test symétrique.

Soit donc ω\omega une forme lisse à support propre sur XX. Par compacité et absence de bord, le support de ω\omega admet un recouvrement fini par des domaines affnoïdes ViV_{i} (i=1,…,mi=1,\ldots,m), contenus dans Int⁡(X)\operatorname{Int}(X) et possédant les propriétés suivantes :

  • —

    tout point du support de ω\omega est contenu dans l’intérieur de l’un des ViV_{i}  ;

  • —

    pour tout ii il existe un moment gi:Ti→Tig_{i}:T_{i}\to T_{i} et une (n,n)(n,n)-forme αi\alpha_{i} sur gi,trop​(Vi)g_{i,{\text{trop}}}(V_{i}) telle que ω|Vi=gi,trop∗​αi\omega|_{V_{i}}=g_{i,{\text{trop}}}^{*}\alpha_{i}.

Notons VV la réunion des ViV_{i}. C’est un domaine analytique compact de XX, et le support de α\alpha est par construction contenu dans l’intérieur de VV.

Pour tout ensemble non vide EE de {1,…,m}\{1,\ldots,m\}, on note VEV_{E} l’intersection ⋂i∈EVi\bigcap_{i\in E}V_{i}. Comme Int⁡(X)\operatorname{Int}(X) est sans bord (et en particulier bon) et topologiquement séparé, il est séparé d’après la proposition 1.4.2 de [8]  ; en conséquence, VEV_{E} est affinoïde.

Choisissons un réel r>0r>0 tel que les conclusions de la proposition 4.6.6 ci-dessus soient satisfaites pour tout EE par VEV_{E}, pour chacun des moments gi|VEg_{i}|_{V_{E}} avec i∈Ei\in E. Comme le support de d′′⁡ω\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega ne rencontre aucun fermé de Zariski de dimension <n<n, il ne rencontre pas X0:=f−1​(0)X_{0}:=f^{-1}(0)  ; il existe donc s<rs<r tel que que infSupp​d′′⁡ω|f|>s\inf_{\text{Supp}\;\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega}|f|>s.

Soit WW le domaine analytique de VV défini par l’inégalité |f|≥s|f|\geq s  ; on définit de même WiW_{i} et WEW_{E}. Par choix de ss, on a ∫Xlog⁡|f|.d′⁡d′′⁡ω=∫Wlog⁡|f|.d′⁡d′′⁡ω\int_{X}\log|f|.\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega=\int_{W}\log|f|.\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega. La formule de Green assure que

∫Wlog⁡|f|.d′⁡d′′⁡ω−(d′⁡d′′⁡log⁡|f|)∧ω=∫∂Wlog⁡|f|.d′′⁡ω−(d′′⁡log⁡|f|)∧ω\int_{W}\log|f|.\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega-(\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log|f|)\wedge\omega=\int_{\partial W}\log|f|.\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega-(\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log|f|)\wedge\omega

Nous allons maintenant analyser chacun des quatre termes en lice.

Le terme ∫Wlog⁡|f|.d′⁡d′′⁡ω\int_{W}\log|f|.\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega. C’est celui que l’on cherche à calculer.

Le terme ∫W(d′⁡d′′⁡log⁡|f|)∧ω\int_{W}(\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log|f|)\wedge\omega. Il est nul car d′⁡d′′⁡log⁡|f|=0\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log|f|=0.

Le terme ∫∂Wlog⁡|f|.d′′⁡ω\int_{\partial W}\log|f|.\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega. Il est nul car le support de d′′⁡ω\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega est contenu, par choix de VV et du réel ss, dans l’intérieur de WW.

Le terme ∫∂W−(d′′log|f|)∧ω\int_{\partial W}-(\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log|f|)\wedge\omega. Soit (φℓ)(\varphi_{\ell}) une suite de fonctions 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty} de 𝐑\mathbf{R} dans [0;1][0;1] telles que φℓ\varphi_{\ell} vaille 11 sur [log⁡s+1/ℓ;+∞][\log s+1/\ell;+\infty] et 00 sur ]−∞;logs+1/2ℓ]]-\infty;\log s+1/2\ell]. Pour tout entier ℓ\ell, l’intégrale ∫∂W−(d′′log|f|)∧ω\int_{\partial W}-(\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log|f|)\wedge\omega est égale à

∫∂W(−1+φℓ​(log⁡|f|))​(d′′⁡log⁡|f|)∧ω−∫∂Wφℓ​(log⁡|f|)​(d′′⁡log⁡|f|)∧ω.\int_{\partial W}(-1+\varphi_{\ell}(\log|f|))(\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log|f|)\wedge\omega-\int_{\partial W}\varphi_{\ell}(\log|f|)(\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log|f|)\wedge\omega.

Pour tout ℓ\ell, le support de φℓ​(log⁡|f|)​ω\varphi_{\ell}(\log|f|)\omega est par construction contenu dans l’intérieur de WW  ; l’intégrale ∫∂Wφℓ​(log⁡|f|)​(d′′⁡log⁡|f|)∧ω\int_{\partial W}\varphi_{\ell}(\log|f|)(\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log|f|)\wedge\omega est donc nulle, et il vient ∫∂W−(d′′log|f|)∧ω=∫∂W(−1+φℓ(log|f|))(d′′log|f|)∧ω\int_{\partial W}-(\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log|f|)\wedge\omega=\int_{\partial W}(-1+\varphi_{\ell}(\log|f|))(\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log|f|)\wedge\omega.

Fixons EE, choisissons ii dans EE et munissons WEW_{E} du moment h:=(gi,f)h:=(g_{i},f) vers Ti×𝐆mT_{i}\times\mathbf{G}_{\mathrm{m}}. L’intégrale ∫∂WI(−1+φℓ​(log⁡|f|))​(d′′⁡log⁡|f|)∧ω\int_{\partial W_{I}}(-1+\varphi_{\ell}(\log|f|))(\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log|f|)\wedge\omega peut être calculée via ce moment. Il résulte de la forme de φℓ\varphi_{\ell} que ∫∂WE(−1+φℓ​(log⁡|f|))​(d′′⁡log⁡|f|)∧ω\int_{\partial W_{E}}(-1+\varphi_{\ell}(\log|f|))(\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log|f|)\wedge\omega tend, lorsque ℓ\ell tend vers l’infini, vers l’intégrale de αi∧d′′⁡x\alpha_{i}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x sur la réunion des faces de htrop​(WE)h_{\text{trop}}(W_{E}) contenues dans l’hyperplan x=log⁡sx=\log s.

Comme s<rs<r chacune de ces faces est une (n−1)(n-1)- cellule de gi,trop​(VE​,0)g_{i,{\text{trop}}}(V_{E,0}), et sa discordance comme face de htrop​(WE)h_{\text{trop}}(W_{E}) est égale à son calibrage comme cellule de gi,trop​(VE​,0)g_{i,{\text{trop}}}(V_{E,0}), à produit extérieur près par d′′⁡x\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x  ; de plus, on obtient ainsi toutes les (n−1)(n-1)-cellules de gi,trop​(VE​,0)g_{i,{\text{trop}}}(V_{E,0}). Par conséquent, ∫∂WI(−1+φℓ​(log⁡|f|))​(d′′⁡log⁡|f|)∧ω\int_{\partial W_{I}}(-1+\varphi_{\ell}(\log|f|))(\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log|f|)\wedge\omega tend vers ∫VE​,0ω\int_{V_{E,0}}\omega lorsque ℓ\ell tend vers l’infini.

On en déduit l’égalité ∫∂WE−(d′′log|f|)∧ω=∫VE​,0ω.\int_{\partial W_{E}}-(\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log|f|)\wedge\omega=\int_{V_{E,0}}\omega. Ceci valant pour tout EE, il vient ∫∂W−(d′′log|f|)∧ω=∫V0ω\int_{\partial W}-(\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log|f|)\wedge\omega=\int_{V_{0}}\omega. Ce dernier terme s’identifie à ∫X0ω\int_{X_{0}}\omega, et l’on a bien établi finalement l’égalité

∫Xlog⁡|f|.d′⁡d′′⁡ω=∫X0ω.\int_{X}\log|f|.\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega=\int_{X_{0}}\omega.

∎

[01SX]

§ 5 Courants positifs, théorie de Bedford-Taylor

[01SY]

5.1 Formes positives en géométrie tropicale

Rappelons des définitions de Lagerberg [43].

[01SZ]
\definame 5.1.1.

Soit VV un espace affine réel de dimension nn. Soit ω\omega une forme lisse de type (p,p)(p,p) sur un ouvert UU de VV.

  1. a)

    Si p=np=n, on dit que ω\omega est positive si dans une base (x1,…,xn)(x_{1},\dots,x_{n}) de V→∗\overrightarrow{V}^{*}, il existe une fonction lisse ff sur UU, positive ou nulle en tout point, telle que ω=f​d′⁡x1​d′′⁡x1​…​d′⁡xn​d′′⁡xn\omega=f\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}{x_{1}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}{x_{1}}\dots\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}{x_{n}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}{x_{n}}. (Il existe alors une telle fonction pour toute base de V→∗\overrightarrow{V}^{*}.)

  2. b)

    On dit que ω\omega est faiblement positive si pour toute famille (α1,…,αn−p)(\alpha_{1},\dots,\alpha_{n-p}) de formes de type (1,0)(1,0), la (n,n)(n,n)-forme

    ω∧α1∧J⁡(α1)∧⋯∧αn−p∧J⁡(αn−p)\omega\wedge\alpha_{1}\wedge\mathrm{J}(\alpha_{1})\wedge\dots\wedge\alpha_{n-p}\wedge\mathrm{J}(\alpha_{n-p})

    est positive sur UU.

  3. c)

    On dit que ω\omega est positive si pour toute forme α\alpha de type (n−p​,0)(n-p,0), la (n,n)(n,n)-forme

    (−1)(n−p)​(n−p−1)/2​ω∧α∧J⁡(α)(-1)^{(n-p)(n-p-1)/2}\omega\wedge\alpha\wedge\mathrm{J}(\alpha)

    est positive sur UU.

  4. d)

    On dit que ω\omega est fortement positive s’il existe des fonctions fsf_{s}, lisses et positives ou nulles sur UU, et des formes αj,s\alpha_{j,s} de type (1,0)(1,0) (pour 1≤j≤p1\leq j\leq p et ss dans un ensemble fini) telles que

    ω=∑sfs​α1,s∧J⁡(α1,s)∧⋯∧αp,s∧J⁡(αp,s).\omega=\sum_{s}f_{s}\alpha_{1,s}\wedge\mathrm{J}(\alpha_{1,s})\wedge\dots\wedge\alpha_{p,s}\wedge\mathrm{J}(\alpha_{p,s}).

Pour l’explication du signe dans la condition c), noter que si α=α1∧⋯∧αm\alpha=\alpha_{1}\wedge\dots\wedge\alpha_{m} est le produit de mm formes de type (1,0)(1,0), alors

α1∧J⁡(α1)∧⋯∧αm∧J⁡(αm)=(−1)m⁡(m−1)/2​α∧J⁡(α).\alpha_{1}\wedge\mathrm{J}(\alpha_{1})\wedge\dots\wedge\alpha_{m}\wedge\mathrm{J}(\alpha_{m})=(-1)^{m(m-1)/2}\alpha\wedge\mathrm{J}(\alpha).
[01T0]

5.1.2

Une fonction est fortement positive si et seulement si elle prend des valeurs positives ou nulles en tout point.

Une forme fortement positive est positive, une forme positive est faiblement positive. En bidegrés (0,0)(0,0), (1,1)(1,1), (n−1,n−1)(n-1,n-1) et (n,n)(n,n) ces trois notions coïncident.

Chacun de ces trois espaces de formes définit un cône convexe fermé. Par définition, une forme α\alpha de type (p,p)(p,p) est faiblement positive si et seulement si α∧β\alpha\wedge\beta est positive pour toute forme β\beta fortement positive de type (n−p,n−p)(n-p,n-p). Comme ces conditions sont ponctuelles, la bidualité des cônes convexes fermés en dimension finie entraîne que α\alpha est fortement positive si et seulement si α∧β\alpha\wedge\beta est positive pour toute forme faiblement positive β\beta.

La condition de positivité est auto-duale ([43], commentaires avant le lemme 2.2) : une forme α\alpha de type (p,p)(p,p) est positive si et seulement si α∧β\alpha\wedge\beta est positive pour toute forme positive de type (n−p,n−p)(n-p,n-p).

[01T1]
\propname 5.1.3 ([43], Proposition 2.2).

Une forme ω\omega de type (p,p)(p,p) sur un ouvert UU de VV est faiblement positive si et seulement si pour tout espace affine WW de dimension pp et toute application affine f:W→Vf\colon W\rightarrow V, f∗​ωf^{*}\omega est une forme positive sur l’ouvert f−1​(U)f^{-1}(U) de WW.

[01T2]
\propname 5.1.4 ([43], Lemma 2.1).

Soient ω1,…,ωs\omega_{1},\dots,\omega_{s} des formes positives (resp. faiblement positives) et posons ω=ω1∧⋯∧ωs\omega=\omega_{1}\wedge\dots\wedge\omega_{s}.

Si les ωj\omega_{j} sont toutes fortement positives, alors ω\omega est fortement positive.

Si au plus une d’entre elle n’est pas fortement positive, alors ω\omega est positive (resp. faiblement positive).

[01T3]
Démonstration.

Par récurrence, il suffit de prouver que si une forme β\beta est fortement positive, alors α∧β\alpha\wedge\beta est de même nature que α\alpha. On peut supposer que β\beta est de la forme β1∧J​β1∧⋯∧βm∧J​βm\beta_{1}\wedge\mathrm{J}\beta_{1}\wedge\dots\wedge\beta_{m}\wedge\mathrm{J}\beta_{m}, où les βj\beta_{j} sont des formes de type (1,0)(1,0). Dans chacun des trois cas, la preuve est alors directe. ∎

[01T4]
\remaname 5.1.5.

Soit ω\omega une forme lisse de type (p,p)(p,p) sur un ouvert UU d’un espace affine VV. Soit V′V^{\prime} un sous-espace affine de VV et soit U′=U∩V′U^{\prime}=U\cap V^{\prime}. Si ω\omega est positive (resp. faiblement positive, resp. fortement positive) sur UU, il en est de même de sa restriction à U′U^{\prime}.

Comme toute forme sur U′U^{\prime} est la restriction d’une forme sur UU, c’est évident dans le cas d’une forme fortement positive. Traitons les deux autres cas.

Soit (x1,…,xn)(x_{1},\dots,x_{n}) une base de V→∗\overrightarrow{V}^{*} telle que les restrictions (x1′,…,xm′)(x^{\prime}_{1},\dots,x^{\prime}_{m}) de (x1,…,xm)(x_{1},\dots,x_{m}) à V→′\overrightarrow{V}^{\prime} soient linéairement indépendantes. Supposons ω\omega positive et montrons que ω′=ω|U′\omega^{\prime}=\omega|_{U^{\prime}} l’est encore. Soit α′\alpha^{\prime} une forme de type (m−p​,0)(m-p,0) sur U′U^{\prime} et soit α\alpha une forme de type (m−p​,0)(m-p,0) sur UU dont la restriction à U′U^{\prime} est égale à α′\alpha^{\prime}. On peut donc écrire

(−1)(m−p)​(m−p−1)/2​ω′∧α′∧J⁡(α′)=f′​d′⁡x1′∧…​d′′⁡x1′∧…​d′⁡xm′∧d′′⁡xm′,(-1)^{(m-p)(m-p-1)/2}\omega^{\prime}\wedge\alpha^{\prime}\wedge\mathrm{J}(\alpha^{\prime})=f^{\prime}\,\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x^{\prime}_{1}\wedge\dots\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x^{\prime}_{1}\wedge\dots\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x^{\prime}_{m}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x^{\prime}_{m},

où f′f^{\prime} est une fonction lisse sur U′U^{\prime}. Par suite, la décomposition de la forme

ω∧α∧J⁡(α)=∑|I|,|J|=mfI​J,d′⁡xI∧…​d′′⁡xJ,\omega\wedge\alpha\wedge\mathrm{J}(\alpha)=\sum_{\mathopen{|}{I}\mathclose{|},\mathopen{|}{J}\mathclose{|}=m}f_{IJ},\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\wedge\dots\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J},

on a fI​I|U′=f′f_{II}|_{U^{\prime}}=f^{\prime} si I=(1,…,m)I=(1,\dots,m). Posons alors β=d′⁡xm+1∧⋯∧d′⁡xn\beta=\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{m+1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{n}. On constate que

(−1)(n−p)​(n−p−1)/2​ω∧α∧β∧J⁡(α)∧J⁡(β)=fI​I​d′⁡x1∧d′′⁡x1∧⋯∧d′⁡xn∧d′′⁡xn.(-1)^{(n-p)(n-p-1)/2}\omega\wedge\alpha\wedge\beta\wedge\mathrm{J}(\alpha)\wedge\mathrm{J}(\beta)=f_{II}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{1}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{n}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{n}.

Comme ω\omega est positive, fI​If_{II} est positive ou nulle sur UU ; par suite, f′f^{\prime} est positive ou nulle sur U′U^{\prime}, ce qui démontre que ω′\omega^{\prime} est positive.

Lorsque ω\omega est faiblement positive, le même argument prouve que ω′\omega^{\prime} est faiblement positive ; il suffit de remarquer qu’une forme α′\alpha^{\prime} qui est le produit de pp formes de type (1,0)(1,0) sur U′U^{\prime} est la restriction à U′U^{\prime} de produit de pp formes de type (1,0)(1,0) sur UU.

[01T5]

5.1.6

Soit λ\lambda la forme d′⁡d′′⁡∥x2∥\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\mathopen{\|}{x^{2}}\mathclose{\|} sur 𝐑n\mathbf{R}^{n}. On a

λ=2​d′⁡(∑j=1nxj​d′′⁡xj)=2​∑j=1nd′⁡xj​d′′⁡xj.\lambda=2\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\left(\sum_{j=1}^{n}x_{j}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{j}\right)=2\sum_{j=1}^{n}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{j}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{j}.

Pour tout entier p≥0p\geq 0, la restriction de λp\lambda^{p} à un sous-espace affine de dimension pp est un multiple (strictement positif) de la mesure de Lebesgue sur ce sous-espace. Ainsi, λp\lambda^{p} est positive. En fait, λp\lambda^{p} est même fortement positive ([41], corollaire 1.17).

On dira qu’une forme ω\omega de type (p,p)(p,p) est strictement positive (resp. faiblement, ou fortement positive) s’il existe un nombre réel c>0c>0 tel que ω−c​λp\omega-c\lambda^{p} soit une forme positive (resp.…).

[01T6]

5.2 Formes positives sur un sous-espace linéaire par morceaux

[01T7]
\definame 5.2.1.

Soit VV un espace affine de dimension finie sur 𝐑\mathbf{R} et soit PP un sous-espace linéaire par morceaux de PP. Soit ω\omega une forme lisse de type (p,p)(p,p) sur XX. On dit que ω\omega est positive (resp. faiblement positive, resp. fortement positive) s’il existe une décomposition polytopale de PP telle que pour toute cellule fermée maximale QQ de PP, la restriction de ω\omega à QQ soit une forme positive (resp. faiblement positive, resp. fortement positive) en tant que forme de type (p,p)(p,p) définie sur un voisinage de QQ dans l’espace affine ⟨Q⟩\langle Q\rangle.

[01T8]

5.2.2

À l’aide de la proposition 5.1.4, on vérifie face par face que si ω1,…,ωr\omega_{1},\dots,\omega_{r} sont des formes lisses fortement positives, alors ω1∧⋯∧ωr\omega_{1}\wedge\dots\wedge\omega_{r} est fortement positive. De même, si elles sont faiblement positives et qu’au plus une d’entre elles n’est pas fortement positives, ce produit est une forme faiblement positive.

Si PP est un sous-espace linéaire par morceaux purement de dimension nn (au sens où toute face maximale de PP est de dimension nn), les notions de formes positives et fortement positives coïncident en bidegrés (0,0)(0,0), (1,1)(1,1), (n−1,n−1)(n-1,n-1) et (n,n)(n,n).

La restriction à un sous-espace linéaire par morceaux d’une forme positive (resp. faiblement, resp. fortement positive) l’est encore.

[01T9]
\lemmname 5.2.3.

Soit VV un espace affine de dimension finie sur 𝐑\mathbf{R} et soit PP un sous-espace linéaire par morceaux de VV. Pour toute forme lisse α\alpha de type (p,p)(p,p) sur PP, il existe des formes lisses fortement positives α1\alpha_{1} et α2\alpha_{2} telles que α=α1−α2\alpha=\alpha_{1}-\alpha_{2}.

[01TA]
Démonstration.

On peut supposer que V=𝐑nV=\mathbf{R}^{n}. Soit λ\lambda la (1,1)(1,1)-forme d′⁡d′′⁡∥x2∥\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\mathopen{\|}{x^{2}}\mathclose{\|} sur 𝐑n\mathbf{R}^{n}. Comme λp\lambda^{p} est fortement positive, elle appartient à l’intérieur du cône des formes de type (p,p)(p,p) strictement positives sur 𝐑n\mathbf{R}^{n} ; il existe donc une fonction strictement positive cc sur PP telle que α+c​λp\alpha+c\lambda^{p} soit une forme fortement positive.

Il suffit de poser α1=α+c​λp\alpha_{1}=\alpha+c\lambda^{p} et α2=c​λp\alpha_{2}=c\lambda^{p}. ∎

[01TB]

5.3 Formes lisses positives sur un espace analytique

Sauf mention explicite du contraire, les espaces analytiques sont supposés être bons et topologiquement séparés.

[01TC]
\definame 5.3.1.

Soit XX un espace analytique (bon, séparé). On dit qu’une forme lisse ω\omega de type (p,p)(p,p) sur XX est positive (resp. faiblement, resp. fortement positive) si pour tout point xx de XX, il existe un voisinage UU de xx dans XX qui est un domaine analytique compact, un moment f:U→Tf\colon U\rightarrow T et une forme lisse η\eta positive (resp. faiblement, resp. fortement positive) sur ftrop​(U)f_{\text{trop}}(U) telle que α=f∗​η\alpha=f^{*}\eta.

[01TD]

5.3.2

On vérifie immédiatement dans des cartes tropicales adéquates que si ω1,…,ωr\omega_{1},\dots,\omega_{r} sont des formes lisses fortement positives, alors ω1∧⋯∧ωr\omega_{1}\wedge\dots\wedge\omega_{r} est fortement positive. De même, si elles sont faiblement positives et qu’au plus une d’entre elles n’est pas fortement positives, ce produit est une forme faiblement positive.

Si XX est de dimension nn, les notions de formes positives et fortement positives coïncident en bidegrés (0,0)(0,0), (1,1)(1,1), (n−1,n−1)(n-1,n-1) et (n,n)(n,n).

[01TE]
\lemmname 5.3.3.

Soit XX un espace analytique (bon, séparé). Pour toute forme lisse ω\omega de type (p,p)(p,p) dont le support est fortement paracompact, il existe des formes lisses fortement positives

ω1\omega_{1} et ω2\omega_{2} telles que ω=ω1−ω2\omega=\omega_{1}-\omega_{2}.

[01TF]
Démonstration.

Soit (fi,Pi)(f_{i},P_{i}) une famille de cartes tropicales, de sorte que fif_{i} soit un moment sur un ouvert ViV_{i} de XX et PiP_{i} un polytope compact contenant fi,trop​(Vi)f_{i,{\text{trop}}}(V_{i}), et, pour tout ii, soit αi\alpha_{i} une forme sur PiP_{i} telle que ω|Vi=fi∗​αi\omega\mathrel{|}{V_{i}}=f_{i}^{*}\alpha_{i}. Par hypothèse, il existe une famille localement finie (λi)(\lambda_{i}) de fonctions lisses sur XX, subordonnée à ce recouvrement, telles que 0≤λi≤10\leq\lambda_{i}\leq 1 pour tout ii et ∑λi\sum\lambda_{i} est identiquement égale à 11 au voisinage du support de ω\omega.

Pour tout ii, choisissons des formes fortement positives αi​,1\alpha_{i,1} et αi​,2\alpha_{i,2} sur PiP_{i} telles que αi=αi​,1−αi​,2\alpha_{i}=\alpha_{i,1}-\alpha_{i,2}. Posons alors ω1=∑λi​fi∗​αi​,1\omega_{1}=\sum\lambda_{i}f_{i}^{*}\alpha_{i,1} et ω2=∑λi​fi∗​αi​,2\omega_{2}=\sum\lambda_{i}f_{i}^{*}\alpha_{i,2} ; ce sont des formes lisses et fortement positives telles que ω=ω1−ω2\omega=\omega_{1}-\omega_{2}. ∎

[01TG]

5.4 Courants positifs

[01TH]

5.4.1

Soit XX un espace analytique (bon, séparé), soit pp un entier. Un courant SS de bidimension (p,p)(p,p) est dit est dit faiblement positif, respectivement positif, respectivement fortement positif, si pour toute forme α∈𝒜cp,p​(X)\alpha\in\mathscr{A}^{p,p}_{\text{c}}(X) qui est fortement positive, respectivement positive, respectivement faiblement positive, on a ⟨S,α⟩≥0\langle S,\alpha\rangle\geq 0.

Supposons que XX soit purement de dimension nn. Comme les diverses notions de positivité pour les formes de type (0,0)(0,0), (1,1)(1,1), (n−1,n−1)(n-1,n-1) et (n,n)(n,n) coïncident, il en va de même pour les courants.

[01TI]

5.4.2

Les courants d’intégration φ∗​δY\varphi_{*}\delta_{Y} construits au paragraphe 4.3 sont positifs.

[01TJ]

5.4.3

L’image directe d’un courant positif (resp. faiblement positif, fortement positif) est de même type. Cela résulte du fait que la même propriété vaut pour l’image inverse des formes.

[01TK]
\lemmname 5.4.4.

Soit XX un espace analytique (bon, séparé), soit pp un entier et soit SS une application linéaire de 𝒜cp,p​(X)\mathscr{A}^{p,p}_{\text{c}}(X) dans 𝐑\mathbf{R} qui est positive en toute forme faiblement positive. Alors, SS est un courant.

[01TL]
Démonstration.

Il faut prouver la continuité de SS. Soit (ωn)(\omega_{n}) une suite de formes lisses qui converge vers ω\omega et prouvons que ⟨S,ωn⟩\langle S,\omega_{n}\rangle converge vers ⟨S,ω⟩\langle S,\omega\rangle.

Soit (Ui)(U_{i}) un recouvrement fini de supp⁡(ω)\operatorname{supp}(\omega) par des affinoïdes de XX sur lequel les ωn\omega_{n} et ω\omega soient tropicales. Pour tout ii, soit fi:Ui→Tif_{i}\colon U_{i}\rightarrow T_{i} un moment, notons Pi=(fi)trop​(Ui)P_{i}=(f_{i})_{\text{trop}}(U_{i}), et soit αi\alpha_{i} (resp. αi,n\alpha_{i,n} pour n≥0n\geq 0) une forme sur PiP_{i} telle que ω|Ui=fi∗​αi\omega|_{U_{i}}=f_{i}^{*}\alpha_{i} (resp. ωn|Ui=fi∗​αi,n\omega_{n}|_{U_{i}}=f_{i}^{*}\alpha_{i,n}. Pour tout ii, soit λi\lambda_{i} une fonction lisse sur XX dont le support est compact et contenu dans Int⁡(Ui)\operatorname{Int}(U_{i}), à valeurs dans [0,1][0,1], telle que ∑λi\sum\lambda_{i} soit identiquement égale à 11 dans un voisinage de supp⁡(ω)\operatorname{supp}(\omega). On a alors

⟨S,ω⟩=∑i⟨S,λi​ω⟩et⟨S,ωn⟩=∑i⟨S,λi​ωn⟩\langle S,\omega\rangle=\sum_{i}\langle S,\lambda_{i}\omega\rangle\quad\text{et}\quad\langle S,\omega_{n}\rangle=\sum_{i}\langle S,\lambda_{i}\omega_{n}\rangle

Pour tout ii, il existe un affinoïde ViV_{i} contenu dans l’intérieur de UiU_{i}, contenant le support de λi​ωn\lambda_{i}\omega_{n} et tropicalisant cette forme. Notons Qi=(fi)trop​(Vi)Q_{i}=(f_{i})_{{\text{trop}}}(V_{i}). Par hypothèse, les coefficients de αi,n\alpha_{i,n} convergent uniformément vers ceux de αi\alpha_{i} sur chaque face de QiQ_{i} Soit βi\beta_{i} une forme lisse strictement positive sur QiQ_{i} Pour tout nn, il existe un nombre réel εn\varepsilon_{n} tel que −εn​βi≤(αi,n−αi)≤εn​βi-\varepsilon_{n}\beta_{i}\leq(\alpha_{i,n}-\alpha_{i})\leq\varepsilon_{n}\beta_{i} pour tout ii, et on peut le choisir de sorte que la suite (εn)(\varepsilon_{n}) tende vers 00. Cela entraîne que

|⟨S,λi​(ωn−ω)⟩|≤εn​|⟨S,λi​βi⟩|\left|{\langle S,\lambda_{i}(\omega_{n}-\omega)\rangle}\right|\leq\varepsilon_{n}\left|{\langle S,\lambda_{i}\beta_{i}\rangle}\right|

donc ⟨S,λi​ωn⟩\langle S,\lambda_{i}\omega_{n}\rangle tend vers ⟨S,λi​ω⟩\langle S,\lambda_{i}\omega\rangle. Finalement, ⟨S,ωn⟩\langle S,\omega_{n}\rangle tend vers ⟨S,ω⟩\langle S,\omega\rangle, ainsi qu’il fallait démontrer. ∎

[01TM]

5.4.5

Soit XX un espace kk-analytique (bon, séparé,…). Soit μ\mu une mesure positive (au sens de Bourbaki) sur l’espace analytique Int⁡(X)\operatorname{Int}(X), c’est-à-dire une forme linéaire positive sur l’espace des fonctions continues à support compact sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X), muni de la topologie de la convergence uniforme sur les compacts. Par restriction à l’espace 𝒜c0​(X)\mathscr{A}^{0}_{\text{c}}(X) des fonctions lisses, μ\mu définit un courant positif qu’on notera [μ][\mu].

[01TN]
\propname 5.4.6.

Soit XX un espace kk-analytique. L’application μ↦[μ]\mu\mapsto[\mu] ainsi définie est une bijection de l’espace des mesures positives sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X) sur l’espace des courants positifs de degré 00 sur XX.

[01TP]
Démonstration.

Soit SS un courant positif de bidegré (0,0)(0,0). Pour toute fonction lisse ff, à support compact dans Int⁡(X)\operatorname{Int}(X), on a donc ⟨S,f⟩≥0\langle S,f\rangle\geq 0.

Soit KK une partie compacte de Int⁡(X)\operatorname{Int}(X), soit UU un voisinage de KK dans Int⁡(X)\operatorname{Int}(X). Soit λK:X→[0,1]\lambda_{K}\colon X\rightarrow[0,1] une fonction lisse que vaut 11 au voisinage de KK et dont le support est compact et contenu dans Int⁡(X)\operatorname{Int}(X). Si ff est une fonction lisse de support contenu dans KK, on a f⁡(x)=f​λK​(x)≤∥f∥K​λK​(x)f(x)=f\lambda_{K}(x)\leq\mathopen{\|}{f}\mathclose{\|}_{K}\lambda_{K}(x) pour tout x∈Kx\in K ; cette inégalité vaut aussi pour x∉Kx\notin K puisqu’alors f⁡(x)=0f(x)=0 et λK​(x)≥0\lambda_{K}(x)\geq 0. Par suite,

⟨S,f⟩≤∥f∥K​⟨S,λK⟩.\langle S,f\rangle\leq\mathopen{\|}{f}\mathclose{\|}_{K}\langle S,\lambda_{K}\rangle.

Appliquant cette inégalité à −f-f, on en déduit qu’il existe un nombre réel CKC_{K} tel que

|⟨S,f⟩|≤cK​∥f∥K\mathopen{|}{\langle S,f\rangle}\mathclose{|}\leq c_{K}\mathopen{\|}{f}\mathclose{\|}_{K}

pour toute fonction lisse dont le support est contenu dans KK.

Considérons un voisinage relativement compact VV de KK qui est contenu dans UU. Toute fonction continue ff à support dans KK est limite uniforme d’une suite (fj)(f_{j}) fonctions lisses à support dans VV ; si ff est positive, on peut aussi supposer que pour tout jj, fjf_{j} est positive. L’inégalité précédente, appliquée au compact V¯\bar{V}, entraîne que la suite (⟨S,fj⟩)(\langle S,f_{j}\rangle) est de Cauchy, et que sa limite est indépendante du choix de la suite (fj)(f_{j}) choisie ; elle est aussi indépendante du choix d’un compact KK et d’un voisinage relativement compact VV tels que supp⁡(f)⊂K⊂V⊂Int⁡(X)\operatorname{supp}(f)\subset K\subset V\subset\operatorname{Int}(X). Notons μ⁡(f)\mu(f) cette limite. Si ff est lisse, on a μ⁡(f)=⟨S,f⟩\mu(f)=\langle S,f\rangle. Si ff est positive, ⟨S,fj⟩≥0\langle S,f_{j}\rangle\geq 0 pour tout jj, donc μ⁡(f)≥0\mu(f)\geq 0. En outre, l’application f↦μ⁡(f)f\mapsto\mu(f) est linéaire. C’est donc une mesure positive sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X) telle que S=[μ]S=[\mu].

Enfin, si S=[μ]=[ν]S=[\mu]=[\nu], les mesures μ\mu et ν\nu coïncident sur les fonctions lisses. Par l’argument de densité ci-dessus, elles sont égales. ∎

[01TQ]
\coroname 5.4.7.

Soit XX un espace kk-analytique (bon, séparé) équidimensionnel. Soit uu une fonction continue sur XX et soit TT un courant positif. Il existe un unique courant sur XX, noté u​TuT, tel que ⟨u​T,ω⟩\langle uT,\omega\rangle soit la limite de la suite (⟨uj​T,ω⟩)(\langle u_{j}T,\omega\rangle) pour toute forme lisse ω\omega à support propre sur XX et toute suite (uj)(u_{j}) de fonctions lisses sur XX qui converge uniformément vers uu dans un voisinage du support de ω\omega.

Si uu est positive, le courant u​TuT est positif.

[01TR]
Démonstration.

Soit ω\omega une forme lisse à support propre sur XX, choisissons des formes lisses, fortement positives ω1\omega_{1} et ω2\omega_{2} sur XX telles que ω=ω1−ω2\omega=\omega_{1}-\omega_{2} (lemme 5.3.3). Soit aussi UU un voisinage relativement compact de supp⁡(ω)\operatorname{supp}(\omega) et λ\lambda une fonction lisse sur XX, à support dans UU, qui vaut 11 au voisinage de supp⁡(ω)\operatorname{supp}(\omega) et à valeurs positives ou nulles. On a donc ω=λ​ω=λ​ω1−λ​ω2\omega=\lambda\omega=\lambda\omega_{1}-\lambda\omega_{2} ; cela permet de supposer que ω1\omega_{1} et ω2\omega_{2} sont à support dans UU.

Les applications u↦⟨T,u​ω1⟩u\mapsto\langle T,u\omega_{1}\rangle et u↦⟨T,u​ω2⟩u\mapsto\langle T,u\omega_{2}\rangle sont des courants positifs de degré 00 à support dans UU, donc définissent des mesures positives sur XX, dont le support est contenu dans UU (proposition 5.4.6). Leur différence est une mesure sur XX à support contenu dans UU. Comme le support de ω\omega est propre et contenu dans UU, cette mesure s’étend par continuité en une application linéaire continue sur l’espace des fonctions continues sur XX muni de la topologie de la semi-norme de la convergence uniforme sur UU. Cela définit ⟨u​T,ω⟩\langle uT,\omega\rangle pour toute fonction continue uu sur XX et toute forme à support propre ω\omega sur XX. Si uu et ω\omega sont positives, on a bien ⟨u​T,ω⟩≥0\langle uT,\omega\rangle\geq 0, comme affirmé dans l’énoncé.

Lorsque uu est positive, l’application ω↦⟨u​T,ω⟩\omega\mapsto\langle uT,\omega\rangle est linéaire et est positive en toute forme faiblement positive. D’après le lemme 5.4.4, c’est alors un courant positif. Le cas d’une fonction continue uu arbitraire en résulte. ∎

[01TS]

5.4.8

En prenant pour courant TT celui associé à la fonction lisse 11, c’est-à-dire le courant d’intégration sur XX, on prolonge donc l’injection de 𝒜X0\mathscr{A}^{0}_{X} dans 𝒟X0\mathscr{D}^{0}_{X} en une application linéaire de 𝒞X\mathscr{C}_{X} dans 𝒟X0\mathscr{D}^{0}_{X}. On notera [u][u] le courant associé à une fonction continue sur XX.

[01TT]
\propname 5.4.9.

Soit uu une fonction continue sur XX. Si le courant [u][u] est nul, alors uu est identiquement nulle sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X). En particulier, si ∂(X)\partial(X) est d’intérieur vide dans XX, l’application linéaire u↦[u]u\mapsto[u] de 𝒞X\mathscr{C}_{X} dans 𝒟X0\mathscr{D}^{0}_{X} est injective.

[01TU]
Démonstration.

Supposons [u]=0[u]=0 et démontrons que uu est nulle sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X). Raisonnons par l’absurde et soit xx un point intérieur de XX tel que u⁡(x)≠0u(x)\neq 0. Il existe alors une fonction continue vv sur XX telle que u​vuv soit identiquement égale à 11 dans un voisinage UU de XX. (Considérer un voisinage VV de xx sur lequel uu ne s’annule pas, puis un voisinage UU de xx contenu dans VV sur l’adhérence duquel |u|\mathopen{|}{u}\mathclose{|} admet une borne inférieure strictement positive. Soit λ\lambda une fonction lisse qui vaut 11 sur UU et dont le support est contenu dans VV. La fonction λ/u\lambda/u sur VV se prolonge par 00 en une fonction continue vv sur XX et l’on a u​v=1uv=1 en tout point de UU.) La définition du courant [u][u] entraîne que le courant [v​u][vu] est identiquement nul. Par suite, la restriction à UU du courant d’intégration est nul, ce qui est absurde. ∎

[01TV]

5.5 Fonctions plurisousharmoniques

[01TW]
\definame 5.5.1.

Soit XX un espace analytique équidimensionnel. On dit qu’une fonction continue uu sur XX est plurisousharmonique (psh) si le courant d′​d′′⁡[u]\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[u] est positif.

On note CPsh⁡(X)\operatorname{CPsh}(X) l’ensemble des fonctions continues plurisousharmoniques sur XX. C’est un sous-cône réel de l’espace vectoriel des fonctions continues sur XX.

Si f:Y→Xf\colon Y\rightarrow X est un morphisme d’espaces analytiques équidimensionnels et u∈CPsh⁡(X)u\in\operatorname{CPsh}(X), alors f∗​u∈CPsh⁡(Y)f^{*}u\in\operatorname{CPsh}(Y).

[01TX]
\lemmname 5.5.2.

Pour qu’une fonction uu sur XX soit plurisousharmonique, il faut et il suffit qu’elle le soit au voisinage de tout point. En d’autres termes, le sous-foncteur U↦CPsh⁡(U)U\mapsto\operatorname{CPsh}(U) du faisceau des fonctions continues sur XX est un faisceau.

[01TY]
Démonstration.

Soit uu une fonction sur XX. Si uu est continue et d′​d′′⁡[u]\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[u] est un courant positif, il en reste de même après restriction à tout ouvert UU de XX, si bien que u|Uu|_{U} est psh. Inversement, supposons que tout point de XX ait un voisinage sur lequel uu est psh. Soit (Ui)(U_{i}) une famille d’affinoïdes de XX dont les intérieurs recouvrent XX telle que pour tout ii, la restriction de uu à UiU_{i} soit psh. Soit (λi)(\lambda_{i}) une partition de l’unité subordonnée au recouvrement (Ůi)(\mathring{U}_{i}) formée de fonctions lisses. Notons n=dim(X)n=\dim(X) et soit ω∈𝒜cn−1,n−1​(X)\omega\in\mathscr{A}^{n-1,n-1}_{\text{c}}(X) une forme lisse positive. On écrit ω=∑iλi​ω\omega=\sum_{i}\lambda_{i}\omega, où la somme n’a qu’un nombre fini de termes non nuls puisque le support de ω\omega est compact. Pour tout ii, λi​ω\lambda_{i}\omega est une forme lisse positive dans 𝒜cn−1,n−1​(Ui)\mathscr{A}^{n-1,n-1}_{\text{c}}(U_{i}). Puisque u|Uiu|_{U_{i}} est psh, on a donc ⟨d′​d′′⁡[u],λi​ω⟩≥0\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[u],\lambda_{i}\omega\rangle\geq 0. Par suite,

⟨d′​d′′⁡[u],ω⟩=⟨d′​d′′⁡[u],∑iλi​ω⟩=∑i⟨d′​d′′⁡[u],λi​ω⟩≥0,\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[u],\omega\rangle=\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[u],\sum_{i}\lambda_{i}\omega\rangle=\sum_{i}\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[u],\lambda_{i}\omega\rangle\geq 0,

de sorte que le courant d′​d′′⁡[u]\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[u] est positif, comme annoncé. ∎

[01TZ]
\lemmname 5.5.3.

Supposons que XX soit compact, soit f:X→Tf\colon X\rightarrow T un moment et soit P=ftrop​(X)P=f_{\text{trop}}(X). Soit vv une fonction continue sur PP. Pour que la fonction f∗​vf^{*}v soit plurisousharmonique, il faut et il suffit que la restriction de vv à toute face maximale de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) soit convexe.

[01U0]
Démonstration.

Supposons que la restriction de vv à toute face maximale de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) soit convexe. Soit ω\omega une (n−1,n−1)(n-1,n-1)-forme lisse positive et prouvons que ⟨d′​d′′⁡[f∗​v],ω⟩≥0\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[f^{*}v],\omega\rangle\geq 0. Soit (Ui)(U_{i}) une famille d’affinoïdes de XX dont les intérieurs recouvrent XX telle que pour tout ii, la restriction de ω\omega à UiU_{i} soit tropicale, de la forme fi∗​αif_{i}^{*}\alpha_{i}, où fi:Ui→Tif_{i}\colon U_{i}\rightarrow T_{i} est un moment. Soit (λi)(\lambda_{i}) une partition de l’unité subordonnée au recouvrement (Ůi)(\mathring{U}_{i}) formée de fonctions lisses. Il n’est pas restrictif de supposer que le moment fif_{i} raffine le moment f|Uif|_{U_{i}}, c’est-à-dire qu’il existe un morphisme affine de tores gi:Ti→Tg_{i}\colon T_{i}\rightarrow T tel que f|Ui=gi∘fif|_{U_{i}}=g_{i}\circ f_{i}. Posons alors vi=v∘gi,tropv_{i}=v\circ g_{i,{\text{trop}}} ; c’est une fonction continue sur gi,trop−1​(ftrop​(X))g_{i,{\text{trop}}}^{-1}(f_{\text{trop}}(X)) ; sa restriction à chaque face maximale de fi,trop​(Ui)f_{i,{\text{trop}}}(U_{i}) est convexe. On a alors

⟨d′​d′′⁡[f∗​v],ω⟩=∑i⟨d′​d′′⁡[fi∗​gi∗​u],λi​fi∗​αi⟩=∑i∫Uiλi​fi∗​(d′​d′′⁡ui∧αi).\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[f^{*}v],\omega\rangle=\sum_{i}\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[f_{i}^{*}g_{i}^{*}u],\lambda_{i}f_{i}^{*}\alpha_{i}\rangle=\sum_{i}\int_{U_{i}}\lambda_{i}f_{i}^{*}(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u_{i}\wedge\alpha_{i}).

Pour tout ii, soit ViV_{i} un domaine affinoïde contenu dans l’intérieur de UiU_{i} qui tropicalise λi\lambda_{i} et contenant le support de λi​fi∗​(d′​d′′⁡ui∧αi)\lambda_{i}f_{i}^{*}(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u_{i}\wedge\alpha_{i}). Quitte à changer les notations et à raffiner le moment fif_{i}, on se ramène au cas où λi=fi∗​θi\lambda_{i}=f_{i}^{*}\theta_{i}. Soit μi\mu_{i} le calibrage canonique de fi,trop​(Vi)f_{i,{\text{trop}}}(V_{i}) ; on a donc

⟨d′​d′′⁡[f∗​v],ω⟩=∑i∫fi,trop​(Vi)⟨d′​d′′⁡ui∧θi​αi,μi⟩.\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[f^{*}v],\omega\rangle=\sum_{i}\int_{f_{i,{\text{trop}}}(V_{i})}\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u_{i}\wedge\theta_{i}\alpha_{i},\mu_{i}\rangle.

Puisque uiu_{i} est convexe sur toute face maximale de fi,trop​(Vi)f_{i,{\text{trop}}}(V_{i}), d′​d′′⁡ui\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u_{i} est une (1,1)(1,1)-forme fortement positive sur chacune de ces faces, et d′​d′′⁡ui∧θi​αi\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u_{i}\wedge\theta_{i}\alpha_{i} est une (n,n)(n,n)-forme positive. Ainsi, ⟨d′​d′′⁡[f∗​v],ω⟩\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[f^{*}v],\omega\rangle est une somme d’intégrales de formes positives, donc est positive.

Démontrons maintenant la réciproque en supposant que d′​d′′⁡[f∗​v]\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[f^{*}v] est un courant positif. Soit FF une face maximale de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) ; prouvons que la restriction de vv à F̊\mathring{F} est convexe. Soit θ\theta une fonction positive ou nulle sur FF, nulle sur ∂F\partial F. Pour toute forme positive α\alpha de type (n−1,n−1)(n-1,n-1) sur ⟨F⟩\langle F\rangle, θ​α\theta\alpha s’étend en une forme positive β\beta sur ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) et la condition ⟨d′​d′′⁡[f∗​v],β⟩≥0\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[f^{*}v],\beta\rangle\geq 0 entraîne que ∫⟨F⟩⟨d′​d′′⁡v∧θ​α,μF⟩≥0\int_{\langle F\rangle}\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}v\wedge\theta\alpha,\mu_{F}\rangle\geq 0. D’après la proposition 2.5 de [43], il en résulte que vv est convexe sur F̊\mathring{F}, d’où la proposition. ∎

[01U1]
\remaname 5.5.4.

Le maximum de deux fonctions tropicalement continues et psh est tropicalement continue et psh. En effet, le maximum de deux fonctions convexes continues l’est encore.

[01U2]

5.6 Produits de courants positifs

[01U3]
\lemmname 5.6.1.

Soit u1,…,upu^{1},\dots,u^{p} des fonctions psh lisses sur XX, soit α∈𝒜cn−p,n−p​(X)\alpha\in\mathscr{A}^{n-p,n-p}_{\text{c}}(X). Alors, pour tout j∈{1,…,p}j\in\{1,\dots,p\},

∫Xd′​d′′⁡u1∧⋯∧d′​d′′⁡up∧α=∫Xuj​d′​d′′⁡u1∧⋯∧d′​d′′⁡uj^∧⋯∧d′​d′′⁡up∧d′​d′′⁡α.\int_{X}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\alpha=\int_{X}u^{j}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\dots\wedge\widehat{\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{j}}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha.
[01U4]
Démonstration.

Comme les formes de bidegré (k,k)(k,k) commutent, il suffit de traiter le cas où j=1j=1. Alors

d′′⁡(u1​d′​d′′⁡u2∧⋯∧d′​d′′⁡up∧α)OPEN=d′′⁡u1∧d′​d′′⁡u2∧⋯∧d′​d′′⁡up∧α)+u1​d′​d′′⁡u2∧⋯∧d′​d′′⁡up∧d′′⁡α,\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}(u^{1}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{2}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\alpha)\\ =\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{2}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\alpha)+u^{1}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{2}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha,

puis

d′​d′′⁡(u1​d′​d′′⁡u2∧⋯∧d′​d′′⁡up∧α)\displaystyle\hskip-28.45274pt\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}(u^{1}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{2}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\alpha)\hskip-170.71652pt
OPEN=d′​d′′⁡u1∧d′​d′′⁡u2∧⋯∧d′​d′′⁡up∧α)−d′′⁡u1∧d′​d′′⁡u2∧⋯∧d′​d′′⁡up∧d′′⁡α\displaystyle=\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{2}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\alpha)-\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{2}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha
+d′u1d′​d′′u2∧⋯∧d′​d′′up∧d′′α−u1d′​d′′u2∧⋯∧d′​d′′up∧d′​d′′α\displaystyle\quad+\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}u^{1}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{2}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha-u^{1}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{2}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha
OPEN=d′​d′′⁡u1∧d′​d′′⁡u2∧⋯∧d′​d′′⁡up∧α)−u1​d′​d′′⁡u2∧⋯∧d′​d′′⁡up∧d′​d′′⁡α.\displaystyle=\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{2}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\alpha)-u^{1}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{2}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha.

L’assertion résulte alors de la formule de Green. ∎

[01U5]
\propname 5.6.2.

Soit α∈𝒜cn−p,n−p​(X)\alpha\in\mathscr{A}^{n-p,n-p}_{\text{c}}(X) une forme lisse, soit VV un voisinage compact de son support. Il existe un nombre réel CC tel que pour toutes fonctions psh lisses u1,…,upu^{1},\dots,u^{p} sur XX et toute fonction lisse u0u^{0} sur XX, on ait

|∫Xu0​d′​d′′⁡u1∧⋯∧d′​d′′⁡up∧α|≤C​∥u0∥V​…​∥up∥V.\left|{\int_{X}u^{0}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\alpha}\right|\leq C\mathopen{\|}{u^{0}}\mathclose{\|}_{V}\dots\mathopen{\|}{u^{p}}\mathclose{\|}_{V}.
[01U6]
Démonstration.

La preuve est par récurrence sur pp. Soit UU un voisinage du support de α\alpha qui est contenu dans Int⁡(X)∩V̊\operatorname{Int}(X)\cap\mathring{V}.

Définissons une suite (α0,…,αp)(\alpha_{0},\dots,\alpha_{p}) de formes fortement positives à support contenu dans UU de la façon suivante. Considérons des formes β0\beta_{0} et β0′\beta^{\prime}_{0}, fortement positives et à support contenu dans UU telles que α=β0−β0′\alpha=\beta_{0}-\beta^{\prime}_{0} ; posons α0=β0+β0′\alpha_{0}=\beta_{0}+\beta^{\prime}_{0}. Soit j∈{1,…,p}j\in\{1,\dots,p\} tel que αj−1\alpha_{j-1} est construite. Considérons des formes βj\beta_{j} et βj′\beta^{\prime}_{j}, fortement positives, à support compact contenu dans UU, telles que d′​d′′⁡αj−1=βj−βj′\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha_{j-1}=\beta_{j}-\beta^{\prime}_{j} et posons αj=βj+βj′\alpha_{j}=\beta_{j}+\beta^{\prime}_{j}.

On commence par écrire

∫Xu0​d′​d′′⁡u1∧⋯∧d′​d′′⁡up∧α=∫Xu0​d′​d′′⁡u1∧⋯∧d′​d′′⁡up∧β0−∫Xu0​d′​d′′⁡u1∧⋯∧d′​d′′⁡up∧β0′.\int_{X}u^{0}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\alpha\\ =\int_{X}u^{0}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\beta_{0}-\int_{X}u^{0}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\beta^{\prime}_{0}.

Le produit des formes fortement positives d′​d′′⁡u1,…,d′​d′′⁡up,β0\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1},\dots,\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p},\beta_{0} est une forme positive et son support est contenu dans UU. Par suite, le premier terme est majoré par

supU(u0)​∫Xd′​d′′⁡u1∧⋯∧d′​d′′⁡up∧β0.\sup_{U}(u^{0})\int_{X}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\beta_{0}.

Un raisonnement analogue avec l’autre terme, ainsi qu’avec −u0-u^{0}, fournit la majoration

|∫Xu0​d′​d′′⁡u1∧⋯∧d′​d′′⁡up∧α|≤∥u0∥U​∫Xd′​d′′⁡u1∧⋯∧d′​d′′⁡up∧β0.\left|{\int_{X}u^{0}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\alpha}\right|\leq\mathopen{\|}{u^{0}}\mathclose{\|}_{U}\int_{X}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\beta_{0}.

Appliquons alors le lemme précédent ; on obtient

|∫Xu0​d′​d′′⁡u1∧⋯∧d′​d′′⁡up∧α|≤∥u0∥U​∫Xu1∧d′​d′′⁡u2∧⋯∧d′​d′′⁡α.\left|{\int_{X}u^{0}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\alpha}\right|\leq\mathopen{\|}{u^{0}}\mathclose{\|}_{U}\int_{X}u^{1}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{2}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha.

Par récurrence, il vient

|∫Xu0​d′​d′′⁡u1∧⋯∧d′​d′′⁡up∧α|≤∥u0∥U​∥u1∥V​…​∥up∥V​∫Xαp,\left|{\int_{X}u^{0}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}\wedge\alpha}\right|\leq\mathopen{\|}{u^{0}}\mathclose{\|}_{U}\mathopen{\|}{u^{1}}\mathclose{\|}_{V}\dots\mathopen{\|}{u^{p}}\mathclose{\|}_{V}\int_{X}\alpha_{p},

d’où la proposition puisque U⊂VU\subset V. ∎

[01U7]
\definame 5.6.3.

On dit qu’une fonction uu sur un espace analytique XX est localement psh-approchable si tout point de XX possède un voisinage UU sur lequel uu est limite uniforme de fonctions psh lisses.

On dit qu’une fonction uu est localement approchable si elle est localement la différence de deux fonctions localement psh-approchables.

Les fonctions localement approchables forment un sous-faisceau en 𝐑\mathbf{R}-espaces vectoriels du faisceau des fonctions continues. Il est engendré par le faisceau des fonctions localement psh-approchables qui en forme un sous-faisceau en cônes réels.

[01U8]
\remaname 5.6.4.

Je ne sais pas si toute fonction continue psh est localement psh-approchable, ni même localement approchable. Je ne suis même pas sûr que ce soit vrai : les techniques de régularisation standard (du côté réel) laissent penser que c’est le cas si uu est tropicale et psh (mais encore, passer d’un espace vectoriel à un espace PL ne semble trivial), elle est localement approchable, mais le cas général résiste.

Dans le cas des courbes, je crois avoir prouvé que si uu est psh, et si KK est un compact formé de points de type II ou III, alors uu est limite uniforme sur KK de fonctions psh lisses avec pôles.

[01U9]
\coroname 5.6.5.

Soit u1,…,upu^{1},\dots,u^{p} des fonctions localement psh-approchables sur XX.

Alors, il existe un unique courant positif

d′​d′′⁡u1∧⋯∧d′​d′′⁡up\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}

sur XX tel que pour tout ouvert UU, toute forme lisse α∈𝒜cn−p,n−p​(U)\alpha\in\mathscr{A}^{n-p,n-p}_{\text{c}}(U), et toute famille (unj)(u^{j}_{n}) de suites de fonctions lisses psh sur UU telle que unju^{j}_{n} converge uniformément vers uj|Uu^{j}|_{U},

⟨d′​d′′⁡u1∧⋯∧d′​d′′⁡up,α⟩=limn∫Xd′​d′′⁡un1∧⋯∧d′​d′′⁡unp∧α.\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p},\alpha\rangle=\lim_{n}\int_{X}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}_{n}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}_{n}\wedge\alpha.
[01UA]
Démonstration.

Soit UU un ouvert de XX, soit α∈𝒜cn−p,n−p​(U)\alpha\in\mathscr{A}^{n-p,n-p}_{\text{c}}(U) et soit (unj)(u^{j}_{n}) une famille de suites de fonctions lisses psh sur UU telle que unju^{j}_{n} converge uniformément vers uj|Uu^{j}|_{U}. Il découle de la proposition précédente que la suite (∫Xd′​d′′⁡un1∧⋯∧d′​d′′⁡unp∧α)n(\int_{X}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}_{n}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}_{n}\wedge\alpha)_{n} est de Cauchy, donc converge. Sa limite ne dépend pas des suites (unj)(u^{j}_{n}) choisies : considérons une autre famille (vnj)(v^{j}_{n}) de suites approximantes et construisons la suite dont les termes pairs sont fournis par les suites (unj)(u^{j}_{n}) et les termes impairs par les suites (vnj)(v^{j}_{n}) ; cette suite est encore de Cauchy, donc converge. Il en résulte que (∫Xd′​d′′⁡un1∧⋯∧d′​d′′⁡unp∧α)n(\int_{X}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}_{n}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}_{n}\wedge\alpha)_{n} et (∫Xd′​d′′⁡vn1∧⋯∧d′​d′′⁡vnp∧α)n(\int_{X}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}v^{1}_{n}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}v^{p}_{n}\wedge\alpha)_{n} ont même limite. Notons TU​(α)T_{U}(\alpha) cette limite.

L’application α↦TU​(α)\alpha\mapsto T_{U}(\alpha) est linéaire. Supposons que α\alpha soit faiblement positive. Pour tout nn, les formes d′​d′′⁡un1,…,d′​d′′⁡unp\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}_{n},\dots,\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}_{n} sont fortement positives (elles sont de type (1,1)(1,1)), donc d′​d′′⁡un1∧⋯∧d′​d′′⁡unp∧α\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}_{n}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}_{n}\wedge\alpha est faiblement positive. En particulier, ∫Xd′​d′′⁡un1∧⋯∧d′​d′′⁡unp∧α≥0\int_{X}\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}_{n}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}_{n}\wedge\alpha\geq 0 pour tout nn, donc TU​(α)≥0T_{U}(\alpha)\geq 0. Il résulte alors du lemme 5.4.4 que l’application α↦TU​(α)\alpha\mapsto T_{U}(\alpha) est un courant positif.

Soit VV un ouvert de XX sur lequel les fonctions uju^{j} sont localement psh-approchables. Par construction, les restrictions à U∩VU\cap V des courants TUT_{U} et TVT_{V} coïncident avec le courant TU∩VT_{U\cap V}.

Puisque XX est recouvert par des ouverts sur lesquels les fonctions uju^{j} sont localement psh-approchables, il existe un unique courant TT sur XX dont la restriction à UU est égale à TUT_{U}, pour tout ouvert UU sur lequel les fonctions uju^{j} sont localement psh-approchables. ∎

[01UB]
\coroname 5.6.6.

Soit XX un espace analytique. Il existe un unique morphisme pp-linéaire symétrique

(u1,…,up)↦d′​d′′⁡u1∧⋯∧d′​d′′⁡up(u^{1},\dots,u^{p})\mapsto\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{1}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u^{p}

défini sur le faisceau des fonctions continues localement approchables à valeurs dans le faisceau des mesures sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X), et qui prolonge l’application précédemment définie lorsque u1,…,upu^{1},\dots,u^{p} sont localement psh-approchables.

[01UC]
\definame 5.6.7.

Si uu est une fonction localement approchable sur XX, la mesure (d′​d′′⁡u)n(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u)^{n} est appelée mesure de Monge-Ampère de uu, et notée MA⁡(u)\operatorname{MA}(u).

Si uu est localement psh-approchable, cette mesure est positive (corollaire 5.6.5).

[01UD]

5.6.8

Dans [5], Bedford et Taylor définissent ∏(d′​d′′⁡(uj))\prod(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}(u^{j})) par récurrence, si uju^{j} est psh localement bornée. Plus généralement, si TT est un courant positif fermé (symétrique, éventuellement), on pose d′​d′′⁡u∧T=d′​d′′⁡(u​T)\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u\wedge T=\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}(uT). Autrement dit, on pose ⟨d′​d′′⁡(u​T),α⟩=⟨u​T,d′​d′′⁡α⟩\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}(uT),\alpha\rangle=\langle uT,\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\rangle. Comme TT est un courant positif, l’application f↦⟨f​T,α⟩f\mapsto\langle fT,\alpha\rangle est une mesure (signée) à support compact sur XX, donc s’étend aux fonctions mesurables bornées. L’application α↦⟨u​T,α⟩\alpha\mapsto\langle uT,\alpha\rangle est alors un courant sur XX, positif si uu est positive. On définit d′​d′′⁡(u​T)\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}(uT) comme le courant α↦⟨u​T,d′​d′′⁡α⟩\alpha\mapsto\langle uT,\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\rangle. Pour prouver qu’il est positif, il faudrait démontrer que uu est limite décroissante de fonctions psh lisses. Il est aussi fermé (c’est évident).

[01UE]

5.7 Un calcul d’opérateur de Monge-Ampère (cas réel)

[01UF]
\lemmname 5.7.1.

Soit UU un ouvert de 𝐑n\mathbf{R}^{n} et soit h:U→𝐑h\colon U\rightarrow\mathbf{R} une fonction de classe 𝒞2\mathscr{C}^{2}. Alors,

(d′​d′′⁡h)n=n!​det(∂2∂xi​∂xj)​d′⁡x1∧d′′⁡x1​…​d′⁡xn∧d′′⁡xn.(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}h)^{n}=n!\det\big(\frac{\partial^{2}}{\partial x_{i}\partial x_{j}}\big)\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{1}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{1}\dots\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{n}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{n}.
[01UG]
Démonstration.

Partons de la formule

d′​d′′⁡h=∑i,j=1n∂2∂xi​∂xj​d′⁡xi​d′′⁡xj.\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}h=\sum_{i,j=1}^{n}\frac{\partial^{2}}{\partial x_{i}\partial x_{j}}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{j}.

Alors, dans l’expression

(d′​d′′⁡h)n=∑i1,…,inj1,…,jn∏k=1n∂2∂xik​∂xjk​d′⁡xik​d′′⁡xjk,(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}h)^{n}=\sum_{\begin{subarray}{c}i_{1},\dots,i_{n}\\ j_{1},\dots,j_{n}\end{subarray}}\prod_{k=1}^{n}\frac{\partial^{2}}{\partial x_{i_{k}}\partial x_{j_{k}}}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i_{k}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{j_{k}},

tous les termes pour lesquels {i1,…,in}≠{1,…,n}\{i_{1},\dots,i_{n}\}\neq\{1,\dots,n\} ou {j1,…,jn}≠{1,…,n}\{j_{1},\dots,j_{n}\}\neq\{1,\dots,n\} sont nuls. Ainsi,

(d′​d′′⁡h)n=∑σ,τ∈𝔖n∏k=1n∂2∂xσ⁡(k)​∂xτ⁡(k)​d′⁡xσ⁡(1)​d′′⁡xτ⁡(1)​…​d′⁡xσ⁡(n)​d′′⁡xτ⁡(n).(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}h)^{n}=\sum_{\sigma,\tau\in\mathfrak{S}_{n}}\prod_{k=1}^{n}\frac{\partial^{2}}{\partial x_{\sigma(k)}\partial x_{\tau(k)}}\,\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{\sigma(1)}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{\tau(1)}\dots\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{\sigma(n)}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{\tau(n)}.

Remarquons aussi que

d′⁡xσ⁡(1)​d′′⁡xτ⁡(1)​…​d′⁡xσ⁡(n)​d′′⁡xτ⁡(n)=ε⁡(σ)​ε​(τ)​d′⁡x1​d′′⁡x1​…​d′⁡xn​d′′⁡xn,\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{\sigma(1)}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{\tau(1)}\dots\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{\sigma(n)}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{\tau(n)}=\varepsilon(\sigma)\varepsilon(\tau)\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{1}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{1}\dots\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{n}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{n},

où ε⁡(⋅)\varepsilon(\cdot) désigne la signature d’une permutation. En outre, si ψ=τ∘σ−1\psi=\tau\circ\sigma^{-1}, on a

∏k=1n∂2∂xσ⁡(k)​∂xτ⁡(k)=∏k=1n∂2∂xk​∂xψ⁡(k)\prod_{k=1}^{n}\frac{\partial^{2}}{\partial x_{\sigma(k)}\partial x_{\tau(k)}}=\prod_{k=1}^{n}\frac{\partial^{2}}{\partial x_{k}\partial x_{\psi(k)}}

et

ε⁡(σ)​ε​(τ)=ε⁡(ψ).\varepsilon(\sigma)\varepsilon(\tau)=\varepsilon(\psi).

Par suite,

(d′​d′′⁡h)n=n!​∑ψ∈𝔖n∏k=1n∂2∂xk​∂xψ⁡(k)​ε​(ψ)​d′⁡x1​d′′⁡x1​…​d′⁡xn​d′′⁡xn,(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}h)^{n}=n!\sum_{\psi\in\mathfrak{S}_{n}}\prod_{k=1}^{n}\frac{\partial^{2}}{\partial x_{k}\partial x_{\psi(k)}}\varepsilon(\psi)\,\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{1}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{1}\dots\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{n}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{n},

ainsi qu’il fallait démontrer. ∎

[01UH]
\lemmname 5.7.2.

La fonction x↦max⁡(x1,…,xn)x\mapsto\max(x_{1},\dots,x_{n}) de 𝐑n\mathbf{R}^{n} dans 𝐑\mathbf{R} est convexe.

Soit a=(a1,…,an)a=(a_{1},\dots,a_{n}) une famille de nombres réels strictement positifs. La fonction faf_{a} de 𝐑n\mathbf{R}^{n} dans 𝐑\mathbf{R} donnée par

fa​(x)=log⁡(∑i=1nai​exp⁡(xi))f_{a}(x)=\log\big(\sum_{i=1}^{n}a_{i}\exp(x_{i})\big)

est convexe. Lorsque ε→0+\varepsilon\rightarrow 0^{+}, on a

limε→0+ε​fa​(x/ε)=max⁡(x1,…,xn),\lim_{\varepsilon\rightarrow 0^{+}}\varepsilon f_{a}(x/\varepsilon)=\max(x_{1},\dots,x_{n}),

la limite étant uniforme sur 𝐑n\mathbf{R}^{n}.

[01UI]
Démonstration.

La première propriété résulte de ce qu’un maximum de fonctions convexes est convexe. La fonction faf_{a} est lisse sur 𝐑n\mathbf{R}^{n} ; pour démontrer qu’elle est convexe, il suffit de démontrer que sa hessienne est positive. On a en effet

∂2∂xi​∂xj​fa=∂∂xi​aj​exp⁡(xj)∑ak​exp⁡(xk)=ai​exp⁡(xi)∑ak​exp⁡(xk)​δi​j−ai​aj​exp⁡(xi)​exp⁡(xj)(∑ak​exp⁡(xk))2.\frac{\partial^{2}}{\partial x_{i}\partial x_{j}}f_{a}=\frac{\partial}{\partial x_{i}}\frac{a_{j}\exp(x_{j})}{\sum a_{k}\exp(x_{k})}=\frac{a_{i}\exp(x_{i})}{\sum a_{k}\exp(x_{k})}\delta_{ij}-\frac{a_{i}a_{j}\exp(x_{i})\exp(x_{j})}{(\sum a_{k}\exp(x_{k}))^{2}}.

Par suite, pour tout y∈𝐑ny\in\mathbf{R}^{n}, on a

D2​fa​(y,y)=∑i=1nai​yi2​exp⁡(xi)∑ak​exp⁡(xk)−ai​yi​aj​yj​exp⁡(xi)​exp⁡(xj)(∑ak​exp⁡(xk))2.D^{2}f_{a}(y,y)=\sum_{i=1}^{n}\frac{a_{i}y_{i}^{2}\exp(x_{i})}{\sum a_{k}\exp(x_{k})}-\frac{a_{i}y_{i}a_{j}y_{j}\exp(x_{i})\exp(x_{j})}{(\sum a_{k}\exp(x_{k}))^{2}}.

Posons ui=ai​exp⁡(xi)u_{i}=a_{i}\exp(x_{i}). Comme la fonction y↦y2y\mapsto y^{2} est convexe, on a

(∑ui​yi2)​(∑ui)≥(∑ui​yi)2,(\sum u_{i}y_{i}^{2})(\sum u_{i})\geq(\sum u_{i}y_{i})^{2},

si bien que D2​fa​(y,y)≥0D^{2}f_{a}(y,y)\geq 0.

Soit x∈𝐑nx\in\mathbf{R}^{n}. Pour tout i∈{1,…,n}i\in\{1,\dots,n\}, on a

fa​(x)≥log⁡(ai​exp⁡(xi))=log⁡(ai)+xi,f_{a}(x)\geq\log(a_{i}\exp(x_{i}))=\log(a_{i})+x_{i},

si bien que

fa​(x)\displaystyle f_{a}(x) ≥min⁡(log⁡(a1),…,log⁡(an))+max⁡(x1,…,xn)\displaystyle\geq\min(\log(a_{1}),\dots,\log(a_{n}))+\max(x_{1},\dots,x_{n})
=min⁡(log⁡(a1),…,log⁡(an))+f⁡(x),\displaystyle=\min(\log(a_{1}),\dots,\log(a_{n}))+f(x),

tandis que

fa​(x)≤log⁡(∑i=1nai​exp⁡(max⁡(x1,…,xn)))≤log⁡(∑i=1nai)+f⁡(x).f_{a}(x)\leq\log\big(\sum_{i=1}^{n}a_{i}\exp(\max(x_{1},\dots,x_{n}))\big)\leq\log\big(\sum_{i=1}^{n}a_{i}\big)+f(x).

Par conséquent, si ε>0\varepsilon>0, on a

ε​min⁡(log⁡(a1),…,log⁡(an))+f⁡(x)≤ε​fa​(x/ε)≤ε​log⁡(∑i=1nai)+f⁡(x),\varepsilon\min(\log(a_{1}),\dots,\log(a_{n}))+f(x)\leq\varepsilon f_{a}(x/\varepsilon)\leq\varepsilon\log\big(\sum_{i=1}^{n}a_{i}\big)+f(x),

ce qui entraîne que ε​fa​(x/ε)\varepsilon f_{a}(x/\varepsilon) converge uniformément vers f⁡(x)f(x) lorsque ε\varepsilon tend vers 00 par valeurs supérieures. ∎

[01UJ]

5.7.3

Soit VV un espace affine réel de dimension finie et soit (fi)i∈I(f_{i})_{i\in I} une famille non vide de formes affines sur VV. Les conditions suivantes sont équivalentes :22 2 conditions vraisemblablement équivalentes dont je ne sais laquelle doit être mise en évidence. Le seul but est d’introduire une terminologie qui permet la non-nullité du coefficient devant une masse de Dirac.

(i) Soit j∈Ij\in I. La famille (fi→−fj→)(\overrightarrow{f_{i}}-\overrightarrow{f_{j}}) de formes linéaires sur V→\overrightarrow{V} contient une base de l’espace dual V→∗\overrightarrow{V}^{*}.

(ii) La famille (fi→)(\overrightarrow{f_{i}}) contient un repère affine de l’espace des formes linéaires sur V→\overrightarrow{V}.

(iii) La famille (fi(mod𝐑))(f_{i}\pmod{\mathbf{R}}) contient un repère affine de l’espace des formes affines sur VV modulo le sous-espace des formes constantes.

Nous dirons alors que la famille (fi)(f_{i}) est très séparante. Si c’est le cas, l’ensemble des points xx de VV tels que fi​(x)=fj​(x)f_{i}(x)=f_{j}(x) pour tous i,ji,j est de cardinal au plus 11.

(Preuves : (v)⇔\Leftrightarrow(ii). Si ∑λi​fi≡c\sum\lambda_{i}f_{i}\equiv c, avec ∑λi=1\sum\lambda_{i}=1 et c∈𝐑c\in\mathbf{R}, on a ∑i≠jλi​(fi−fj)=c\sum_{i\neq j}\lambda_{i}(f_{i}-f_{j})=c, puis ∑i≠jλi​fi→−fj→=0\sum_{i\neq j}\lambda_{i}\overrightarrow{f_{i}}-\overrightarrow{f_{j}}=0. Et inversement. Donc les fif_{i} sont affinement liés modulo constantes ssi les fi→−fj→\overrightarrow{f_{i}}-\overrightarrow{f_{j}} sont linéairement dépendants.

(iv)⇔\Leftrightarrow(v). Car ∑λi​fi→=0\sum\lambda_{i}\overrightarrow{f_{i}}=0 ssi ∑λi​fi\sum\lambda_{i}f_{i} est constante.

(v)⇒\Rightarrow rabiot. Soit x,yx,y tel que fi​(x)=fj​(x)f_{i}(x)=f_{j}(x) pour tous i,ji,j, et fi​(y)=fj​(y)f_{i}(y)=f_{j}(y). Alors, fi→−fj→\overrightarrow{f_{i}}-\overrightarrow{f_{j}} s’annule en x−yx-y. Si ces formes linéaires contiennent une base du dual de V→\overrightarrow{V}, il en résulte x=yx=y.)

[01UK]
\propname 5.7.4.

Soit VV un espace affine réel de dimension nn, soit μ\mu un vecteur-volume sur VV. Soit (f1,…,fm)(f_{1},\dots,f_{m}) une famille de formes affines sur VV et soit g=max⁡(f1,…,fm)g=\max(f_{1},\dots,f_{m}).

Pour x∈Vx\in V, soit IxI_{x} l’ensemble des i∈{1,…,m}i\in\{1,\dots,m\} tels que g​(x)=fi​(x)g(x)=f_{i}(x). Soit SS l’ensemble des points xx de VV tels que la famille (fi)i∈Ix(f_{i})_{i\in I_{x}} soit très séparante. L’ensemble SS est fini et il existe une famille (λx)x∈S(\lambda_{x})_{x\in S} de nombres réels positifs ou nuls, à support fini, telle que

⟨(d′​d′′⁡g)n,μ⟩=∑x∈Sλx​δx.\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g)^{n},\mu\rangle=\sum_{x\in S}\lambda_{x}\delta_{x}.

En outre, λx\lambda_{x} ne dépend que de la famille (fi)i∈Ix(f_{i})_{i\in I_{x}} et du vecteur-volume μ\mu.

[01UL]
Démonstration.

Soit II une partie non vide de {1,…,m}\{1,\dots,m\} telle que la famille (fi)i∈I(f_{i})_{i\in I} sépare VV. Fixons i∈Ii\in I. Chaque équation fj​(x)=fi​(x)f_{j}(x)=f_{i}(x), pour j∈Ij\in I (j≠ij\neq i), définit une hyperplan affine de VV ; par hypothèse, l’intersection de ces hyperplans est de cardinal au plus 11. Par suite, l’ensemble SS est fini.

Soit xx un point de VV. Au voisinage de xx, on a donc g=maxi∈Ix⁡fig=\max_{i\in I_{x}}f_{i}. Autrement dit, si yy est assez petit, on a

g⁡(x+y)=maxi∈Ix⁡fi​(x+y)=g⁡(x)+maxi∈Ix⁡fi→​(y),g(x+y)=\max_{i\in I_{x}}f_{i}(x+y)=g(x)+\max_{i\in I_{x}}\overrightarrow{f_{i}}(y),

où fi→\overrightarrow{f_{i}} est la forme linéaire associée à fif_{i}. D’après le lemme 5.7.2 qu’au voisinage de xx, gg est limite uniforme d’une famille (gε)(g_{\varepsilon}) de fonctions convexes lisses provenant de l’espace affine VxV_{x} image de VV par les formes fif_{i}, pour i∈Ixi\in I_{x}. Si cet espace est de dimension <n<n, on a donc (d′​d′′⁡gε)n=0(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{\varepsilon})^{n}=0, d’où (d′​d′′⁡g)n=0(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g)^{n}=0 au voisinage de xx.

Cela démontre que le support de la mesure (d′​d′′⁡g)n(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g)^{n} est contenu dans SS, d’où la proposition. La dernière assertion est évidente. ∎

La preuve du lemme suivant contient une formule explicite pour ces coefficients λx\lambda_{x}.

[01UM]
\lemmname 5.7.5.

Soit VV un espace vectoriel réel de dimension nn, soit μ∈|Λn​V|\mu\in\mathopen{|}{\Lambda^{n}V}\mathclose{|} un vecteur-volume sur VV. Soit (f1,…,fm)(f_{1},\dots,f_{m}) une famille de formes linéaires sur VV et soit g=max⁡(f1,…,fm)g=\max(f_{1},\dots,f_{m}). Il existe un nombre réel c≥0c\geq 0 tel que

⟨(d′​d′′⁡g)n,μ⟩=c​δ0;\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g)^{n},\mu\rangle=c\delta_{0};

de plus, c=0c=0 si (f1,…,fm)(f_{1},\dots,f_{m}) ne contient pas de base de V∗V^{*}.

[01UN]
Démonstration.

Soit a=(a1,…,am)a=(a_{1},\dots,a_{m}) une famille de nombres réels strictement positifs. Rappelons que gε​(x)=ε​fa​(x/ε)g_{\varepsilon}(x)=\varepsilon f_{a}(x/\varepsilon) est une fonction convexe, lisse, qui converge uniformément vers g⁡(x)g(x) quand ε→0+\varepsilon\rightarrow 0^{+}. On a donc ⟩(d′​d′′g)n,μ⟩=limε→0+⟨(d′​d′′gε)n,⟩\rangle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g)^{n},\mu\rangle=\lim_{\varepsilon\rightarrow 0^{+}}\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{\varepsilon})^{n},\rangle. Remarquons que

d′​d′′⁡gε\displaystyle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{\varepsilon} =ε−1​∑i=1nai​exp⁡(fi​(x/ε)CLOSE∑ai​exp⁡(fi​(x/ε))​d′⁡fi​d′′⁡fi\displaystyle=\varepsilon^{-1}\sum_{i=1}^{n}\frac{a_{i}\exp(f_{i}(x/\varepsilon)}{\sum a_{i}\exp(f_{i}(x/\varepsilon))}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}f_{i}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}f_{i}
−ε−1∑i,j=1nai​exp⁡(fi​(x/ε)CLOSE∑ai​exp⁡(fi​(x/ε))aj​exp⁡(fj​(x/ε)CLOSE∑aj​exp⁡(fj​(x/ε))d′fid′′fj\displaystyle\qquad-\varepsilon^{-1}\sum_{i,j=1}^{n}\frac{a_{i}\exp(f_{i}(x/\varepsilon)}{\sum a_{i}\exp(f_{i}(x/\varepsilon))}\frac{a_{j}\exp(f_{j}(x/\varepsilon)}{\sum a_{j}\exp(f_{j}(x/\varepsilon))}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}f_{i}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}f_{j}

Par suite, pour toute fonction φ\varphi sur VV qui est lisse à support compact, on a

∫Vφ⁡⟨(d′​d′′⁡g)n,μ⟩\displaystyle\int_{V}\varphi\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g)^{n},\mu\rangle =limε→0+∫Vφ⁡(x)​⟨d′​d′′⁡gε​(x)n,μ⟩=limε→0+∫Vφ⁡(ε​x)​⟨(d′​d′′⁡g1)n,μ⟩\displaystyle=\lim_{\varepsilon\rightarrow 0^{+}}\int_{V}\varphi(x)\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{\varepsilon}(x)^{n},\mu\rangle=\lim_{\varepsilon\rightarrow 0^{+}}\int_{V}\varphi(\varepsilon x)\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{1})^{n},\mu\rangle
=φ⁡(0)​∫V⟨(d′​d′′⁡g1)n,μ⟩.\displaystyle=\varphi(0)\int_{V}\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{1})^{n},\mu\rangle.

Cela démontre l’égalité annoncée, avec c=∫V⟨(d′​d′′⁡g1)n,μ⟩c=\int_{V}\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{1})^{n},\mu\rangle. Si elle pourrait être établie directement (soit par un calcul, soit par des propriétés générales, cf. [43], Proposition 3.9), la convergence de cette dernière intégrale résulte aussi de ce calcul. En effet, prenons pour φ\varphi une fonction positive ou nulle, égale à 11 dans un voisinage BB de 00. Comme g1g_{1} est convexe, (d′​d′′⁡g1)n(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{1})^{n} est une mesure positive. Alors,

∫Vφ⁡⟨(d′​d′′⁡g)n,μ⟩\displaystyle\int_{V}\varphi\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g)^{n},\mu\rangle =limε→0+∫Vφ⁡(ε​x)​⟨(d′​d′′⁡g1)n,μ⟩\displaystyle=\lim_{\varepsilon\rightarrow 0^{+}}\int_{V}\varphi(\varepsilon x)\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{1})^{n},\mu\rangle
≥lim sup∫ε−1​B⟨(d′​d′′⁡g1)n,μ⟩\displaystyle\geq\limsup\int_{\varepsilon^{-1}B}\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{1})^{n},\mu\rangle
=∫V⟨(d′​d′′⁡g1)n,μ⟩.\displaystyle=\int_{V}\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{1})^{n},\mu\rangle.

La positivité du courant (d′​d′′⁡g)n(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g)^{n} entraîne que c≥0c\geq 0. Si l’on soustrait f1f_{1} de toutes les fif_{i}, cela remplace gg et gεg_{\varepsilon} par g−f1g-f_{1} et gε−f1g_{\varepsilon}-f_{1}, donc ne modifie pas d′​d′′⁡g\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g et d′​d′′⁡gε\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{\varepsilon}. Cela permet de supposer que f1=0f_{1}=0. Si (f2→−f1→,…,fm→−f1→)(\overrightarrow{f_{2}}-\overrightarrow{f_{1}},\dots,\overrightarrow{f_{m}}-\overrightarrow{f_{1}}) ne contient pas de base du dual de V→\overrightarrow{V}, g1g_{1} provient d’une fonction lisse sur un espace vectoriel de dimension <n<n. Par suite, (d′​d′′⁡g1)n=0(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{1})^{n}=0. ∎

[01UP]
\lemmname 5.7.6.

Soit UU un ouvert convexe de 𝐑n\mathbf{R}^{n} et soit h:U→𝐑h\colon U\rightarrow\mathbf{R} une fonction lisse, strictement convexe. L’application ∇h:U→𝐑n\nabla h\colon U\rightarrow\mathbf{R}^{n} est injective et ∫U(d′​d′′⁡h)n=n!​vol⁡∇h​(U)\int_{U}(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}h)^{n}=n!\operatorname{vol}\nabla h(U).33 3 Si hh est convexe, mais pas strictement convexe, ∇h\nabla h n’est plus forcément injective, mais la seconde formule semble toujours vraie. La raison est que pour ε>0\varepsilon>0, hε:x↦h⁡(x)+ε​∥x∥2h_{\varepsilon}\colon x\mapsto h(x)+\varepsilon\mathopen{\|}{x}\mathclose{\|}^{2} est strictement convexe et que vol⁡∇hε​(U)→vol⁡∇h​(U)\operatorname{vol}\nabla h_{\varepsilon}(U)\rightarrow\operatorname{vol}\nabla h(U) quand ε→0\varepsilon\rightarrow 0. Faut-il plutôt mettre cet énoncé?

[01UQ]
Démonstration.

Soit xx et yy des points distincts de UU. Comme la fonction f:y↦h⁡(x+t⁡(y−x))f\colon y\mapsto h(x+t(y-x)) est strictement convexe sur [0,1][0,1], on a f′​(1)>f′​(0)f^{\prime}(1)>f^{\prime}(0) puis d’où ⟨∇h​(y)−∇h​(x),y−x⟩>0\langle\nabla h(y)-\nabla h(x),y-x\rangle>0. En particulier, ∇h​(x)≠∇h​(y)\nabla h(x)\neq\nabla h(y).

La matrice jacobienne Jac⁡(∇h)\operatorname{Jac}(\nabla h) de l’application ∇h:U→𝐑n\nabla h\colon U\rightarrow\mathbf{R}^{n} n’est autre que la matrice hessienne ℋ⁡(h)\mathscr{H}(h) de l’application hh. D’après la formule de changement de variables dans les intégrales multiples, on a donc

∫U(d′​d′′⁡h)n=n!​∫Udetℋ⁡(h)=n!​∫UdetJac⁡(∇h)=n!​vol⁡(∇h​(U)),\int_{U}(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}h)^{n}=n!\int_{U}\det\mathscr{H}(h)=n!\int_{U}\det\operatorname{Jac}(\nabla h)=n!\operatorname{vol}(\nabla h(U)),

puisque, hh étant convexe, detℋ⁡(h)≥0\det\mathscr{H}(h)\geq 0. ∎

[01UR]
\remaname 5.7.7.

Soit (f1,…,fm)(f_{1},\dots,f_{m}) une famille de formes linéaires sur 𝐑n\mathbf{R}^{n} qui contient une repère affine de l’espace affine 𝐑n\mathbf{R}^{n}. Posons f=max⁡(f1,…,fm)f=\max(f_{1},\dots,f_{m}) ; c’est une fonction strictement convexe sur 𝐑n\mathbf{R}^{n}. Si les fjf_{j} sont définies sur 𝐐\mathbf{Q}, la fonction ff est donc la fonction d’appui d’un fibré en droites ample LL sur une variété torique XX de tore 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}. Dans ce cas, l’application ∇(h)\nabla(h) est appelée « application moment » et l’image de VV est un polytope convexe de 𝐑n\mathbf{R}^{n} correspondant à la variété torique polarisée (X,L)(X,L). On sait alors que vol⁡(∇(h)​(V))=degL⁡(X)/n!\operatorname{vol}(\nabla(h)(V))=\deg_{L}(X)/n!. Le courant (d′​d′′⁡f)n(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}f)^{n} est donc égal à degL⁡(X)​δ0\deg_{L}(X)\delta_{0}. Cela redonne une formule de Lagerberg ([43], Exemple 3.2 et Proposition 5.12). Le lien entre supercourants et théorie de l’intersection apparaîtra clairement dans la suite de ce texte.

[01US]

§ 6 Fibrés vectoriels métrisés

[01UT]

6.1 Compléments sur les espaces de Zariski-Riemann

[01UU]

6.1.1 Espaces de Zariski-Riemann

Soit KK un corps et soit FF une extension de type fini de KK.

On notera 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} l’ensemble des valuations de FF triviales sur KK (à équivalence près). Si f1,…,fnf_{1},\ldots,f_{n} sont des éléments de FF, le sous-ensemble de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} formé des valuations dont l’anneau contient les fif_{i} sera noté 𝐏F/K​{f1,…,fi}\mathbf{P}_{F/K}\{f_{1},\ldots,f_{i}\}. On munit 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} de la topologie engendrée par ses sous-ensembles de la forme 𝐏F/K​{f1,…,fi}\mathbf{P}_{F/K}\{f_{1},\ldots,f_{i}\}  ; les ouverts de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} qui sont précisément de cette forme seront qualifiés d’affines (remarquons que 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} lui-même est égal à 𝐏F/K​{∅}\mathbf{P}_{F/K}\{\emptyset\} et est donc affine)  ; tout ouvert affine de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} est quasi-compact. On dit que 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} est l’espace de Zariski-Riemann de l’extension F/KF/K.

Un prémodèle (resp. un modèle) de FF sur KK est une KK-variété irréductible VV munie d’un KK-plongement K⁡(V)↪FK(V)\hookrightarrow F (resp. d’un KK-isomorphisme K⁡(V)≃FK(V)\simeq F)  ; sauf mention expresse du contraire, un morphisme dominant entre prémodèles sera toujours supposé compatible avec les plongements de leurs corps des fonctions dans FF. Il y a modulo cette convention au plus un morphisme dominant entre deux prémodèles de F/KF/K. Si WW et VV sont deux prémodèles de FF sur KK, on dira que WW est propre sur VV pour signifier qu’il existe un morphisme dominant W→VW\to V et que celui-ci est propre.

Si VV est un prémodèle de FF sur KK, on note 𝐏F/K​{V}\mathbf{P}_{F/K}\{V\} le sous-ensemble de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} formé des valuations dont l’anneau domine un anneau local de VV. C’est un ouvert quasi-compact de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} : pour s’en assurer, on peut supposer que VV est affine, auquel cas 𝐏F/K​{V}=𝐏F/K​{f1,…,fr}\mathbf{P}_{F/K}\{V\}=\mathbf{P}_{F/K}\{f_{1},\ldots,f_{r}\} pour n’importe quelle famille génératrice (f1,…,fn)(f_{1},\ldots,f_{n}) de la KK-algèbre 𝒪V​(V)\mathscr{O}_{V}(V). L’application naturelle 𝐏F/K→V\mathbf{P}_{F/K}\to V est surjective (tout anneau local de corps des fractions contenu dans FF est dominé par un anneau de valuation de FF).

Si WW et VV sont deux prémodèles de FF sur KK et si W→VW\to V est un morphisme dominant, alors 𝐏F/K​{W}⊂𝐏F/K​{V}\mathbf{P}_{F/K}\{W\}\subset\mathbf{P}_{F/K}\{V\}  ; en vertu du critère valuatif de propreté, 𝐏F/K​{W}\mathbf{P}_{F/K}\{W\} est égal à 𝐏F/K​{V}\mathbf{P}_{F/K}\{V\} si et seulement si W→VW\to V est propre  ; en particulier (prendre V=Spec⁡KV=\operatorname{Spec}K) on a 𝐏F/K​{W}=𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K}\{W\}=\mathbf{P}_{F/K} si et seulement si WW est propre.

On fait de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} un espace annelé en le munissant du faisceau 𝒪𝐏F/K\mathscr{O}_{\mathbf{P}_{F/K}} qui envoie tout ouvert UU sur le sous-anneau de FF formé des fonctions ff telles que v⁡(f)≥0v(f)\geq 0 pour toute valuation v∈Uv\in U. Il résulte immédiatement des définitions que si v∈𝐏F/Kv\in\mathbf{P}_{F/K} alors 𝒪𝐏F/K,v\mathscr{O}_{\mathbf{P}_{F/K},v} coïncide avec l’anneau de vv  ; par conséquent, 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} est un espace localement annelé.

Si VV est un prémodèle de FF sur KK alors 𝐏F/K​{V}→V\mathbf{P}_{F/K}\{V\}\to V est un morphisme d’espaces annelés.

On définit un fibré vectoriel sur 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} (ou sur l’un de ses ouverts) comme un 𝒪𝐏F/K\mathscr{O}_{\mathbf{P}_{F/K}}-module localement libre de type fini ; son rang est une fonction constante, appelé le rang du fibré vectoriel. Un fibré en droites est un fibré vectoriel de rang 11.

Un fibré vectoriel de rang constant dd admet une description en termes de 11-cocycle à valeurs dans GLd⁡(𝒪𝐏F/K)\operatorname{GL}_{d}(\mathscr{O}_{\mathbf{P}_{F/K}})  ; un 11-cocycle sur 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} à valeurs dans GLd⁡(𝒪𝐏F/K)\operatorname{GL}_{d}(\mathscr{O}_{\mathbf{P}_{F/K}}) définit le fibré trivial si et seulement si c’est un cobord.

Si 𝖴\mathsf{U} est un ouvert de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K}, on note Fib⁡(𝖴)\operatorname{Fib}(\mathsf{U}) (resp. Fibd⁡(𝖴)\operatorname{Fib}_{d}(\mathsf{U}), Pic⁡(𝖴)\operatorname{Pic}(\mathsf{U})) l’ensemble des classes d’isomorphie de fibrés vectoriels sur 𝖴\mathsf{U} (resp. de fibrés vectoriels de rang dd, de fibrés en droites). Le produit tensoriel munit l’ensemble Pic⁡(𝖴)\operatorname{Pic}(\mathsf{U}) d’une structure de groupe abélien, décrite par le produit des cocycles.

[01UV]
\remaname 6.1.2.

Si VV est un prémodèle de FF sur KK on peut démontrer que 𝐏F/K​{V}\mathbf{P}_{F/K}\{V\} s’identifie, comme espace localement annelé, à la limite projective de « tous » les prémodèles de F/KF/K qui sont propres au-dessus de VV  ; on peut d’ailleurs se limiter aux modèles de F/KF/K propres sur VV, qui forment un système cofinal au sein du précédent.

[01UW]

6.1.3

Tout ouvert quasi-compact 𝖴\mathsf{U} de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} est de la forme 𝐏F/K​{V}\mathbf{P}_{F/K}\{V\} pour un VV convenable. En effet, écrivons 𝖴=⋃𝖴i\mathsf{U}=\bigcup\mathsf{U}_{i}, où chacun des 𝖴i\mathsf{U}_{i} est de la forme 𝐏F/K​{fi​,1,…,fi,ℓ⁡(i)}\mathbf{P}_{F/K}\{f_{i,1},\ldots,f_{i,\ell(i)}\}. Choisissons un modèle propre WW de F/KF/K tel que pour tout x∈Wx\in W et tout (i,ℓ)(i,\ell) ou bien la fonction fi,ℓf_{i,\ell} ou bien son inverse soit définie au voisinage de xx sur WW. Si l’on appelle ViV_{i}, pour ii fixé, l’ouvert de définition commun des fi,ℓf_{i,\ell} pour 1≤ℓ≤ℓ⁡(i)1\leq\ell\leq\ell(i) alors 𝖴i=𝐏F/K​{Vi}\mathsf{U}_{i}=\mathbf{P}_{F/K}\{V_{i}\} et l’on peut donc prendre V=⋃ViV=\bigcup V_{i}.

On imposer à VV des conditions supplémentaires : par exemple si l’on s’est donné sur chaque 𝖴i\mathsf{U}_{i} un élément gig_{i} de 𝒪𝐏F/K​(𝖴i)×\mathscr{O}_{\mathbf{P}_{F/K}}(\mathsf{U}_{i})^{\times} on peut faire en sorte que gi∈𝒪V​(Vi)×g_{i}\in\mathscr{O}_{V}(V_{i})^{\times} pour tout ii : il suffit d’imposer qu’en tout point xx de WW et pour tout ii, ou bien la fonction gig_{i} ou bien son inverse soit définie au voisinage de xx  ; et si l’on s’est donné pour tout (i,j)(i,j) un élément hi​jh_{ij} de 𝒪𝐏F/K​(𝖴i∩𝖴j)×\mathscr{O}_{\mathbf{P}_{F/K}}(\mathsf{U}_{i}\cap\mathsf{U}_{j})^{\times}, on peut de même faire en sorte que hi,j∈𝒪V​(Vi∩Vj)×h_{i,j}\in\mathscr{O}_{V}(V_{i}\cap V_{j})^{\times} pour tout (i,j)(i,j).

[01UX]
\definame 6.1.4.

Soit 𝖴\mathsf{U} un ouvert quasi-compact de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} et soit 𝖤\mathsf{E} un fibré vectoriel sur 𝖴\mathsf{U}. On appellera prémodèle (resp. modèle) de 𝖤\mathsf{E} tout couple (V,E)(V,E) où VV est un prémodèle (resp. un modèle) de F/KF/K tel que 𝖴=𝐏F/K​{V}\mathsf{U}=\mathbf{P}_{F/K}\{V\} et où EE un fibré vectoriel sur VV dont l’image inverse sur 𝖴=𝐏F/K​{V}\mathsf{U}=\mathbf{P}_{F/K}\{V\} est isomorphe à 𝖫\mathsf{L}.

Si (V,E)(V,E) est un prémodèle d’un fibré vectoriel 𝖤\mathsf{E} sur un ouvert quasi-compact 𝖴\mathsf{U} de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} alors pour tout prémodèle WW de F/KF/K qui est propre sur VV, le couple (W,E|V)(W,E|_{V}) est un prémodèle de 𝖤\mathsf{E}.

Si 𝖴\mathsf{U} est un ouvert quasi-compact de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K}, tout fibré vectoriel sur 𝖴\mathsf{U} admet un modèle. Plus précisément, l’ensemble Fibd⁡(𝖴)\operatorname{Fib}_{d}(\mathsf{U}) des classes d’isomorphie de fibrés vectoriels de rang dd sur 𝖴\mathsf{U} s’identifie à la limite inductive des ensembles Fibd⁡(V)\operatorname{Fib}_{d}(V), où VV parcourt l’ensemble des modèles de FF tels que 𝐏F/K​{V}=𝖴\mathbf{P}_{F/K}\{V\}=\mathsf{U} : en vertu de la description d’un fibré vectoriel au moyen de cocycles et cobords, c’est une conséquence des remarques précédant la définition ci-dessus.

[01UY]
\remaname 6.1.5.

Supposons que FF soit de degré de transcendance 1 sur KK. C’est alors le corps des fonctions d’une KK-courbe projective intègre et normale CC qui est bien déterminée et la flèche naturelle ρ:𝐏F/K→C\rho:\mathbf{P}_{F/K}\to C est un isomorphisme d’espaces annelés  ; toute fibré vectoriel 𝖤\mathsf{E} sur un ouvert quasi-compact 𝖴\mathsf{U} de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} admet dès lors un modèle canonique, à savoir le couple (ρ⁡(𝖴),ρ∗​𝖤)(\rho(\mathsf{U}),\rho_{*}{\mathsf{E}}).

[01UZ]

6.1.6

Soit 𝖫\mathsf{L} un faisceau localement libre de rang un sur un ouvert quasi-compact 𝖴\mathsf{U} de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K}. Comme dans tout espace annelé, on dit qu’il est engendré par ses sections globales s’il existe, pour tout point xx de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K}, une section de 𝖫\mathsf{L} sur 𝖴\mathsf{U} qui n’est pas nulle en xx. Comme 𝖴\mathsf{U} est quasi-compact, cela revient à demander l’existence d’un prémodèle (V,L)(V,L) de (𝖴,𝖫)(\mathsf{U},\mathsf{L}) tel que LL soit engendré par ses sections globales sur VV.

[01V0]

6.1.7

Soit (𝖫1,…,𝖫n)(\mathsf{L}_{1},\dots,\mathsf{L}_{n}) une famille de faisceaux localement libres de rang un sur l’espace 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K}. Supposons que FF soit de degré de transcendance nn sur KK. Soit VV un prémodèle de FF sur KK ; pour tout ii, soit MiM_{i} un fibré en droites sur VV tel que (V,Mi)(V,M_{i}) soit un prémodèle de 𝖫i\mathsf{L}_{i}. D’après la formule de projection, le nombre d’intersection

(c1​(M1)​…​c1​(Mn)∩[V])(c_{1}(M_{1})\dots c_{1}(M_{n})\cap[V])

multiplié par le degré [F:K(V)][F:K(V)] ne dépend pas du choix de VV et des MiM_{i}. On le notera

∫𝐏F/Kc1​(𝖫1)​…​c1​(𝖫n).\int_{\mathbf{P}_{F/K}}c_{1}(\mathsf{L}_{1})\dots c_{1}(\mathsf{L}_{n}).
[01V1]

6.1.8 Réduction à la Temkin

Soit XX un espace kk-analytique séparé et soit x∈Xx\in X. Lorsque (X,x)(X,x) est strict et lorsque |k×|≠{1}|k^{\times}|\neq\{1\}, Temkin a défini dans [52], la réduction (X,x)~\widetilde{(X,x)} de XX  ; c’est un ouvert quasi-compact et non vide de l’espace de Zariski-Riemann 𝐏ℋ⁡(x)~/k~\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}} de ℋ⁡(x)~\widetilde{{\mathscr{H}}(x)} sur k~\tilde{k}.

L’application (Y,x)↦(Y,x)~(Y,x)\mapsto\widetilde{(Y,x)} établit une bijection entre l’ensemble des domaines strictement analytiques de (X,x)(X,x) et celui des ouverts quasi-compacts et non vides de (X,x)~\widetilde{(X,x)}.

Pour traiter le cas général (germes non stricts, valeur absolue triviale), Temkin a développé dans [53] une théorie analogue à la précédente, mais plus sophistiquée, qui recourt à l’algèbre commutative graduée.

Nous n’en aurons pas besoin ici  ; plus précisément, nous n’aurons besoin que de la «partie non graduée» de la théorie de Temkin, au sujet de laquelle nous allons dire quelques mots  ; nos assertions se démontrent en décalquant mutatis mutandis les preuves de [53].

Nous ne faisons plus maintenant d’hypothèses sur le germe (X,x)(X,x). Nous définissons (X,x)~\widetilde{(X,x)} exactement comme dans [53], mais en nous contentons des réductions classiques (et non graduées) des corps et algèbres affinoïdes en jeu. On obtient là encore un ouvert quasi-compact non vide de 𝐏ℋ⁡(x)~/k~\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}, qui coïncide avec celui construit précédemment dans le cas où (X,x)~\widetilde{(X,x)} est strict et où la valuation est non triviale. Il existe une application continue naturelle de la réduction graduée (X,x)~gr\widetilde{(X,x)}_{\rm gr} vers (X,x)~\widetilde{(X,x)}.

Soit 𝖴\mathsf{U} un ouvert quasi-compact et non vide de (X,x)~\widetilde{(X,x)}. Son image réciproque sur (X,x)~gr\widetilde{(X,x)}_{\rm gr} en est un ouvert quasi-compact et non vide, qui s’identifie dès lors à (Y,x)~gr\widetilde{(Y,x)}_{\rm gr}, où (Y,x)(Y,x) est un domaine analytique de (X,x)(X,x) qui est uniquement déterminé et satisfait l’égalité (Y,x)~=𝖴\widetilde{(Y,x)}=\mathsf{U}.

On dira qu’un domaine (Y,x)(Y,x) de (X,x)(X,x) obtenu par ce procédé est relativement strict. L’application (Y,x)↦(Y,x)~(Y,x)\mapsto\widetilde{(Y,x)} établit une bijection entre l’ensemble des domaines relativement stricts de (X,x)(X,x) et celui des ouverts quasi-compacts et non vides de (X,x)~\widetilde{(X,x)}.

[01V2]

6.1.9

Si (X,x)(X,x) est bon, ou plus généralement si 𝒪X,x\mathscr{O}_{X,x} est d’image dense dans ℋ⁡(x){\mathscr{H}}(x), un domaine analytique de (X,x)(X,x) est relativement strict si et seulement si on peut le décrire, en tant que sous-germe de (X,x)(X,x), par conjonctions et disjonctions de conditions de la forme |f|≤1\mathopen{|}{f}\mathclose{|}\leq 1, où ff est une fonction holomorphe sur (X,x)(X,x).

[01V3]

6.1.10

Si YY est un domaine analytique de XX, on dira qu’il est relativement strict dans XX si (Y,y)(Y,y) est relativement strict dans (X,y)(X,y) pour tout y∈Yy\in Y.

[01V4]

6.2 Métriques

[01V5]

6.2.1 Fibrés vectoriels

Un fibré vectoriel sur un espace kk-analytique XX est un faisceau en modules localement libres de rang fini sur le site annelé XGX_{\rm G} (à savoir XX muni de la G-topologie et du faisceau structural).

Il définit par restriction à l’espace topologique XX un faisceau en 𝒪X\mathscr{O}_{X}-modules, dont on ne sait pas s’il est en général localement libre. C’est toutefois toujours le cas lorsque XX est bon, et notamment sans bord  ; on dispose même plus précisément dans cette situation d’une équivalence entre la catégorie des 𝒪XG\mathscr{O}_{X_{\rm G}}-modules localement libres de rang fini et celle des 𝒪X\mathscr{O}_{X}-modules localement libres de rang fini ([8], prop. 1.3.4).

Soit XX un espace analytique et soit EE un fibré vectoriel sur XX. Notons 𝐕⁡(E)\mathbf{V}(E) l’espace total de EE : c’est un espace analytique muni d’un morphisme π\pi vers XX dont les sections au-dessus d’un domaine analytique de XX s’identifient aux sections de EE sur ce domaine. Si E=𝒪XnE=\mathscr{O}_{X}^{n}, alors 𝐕⁡(E)=𝐀Xn\mathbf{V}(E)=\mathbf{A}^{n}_{X} est l’espace affine (analytique) au-dessus de XX ; dans le cas général, on le construit par recollement.

[01V6]
\definame 6.2.2 (Métriques).

Soit XX un espace analytique et soit EE un fibré vectoriel sur XX. Une métrique continue sur EE est une application continue ∥⋅∥:𝐕⁡(E)→𝐑+\mathopen{\|}{\cdot}\mathclose{\|}\colon\mathbf{V}(E)\rightarrow\mathbf{R}_{+} qui est une norme dans chaque fibre, au sens suivant : pour tout point x∈Xx\in X, toute extension valuée complète LL de ℋ⁡(x)\mathscr{H}(x), l’application de E⁡(x)⊗LE(x)\otimes L dans 𝐑\mathbf{R} donnée par la composition

E⁡(x)⊗L↪𝐕⁡(E)×L→𝐕⁡(E)→∥⋅∥𝐑+E(x)\otimes L\hookrightarrow\mathbf{V}(E)\times L\rightarrow\mathbf{V}(E)\xrightarrow{\mathopen{\|}{\cdot}\mathclose{\|}}\mathbf{R}_{+}

est une norme ultramétrique sur le LL-espace vectoriel de dimension finie E⁡(x)⊗LE(x)\otimes L.

On notera souvent E¯\bar{E} la donnée d’un fibré vectoriel EE sur XX et d’une métrique sur ce fibré.

[01V7]
\remaname 6.2.3.

Soit XX un espace analytique, soit EE un fibré vectoriel sur XX muni d’une métrique continue ∥⋅∥\mathopen{\|}{\cdot}\mathclose{\|}. Pour toute section ss de EE sur un domaine analytique UU de XX, on déduit de ∥⋅∥\mathopen{\|}{\cdot}\mathclose{\|} une application continue, notée ∥s∥\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}, de UU dans 𝐑+\mathbf{R}_{+} : c’est la composition

U→𝑠𝐕⁡(E)→∥⋅∥𝐑+,U\xrightarrow{s}\mathbf{V}(E)\xrightarrow{\mathopen{\|}{\cdot}\mathclose{\|}}\mathbf{R}_{+},

où l’on note encore ss la section au-dessus de UU de la projection canonique de 𝐕⁡(E)\mathbf{V}(E) sur XX.

Notons 𝒞X0\mathscr{C}^{0}_{X} (resp. 𝒞XG0\mathscr{C}^{0}_{X_{\rm G}}) le faisceau U↦𝒞0​(U,𝐑)U\mapsto\mathscr{C}^{0}(U,\mathbf{R}) sur l’espace topologique XX (resp. le site XGX_{\rm G}). Une métrique continue sur EE donne lieu à un morphisme de faisceaux E→𝒞XG0E\to\mathscr{C}^{0}_{X_{\rm G}}, noté s↦∥s∥s\mapsto\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}, qui vérifie les propriétés suivantes :

  • —

    Si UU est un domaine analytique de XX, f∈Γ⁡(U,𝒪X)f\in\Gamma(U,\mathscr{O}_{X}) et s∈Γ⁡(U,E)s\in\Gamma(U,E), alors ∥f​s∥=|f|​∥s∥\mathopen{\|}{fs}\mathclose{\|}=\mathopen{|}{f}\mathclose{|}\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|} ;

  • —

    Si UU est un domaine analytique de XX et s1,s2∈Γ⁡(U,E)s_{1},s_{2}\in\Gamma(U,E), alors ∥s1+s2∥≤max⁡(∥s1∥,∥s2∥)\mathopen{\|}{s_{1}+s_{2}}\mathclose{\|}\leq\max(\mathopen{\|}{s_{1}}\mathclose{\|},\mathopen{\|}{s_{2}}\mathclose{\|}) ;

  • —

    Si UU est un domaine analytique de XX et s∈Γ⁡(U,E)s\in\Gamma(U,E), la fonction ∥s∥\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|} est à valeurs positives et s’annule en un point xx de UU si et seulement si s⁡(x)=0s(x)=0.

[01V8]
\definame 6.2.4 (Métriques lisses).

On dit qu’une métrique sur un fibré vectoriel EE est lisse si l’application de 𝐕⁡(E) {0}\mathbf{V}(E)\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}\{0\} dans 𝐑+∗\mathbf{R}_{+}^{*} déduite par restriction au complémentaire de la section nulle est lisse.

[01V9]
\remaname 6.2.5.

Soit LL un fibré en droite muni d’une métrique. Pour que cette métrique soit lisse, il faut et il suffit que pour toute section inversible ss sur un ouvert UU de XX, la fonction log⁡∥s∥\log\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|} soit lisse sur UU.

La nécessité de la condition est évidente, car ∥s∥\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|} est la composition de la norme et de la section U→𝐕⁡(E)U\rightarrow\mathbf{V}(E) déduite de ss, l’image de cette section étant contenue dans le complémentaire de la section nulle. Inversement, la section ss fournit un isomorphisme de 𝐕⁡(E)|U\mathbf{V}(E)|_{U} avec 𝐀1×U\mathbf{A}^{1}\times U ; par cet isomorphisme, la métrique est transformée en l’application (t,x)↦|t|​∥s⁡(x)∥(t,x)\mapsto\mathopen{|}{t}\mathclose{|}\mathopen{\|}{s(x)}\mathclose{\|} ; sa restriction au complémentaire 𝐆m×U\mathbf{G}_{\mathrm{m}}\times U de la section nulle est donc lisse.

[01VA]
\propname 6.2.6.

Soit XX un espace kk-analytique bon et paracompact. Tout fibré en droites sur XX possède une métrique lisse.

Il serait intéressant de prouver que tout fibré vectoriel sur XX possède une métrique lisse. Les arguments de la proposition montrent qu’il suffit de savoir traiter le cas d’un fibré vectoriel trivial.

[01VB]
Démonstration.

Soit LL un fibré en droites sur XX. Comme XX est bon, il existe un recouvrement (Ui)(U_{i}) un recouvrement de XX par des ouverts sur lesquels LL est trivialisable. Soit (λi)(\lambda_{i}) une partition de l’unité lisse subordonnée au recouvrement ouvert (Ui)(U_{i}). Pour tout ii, soit sis_{i} une section inversible de L|UiL|_{U_{i}}. Il existe une unique métrique sur LL pour laquelle,

log⁡∥s∥​(x)=∑iλi​(x)​log⁡|s/si|​(x)\log\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}(x)=\sum_{i}\lambda_{i}(x)\log\mathopen{|}{s/s_{i}}\mathclose{|}(x)

pour tout ouvert UU de XX et toute section inversible ss de LL sur UU, la somme étant réduite aux indices ii tels que x∈Uix\in U_{i}. Pour une telle section ss, la fonction log⁡∥s∥\log\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|} est lisse, si bien que la métrique ainsi définie sur LL est lisse. ∎

[01VC]

6.2.7

Si XX est un espace kk-analytique, on définit PL⁡(X){\rm PL}(X) comme le groupe abélien des fonctions continues à valeurs réelles ff sur XX possédant la propriété suivante : il existe un G-recouvrement (Xi)(X_{i}) de XX par des domaines analytiques relativement stricts et, pour tout ii, un fonction holomorphe inversible fif_{i} sur XX telle que f|Xi=log⁡|fi|f|_{X_{i}}=\log\mathopen{|}{f_{i}}\mathclose{|}.

[01VD]
\lemmname 6.2.8.

L’ensemble PL⁡(X){\rm PL}(X) est un sous-groupe du groupe des fonctions numériques continue sur XX. Si uu et vv sont deux fonctions PL, max⁡(u,v)\max(u,v) et min⁡(u,v)\min(u,v) sont PL.

[01VE]
Démonstration.

La fonction nulle est évidemment PL. Soit (Xi)(X_{i}) un G-recouvrement de XX par des domaines analytiques relativement stricts et, pour tout ii, soit fif_{i} et gig_{i} des fonctions inversibles sur XiX_{i} telles que u|Xi=log⁡|fi|u|_{X_{i}}=\log\mathopen{|}{f_{i}}\mathclose{|} et v|Xi=log⁡|gi|v|_{X_{i}}=\log\mathopen{|}{g_{i}}\mathclose{|}. La fonction u+vu+v est égale à log⁡|fi​gi|\log\mathopen{|}{f_{i}g_{i}}\mathclose{|} sur XiX_{i}, ce qui prouve qu’elle est PL. De même, la fonction −u-u est égale à log⁡|fi−1|\log\mathopen{|}{f_{i}^{-1}}\mathclose{|} sur XiX_{i}, donc est PL.

Notons Xi+X_{i}^{+} et Xi−X_{i}^{-} les domaines analytiques de XiX_{i} définis par |fi|≥|gi|\mathopen{|}{f_{i}}\mathclose{|}\geq\mathopen{|}{g_{i}}\mathclose{|} et |fi|≤|gi|\mathopen{|}{f_{i}}\mathclose{|}\leq\mathopen{|}{g_{i}}\mathclose{|} respectivement. Sur Xi+X_{i}^{+}, on a max⁡(u,v)=log⁡|fi|\max(u,v)=\log\mathopen{|}{f_{i}}\mathclose{|} et min⁡(u,v)=log⁡|gi|\min(u,v)=\log\mathopen{|}{g_{i}}\mathclose{|}. sur Xi−X_{i}^{-}, on a max⁡(u,v)=log⁡|gi|\max(u,v)=\log\mathopen{|}{g_{i}}\mathclose{|} et min⁡(u,v)=log⁡|fi|\min(u,v)=\log\mathopen{|}{f_{i}}\mathclose{|}. Il en résulte que max⁡(u,v)\max(u,v) et min⁡(u,v)\min(u,v) sont PL. ∎

[01VF]
\definame 6.2.9.

Soit XX un espace kk-analytique et soit E¯\bar{E} un fibré vectoriel métrisé sur XX. On dit qu’une base (e1,…,en)(e_{1},\ldots,e_{n}) de EE est orthonormée si

∥(∑fi​ei)​(x)∥=max⁡|fi​(x)|\mathopen{\|}{(\sum f_{i}e_{i})(x)}\mathclose{\|}=\max\mathopen{|}{f_{i}(x)}\mathclose{|} (6.2.9.1)

pour tout domaine analytique YY de XX, toute famille (fi)(f_{i}) de fonctions analytiques sur YY et tout x∈Yx\in Y.

On dit que E¯\bar{E} est PL (ou que la métrique de EE est PL) s’il existe un G-recouvrement (Xi)(X_{i}) relativement strict de XX tel que E¯|Xi\bar{E}|_{X_{i}} admette pour tout ii une base orthonormée.

[01VG]
\exemname 6.2.10 (Métriques formelles).

Soit EE un fibré vectoriel sur un espace analytique XX. Considérons un modèle formel (𝔛,𝔈)(\mathfrak{X},\mathfrak{E}) de (X,E)(X,E) : cela signifie que 𝔛\mathfrak{X} est k∘k^{\circ}-schéma formel, plat et localement topologiquement de type fini muni d’un isomorphisme 𝔛η≃X\mathfrak{X}_{\eta}\simeq X et que 𝔈\mathfrak{E} est un fibré vectoriel sur 𝔛\mathfrak{X} muni d’un isomorphisme 𝔈η≃E\mathfrak{E}_{\eta}\simeq E. On lui associe une métrique PL sur EE de la façon suivante.

Soit (𝔘i)(\mathfrak{U}_{i}) un recouvrement formel de 𝔛\mathfrak{X} qui trivialise 𝔈\mathfrak{E} et soit, pour tout ii, une trivialisation (e1,…,en)(e_{1},\dots,e_{n}) de 𝔈|𝔘i\mathfrak{E}|_{\mathfrak{U}_{i}}. Pour tout ii, 𝔘i,η\mathfrak{U}_{i,\eta} est un domaine analytique de XX.

Pour toute section ss de EE sur le domaine analytique fermé 𝔘i,η\mathfrak{U}_{i,\eta} de XX, il existe une unique famille (f1,…,fn)(f_{1},\dots,f_{n}) de fonctions holomorphes sur 𝔘i,η\mathfrak{U}_{i,\eta} telles que s=∑fi​eis=\sum f_{i}e_{i}, et l’on pose ∥s∥=max⁡(|f1|,…,|fn|)\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}=\max(\mathopen{|}{f_{1}}\mathclose{|},\dots,\mathopen{|}{f_{n}}\mathclose{|}) ; c’est une fonction continue.

Si (e1′,…,en′)(e^{\prime}_{1},\dots,e^{\prime}_{n}) est une autre trivialisation de 𝔈|𝔘i\mathfrak{E}|_{\mathfrak{U}_{i}}, il existe une matrice inversible A∈GLn⁡(𝔘i)A\in\operatorname{GL}_{n}(\mathfrak{U}_{i}) telles que (e1,…,en)=(e1′,…,en′)⋅A(e_{1},\dots,e_{n})=(e^{\prime}_{1},\dots,e^{\prime}_{n})\cdot A. Si s=∑fi​ei=∑fi′​ei′s=\sum f_{i}e_{i}=\sum f^{\prime}_{i}e^{\prime}_{i}, cela entraîne la relation (f1′,…,fn′)t=A​(f1,…,fn)t(f^{\prime}_{1},\dots,f^{\prime}_{n})^{\mathrm{t}}=A(f_{1},\dots,f_{n})^{\mathrm{t}}. Pour tout point x∈𝔘i,ηx\in\mathfrak{U}_{i,\eta}, ∥A⁡(x)∥=∥A−1​(x)∥=1\mathopen{\|}{A(x)}\mathclose{\|}=\mathopen{\|}{A^{-1}(x)}\mathclose{\|}=1, si bien que l’on a max⁡(|fi|)=max⁡(|fi′|)\max(\mathopen{|}{f_{i}}\mathclose{|})=\max(\mathopen{|}{f^{\prime}_{i}}\mathclose{|}). Il en résulte que la définition donnée de ∥s∥\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|} ne dépend pas du choix de la trivialisation (e1,…,en)(e_{1},\dots,e_{n}).

Cela entraîne aussi que ces différentes prescriptions coïncident sur les domaines analytiques 𝔘i,η∩𝔘j,η\mathfrak{U}_{i,\eta}\cap\mathfrak{U}_{j,\eta}, d’où un morphisme de faisceau de EE dans l’espace des fonctions à valeurs réelles sur XX.

Comme les domaines 𝔘i,η\mathfrak{U}_{i,\eta} forment un G-recouvrement de XX, tout point de XX possède un voisinage qui est réunion finie de certains de ces 𝔘i,η\mathfrak{U}_{i,\eta}. Par suite, l’image de ce morphisme est contenu dans le faisceau 𝒞XG0\mathscr{C}^{0}_{X_{G}}.

C’est une métrique PL sur EE. De telles métriques seront appelées formelles.

[01VH]

6.2.11

Le produit tensoriel L⊗L′L\otimes L^{\prime} de deux fibrés en droites métrisés LL et L′L^{\prime} possède une unique métrique pour laquelle ∥s⊗s′∥=∥s∥​∥s′∥\mathopen{\|}{s\otimes s^{\prime}}\mathclose{\|}=\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}\mathopen{\|}{s^{\prime}}\mathclose{\|} si ss et s′s^{\prime} sont des sections de LL et L′L^{\prime} respectivement. De même, l’inverse d’un fibré en droites métrisé LL possède une unique métrique pour laquelle ∥s−1∥=∥s∥−1\mathopen{\|}{s^{-1}}\mathclose{\|}=\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}^{-1} si ss est une section inversible de LL. Si les métriques sur LL et L′L^{\prime} sont continues, resp. PL, resp. lisses, il en est de même des métriques sur L⊗L′L\otimes L^{\prime} et L−1L^{-1}.

[01VI]
\remaname 6.2.12.

On peut définir des fonctions 𝐐\mathbf{Q}-PL comme les fonctions dont un multiple entier (non nul) est PL, voire les fonctions 𝐑\mathbf{R}-PL comme le sous-espace réel engendré par les fonctions PL.

On pourrait définir de même une métrique 𝐐\mathbf{Q}-PL (resp. 𝐑\mathbf{R}-PL) sur un fibré vectoriel EE comme on l’a fait pour les métriques PL, en remplaçant l’égalité (6.2.9.1) de la définition 6.2.9 par ∥(∑fi​ei)​(x)∥=max⁡ui​(x)​|fi​(x)|\mathopen{\|}{(\sum f_{i}e_{i})(x)}\mathclose{\|}=\max u_{i}(x)\mathopen{|}{f_{i}(x)}\mathclose{|}, où les uiu_{i} sont des fonctions strictement positives telles que log⁡(ui)\log(u_{i}) soit 𝐐\mathbf{Q}-PL (resp. 𝐑\mathbf{R}-PL) pour tout ii.

Une métrique sur un fibré en droites LL est dite 𝐐\mathbf{Q}-formelle s’il existe un entier n≥1n\geq 1 tel que la métrique induite sur la puissance tensorielle L⊗nL^{\otimes n} est formelle. Une métrique 𝐐\mathbf{Q}-formelle est 𝐐\mathbf{Q}-PL.

Ces métriques sont importantes en pratique.

[01VJ]
\propname 6.2.13.

Supposons que |k×|≠1\mathopen{|}{k^{\times}}\mathclose{|}\neq 1. Soit XX un espace strictement kk-analytique paracompact. Tout fibré vectoriel sur XX possède une métrique formelle.

[01VK]
Démonstration.

Berkovich démontre dans [8], Théorème 1.6.1, que sous ces hypothèses, XX correspond à un espace rigide X0X_{0} quasi-séparé possédant un recouvrement affinoïde de type fini (au sens où chaque ouvert du recouvrement ne rencontre qu’un nombre fini d’entre eux). D’après le théorème 2.8/3 de [15] (qui étend du cas quasi-compact au cas paracompact le théorème fondamental de Raynaud, théorème 4.1 de [16] ; voir aussi [44]), XX est la fibre générique d’un schéma formel admissible quasi-paracompact 𝔛\mathfrak{X}.

Soit alors EE un fibré vectoriel sur XX. D’après [8] (bas de la p. 37), il est associé à un fibré vectoriel E0E_{0} sur l’espace rigide X0X_{0}. De plus, E0E_{0} est la fibre générique d’un faisceau cohérent 𝔈\mathfrak{E} sur 𝔛\mathfrak{X}. Apparemment, la preuve ne se trouve dans la littérature (proposition 5.6 de [16], par exemple) que sous l’hypothèse que XX est compact. Cependant, si nous partons d’un recouvrement de type fini de X0X_{0} par des affinoïdes, la procédure décrite dans le lemme 5.7 de [16] ne modifiera le modèle formel au voisinage d’un point donné de 𝔛\mathfrak{X} qu’en un nombre fini d’étapes, si bien que le résultat s’étend, de même que notre fibré vectoriel. Appliquant alors le théorème de platification ([17], théorème 4.1), il existe un éclatement formel π:𝔛′→𝔛\pi\colon\mathfrak{X}^{\prime}\rightarrow\mathfrak{X} tel que le transformé strict 𝔈′\mathfrak{E}^{\prime} de 𝔈\mathfrak{E} soit localement libre sur 𝔛′\mathfrak{X}^{\prime}. ∎

[01VL]

6.2.14

Pour ∗∈{𝒞0,PL,lisse}*\in\{\mathscr{C}^{0},{\rm PL},\text{lisse}\}, notons Pic^⁡(X,∗)\mathop{\widehat{\mathrm{Pic}}}(X,*) l’ensemble des classes d’isométrie de fibrés en droites sur XX munis d’une métrique ∗*. Le produit tensoriel et l’inverse le munissent d’une structure de groupe abélien. De plus, l’oubli de la métrique définit un homomorphisme de groupes Pic^⁡(X,∗)→Pic⁡(X)\mathop{\widehat{\mathrm{Pic}}}(X,*)\rightarrow\operatorname{Pic}(X). Cet homomorphisme est surjectif si XX est paracompact (et si |k×|≠1\mathopen{|}{k^{\times}}\mathclose{|}\neq 1 lorsque ∗=PL*={\rm PL}). Son noyau est l’ensemble des métriques ∗* sur le fibré en droites trivial. C’est donc le groupe des fonctions ∗* sur XX modulo le sous-groupe des fonctions (continues, lisses et PL) de la forme log⁡|u|\log\mathopen{|}{u}\mathclose{|}, pour u∈Γ⁡(X,𝒪X∗)u\in\Gamma(X,\mathscr{O}_{X}^{*}).

[01VM]

6.2.15

Soit EE un fibré vectoriel métrisé sur XX. Soit f:Y→Xf\colon Y\rightarrow X un morphisme d’espaces kk-analytiques. On dispose alors d’un carré cartésien

    𝐕⁡(f∗​E)       f′                     𝐕⁡(E)              Y       f          X    .\vbox{\lx@xy@svg{\hbox{\raise 0.0pt\hbox{\kern 20.5pt\hbox{\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\hbox{\vtop{\halign{\entry@#!@&&\entry@@#!@\cr&\cr&\crcr}}}\ignorespaces{\hbox{\kern-20.5pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\raise-2.5pt\hbox{$\textstyle{\mathbf{V}(f^{*}E)\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}$}}}}}}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 20.5pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 23.16315pt\raise 6.57835pt\hbox{{}\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise-2.21725pt\hbox{$\scriptstyle{f^{\prime}}$}}}\kern 3.0pt}}}}}}\ignorespaces{\hbox{\kern 44.5pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{\lx@xy@tip{1}\lx@xy@tip{-1}}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 0.0pt\raise-8.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces{\hbox{\kern 0.0pt\raise-24.33334pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{\lx@xy@tip{1}\lx@xy@tip{-1}}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\kern 44.5pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\raise-2.5pt\hbox{$\textstyle{\mathbf{V}(E)\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}$}}}}}}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 59.71526pt\raise-8.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces{\hbox{\kern 59.71526pt\raise-24.33334pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{\lx@xy@tip{1}\lx@xy@tip{-1}}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\kern-7.01389pt\raise-31.66666pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\raise-2.5pt\hbox{$\textstyle{Y\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}$}}}}}}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 7.0139pt\raise-31.66666pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 24.51558pt\raise-25.55556pt\hbox{{}\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise-1.75pt\hbox{$\scriptstyle{f}$}}}\kern 3.0pt}}}}}}\ignorespaces{\hbox{\kern 52.18054pt\raise-31.66666pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{\lx@xy@tip{1}\lx@xy@tip{-1}}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\kern 52.18054pt\raise-31.66666pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\raise-2.5pt\hbox{$\textstyle{X}$}}}}}}}\ignorespaces\ignorespaces}}}}}.

Si EE est libre, identifié à 𝒪Xn\mathscr{O}_{X}^{n}, f∗​Ef^{*}E est identifié à 𝒪Yn\mathscr{O}_{Y}^{n}, le morphisme f′f^{\prime} s’identifie à l’application (id,f)(\operatorname{id},f) de 𝐕⁡(f∗​E)=𝐀n×Y\mathbf{V}(f^{*}E)=\mathbf{A}^{n}\times Y dans 𝐕⁡(E)=𝐀n×X\mathbf{V}(E)=\mathbf{A}^{n}\times X. On définit alors une métrique sur le fibré vectoriel f∗​Ef^{*}E par la composition 𝐕⁡(f∗​E)→f′𝐕⁡(E)→∥⋅∥𝐑+\mathbf{V}(f^{*}E)\xrightarrow{f^{\prime}}\mathbf{V}(E)\xrightarrow{\mathopen{\|}{\cdot}\mathclose{\|}}\mathbf{R}_{+}.

Si la métrique de EE est lisse, resp. PL{\rm PL}, il en est de même de la métrique de f∗​Ef^{*}E ainsi définie. Par passage aux classes d’isométrie de fibrés en droites métrisés PL, on en déduit un homomorphisme de groupes f∗:Pic^⁡(X,∗)→Pic^⁡(Y,∗)f^{*}\colon\mathop{\widehat{\mathrm{Pic}}}(X,*)\rightarrow\mathop{\widehat{\mathrm{Pic}}}(Y,*).

[01VN]

6.3 Métriques approchables

[01VP]

6.3.1

Soit XX un espace kk-analytique et soit LL un fibré en droites sur XX, localement trivial pour la topologie usuelle de XX.

On dit qu’une métrique continue sur LL est psh (resp. localement psh-approchable, resp. localement approchable) si, pour toute section inversible locale ss de LL, la fonction continue log⁡∥s∥−1\log\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}^{-1} est psh (resp. localement psh-approchable, resp. localement approchable). Pour qu’il en soit ainsi, il suffit que LL possède une telle section au voisinage de tout point de XX.

On dit qu’une métrique continue ∥⋅∥\mathopen{\|}{\cdot}\mathclose{\|} sur LL est (globalement) psh-approchable s’il existe une suite (∥⋅∥n)(\mathopen{\|}{\cdot}\mathclose{\|}_{n}) de métriques psh lisses telles que les fonctions continues log⁡(∥⋅∥/∥⋅∥n)\log(\mathopen{\|}{\cdot}\mathclose{\|}/\mathopen{\|}{\cdot}\mathclose{\|}_{n}) sur XX convergent uniformément vers 00.

On dit qu’une métrique continue sur LL est (globalement) approchable s’il existe deux fibrés en droites L1L_{1} et L2L_{2} sur XX, munis de métriques globalement psh-approchables, tels que L¯≃L¯1⊗L¯2−1\bar{L}\simeq\bar{L}_{1}\otimes\bar{L}_{2}^{-1}.

[01VQ]
\propname 6.3.2.

Sur l’espace projectif 𝐏n\mathbf{P}^{n}, le fibré en droite 𝒪⁡(1)\mathscr{O}(1) muni de sa métrique formelle canonique est globalement psh-approchable.

[01VR]
Démonstration.

Pour tout entier p≥0p\geq 0 et tout nombre réel η>0\eta>0, Demailly définit dans [26], Lemme 5.18, une fonction Mη:𝐑p→𝐑M_{\eta}\colon\mathbf{R}^{p}\rightarrow\mathbf{R} vérifiant les propriétés suivantes :

  1. 1.

    La fonction MηM_{\eta} est lisse, convexe et croissante en chaque variable ;

  2. 2.

    Pour tout (t1,…,tp)∈𝐑p(t_{1},\dots,t_{p})\in\mathbf{R}^{p},

    max⁡(t1,…,tp)≤Mη​(t1,…,tp)≤max⁡(t1,…,tp)+η;\max(t_{1},\dots,t_{p})\leq M_{\eta}(t_{1},\dots,t_{p})\leq\max(t_{1},\dots,t_{p})+\eta;
  3. 3.

    Si tj+η≤maxi≠j⁡(ti−η)t_{j}+\eta\leq\max_{i\neq j}(t_{i}-\eta), on a

    Mη​(t1,…,tp)=Mη​(t1,…,tj^,…,tp);M_{\eta}(t_{1},\dots,t_{p})=M_{\eta}(t_{1},\dots,\widehat{t_{j}},\dots,t_{p})\ ;
  4. 4.

    Pour tout t∈𝐑t\in\mathbf{R},

    Mη​(t1+t,…,tp+t)=Mη​(t1,…,tp)+t.M_{\eta}(t_{1}+t,\dots,t_{p}+t)=M_{\eta}(t_{1},\dots,t_{p})+t.

Il résulte de la continuité de la fonction MηM_{\eta} et de la propriété d) que l’on définit une métrique continue ∥⋅∥η\mathopen{\|}{\cdot}\mathclose{\|}_{\eta} sur 𝒪⁡(1)\mathscr{O}(1) en posant

log∥sP∥η−1([x0:…:xn])=−log|P(x0,…,xn)|+Mη(log|x0|,…,log|xn|)\log\mathopen{\|}{s_{P}}\mathclose{\|}_{\eta}^{-1}([x_{0}:\dots:x_{n}])=-\log\mathopen{|}{P(x_{0},\dots,x_{n})}\mathclose{|}+M_{\eta}(\log\mathopen{|}{x_{0}}\mathclose{|},\dots,\log\mathopen{|}{x_{n}}\mathclose{|})

pour tout polynôme PP homogène de degré 11. En outre, la propriété b) ci-dessus entraîne que

log⁡∥sP∥η−1−log⁡∥sP∥−1=Mη​(log⁡|x0|,…,log⁡|xn|)−max⁡(log⁡|x0|,…,log⁡|xn|CLOSE\log\mathopen{\|}{s_{P}}\mathclose{\|}_{\eta}^{-1}-\log\mathopen{\|}{s_{P}}\mathclose{\|}^{-1}=M_{\eta}(\log\mathopen{|}{x_{0}}\mathclose{|},\dots,\log\mathopen{|}{x_{n}}\mathclose{|})-\max(\log\mathopen{|}{x_{0}}\mathclose{|},\dots,\log\mathopen{|}{x_{n}}\mathclose{|}

appartient à l’intervalle [0,η][0,\eta]. Par suite, la métrique ∥⋅∥η\mathopen{\|}{\cdot}\mathclose{\|}_{\eta} converge uniformément vers ∥⋅∥\mathopen{\|}{\cdot}\mathclose{\|} lorsque η→0\eta\rightarrow 0. Il reste à démontrer que la métrique ∥⋅∥η\mathopen{\|}{\cdot}\mathclose{\|}_{\eta} est lisse et psh.

Soit x=[x0:…:xn]x=[x_{0}:\dots:x_{n}] un point de 𝐏n\mathbf{P}^{n} ; supposons pour fixer les idées que x0,…,xp≠0x_{0},\dots,x_{p}\neq 0 mais xp+1=⋯=xn=0x_{p+1}=\dots=x_{n}=0. Prenons pour PP le polynôme X0X_{0}. Les fonctions rationnelles f1=x1/x0,…,fp=xp/x0f_{1}=x_{1}/x_{0},\dots,f_{p}=x_{p}/x_{0} sont inversibles au voisinage de xx ; dans ce voisinage,

log⁡∥sP∥η−1​(x)\displaystyle\log\mathopen{\|}{s_{P}}\mathclose{\|}_{\eta}^{-1}(x) =−log⁡|x0|+Mη​(log⁡|x0|,…,log⁡|xn|)\displaystyle=-\log\mathopen{|}{x_{0}}\mathclose{|}+M_{\eta}(\log\mathopen{|}{x_{0}}\mathclose{|},\dots,\log\mathopen{|}{x_{n}}\mathclose{|})
=Mη​(0,log⁡|f1​(x)|,…,log⁡|fp​(x)|)\displaystyle=M_{\eta}(0,\log\mathopen{|}{f_{1}(x)}\mathclose{|},\dots,\log\mathopen{|}{f_{p}(x)}\mathclose{|})

si UU est pris assez petit pour que l’on ait

supUsupj>plog⁡|xj/x0|+η≤infUmaxi≤p⁡log⁡|xi/x0|−η.\sup_{U}\sup_{j>p}\log\mathopen{|}{x_{j}/x_{0}}\mathclose{|}+\eta\leq\inf_{U}\max_{i\leq p}\log\mathopen{|}{x_{i}/x_{0}}\mathclose{|}-\eta.

Comme MηM_{\eta} est lisse et convexe sur 𝐑p+1\mathbf{R}^{p+1}, cette formule prouve que la métrique ∥⋅∥η\mathopen{\|}{\cdot}\mathclose{\|}_{\eta} est lisse et psh sur UU, d’où l’assertion. ∎

[01VS]
\coroname 6.3.3.

Soit XX une kk-variété projective, soit LL un fibré en droites sur XX dont une puissance strictement positive est engendrée par ses sections globales. Alors, LL possède une métrique lisse psh.

[01VT]
Démonstration.

Par hypothèse, il existe un entier d≥1d\geq 1 et un morphisme p:X→𝐏knp\colon X\rightarrow\mathbf{P}^{n}_{k} tel que p∗​𝒪​(1)p^{*}\mathscr{O}(1) soit isomorphe à L⊗dL^{\otimes d}. L’image réciproque d’une métrique lisse psh sur 𝒪⁡(1)\mathscr{O}(1) induit une métrique lisse psh sur L⊗dL^{\otimes d}, et donc aussi sur LL. ∎

[01VU]
\coroname 6.3.4.

Soit XX une kk-variété propre, soit 𝔛\mathfrak{X} un k0k^{0}-modèle propre de XX, soit 𝔏\mathfrak{L} un fibré en droites sur 𝔛\mathfrak{X} et soit (L,∥⋅∥)(L,\mathopen{\|}{\cdot}\mathclose{\|}) sa fibre générique, muni de sa métrique formelle canonique. Si une puissance strictement positive de 𝔏\mathfrak{L} est engendrée par ses sections globales, alors L¯\bar{L} est globalement psh-approchable.

[01VV]
Démonstration.

Par hypothèse, il existe un entier d≥1d\geq 1 et un morphisme p:𝔛→𝐏k0Np\colon\mathfrak{X}\rightarrow\mathbf{P}^{N}_{k^{0}} tel que p∗​𝒪​(1)p^{*}\mathscr{O}(1) soit isomorphe à 𝔏⊗d\mathfrak{L}^{\otimes d}. Cela prouve que la métrique sur L⊗dL^{\otimes d} déduite de la métrique formelle de LL est l’image réciproque par pp de la métrique de Weil sur 𝒪⁡(1)\mathscr{O}(1). Le lemme en résulte. ∎

[01VW]
\coroname 6.3.5.

Soit XX une kk-variété projective, soit L¯\bar{L} un fibré en droites sur XX muni d’une métrique formelle. Alors L¯\bar{L} est approchable.

[01VX]
Démonstration.

Soit (𝔛,𝔏)(\mathfrak{X},\mathfrak{L}) un modèle formel de (X,L)(X,L) induisant la métrique formelle donnée de L¯\bar{L}. Comme XX possède un modèle formel qui est projectif, on peut supposer que 𝔛\mathfrak{X} est projectif sur k0k^{0}. Il résulte alors du théorème de comparaison géométrie algébrique/géométrie formelle (théorème 2.13.8 de [1]) que 𝔏\mathfrak{L} est un fibré en droites algébrique sur 𝔛\mathfrak{X}. Dans ces conditions, il existe deux fibrés en droites amples 𝔏1\mathfrak{L}_{1} et 𝔏2\mathfrak{L}_{2} sur 𝔛\mathfrak{X} tels que 𝔏≃𝔏1⊗𝔏2−1\mathfrak{L}\simeq\mathfrak{L}_{1}\otimes\mathfrak{L}_{2}^{-1}. Pour i∈{1,2}i\in\{1,2\}, soit L¯i\bar{L}_{i} la fibre générique de 𝔏i\mathfrak{L}_{i}, muni de sa métrique formelle canonique  ; c’est une métrique psh-approchable. L’isomorphisme 𝔏≃𝔏1⊗𝔏2−1\mathfrak{L}\simeq\mathfrak{L}_{1}\otimes\mathfrak{L}_{2}^{-1} induit un isomorphisme L≃L1⊗L2−1L\simeq L_{1}\otimes L_{2}^{-1}. C’est même une isométrie, d’où le corollaire. ∎

[01VY]

6.4 Courant de courbure d’un fibré métrisé

[01VZ]

6.4.1

Soit XX un espace kk-analytique sans bord purement de dimension nn et soit L¯\bar{L} la donnée d’un fibré en droites LL sur XX muni d’une métrique continue. Soit UU un ouvert de XX sur lequel LL admet une section inversible ss. La fonction log⁡∥s∥−1\log\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}^{-1} est alors continue sur UU. Soit c(U,s)c_{(U,s)} le (1,1)(1,1)-courant sur UU égal à d′⁡d′′⁡log⁡∥s∥−1\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}^{-1} ; si la métrique de LL est lisse, c(U,s)c_{(U,s)} est une (1,1)(1,1)-forme lisse. Comme d′​d′′⁡log⁡|h|=0\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\log\mathopen{|}{h}\mathclose{|}=0, pour toute fonction inversible hh sur UU, le courant c(U,s)c_{(U,s)} (la forme c(U,s)c_{(U,s)} dans le cas lisse) ne dépend pas du choix de ss et peut donc être noté cUc_{U}. Si V⊂UV\subset U alors cU|V=cVc_{U}|_{V}=c_{V}. Il s’ensuit que lorsque UU parcourt l’ensemble des ouverts de XX sur lesquels UU admet une section inversible (ouverts qui recouvrent XX), les courants cUc_{U} se recollent en un (1,1)(1,1)-courant sur XX que l’on notera c1​(L¯)c_{1}(\bar{L}).

Si la métrique de LL est lisse, il s’agit d’une forme lisse.

[01W0]

6.4.2

Soit UU un ouvert de XX et soit ss une section méromorphe régulière de LL sur UU. Il résulte de la la formule de Poincaré–Lelong que la fonction log⁡∥s∥−1\log\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}^{-1} définit un courant sur UU et que d′​d′′⁡[log⁡∥s∥−1]+δdiv⁡(s)=c1​(L¯)|U\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[\log\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}^{-1}]+\delta_{\operatorname{div}(s)}=c_{1}(\bar{L})|_{U}.

[01W1]
\propname 6.4.3.

Soit XX une kk-variété algébrique propre, purement de dimension nn. Soit L¯1,…,L¯n\bar{L}_{1},\ldots,\bar{L}_{n} une famille de fibrés en droites munis de métriques lisses sur XanX^{\mathrm{an}}. On a

∫Xanc1​(L¯1)∧⋯∧c1​(L¯n)=(c1​(L1)​…​c1​(Ln)∩[X]).\int_{X^{\mathrm{an}}}c_{1}(\bar{L}_{1})\wedge\dots\wedge c_{1}(\bar{L}_{n})=(c_{1}(L_{1})\dots c_{1}(L_{n})\cap[X]).

Comme XX est propre, les fibrés en droites analytiques LiL_{i} sont algébriques ([7], théorèmes 3.4.1 et 3.5.1). Le membre de droite de cette dernière formule est le degré du 0-cycle sur kk obtenu en coupant successivement la classe fondamentale [X][X] de XX par les premières classes de Chern c1​(L1),…,c1​(Ln)c_{1}(L_{1}),\dots,c_{1}(L_{n}) des fibrés en droites LiL_{i} puis en le projetant sur Spec⁡(k)\operatorname{Spec}(k) par le morphisme structural X→Spec⁡(k)X\rightarrow\operatorname{Spec}(k).

[01W2]
Démonstration.

La proposition se démontre par récurrence sur nn. Soit ss une section méromorphe régulière de LnL_{n}. Alors, log⁡∥s∥\log\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|} est un courant sur XX et l’on a la formule de Poincaré–Lelong

d′​d′′⁡[log⁡∥s∥−1]+δdiv⁡(s)=c1​(L¯n).\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[\log\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}^{-1}]+\delta_{\operatorname{div}(s)}=c_{1}(\bar{L}_{n}).

Notons α\alpha la forme lisse c1​(L¯1)​…​c1​(L¯n−1)c_{1}(\bar{L}_{1})\dots c_{1}(\bar{L}_{n-1}), et appliquons-lui cette égalité de courants. Il vient

⟨[log⁡∥s∥−1],d′​d′′⁡α⟩+∫div⁡(s)α=∫Xc1​(L¯1)​…​c1​(L¯n).\langle[\log\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}^{-1}],\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\rangle+\int_{\operatorname{div}(s)}\alpha=\int_{X}c_{1}(\bar{L}_{1})\dots c_{1}(\bar{L}_{n}).

Par récurrence,

∫div⁡(s)α=(c1​(L1)​…​c1​(Ln−1)∩[div⁡(s)])=(c1​(L1)​…​c1​(Ln)∩[X]),\int_{\operatorname{div}(s)}\alpha=(c_{1}(L_{1})\dots c_{1}(L_{n-1})\cap[\operatorname{div}(s)])=(c_{1}(L_{1})\dots c_{1}(L_{n})\cap[X]),

par définition même de l’intersection d’une première classe de Chern avec un cycle jointe au fait que le degré d’un zéro-cycle rationnellement équivalent à zéro est nul. D’autre part, la forme α\alpha s’écrit localement

d′​d′′⁡(u1)​…​d′​d′′⁡(un−1),\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}(u_{1})\dots\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}(u_{n-1}),

où OPENu1,…,un−1)u_{1},\dots,u_{n-1}) sont des sections inversibles de OPENL1,…,Ln−1)L_{1},\dots,L_{n-1}). Il en résulte que d′​d′′⁡α=0\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha=0. Cela conclut la preuve de la proposition. ∎

[01W3]
\coroname 6.4.4.

Soit XX une kk-variété algébrique propre, purement de dimension nn. Soit L¯1,…,L¯n\bar{L}_{1},\ldots,\bar{L}_{n} une famille de fibrés en droites munis de métriques globalement approchables sur XanX^{\mathrm{an}}. La masse totale de la mesure de Monge-Ampère est calculée par la formule

∫XanMA⁡(c1​(L¯1),…,c1​(L¯n))=(c1​(L1)​…​c1​(Ln)∩[X]).\int_{X^{\mathrm{an}}}\operatorname{MA}(c_{1}(\bar{L}_{1}),\dots,c_{1}(\bar{L}_{n}))=(c_{1}(L_{1})\dots c_{1}(L_{n})\cap[X]).
[01W4]
Démonstration.

Par multilinéarité, il suffit de traiter le cas où les L¯j\bar{L}_{j} sont globalement psh-approchables. Pour tout ii, la métrique de L¯i\bar{L}_{i} est alors limite uniforme d’une suite (L¯i,m)(\bar{L}_{i,m}) de métriques lisses psh sur LiL_{i}. Par construction, MA⁡(c1​(L¯1),…,c1​(L¯n))\operatorname{MA}(c_{1}(\bar{L}_{1}),\dots,c_{1}(\bar{L}_{n})) est la limite des mesures positives

c1​(L¯1,m)∧⋯∧c1​(L¯n,m),c_{1}(\bar{L}_{1,m})\wedge\dots\wedge c_{1}(\bar{L}_{n,m}),

sur XanX^{\mathrm{an}}, lorsque m→∞m\rightarrow\infty. D’après la proposition 6.4.3, chacune de ces mesures est de masse

(c1​(L1)​…​c1​(Ln)∩[X]),(c_{1}(L_{1})\dots c_{1}(L_{n})\cap[X]),

d’où le corollaire puisque XanX^{\mathrm{an}} est compact. ∎

[01W5]
\remaname 6.4.5.

La preuve du corollaire 6.4.4 requiert que les métriques sur les fibrés en droites considérés soient non seulement localement approchables (de sorte que la mesure de Monge-Ampère existe), mais globalement approchables. Je ne sais pas si le résultat reste valable sans cette hypothèse restrictive.

Il serait intéressant de prouver que toute métrique psh continue sur une variété projective est globalement psh-approchable. Cela est vrai en analyse complexe, cf. [46], théorème 4.6.1, ou aussi [13], théorème 1.)

[01W6]

6.5 Préliminaires à propos de la réduction des germes

Le résultat suivant est certainement bien connu  ; nous en rappelons la preuve pour la commodité du lecteur.

[01W7]
\lemmname 6.5.1.

Soit 𝔛\mathfrak{X} un schéma formel plat et séparé sur k∘k^{\circ} admettant un recouvrement localement fini par des ouverts affines topologiquement de présentation finie sur k∘k^{\circ}, soit x∈𝔛ηx\in\mathfrak{X}_{\eta} et soit VV l’adhérence de π⁡(x)\pi(x) dans 𝔛s\mathfrak{X}_{s} (munie de sa structure réduite). L’ouvert quasi-compact (𝔛η,x)~\widetilde{(\mathfrak{X}_{\eta},x)} de 𝐏ℋ⁡(x)~/k~\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}} est égal à 𝐏ℋ⁡(x)~/k~​{V}\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}\{V\}.

En particulier, xx est un point intérieur de 𝔛η\mathfrak{X}_{\eta} si et seulement si VV est propre.

[01W8]
Démonstration.

Remarquons qu’il résulte des hypothèses faites sur 𝔛\mathfrak{X} que VV est un k~\tilde{k}-schéma intègre de type fini. Soit (𝔘1,…,𝔘n)(\mathfrak{U}_{1},\ldots,\mathfrak{U}_{n}) une famille finie d’ouverts formels affines rencontrant VV et le recouvrant. Comme π−1​(V)\pi^{-1}(V) est un voisinage ouvert de xx dans 𝔛η\mathfrak{X}_{\eta} qui est contenu dans ⋃𝔘i,η\bigcup\mathfrak{U}_{i,\eta}, on peut remplacer 𝔛\mathfrak{X} par la réunion des 𝔘i\mathfrak{U}_{i}. Alors, (𝔛η,x)~=⋃(𝔘i,η,x)~\widetilde{(\mathfrak{X}_{\eta},x)}=\bigcup\widetilde{(\mathfrak{U}_{i,\eta},x)} et V=⋃𝔘i,s∩VV=\bigcup\mathfrak{U}_{i,s}\cap V, et il suffit de montrer l’assertion requise pour chacun des 𝔘i\mathfrak{U}_{i}. En d’autres termes, pour prouver que (𝔛η,x)~\widetilde{(\mathfrak{X}_{\eta},x)} coïncide avec 𝐏ℋ⁡(x)~/k~​{V}\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}\{V\}, on peut supposer que 𝔛\mathfrak{X} est un schéma formel affine topologiquement de présentation finie sur k∘k^{\circ}.

Soit (f1,…,fn)(f_{1},\ldots,f_{n}) une famille génératrice de la k~\tilde{k}-algèbre 𝒪V​(V)\mathscr{O}_{V}(V). Par définition, on a (𝔛η,x)~=𝐏ℋ⁡(x)~/k~​{f1,…,fn}\widetilde{(\mathfrak{X}_{\eta},x)}=\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}\{f_{1},\ldots,f_{n}\}. Mais ce dernier coïncide avec 𝐏ℋ⁡(x)~/k~​{V}\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}\{V\}, d’où l’égalité voulue.

La dernière assertion du lemme s’en déduit : d’après le critère valuatif de propreté, 𝐏ℋ⁡(x)~/k~​{V}\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}\{V\} égale 𝐏ℋ⁡(x)~/k~\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}} si et seulement si VV est propre sur k~\tilde{k}. ∎

[01W9]
\remaname 6.5.2.

Soit (X,x)(X,x) un germe d’espace kk-analytique, soit ff une fonction sur (X,x)(X,x) et soit (Y,x)(Y,x) un domaine analytique de (X,x)(X,x) tel que |f|=1|f|=1 sur (Y,x)(Y,x)  ; l’inclusion de (Y,x)(Y,x) dans le domaine de (X,x)(X,x) défini par l’égalité |f|=1|f|=1 implique que

(Y,y)~⊂(X,x)~∩𝐏ℋ⁡(x)~/k~​{f⁡(x)~,f⁡(x)~−1}.\widetilde{(Y,y)}\subset\widetilde{(X,x)}\cap\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}\{\widetilde{f(x)},\widetilde{f(x)}^{-1}\}.

Par conséquent, f⁡(x)~\widetilde{f(x)} est une section inversible de 𝒪𝐏ℋ⁡(x)~/k~​((Y,y)~)\mathscr{O}_{\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}}(\widetilde{(Y,y)}).

[01WA]

6.5.3

Soit XX un espace kk-analytique XX et soit x∈Xx\in X. On notera 𝒪X,x♯\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp} le sous-anneau de 𝒪X,x\mathscr{O}_{X,x} formé des fonctions ff telles que |f⁡(x)|≤1\mathopen{|}{f(x)}\mathclose{|}\leq 1  ; on dispose d’une flèche naturelle f↦f⁡(x)~f\mapsto\widetilde{f(x)} de 𝒪X,x♯\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp} vers ℋ⁡(x)~\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}. Si l’image de 𝒪X,x\mathscr{O}_{X,x} dans ℋ⁡(x){\mathscr{H}}(x) est dense, ce qui est par exemple le cas si (X,x)(X,x) est bon, ou plus généralement s’il s’identifie à un domaine analytique d’un bon germe, alors 𝒪X,x♯→ℋ⁡(x)~\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp}\to\widetilde{{\mathscr{H}}(x)} est surjective.

Soit n∈𝐍n\in\mathbf{N}. On dispose d’une flèche naturelle g↦g⁡(x)~g\mapsto\widetilde{g(x)} de GLn⁡(𝒪X,x♯)\operatorname{GL}_{n}(\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp}) dans GLn⁡(ℋ⁡(x)~)\operatorname{GL}_{n}(\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}), qui est là encore surjective si l’image de 𝒪X,x\mathscr{O}_{X,x} dans ℋ⁡(x){\mathscr{H}}(x) est dense.

Soit (Y,x)(Y,x) un domaine analytique relativement strict de (X,x)(X,x) et soit ff (resp. gg) appartenant à 𝒪X,x♯\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp} (resp. GLn⁡(𝒪X,x♯)\operatorname{GL}_{n}(\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp})). Il résulte de la remarque 6.5.2 que les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. i)

    La restriction de ff (resp. gg) à (Y,x)(Y,x) appartient à OX∘​(Y,x)O_{X}^{\circ}(Y,x) (resp. GLn∘⁡(Y,x)\operatorname{GL}_{n}^{\circ}(Y,x))  ;

  2. ii)

    L’élément f⁡(x)~\widetilde{f(x)} (resp. g⁡(x)~\widetilde{g(x)}) de ℋ⁡(x)~\widetilde{{\mathscr{H}}(x)} (resp. de GLn⁡(ℋ⁡(x)~)\operatorname{GL}_{n}(\widetilde{{\mathscr{H}}(x)})) appartient à 𝒪(X,x)~​(OPENY,x)~CLOSE\mathscr{O}_{\widetilde{(X,x)}}(\widetilde{Y,x)} (resp. à GLn⁡(Y,x)~\operatorname{GL}_{n}\widetilde{(Y,x)}).

[01WB]

6.5.4 Réduction de cocycles

Soit XX un espace kk-analytique, soit x∈Xx\in X et soit ((,,,))((X_{\alpha},x)) un G-recouvrement fini et relativement strict de (X,x)(X,x). Soit (gα​β)(g_{\alpha\beta}) un cocycle sur (X,x)G(X,x)_{\text{G}}, à coefficients dans GLn∘\operatorname{GL}_{n}^{\circ}, et subordonné au recouvrement ((,,,))((X_{\alpha},x)). La famille des gα,β​(x)~\widetilde{g_{\alpha,\beta}(x)} constitue un cocycle sur (X,x)~\widetilde{(X,x)}, à coeffficients dans GLn\operatorname{GL}_{n}, et subordonné au recouvrement (OPEN(Xα),x)~CLOSE(\widetilde{(X_{\alpha}),x)}. Cette construction est compatible aux raffinements de recouvrement  ; et si les cocycles (gα,β)(g_{\alpha,\beta}) et (gα,β′)(g^{\prime}_{\alpha,\beta}) sont cohomologues via une cochaîne (cα)(c_{\alpha}), alors gα,β​(x)~\widetilde{g_{\alpha,\beta}(x)} et gα,β′​(x)~\widetilde{g^{\prime}_{\alpha,\beta}(x)} sont cohomologues via cα​(x)~\widetilde{c_{\alpha}(x)}.

[01WC]

6.5.5 Réduction et relèvement de cocycle

Soit XX un espace kk-analytique et soit x∈Xx\in X tel que 𝒪X,x\mathscr{O}_{X,x} soit d’image dense dans ℋ⁡(x){\mathscr{H}}(x). Soit (Y,x)(Y,x) un domaine analytique de (X,x)(X,x) relativement strict. Soit n≥0n\geq 0.

A) Soit 𝖠\mathsf{A} un ensemble fini et soit (γα,β)(α,β)∈𝖠2(\gamma_{\alpha,\beta})_{(\alpha,\beta)\in\mathsf{A}^{2}} une famille d’éléments de GLn⁡(ℋ⁡(x)~)\operatorname{GL}_{n}(\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}) satisfaisant les relations de cocycle. Fixons α0\alpha_{0}, et choisissons pour tout β\beta un relèvement gα0,βg_{\alpha_{0},\beta} de γα0,β\gamma_{\alpha_{0},\beta} dans GLn⁡(𝒪X,x♯)\operatorname{GL}_{n}(\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp}). La famille (gα0,β)β(g_{\alpha_{0},\beta})_{\beta} se prolonge d’une unique manière en une famille (gα,β)α,β(g_{\alpha,\beta})_{\alpha,\beta} qui satisfait les relations de cocycles. Par construction, celle-ci relève (γα,β)(\gamma_{\alpha,\beta}). Pour tout (α,β)(\alpha,\beta), la matrice gα,βg_{\alpha,\beta} appartient à GLn∘⁡(Y,x)\operatorname{GL}_{n}^{\circ}(Y,x) si et seulement si γβ,α\gamma_{\beta,\alpha} appartient à GLn⁡(Y,x)~\operatorname{GL}_{n}\widetilde{(Y,x)}.

B) Soit (gα,β′)(g^{\prime}_{\alpha,\beta}) un cocycle à coefficients dans GLn⁡(𝒪X,x♯)\operatorname{GL}_{n}(\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp}) se réduisant en un cocycle (γα,β′)(\gamma^{\prime}_{\alpha,\beta}) d’éléments de GLn⁡(ℋ⁡(x)~)\operatorname{GL}_{n}(\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}). Supposons que (γα,β′)(\gamma^{\prime}_{\alpha,\beta}) est cohomologue à (γα,β)(\gamma_{\alpha,\beta}) via une cochaîne (δα)(\delta_{\alpha}). Fixons α0\alpha_{0}, et choisissons dα0∈GLn⁡(𝒪X,x♯)d_{\alpha_{0}}\in\operatorname{GL}_{n}(\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp}) qui relève δα0\delta_{\alpha_{0}}, et posons dβ=gα0,β−1​dα0​gα0,β′d_{\beta}=g_{\alpha_{0},\beta}^{-1}d_{\alpha_{0}}g^{\prime}_{\alpha_{0},\beta}  ; la cochaîne (dα)(d_{\alpha}) relève alors (δα)(\delta_{\alpha}), et les cocycles (gα,β)(g_{\alpha,\beta}) et (gα,β′)(g^{\prime}_{\alpha,\beta}) sont cohomologues via (δα)(\delta_{\alpha}). Pour tout α\alpha, la matrice dαd_{\alpha} appartient à GLn∘⁡(Y,x)\operatorname{GL}_{n}^{\circ}(Y,x) si et seulement si δα\delta_{\alpha} appartient à GLn⁡(Y,x)~\operatorname{GL}_{n}\widetilde{(Y,x)}.

C) Soit (vα)(v_{\alpha}) une cochaîne à coefficients dans ℋ⁡(x)~\widetilde{{\mathscr{H}}(x)} telle que vβ=γα,β​gαv_{\beta}=\gamma_{\alpha,\beta}g_{\alpha} pour tout (α,β)(\alpha,\beta). Fixons α0\alpha_{0}, choisissons un relevé wα0w_{\alpha_{0}} de vα0v_{\alpha_{0}} dans (𝒪X,x♯)n(\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp})^{n}, et posons wβ=gα0,β​vα0w_{\beta}=g_{\alpha_{0},\beta}v_{\alpha_{0}} pour tout β\beta  ; la cochaîne (wα)(w_{\alpha}) relève alors (vα)(v_{\alpha}) et l’on a wβ=gα,β​wαw_{\beta}=g_{\alpha,\beta}w_{\alpha} pour tout (α,β)(\alpha,\beta). Pour tout α\alpha, le vecteur wαw_{\alpha} appartient à 𝒪X∘​(Y,x)n\mathscr{O}_{X}^{\circ}(Y,x)^{n} si et seulement si vαv_{\alpha} appartient à 𝒪(X,x)~​(Y,x)~n\mathscr{O}_{\widetilde{(X,x)}}\widetilde{(Y,x)}^{n}.

[01WD]

6.6 Fibré résiduel d’un fibré PL

[01WE]

6.6.1

Soit E¯\bar{E} un fibré vectoriel PL sur un germe (X,x)(X,x).

Choisissons un G-recouvrement fini et relativement strict ((,,,))((X_{\alpha},x)) qui déploie E¯\bar{E}. Par le procédé de réduction des cocycles décrit au paragraphe (6.5.4), on définit un fibré vectoriel sur (X,x)~\widetilde{(X,x)}, déployé par OPEN((Xα,x)~))(\widetilde{(X_{\alpha},x)})). Il est, à isomorphisme canonique près, indépendant du recouvrement ((,,,))((X_{\alpha},x)) et du cocycle utilisé. On le notera 𝖤⁡(x)\mathsf{E}(x), ou plus simplement 𝖤\mathsf{E}. On dit que c’est le fibré résiduel de E¯\bar{E} en xx

La formation du fibré résiduel commute aux constructions de l’algèbre linéaire : somme directe, produit tensoriel,…

[01WF]

6.6.2 Liens entre un fibré métrisé PL{\rm PL} et son fibré résiduel

Soit XX un espace kk-analytique, soit E¯\bar{E} un fibré métrisé PL sur XX et soit xx un point de XX.

Pour tout domaine analytique (Y,x)(Y,x) de (X,x)(X,x), on note E¯∘​(Y,x)\bar{E}^{\circ}(Y,x) le sous-module de E¯​(Y,x)\bar{E}(Y,x) formé des sections dont la norme est partout majorée par 11 et E♭​(Y,x)E^{\flat}(Y,x) le quotient de E¯∘​(Y,x)\bar{E}^{\circ}(Y,x) par le sous-groupe des sections dont la norme en xx est strictement majorée par 1.

On suppose que 𝒪X,x→ℋ⁡(x)\mathscr{O}_{X,x}\to{\mathscr{H}}(x) est d’image dense et que le fibré vectoriel EE (sans métrique) est trivialisable au voisinage de xx. Notons que ces deux conditions sont toujours satisfaites dès que le germe (X,x)(X,x) est bon.

Fixons une base 𝔟\mathfrak{b} de EE au voisinage de xx. Soit (Xα,x)(X_{\alpha},x) un G-recouvrement fini de (X,x)(X,x) déployant E¯\bar{E}. Pour tout α\alpha, il existe une base orthonormée 𝔟α{\mathfrak{b}}_{\alpha} de E¯\bar{E} sur (Xα,x)(X_{\alpha},x)  ; soit (gα,β)(g_{\alpha,\beta}) le cocycle sur (X,x)G(X,x)_{\mathrm{G}}, à coefficients dans GLn∘\operatorname{GL}_{n}^{\circ} défini par la famille (𝔟α)(\mathfrak{b}_{\alpha}).

Par densité de l’image de 𝒪X,x\mathscr{O}_{X,x} dans ℋ⁡(x){\mathscr{H}}(x) et par trivialité du fibré vectoriel EE au voisinage de xx, on peut supposer que l’élément de GLn0⁡(Xα,x)\operatorname{GL}_{n}^{0}(X_{\alpha},x) qui envoie 𝔟\mathfrak{b} sur 𝔟α\mathfrak{b}_{\alpha} appartient à GLn⁡(𝒪X,x♯)\operatorname{GL}_{n}(\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp})  ; dans ce cas chacun des gα,βg_{\alpha,\beta} appartient à GLn⁡(𝒪X,x♯)\operatorname{GL}_{n}(\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp}).

Soit E¯′\bar{E}^{\prime} un fibré métrisé PL sur XX tel que E′E^{\prime} soit trivialisable au voisinage de xx. Il peut lui-aussi être défini par un cocycle constitué de matrices appartenant à GLn⁡(𝒪X,x♯)\operatorname{GL}_{n}(\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp}). Il résulte alors de 6.5.5, B) que les fibrés résiduels 𝖤{\mathsf{E}} et 𝖤′\mathsf{E}^{\prime} de E¯\bar{E} et E¯′\bar{E}^{\prime} en xx sont isomorphes si et seulement si les fibrés métrisés E¯\bar{E} et E¯′\bar{E}^{\prime} sont isomorphes au voisinage de xx. En particulier, E¯\bar{E} est trivial au voisinage de xx si et seulement si le fibré résiduel 𝖤{\mathsf{E}} de E¯\bar{E} en xx est trivial.

[01WG]

6.6.3 Sections du fibré résiduel

Conservons les notations et hypothèses précédentes. Soit (γα,β)(\gamma_{\alpha,\beta}) la réduction du cocycle (gα,β)(g_{\alpha,\beta}). Soit ee une section de E¯∘\bar{E}^{\circ} sur (X,x)(X,x). Elle consiste en la donnée d’une famille (wα)(w_{\alpha}), où wα∈𝒪Xα,x∘w_{\alpha}\in\mathscr{O}_{X_{\alpha},x}^{\circ} pour tout α\alpha, et où wβ=gα,β​wαw_{\beta}=g_{\alpha,\beta}w_{\alpha} pour tout (α,β)(\alpha,\beta).

Par réduction, cette famille donne lieu à une famille (vα)(v_{\alpha}), où le vecteur vαv_{\alpha} appartient à 𝒪(X,x)~​(Xα,x~)\mathscr{O}_{\widetilde{(X,x)}}(\widetilde{X_{\alpha},x}) pour tout α\alpha et où vβ=vα​γα,βv_{\beta}=v_{\alpha}\gamma_{\alpha,\beta} pour tout (α,β)(\alpha,\beta). Elle définit donc une section sur (X,x)~\widetilde{(X,x)} du fibré résiduel 𝖤{\mathsf{E}} ; elle ne dépend que de ee et on la note e~​(x)\tilde{e}(x) ou e~\tilde{e} ; c’est la réduction de ee en xx. Il résulte de la construction que si ee et e′e^{\prime} sont deux sections de E¯∘\bar{E}^{\circ} sur (X,x)(X,x) alors e~=e′~\tilde{e}=\tilde{e^{\prime}} si et seulement si ∥(e−e′)​(x)∥<1\mathopen{\|}{(e-e^{\prime})(x)}\mathclose{\|}<1. Par conséquent, l’application e↦e~e\mapsto\tilde{e} induit une injection E¯♭​(X,x)↪𝖤⁡(OPENX,x)~)\bar{E}^{\flat}(X,x)\hookrightarrow{\mathsf{E}}(\widetilde{X,x)}).

En vertu de 6.5.5, C), cette injection est surjective, d’où un isomorphisme 𝖤♭​(X,x)≃𝖤⁡(X,x~)\mathsf{E}^{\flat}(X,x)\simeq{\mathsf{E}}(\widetilde{X,x}).

[01WH]
\lemmname 6.6.4.

Une famille (e1,…,en)(e_{1},\ldots,e_{n}) de sections de E¯∘\bar{E}^{\circ} sur (X,x)(X,x) est une base orthonormée de E¯\bar{E} si et seulement si leurs réductions e~i\tilde{e}_{i} en xx forment une base des sections globales du fibré résiduel 𝖤{\mathsf{E}} de E¯\bar{E} en xx.

[01WI]
Démonstration.

L’énoncé à prouver étant G-local sur (X,x)(X,x), on peut supposer que le fibré métrisé E¯\bar{E} est trivial, c’est-à-dire égal à 𝒪Xn\mathscr{O}_{X}^{n} avec sa métrique standard. Dans ce cas 𝖤≃𝒪(X,x)~n{\mathsf{E}}\simeq\mathscr{O}_{\widetilde{(X,x)}}^{n}. La famille (e1,…,en)(e_{1},\ldots,e_{n}) correspond alors à une matrice g∈Mn⁡(𝒪X∘​(X,x))g\in\operatorname{M}_{n}(\mathscr{O}_{X}^{\circ}(X,x)) et la famille (e1~,…,en~)(\tilde{e_{1}},\ldots,\tilde{e_{n}}) à la matrice réduite g~​(x)∈Mn⁡(𝒪(X,x)~​(X,x~))\tilde{g}(x)\in\operatorname{M}_{n}(\mathscr{O}_{\widetilde{(X,x)}}(\widetilde{X,x})). La famille (e1,…,en)(e_{1},\ldots,e_{n}) est une base orthonormée de E¯\bar{E} si et seulement si |detg|=1\mathopen{|}{\det g}\mathclose{|}=1 sur (X,x)(X,x). Cela revient à demander que detg~\det\tilde{g} soit une fonction inversible sur (X,x)~\widetilde{(X,x)} et donc que (e1~,…,en~)(\tilde{e_{1}},\ldots,\tilde{e_{n}}) soit une base de 𝖤{\mathsf{E}}, comme annoncé. ∎

[01WJ]

6.6.5 Fibré métrisé PL de fibré résiduel prescrit

Soit 𝖥\mathsf{F} un fibré vectoriel sur (X,x)~\widetilde{(X,x)}  ; choisissons un cocycle (γα,β)(\gamma_{\alpha,\beta}) qui définit 𝖥\mathsf{F}. En vertu de 6.5.5, A), ce cocycle se relève en un cocycle (gα,β)(g_{\alpha,\beta}) sur (X,x)G(X,x)_{\text{G}}, à coefficients dans GLn∘\operatorname{GL}_{n}^{\circ} tel que gα,βg_{\alpha,\beta} appartienne à GLn⁡(𝒪X,x♯)\operatorname{GL}_{n}(\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp}) pour tout (α,β)(\alpha,\beta). Soit E¯\bar{E} le fibré métrisé PL défini par le cocycle (gα,β)(g_{\alpha,\beta}) sur (X,x)(X,x). Le fibré EE possède une base au voisinage de xx : il suffit pour le voir de fixer α0\alpha_{0} et de considérer la cochaîne valant (gα0,β)(g_{\alpha_{0},\beta}) sur (Xβ,x)(X_{\beta},x). Par construction, 𝖤⁡(x)=𝖥{\mathsf{E}}(x)=\mathsf{F}.

[01WK]

6.6.6

Résumons : soit XX un espace kk-analytique et soit xx un point de XX. Supposons que 𝒪X,x→ℋ⁡(x)\mathscr{O}_{X,x}\to{\mathscr{H}}(x) soit d’image dense. Alors, E¯↦𝖤\bar{E}\mapsto{\mathsf{E}} induit une bijection entre l’ensemble des classes d’isomorphie de fibrés métrisés PL de rang nn sur (X,x)(X,x) dont les fibrés sous-jacents sont triviaux et l’ensemble des classes d’isomorphie de fibrés vectoriels de rang nn sur (X,x)~\widetilde{(X,x)}.

[01WL]

6.6.7 Fonctorialité des constructions

Soit (X,x)(X,x) un germe d’espace analytique et soit E¯\bar{E} un fibré métrisé PL sur (X,x)(X,x). Soit φ:(Y,y)→(X,x)\varphi\colon(Y,y)\to(X,x) un morphisme de germes. L’image réciproque F¯=φ∗​E¯\bar{F}=\varphi^{*}\bar{E} est un fibré métrisé PL sur (Y,y)(Y,y). Il résulte immédiatement de nos constructions que 𝖥⁡(y)\mathsf{F}(y) est l’image réciproque de 𝖤⁡(x){\mathsf{E}}(x) par le morphisme naturel d’espaces localement annelés (Y,y)~→(X,x)~\widetilde{(Y,y)}\to\widetilde{(X,x)}.

Notons deux cas particuliers importants :

  • —

    Si (Y,x)(Y,x) est un domaine analytique fermé de (X,x)(X,x), 𝖥⁡(x)\mathsf{F}(x) est la restriction de 𝖤⁡(x)\mathsf{E}(x) à l’ouvert (Y,x)~\widetilde{(Y,x)} de (X,x)~\widetilde{(X,x)} ;

  • —

    Si (Y,x)(Y,x) est un fermé de Zariski de (X,x)(X,x), (Y,x)~=(X,x)~\widetilde{(Y,x)}=\widetilde{(X,x)}) et 𝖥⁡(x)=𝖤⁡(x)\mathsf{F}(x)=\mathsf{E}(x).

[01WM]
\exemname 6.6.8 (Le cas d’un fibré formel).

Soient XX un espace kk-analytique et EE un fibré vectoriel sur XX. Munisons-le de la métrique formelle associée à un modèle (𝔛,𝔈)(\mathfrak{X},\mathfrak{E}). Soit x∈Xx\in X et soit VV la k~\tilde{k}-variété {π⁡(x)}¯\overline{\{\pi(x)\}} (munie de sa structure réduite)  ; le lemme 6.5.1 assure que (X,x)~=𝐏ℋ⁡(x)~/k~​{V}\widetilde{(X,x)}=\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}\{V\}.

Le couple (V,𝔈|V)(V,\mathfrak{E}|_{V}) est un prémodèle de 𝖤⁡(x){\mathsf{E}}(x). Pour le voir, on choisit une famille finie (𝔘i)(\mathfrak{U}_{i}) d’ouverts affines formels de 𝔛\mathfrak{X} qui rencontrent VV, le recouvrent et tels que sur chacun des 𝔘i\mathfrak{U}_{i}, le fibré 𝔈\mathfrak{E} possède une base eie_{i} . Remarquons que x∈𝔘i,ηx\in\mathfrak{U}_{i,\eta} pour tout ii (puisque chacun des 𝔘i\mathfrak{U}_{i} contient le point générique de VV) et que les (𝔘i,η,x)(\mathfrak{U}_{i,\eta},x) recouvrent le germe (X,x)(X,x) : cela provient du fait que la réunion des 𝔘i,η\mathfrak{U}_{i,\eta} contient π−1​(V)\pi^{-1}(V), qui est un voisinage ouvert de xx.

Pour tout ii, notons UiU_{i} l’ouvert affine 𝔘i∩V\mathfrak{U}_{i}\cap V de VV. Pour tout couple (i,j)(i,j), il existe une matrice inversible Ai​jA_{ij} sur 𝔘i∩𝔘j\mathfrak{U}_{i}\cap\mathfrak{U}_{j} telle que ei=Ai​j​eje_{i}=A_{ij}e_{j}. Notons gi​jg_{ij} sa restriction à Ui∩UjU_{i}\cap U_{j} ; le fibré 𝔈|V\mathfrak{E}|_{V} est défini par le cocycle (gi​j)(g_{ij}).

On peut voir chacune des Ai​jA_{ij} comme une matrice analytique de norme ≤1\leq 1, ainsi que son inverse, sur 𝔘i,η∩𝔘j,η\mathfrak{U}_{i,\eta}\cap\mathfrak{U}_{j,\eta}. On a alors Ai​j​(x)~=gi​j\widetilde{A_{ij}(x)}=g_{ij}, à condition de voir la matrice gi​jg_{ij} comme une matrice à coefficients dans le corps k~​(V)=k~​(π​(x))⊂ℋ⁡(x)~\tilde{k}(V)=\tilde{k}(\pi(x))\subset\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}.

Il resulte alors de la définition du fibré résiduel que 𝖤⁡(x){\mathsf{E}}(x) est induit par le cocycle (gi,j)(g_{i,j}).

En vertu du lemme 6.5.1, (𝔘i,η,x)~\widetilde{(\mathfrak{U}_{i,\eta},x)} est égal à 𝐏ℋ⁡(x)~/k~​{Ui}\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}\{U_{i}\} pour tout ii  ; par conséquent, l’image réciproque de 𝔈|V\mathfrak{E}|_{V} sur (X,x)~=𝐏ℋ⁡(x)~/k~​{V}\widetilde{(X,x)}=\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}\{V\} coïncide avec 𝖤⁡(x){\mathsf{E}}(x), ce qu’on souhaitait établir.

[01WN]
\exemname 6.6.9 (Fibré sur une variété propre en valuation triviale).

Supposons que |k×|={1}|k^{\times}|=\{1\}, soit XX une kk-variété algébrique et soit EE un fibré vectoriel sur XX  ; notons EanE^{\text{an}} le fibré vectoriel sur XanX^{\text{an}} déduit de EE. On peut voir la variété XX comme un schéma formel localement topologiquement de type fini 𝔛\mathfrak{X} sur k∘=kk^{\circ}=k et EE comme un fibré vectoriel formel 𝔈\mathfrak{E} sur 𝔛\mathfrak{X}.

Supposons de plus que XX soit propre. On dispose alors d’isomorphismes canoniques

𝔛η≃Xan​et​𝔈η≃Ean.\mathfrak{X}_{\eta}\simeq X^{\text{an}}\;\text{et}\;\mathfrak{E}_{\eta}\simeq E^{\text{an}}.

Par conséquent, EanE^{\text{an}} hérite d’une métrique PL naturelle. Si xx est un point de Xan≃𝔛ηX^{\text{an}}\simeq\mathfrak{X}_{\eta} et si 𝐱\bf x désigne son image sur X≃𝔛sX\simeq\mathfrak{X}_{s} alors ({𝐱}¯,𝐄|{𝐱}¯)(\overline{\{\bf x\}},E|_{\overline{\{\bf x\}}}) est un prémodèle de Ean~​(x)\widetilde{E^{\text{an}}}(x) (où {𝐱}¯\overline{\{\bf x\}} est muni de sa structure réduite).

Notons un cas particulier important : si XX est intègre, si ξ\xi désigne son point générique, et si l’on note xx le point de XanX^{\text{an}} correspondant à la flèche Spec(k(ξ),|.|0)→X\operatorname{Spec}(k(\xi),|.|_{0})\to X, alors (X,E)(X,E) est un modèle du fibré résiduel de Ean¯\overline{E^{\text{an}}} en xx.

[01WP]

6.7 Variation de la dimension de définition simultanée d’une famille de fibrés métrisés PL

[01WQ]

6.7.1

Soit (E¯i)(\bar{E}_{i}) une famille finie de fibrés métrisés PL sur un espace kk-analytique XX équidimensionnel. Supposons que pour tout x∈Xx\in X l’application 𝒪X,x→ℋ⁡(x)\mathscr{O}_{X,x}\to{\mathscr{H}}(x) est d’image dense, et que les fibrés vectoriels EiE_{i} sont localement triviaux sur XX.

[01WR]
\definame 6.7.2.

Soit x∈Xx\in X. La dimension de définition simultanée des E¯i\bar{E}_{i} en xx est le plus petit entier dd tel qu’il existe une k~\tilde{k}-variété algébrique propre VV de dimension dd et une famille (Mi)(M_{i}) de fibrés vectoriels sur WW telles que tout ii, (V,Mi)(V,M_{i}) un prémodèle de 𝖤i​(x){\mathsf{E}_{i}}(x).

Bien sûr, cette dimension de définition est inférieure ou égale au degré de transcendance de ℋ⁡(x)~\widetilde{{\mathscr{H}}(x)} sur k~\tilde{k}.

[01WS]
\propname 6.7.3.

Soit XX un espace kk-analytique purement de dimension nn. Supposons que pour tout x∈Xx\in X, l’application 𝒪X,x→ℋ⁡(x)\mathscr{O}_{X,x}\to{\mathscr{H}}(x) est d’image dense. Soit (E¯i)(\bar{E}_{i}) une famille finie de fibrés vectoriels métrisés PL sur XX, localement triviaux sur XX. L’ensemble des points xx de XX en lesquels la dimension de définition simultanée des E¯i\bar{E}_{i} soit égale à nn est fermé et discret.

[01WT]
Démonstration.

Il suffit de prouver que tout point de XX possède un voisinage sur lequel la trace de cet ensemble est finie.

Soit x∈Xx\in X. Il existe un G-recouvrement fini et relativement strict ((,,,))((X_{\alpha},x)) de (X,x)(X,x) qui trivialise chacun des E¯i\bar{E}_{i}. Pour tout ii, le fibré métrisé E¯i\bar{E}_{i} peut être défini, au voisinage de xx, par un cocycle (gα,β(i))(g_{\alpha,\beta}^{(i)}), subordonné à ((,,,))((X_{\alpha},x)), avec gα,β(i)∈GLn⁡(𝒪X,x♯)g_{\alpha,\beta}^{(i)}\in\operatorname{GL}_{n}(\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp}) pour tout (i,α,β)(i,\alpha,\beta). Quitte à raffiner ce recouvrement, on peut supposer que chacun des (Xα,x)~\widetilde{(X_{\alpha},x)} est de la forme 𝐏ℋ⁡(x)~/k~​{fα​,1,…,fα,nα}\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}\{f_{\alpha,1},\ldots,f_{\alpha,n_{\alpha}}\} pour une certaine famille (fα,j)(f_{\alpha,j}) d’éléments de ℋ⁡(x)~\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}. En renumérotant l’ensemble de toutes les fonctions fα,jf_{\alpha,j} et en raffinant encore, on peut ensuite supposer qu’il existe une famille finie (fj)(f_{j}) d’éléments de ℋ⁡(x)~\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}, et, pour tout couple (j,α)(j,\alpha), un exposant ϵj,α∈{1,−1}\epsilon_{j,\alpha}\in\{1,-1\} tels que (Xα,x)~=𝐏ℋ⁡(x)~/k~​{fiϵj,α}j\widetilde{(X_{\alpha},x)}=\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}\{f_{i}^{\epsilon_{j,\alpha}}\}_{j} pour tout α\alpha. Relevons chacune des fjf_{j} en une fonction analytique inversible hjh_{j} sur (X,x)(X,x).

Soit VV un voisinage analytique compact de xx possédant les propriétés suivantes :

  • —

    les hjh_{j} sont définies et inversibles sur VV ;

  • —

    si l’on note VαV_{\alpha} le domaine analytique de VV défini par la conjonction des conditions |hj|ϵj,α≤1\mathopen{|}{h_{j}}\mathclose{|}^{\epsilon_{j,\alpha}}\leq 1 alors les VαV_{\alpha} sont affinoïdes et recouvrent VV  ;

  • —

    chacune des gα,β(i)g_{\alpha,\beta}^{(i)} appartient à GLn⁡(V)\operatorname{GL}_{n}(V), sa restriction à Vα∩VβV_{\alpha}\cap V_{\beta} appartient à GLn∘⁡(Vα∩Vβ)\operatorname{GL}_{n}^{\circ}(V_{\alpha}\cap V_{\beta}), et E¯i|V\bar{E}_{i}|_{V} est défini par le cocycle (gα,β(i))(g_{\alpha,\beta}^{(i)}).

Pour tout α\alpha, on note 𝒜α\mathscr{A}_{\alpha} l’algèbre des fonctions analytiques sur VαV_{\alpha} ; pour tout couple (α,β)(\alpha,\beta), on note 𝒜α,β\mathscr{A}_{\alpha,\beta} l’algèbre des fonctions kk-analytiques sur Vα∩VβV_{\alpha}\cap V_{\beta}.

Soit y∈Vy\in V. Soient α\alpha et β\beta deux indices tels que y∈Vα∩Vβy\in V_{\alpha}\cap V_{\beta}. Soient λα​(y)\lambda_{\alpha}(y), λβ​(y)\lambda_{\beta}(y) et λα,β​(y)\lambda_{\alpha,\beta}(y) les corps résiduels des images respectives de yy sur Spec⁡(𝒜α~)\operatorname{Spec}(\tilde{\mathscr{A}_{\alpha}}), Spec⁡(𝒜β~)\operatorname{Spec}(\tilde{\mathscr{A}_{\beta}}) et Spec⁡(𝒜α,β~)\operatorname{Spec}(\tilde{\mathscr{A}_{\alpha,\beta}}). En vertu de nos hypothèses, Vα∩VβV_{\alpha}\cap V_{\beta} est défini en tant que sous-ensemble de VαV_{\alpha} par une conjonctions de conditions de la forme |g|=1\mathopen{|}{g}\mathclose{|}=1 où gg est une fonction analytique dont la norme sur VαV_{\alpha} est majorée par 1. D’après la proposition 3.1 (ii) de [53], l’injection canonique λα​(y)↪λα,β​(y)\lambda_{\alpha}(y)\hookrightarrow\lambda_{\alpha,\beta}(y) est un isomorphisme. Pour la même raison, λβ​(y)↪λα,β​(y)\lambda_{\beta}(y)\hookrightarrow\lambda_{\alpha,\beta}(y) est un isomorphisme. On dispose donc d’une extension de type fini λ⁡(y)\lambda(y) de k~\tilde{k}, canoniquement identifiée à λα​(y)\lambda_{\alpha}(y) pour tout α\alpha tel que y∈Vαy\in V_{\alpha}, et à λα,β​(y)\lambda_{\alpha,\beta}(y) dès que y∈Vα∩Vβy\in V_{\alpha}\cap V_{\beta}. Le corps λ⁡(y)\lambda(y) se plonge dans ℋ⁡(y)~\widetilde{{\mathscr{H}}(y)}.

La réduction (V,y)~\widetilde{(V,y)} est réunion des (Vα,y)~\widetilde{(V_{\alpha},y)} qui sont tous, par construction, définis par des fonctions appartenant au sous-corps λ⁡(y)\lambda(y) de ℋ⁡(y)~\widetilde{{\mathscr{H}}(y)}. Pour tout indice ii, le fibré résiduel 𝖤i|V​(y){\mathsf{E}_{i}|_{V}}(y) est défini par le cocycle (gα,β(i)​(y)~)(\widetilde{g_{\alpha,\beta}^{(i)}(y)}), constitué lui aussi de fonctions appartenant à λ⁡(y)\lambda(y).

Il s’ensuit que la dimension de définition simultanée des Ei|V¯\overline{E_{i}|_{V}} en yy est majorée par le degré de transcendance de λ⁡(y)\lambda(y) sur k~\tilde{k}. Si, de plus, yy appartient à l’intérieur topologique de VV dans XX, on a 𝖤i|V​(y)=𝖤i​(y){\mathsf{E}_{i}|_{V}}(y)={\mathsf{E}_{i}}(y) pour tout ii, et la dimension de définition simultanée des E¯i\bar{E}_{i} en yy est donc inférieure ou égale au degré de transcendance de λ⁡(y)\lambda(y) sur k~\tilde{k}.

Soit Σ\Sigma l’ensemble des points yy de VV en lesquels λ⁡(y)\lambda(y) est de degré de transcendance nn sur k~\tilde{k}. Il résulte de [7], prop. 2.4.4 (dans le cas strict) et de [53], prop. 3.3 (dans le cas général) que l’ensemble Σ\Sigma est fini, d’où la proposition. ∎

[01WU]

6.8 Positivité résiduelle et « concavité » de la norme d’une section

[01WV]

6.8.1

Soit (X,x)(X,x) un germe d’espace kk-analytique et soit L¯\bar{L} un fibré en droites métrisé PL sur (X,x)(X,x). Supposons que 𝒪X,x→ℋ⁡(x)\mathscr{O}_{X,x}\to{\mathscr{H}}(x) est d’image dense et que le fibré en droites LL sous-jacent à L¯\bar{L} est trivialisable.

[01WW]
\propname 6.8.2.

Soit ss une section inversible de LL sur (X,x)(X,x). Avec les notations précédentes, les conditions suivantes sont équivalentes.

  1. 1.

    Le fibré en droites résiduel 𝖫\mathsf{L} est engendré par ses sections globales ;

  2. 2.

    Il existe une famille finie (a1,…,am)(a_{1},\dots,a_{m}) d’éléments de 𝒪X,x×\mathscr{O}_{X,x}^{\times} telle que ∥s∥=min⁡(|a1|,…,|am|)\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}=\min(\mathopen{|}{a_{1}}\mathclose{|},\dots,\mathopen{|}{a_{m}}\mathclose{|}) au voisinage de xx.

[01WX]
Démonstration.

Soit (s1,…,sm)(s_{1},\ldots,s_{m}) une famille de sections globales de 𝖫\mathsf{L} sur (X,x)~\widetilde{(X,x)} qui l’engendre en tout point. Soit i∈{1,…,n}i\in\{1,\dots,n\}. La section sis_{i} se relève en une section tit_{i} de LL qui est inversible et de norme ≤1\leq 1 en tout point de (X,x)(X,x). Notons 𝖴i\mathsf{U}_{i} le domaine d’inversibilité de sis_{i} dans 𝖬\mathsf{M} et (Xi,x)(X_{i},x) le domaine relativement strict de (X,x)(X,x) défini par la condition ∥ti∥=1\mathopen{\|}{t_{i}}\mathclose{\|}=1  ; on a (Xi,x)~=𝖴i\widetilde{(X_{i},x)}=\mathsf{U}_{i}. Soit aussi aia_{i} l’unique élément de 𝒪X,x×\mathscr{O}_{X,x}^{\times} tel que s=ai​tis=a_{i}t_{i}. On a ∥s∥≤|ai|\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}\leq\mathopen{|}{a_{i}}\mathclose{|} pour tout ii, et ∥s∥=|ai|\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}=\mathopen{|}{a_{i}}\mathclose{|} sur XiX_{i}. Puisque les germes (Xi,x)(X_{i},x) recouvrent (X,x)(X,x), on a donc ∥s∥=min⁡(|a1|,…,|am|)\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}=\min(\mathopen{|}{a_{1}}\mathclose{|},\dots,\mathopen{|}{a_{m}}\mathclose{|}).

Observons aussi que pour tout ii, le domaine (Xi,x)(X_{i},x) est le lieu de validité de la conjonction des inégalités |ai|≤|aj|\mathopen{|}{a_{i}}\mathclose{|}\leq\mathopen{|}{a_{j}}\mathclose{|}, lorsque jj parcourt {1,…,n}\{1,\dots,n\}, et que le couple (𝖫,si)(\mathsf{L},s_{i}) est défini par la cochaîne (aj​(x)/ai​(x)~)j(\widetilde{a_{j}(x)/a_{i}(x)})_{j}.

Inversement, supposons que la norme de ss soit de la forme min⁡(|a1|,…,|am|)\min(\mathopen{|}{a_{1}}\mathclose{|},\dots,\mathopen{|}{a_{m}}\mathclose{|}), où (a1,…,am)(a_{1},\dots,a_{m}) est une famille finie d’éléments de 𝒪X,x×\mathscr{O}_{X,x}^{\times}. Pour tout ii, soit (Xi,x)(X_{i},x) le lieu de validité de la conjonction des inégalités |ai|≤|aj|\mathopen{|}{a_{i}}\mathclose{|}\leq\mathopen{|}{a_{j}}\mathclose{|} pour jj variable. Le fibré L¯\bar{L} peut alors être défini par le cocycle (ai/aj)(a_{i}/a_{j}), subordonné au G-recouvrement ((,,,))((X_{i},x)) de (X,x)(X,x). Pour tout ii, la cochaîne (aj​(x)/ai​(x)~)j(\widetilde{a_{j}(x)/a_{i}(x)})_{j} définit une section globale sis_{i} de 𝖫\mathsf{L} sur (X,x)~\widetilde{(X,x)} dont le lieu d’inversibilité est précisément (Xi,x)~\widetilde{(X_{i},x)}. Comme les (Xi,x)(X_{i},x) recouvrent (X,x)(X,x), leurs réductions (Xi,x)~\widetilde{(X_{i},x)} recouvrent (X,x)~\widetilde{(X,x)} et les sis_{i} engendrent 𝖫\mathsf{L}. ∎

[01WY]
\propname 6.8.3.

Soit XX un espace analytique compact, purement de dimension nn. Soit (a1,…,am)(a_{1},\dots,a_{m}) une famille finie de fonctions inversibles sur XX et soit f:X→𝐆mmf\colon X\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{m} le moment correspondant.

1) La fonction u=log⁡max⁡(|a1|−1,…,|am|−1)u=\log\max(\mathopen{|}{a_{1}}\mathclose{|}^{-1},\dots,\mathopen{|}{a_{m}}\mathclose{|}^{-1}) est globalement psh-approchable.

2) Soit xx un point intérieur de XX. Il existe alors un nombre réel positif ou nul λ\lambda tel que MA⁡(u)=λ​δx\operatorname{MA}(u)=\lambda\delta_{x} au voisinage de xx.

3) Supposons que l’on ait u⁡(x)=log⁡|ai|−1​(x)u(x)=\log\mathopen{|}{a_{i}}\mathclose{|}^{-1}(x) pour i∈{1,…,p}i\in\{1,\dots,p\} et u⁡(x)>log⁡max​|ai|−1​(x)u(x)>\log\max\mathopen{|}{a_{i}}\mathclose{|}^{-1}(x) sinon. Soit g:X→𝐆mpg\colon X\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{p} le moment donné par (a1,…,ap)(a_{1},\dots,a_{p}).

Le nombre réel λ\lambda ne dépend que du germe de polytope calibré de gtrop​(X)g_{\text{trop}}(X) en gtrop​(x)g_{\text{trop}}(x) muni de son immersion dans 𝐑p\mathbf{R}^{p}. En particulier, si la dimension tropicale de gg en xx est <n<n, on a λ=0\lambda=0.

[01WZ]
Démonstration.

Soit hh la fonction (x1,…,xm)↦max⁡(x1,…,xm)(x_{1},\dots,x_{m})\mapsto\max(x_{1},\dots,x_{m}) sur 𝐑m\mathbf{R}^{m} ; pour tout ε>0\varepsilon>0, soit hεh_{\varepsilon} la fonction donnée par (x1,…,xm)↦ε​log⁡(∑i=1mexp⁡(xi/ε))(x_{1},\dots,x_{m})\mapsto\varepsilon\log(\sum_{i=1}^{m}\exp(x_{i}/\varepsilon)). D’après le lemme 5.7.2, hεh_{\varepsilon} est convexe et l’on a u=f∗​h=limε→0+f∗​hεu=f^{*}h=\lim_{\varepsilon\rightarrow 0^{+}}f^{*}h_{\varepsilon} (uniformément), d’où la première assertion.

Avec les notations de la troisième assertion, on a u=log⁡max⁡(|a1|−1,…,|ap|−1)u=\log\max(\mathopen{|}{a_{1}}\mathclose{|}^{-1},\dots,\mathopen{|}{a_{p}}\mathclose{|}^{-1}) au voisinage de xx. On peut donc supposer que p=mp=m. Soit PP le polytope ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) muni de son calibrage canonique μf\mu_{f} ; posons ξ=ftrop​(x)\xi=f_{\text{trop}}(x). On place l’origine de l’espace affine 𝐆m,tropp\mathbf{G}_{\mathrm{m},{\text{trop}}}^{p} au point ξ\xi ; observons en effet que pour tout η∈𝐑m\eta\in\mathbf{R}^{m},

hε​(η)=ξ+ε​h1​((η−ξ)/ε).h_{\varepsilon}(\eta)=\xi+\varepsilon h_{1}((\eta-\xi)/\varepsilon).

Soit θ\theta une fonction 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty} sur 𝐑m\mathbf{R}^{m} et soit vv la fonction lisse f∗​θf^{*}\theta sur XX. On a donc

∫Xv​MA⁡(u)=limε→0+∫P⟨θ​d′​d′′⁡(uε)n,μf⟩.\int_{X}v\operatorname{MA}(u)=\lim_{\varepsilon\rightarrow 0^{+}}\int_{P}\langle\theta\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}(u_{\varepsilon})^{n},\mu_{f}\rangle.

Soit (𝒫)(\mathscr{P}) une décomposition cellulaire de PP adaptée à μf\mu_{f}. On a donc

∫P⟨θ​d′​d′′⁡(hε)n,μf⟩\displaystyle\int_{P}\langle\theta\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}(h_{\varepsilon})^{n},\mu_{f}\rangle =∑C∈𝒫n∫Cθ⁡(s)​⟨(d′​d′′⁡hε​(s))n,μf​(C)⟩\displaystyle=\sum_{C\in\mathscr{P}_{n}}\int_{C}\theta(s)\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}h_{\varepsilon}(s))^{n},\mu_{f}(C)\rangle
=∑C∈𝒫n∫(C−ξ)/εθ⁡(ξ+ε​s)​⟨(d′​d′′⁡h1)n,μf​(C)⟩.\displaystyle=\sum_{C\in\mathscr{P}_{n}}\int_{(C-\xi)/\varepsilon}\theta(\xi+\varepsilon s)\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}h_{1})^{n},\mu_{f}(C)\rangle.

Si ξ\xi est un sommet de CC, le même argument que celui effectué dans la preuve du lemme 5.7.5 prouve que le terme correspondant à CC converge vers θ⁡(ξ)​λC\theta(\xi)\lambda_{C} lorsque ε→0+\varepsilon\rightarrow 0^{+}, où

λC=∫ξ+𝐑+​(C−ξ)⟨(d′​d′′⁡h1)n,μf​(C)⟩.\lambda_{C}=\int_{\xi+\mathbf{R}_{+}(C-\xi)}\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}h_{1})^{n},\mu_{f}(C)\rangle.

En revanche, si ξ∉C\xi\not\in C, cette quantité converge vers 00. Par suite, ∫P⟨θ​(d′​d′′⁡h)n,μ⟩=θ⁡(ξ)​λP\int_{P}\langle\theta(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}h)^{n},\mu\rangle=\theta(\xi)\lambda_{P}, où

λP=∑C∈𝒫nξ∈C∫ξ+𝐑+​(C−ξ)⟨(d′​d′′⁡h1)n,μf​(C)⟩.\lambda_{P}=\sum_{\begin{subarray}{c}C\in\mathscr{P}_{n}\\ \xi\in C\end{subarray}}\int_{\xi+\mathbf{R}_{+}(C-\xi)}\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}h_{1})^{n},\mu_{f}(C)\rangle.

On a ainsi ∫Xv​MA⁡(u)=λP​v​(x)\int_{X}v\operatorname{MA}(u)=\lambda_{P}v(x) pour toute fonction lisse tropicalisée par ff. Ce calcul montre aussi que λP\lambda_{P} ne dépend que des faces calibrées de dimension nn de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) contenant le point ξ\xi. En particulier, λP=0\lambda_{P}=0 si PP n’a pas de face de dimension nn qui contienne ξ\xi, c’est-à-dire si la dimension tropicale de ff en xx est <n<n.

Soit vv une fonction lisse arbitraire sur XX ; soit YY un voisinage de xx qui est un dommaine analytique compact sur lequel vv est tropicale. Alors, il existe un moment f′:Y→T′f^{\prime}\colon Y\rightarrow T^{\prime} et un morphisme affine de tores p:T′→Tp\colon T^{\prime}\rightarrow T tel que f=p∘f′f=p\circ f^{\prime}, une fonction 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty} θ\theta sur P′=(f′)trop​(Y)P^{\prime}=(f^{\prime})_{\text{trop}}(Y). Le même calcul montre qu’il existe un nombre réel λP′\lambda_{P^{\prime}} tel que ∫Xv​MA⁡(u)=λP′​v​(x)\int_{X}v\operatorname{MA}(u)=\lambda_{P^{\prime}}v(x) dès que vv est tropicalisée par f′f^{\prime}. Nécessairement, λP=λP′\lambda_{P}=\lambda_{P^{\prime}}.

Autrement dit, ∫Xv​MA⁡(u)=λP​v​(x)\int_{X}v\operatorname{MA}(u)=\lambda_{P}v(x) pour toute fonction lisse vv, soit encore MA⁡(u)=λP​δx\operatorname{MA}(u)=\lambda_{P}\delta_{x}. ∎

[01X0]

6.9 Calcul de l’opérateur de Monge-Ampère (métriques formelles)

[01X1]

6.9.1

Le théorème principal de cette section affirme que l’opérateur de Monge-Ampère que nous avons défini dans cet article coïncide coïncide avec celui de [22]. La théorie construite dans ce dernier article partait du cas des métriques formelles, alors considérées comme métriques « lisses » : la théorie de l’intersection sur la fibre spéciale fournissait des mesures atomiques pour des fibrés en droites munis de métriques formelles nef  ; un argument d’approximation permettait de construire des mesures pour des fibrés en droites munis de métriques limites uniformes de métriques nef. Dans le présent article, le point de vue est renversé : les métriques formelles sont singulières, mais limites uniformes de métriques psh lisses, et leurs mesures de Monge-Ampère ne sont définies que via un passage à la limite.

[01X2]
\propname 6.9.2.

Soit XX un espace kk-analytique (bon, séparé), purement de dimension nn. Soit (L¯1,…,L¯n)(\bar{L}_{1},\ldots,\bar{L}_{n}) une famille de fibrés métrisés PL sur XX et soit SS le sous-ensemble de XX formé des points xx tels que la dimension de définition simultanée des Li¯​(x)\bar{L_{i}}(x) soit égale à nn. Il existe une famille (λx)x∈S(\lambda_{x})_{x\in S} de nombres réels telle que

⋀j=1nc1​(L¯j)=∑x∈Sλx​δx.\bigwedge_{j=1}^{n}c_{1}(\bar{L}_{j})=\sum_{x\in S}\lambda_{x}\delta_{x}.

On a λx=0\lambda_{x}=0 si x∈∂(X)x\in\partial(X).

Rappelons que d’après la proposition 6.7.3, cet ensemble SS est fermé et discret dans XX.

[01X3]
Démonstration.

Par nn-linéarité et symétrie, on se ramène au cas où les L¯j\bar{L}_{j} sont tous égaux à un même fibré métrisé L¯\bar{L}. On sait que le support de la mesure considérée est contenue dans Int⁡(X)\operatorname{Int}(X). Soit x∈Int⁡(X)x\in\operatorname{Int}(X) et soit (V,M)(V,M) un prémodèle de 𝖫⁡(x)\mathsf{L}(x) où VV est de dimension minimale. On peut supposer VV projective, et écrire M≃M1⊗M2∨M\simeq M_{1}\otimes M_{2}^{\vee}, où M1M_{1} et M2M_{2} sont engendrés par leurs sections globales — on peut même les choisir très amples.

Relevons M1M_{1} et M2M_{2} en deux fibrés métrisés PL sur (X,x)(X,x) que l’on note L¯1\bar{L}_{1} et L¯2\bar{L}_{2}. On dispose donc d’un isomorphisme L¯≃L¯1⊗L¯2∨\bar{L}\simeq\bar{L}_{1}\otimes\bar{L}_{2}^{\vee} au voisinage de xx. Soit ss (resp. s2s_{2}) une section de LL (resp. L2L_{2}). Leur produit tensoriel s⊗s2s\otimes s_{2} s’identifie à une section s1s_{1} de L1L_{1}. Comme ∥s∥=∥s1∥.∥s2∥−1\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}=\mathopen{\|}{s_{1}}\mathclose{\|}.\mathopen{\|}{s_{2}}\mathclose{\|}^{-1}, et comme la dimension de définition de 𝖫i¯​(x)\bar{\mathsf{L}_{i}}(x), pour i=1,2i=1,2, est majorée par la dimension de VV, on peut, pour démontrer la proposition, supposer que MM est engendré par ses sections globales.

Au voisinage de xx, la fonction ∥s∥−1\mathopen{\|}{s}\mathclose{\|}^{-1} est alors de la forme maxi⁡(|ai|−1)\max_{i}(\mathopen{|}{a_{i}}\mathclose{|}^{-1}), où les aia_{i} appartiennent à 𝒪X,x×\mathscr{O}_{X,x}^{\times}, et où ai​(x)/aj​(x)~∈k~​(V)\widetilde{a_{i}(x)/a_{j}(x)}\in\tilde{k}(V) pour tout couple (i,j)(i,j). Si x∉Sx\notin S, la dimension de VV est strictement inférieure à nn et la dimension tropicale en xx de la famille (ai)(a_{i}) est strictement inférieure à nn. D’après la proposition 6.8.3, la mesure c1​(L¯)nc_{1}(\bar{L})^{n} est nulle au voisinage de xx. En particulier, le support de c1​(L¯)nc_{1}(\bar{L})^{n} est contenu dans SS et c1​(L¯)nc_{1}(\bar{L})^{n} est une mesure de support fini, d’où la proposition. ∎

Dans la suite de ce paragraphe, nous donnons une formule pour les nombre réels λx\lambda_{x} en fonction des fibrés résiduels 𝖫i​(x)\mathsf{L}_{i}(x).

[01X4]
\theoname 6.9.3.

On conserve les notations de la proposition 6.9.2. On suppose de plus que XX est génériquement lisse et que le corps kk est stable. Alors, pour tout x∈Sx\in S, on a l’égalité

λx=[|ℋ(x)×|:|k×|]∫(X,x)~⋀j=1nc1(𝖫i~(x))\lambda_{x}=\left[\mathopen{|}{{\mathscr{H}}(x)^{\times}}\mathclose{|}:\mathopen{|}{k^{\times}}\mathclose{|}\right]\int_{\widetilde{(X,x)}}\bigwedge_{j=1}^{n}c_{1}(\widetilde{\mathsf{L}_{i}}(x))
[01X5]
Démonstration.

On reprend la réduction et les notations de la preuve de la proposition 6.9.2. Il s’agit donc de démontrer que

λx=[|ℋ(x)×|:|k×|]∫(X,x)~c1(𝖫~(x))n.\lambda_{x}=\left[\mathopen{|}{{\mathscr{H}}(x)^{\times}}\mathclose{|}:\mathopen{|}{k^{\times}}\mathclose{|}\right]\int_{\widetilde{(X,x)}}c_{1}(\widetilde{\mathsf{L}}(x))^{n}. (6.9.3.1)

On remarque que cette formule à prouver est vraie si dim(V)<n\dim(V)<n : dans ce cas, le membre de gauche est nul d’après ce qui précède, et le membre de droite est nul par théorie de l’intersection. Dans toute la suite, on suppose que le prémodèle VV est un modèle, de sorte que dim(V)=n\dim(V)=n et que k~​(V)=ℋ⁡(x)~\tilde{k}(V)=\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}. Fixons un voisinage ouvert UU de xx tel que U∩S={x}U\cap S=\{x\}. Il résulte du cas dimV<n\dim V<n déjà traité que le support de c1​(L¯)n|Uc_{1}(\bar{L})^{n}|_{U} est contenu dans {x}\{x\}  ; par conséquent, c1​(L¯)n|U=λx​δxc_{1}(\bar{L})^{n}|_{U}=\lambda_{x}\delta_{x}.

D’après la proposition 3.4.4, il existe un voisinage affinoïde WW de xx dans UU et un moment f:W→Tf\colon W\rightarrow T tel que :

  • —

    ff tropicalise les αi\alpha_{i}  ;

  • —

    ftrop​(x)∉ftrop​(∂W)f_{\text{trop}}(x)\notin f_{\text{trop}}(\partial W).

Il résulte de la prop. 6.8.3 que λx\lambda_{x} ne dépend que du cône calibré CxC_{x} de ftrop​(W)f_{\text{trop}}(W) en ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) et de la fonction affine sur ftrop​(W)f_{\text{trop}}(W) induisant max⁡(|ai|−1)\max(\mathopen{|}{a_{i}}\mathclose{|}^{-1}).

[01X6]
\propname 6.9.4.

La formule (6.9.3.1) est vraie si le corps kk est algébriquement clos : pour tout x∈Sx\in S, on a

λx=∫(X,x)~c1​(𝖫~​(x)).\lambda_{x}=\int_{\widetilde{(X,x)}}c_{1}(\widetilde{\mathsf{L}}(x)).
[01X7]
Démonstration.

Soit a:W→𝐆mra\colon W\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{r} le moment induit par les aia_{i}  ; on désigne par CC le cône rationnel calibré correspondant. Comme ℋ⁡(x)~\widetilde{{\mathscr{H}}(x)} est de degré de transcendance égal à nn sur k~\tilde{k} (puisque la dimension de VV est égale à nn), le point xx étant de type 2, et n’est situé sur aucun fermé de Zariski de XX de dimension <n<n. Quitte à restreindre XX, on peut donc supposer que X=𝒳anX=\mathscr{X}^{\mathrm{an}} pour une certaine kk-variété algébrique lisse 𝒳\mathscr{X}. On peut également supposer que les aia_{i} sont algébriques, et que |ai​(x)|=1\mathopen{|}{a_{i}(x)}\mathclose{|}=1 pour tout ii.

On considère le corps k~\tilde{k} comme trivialement valué, et l’on note ξ\xi le point de VanV^{\mathrm{an}} qui correspond à la valuation triviale sur k~​(V)\tilde{k}(V). On a k~​(ξ)=ℋ⁡(x)~\tilde{k}(\xi)=\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}. Pour tout ii, on voit ai​(x)~\widetilde{a_{i}(x)} comme une fonction sur (Van,ξ)(V^{\mathrm{an}},\xi), et s~​(x)\tilde{s}(x) comme une section de LanL^{\mathrm{an}} (canoniquement métrisé) sur (Van,ξ)(V^{\mathrm{an}},\xi)  ; sa norme est égale à min⁡|ai​(x)~|\min|\widetilde{a_{i}(x)}|. On note C~\tilde{C} le cône rationnel calibré associé au moment défini par les ai​(x)~\widetilde{a_{i}(x)} au voisinage de ξ\xi.

[01X8]
\lemmname 6.9.5.

Les cônes rationnels C~\tilde{C} et CC coïncident ainsi que leurs calibrages.

[01X9]
Démonstration.

La coïncidence des cônes rationnels C~\tilde{C} et CC est démontrée dans [32] (théorème 3.3 et sa preuve).

Pour démontrer que leurs calibrages coïncident aussi, on choisit une projection de CC vers (𝐑+×)n(\mathbf{R}^{\times}_{+})^{n}, définie sur 𝐙\mathbf{Z}, dont la restriction à chaque face maximale est injective. On note pp la composée de (X,x)→𝐆mr(X,x)\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{r} et du morphisme de tores 𝐆mr→𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{r}\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} qui induit la projection choisie. Comme ptrop​(X,x)p_{\text{trop}}(X,x) est, par construction, de dimension nn, son image p⁡(x)p(x) est le point de Gauß ηk\eta_{k} de 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}. On définit de même p~:(Van,ξ)→((𝐆mn)k~,,ηk~)\tilde{p}\colon(V^{\mathrm{an}},\xi)\to((\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})_{\tilde{k}},,\eta_{\tilde{k}}). Notons que ℋ⁡(ηk)~\widetilde{{\mathscr{H}}(\eta_{k})} est égal à k~​(T1,…,Tn)\tilde{k}(T_{1},\ldots,T_{n}).

Soit FF la sous-extension modérément ramifiée maximale de ℋ⁡(x)/ℋ⁡(ηk){\mathscr{H}}(x)/{\mathscr{H}}(\eta_{k}). Son corps résiduel F~\tilde{F} est la fermeture séparable de ℋ⁡(ηk)~\widetilde{{\mathscr{H}}(\eta_{k})} dans ℋ⁡(x)~\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}.

Le corps ℋ⁡(ηk){\mathscr{H}}(\eta_{k}) étant stable,

[ℋ⁡(x)~:k~(T1,…,Tn)]=[ℋ(x):ℋ(ηk)].[\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}:\tilde{k}(T_{1},\ldots,T_{n})]=[{\mathscr{H}}(x):{\mathscr{H}}(\eta_{k})].

Choisissons une décomposition conique de CC et une décomposition conique de (𝐑+×)n(\mathbf{R}^{\times}_{+})^{n} compatibles avec les différents calibrages considérés. Considérons une cellule ouverte maximale DD de CC, et soit D′D^{\prime} son image dans (𝐑+×)n(\mathbf{R}^{\times}_{+})^{n}.

On peut définir DD comme le lieu de validité sur CC d’une conjonction Φ\Phi d’inégalités de la forme φ<1\varphi<1 où φ\varphi est un monôme en les fonctions coordonnées  ; de même, D′D^{\prime} est définie par une conjonction Φ′\Phi^{\prime}. Soit Ψ~\widetilde{\Psi} la conjonction d’inégalités correspondante portant sur les normes des fonctions ai​(x)~\widetilde{a_{i}(x)}. Quitte à multiplier tous les exposants en jeu par une puissance convenable de pp, on peut supposer que les fonctions qui interviennent dans Ψ~\widetilde{\Psi} appartiennent toutes à F~\tilde{F}  ; on les relève dans FF et l’on note Ψ\Psi la conjonction d’inégalités correspondante. On désigne par Ψ′\Psi^{\prime} (resp. Ψ′~\widetilde{\Psi^{\prime}}) la conjonction d’inégalités entre les |Ti|\mathopen{|}{T_{i}}\mathclose{|}, où les TiT_{i} sont vues comme fonctions analytiques sur 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} (resp. (𝐆mn)k~(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})_{\tilde{k}}), qui correspond à Φ′\Phi^{\prime}.

Pour montrer que les calibrages de CC et C~\tilde{C} coïncident sur DD, il suffit de montrer l’égalité des degrés NN et N~\tilde{N} correspondants.

Le degré NN peut être caractérisé ainsi : tout point de S⁡(𝐆mn)S(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}) satisfaisant Ψ′\Psi^{\prime} et suffisamment proche de ηk\eta_{k} a NN antécédents (comptés avec corps résiduels et multiplicités) dans l’ouvert défini par la condition Ψ\Psi.

De même, tout point de S⁡((𝐆mn)k~)S((\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})_{\tilde{k}}) satisfaisant Ψ′~\widetilde{\Psi^{\prime}} et suffisamment proche de ηk~\eta_{\tilde{k}} a N~\tilde{N} antécédents (comptés avec multiplicités égales au produit du degré de l’extension de corps résiduels et de la multiplicité géométrique) dans l’ouvert défini par la condition Ψ~\widetilde{\Psi}.

Soit mm l’entier tel que

[ℋ⁡(x)~:F~]=[ℋ(x):F]=pm.[\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}:\tilde{F}]=[{\mathscr{H}}(x):F]=p^{m}.

L’extension FF définit un revêtement fini étale 𝒴\mathscr{Y} de 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} au voisinage de son point générique, et (X,x)→𝐆mn(X,x)\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} se factorise par 𝒴an\mathscr{Y}^{\mathrm{an}}.

Si yy désigne l’image de xx sur 𝒴an\mathscr{Y}^{\mathrm{an}} alors (X,x)→(𝒴an,y)(X,x)\to(\mathscr{Y}^{\mathrm{an}},y) est fini et plat de degré pmp^{m}. La condition Ψ\Psi ne portant, par construction, que sur des normes de fonctions sur 𝒴\mathscr{Y}, elle définit un ouvert Ω\Omega de 𝒴an\mathscr{Y}^{\mathrm{an}}. Tout point de S⁡(𝐆mn)S(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}) satisfaisant Ψ′\Psi^{\prime} et suffisamment proche de ηk\eta_{k} a exactement N/pmN/p^{m} antécédents dans Ω\Omega  ; ces antécédents sont comptés avec les multiplicités données par le degré de l’extension de corps résiduels, mais comme 𝒴→𝐆mn\mathscr{Y}\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} est étale, les multiplicités géométriques sont égales à 11.

On peut faire le même jeu au niveau résiduel. L’extension F~\tilde{F} définit un revêtement fini étale 𝒴~\widetilde{\mathscr{Y}} de (𝐆mn)k~(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})_{\tilde{k}} au voisinage de son point générique, et (Van,ξ)→(𝐆mn)k~(V^{\mathrm{an}},\xi)\to(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})_{\tilde{k}} se factorise par 𝒴an~\widetilde{\mathscr{Y}^{\mathrm{an}}}. Si ζ\zeta désigne l’image de ξ\xi sur 𝒴~an\widetilde{\mathscr{Y}}^{\mathrm{an}} alors (Van,ξ)→(𝒴~an,ζ)(V^{\mathrm{an}},\xi)\to(\widetilde{\mathscr{Y}}^{\mathrm{an}},\zeta) est fini et plat de degré pmp^{m}. La condition Ψ~\widetilde{\Psi} ne portant, par construction, que sur des normes de fonctions sur 𝒴~\widetilde{\mathscr{Y}}, elle définit un ouvert Ω~\widetilde{\Omega} de 𝒴~an\widetilde{\mathscr{Y}}^{\mathrm{an}}. Tout point de OPENS​((𝐆mn))k~)S((\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}))_{\tilde{k}}) satisfaisant Ψ′~\widetilde{\Psi^{\prime}} et suffisamment proche de ηk~\eta_{\tilde{k}} a N~/pm\tilde{N}/p^{m} antécédents dans Ω~\widetilde{\Omega} (comme précédemment, chaque antécédent est affecté d’une multiplicité égale au degré de l’extension de corps résiduel ; les multiplicités valent 11 car 𝒴~→(𝐆mn)k~\widetilde{\mathscr{Y}}\to(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})_{\tilde{k}} est étale).

Choisissons un groupe ordonné ℷ\gimel contenant 𝐑+×\mathbf{R}^{\times}_{+} tel qu’il existe 𝐠∈ℷ𝐧\bf g\in\gimel^{n} satisfaisant Φ′\Phi^{\prime} et infiniment proche de 11  ; il définit une valuation de Gauß η𝐠\eta_{\bf g} sur k⁡(T1,…,Tn)k(T_{1},\ldots,T_{n}), ainsi qu’une valuation de Gauß ηk~,𝐠\eta_{\tilde{k},\bf g} sur k~​(T1,…,Tn)\tilde{k}(T_{1},\ldots,T_{n}). Remarquons que η𝐠\eta_{\bf g} est la composée de la valuation de Gauß standard ηk~\eta_{\tilde{k}} et de ηk~,𝐠\eta_{\tilde{k},\bf g}.

Fixons une clôture algébrique 𝕂\mathbb{K} de k⁡(T1,…,Tn)k(T_{1},\ldots,T_{n}) et une extension de ηk\eta_{k} à 𝕂\mathbb{K}. Son corps résiduel 𝕂~\widetilde{\mathbb{K}} est une clôture algébrique de k~​(T1,…,Tn)\tilde{k}(T_{1},\ldots,T_{n})  ; munissons-le d’un prolongement de ηk~,𝐠\eta_{\tilde{k},\bf g}. En le composant avec le prolongement fixé de ηk\eta_{k}, on obtient un prolongement de η𝐠\eta_{\bf g} à 𝕂\mathbb{K}. On travaille désormais avec ces prolongements, que l’on note de la même manière que les valuations qu’ils étendent.

Soit P~∈k~​(T1,…,Tn)​[τ]\tilde{P}\in\tilde{k}(T_{1},\ldots,T_{n})[\tau] tel que F~≃k~​(T1,…,Tn)​[τ]/P~\tilde{F}\simeq\tilde{k}(T_{1},\ldots,T_{n})[\tau]/\tilde{P}  ; relevons P~\tilde{P} en un polynôme unitaire PP à coefficients dans k⁡(T1,…,Tn)k(T_{1},\ldots,T_{n}).

La condition Ψ~\widetilde{\Psi} peut ainsi être vue comme portant sur des normes de polynômes en τ\tau à coefficients dans F~\tilde{F} (modulo P~\tilde{P}).

On peut alors voir Ψ\Psi comme une condition portant sur les normes de polynômes en τ\tau à coefficients dans F∘F^{\circ}, relevant les précédents.

Un argument de constructibilité, et d’universalité des formules afférentes, assure que N/pmN/p^{m} est égal au nombre de racines de PP dans (𝕂,η𝐠)(\mathbb{K},\eta_{\bf g}) qui satisfont Ψ\Psi.

De même, N~/pm\tilde{N}/p^{m} est égal au nombre de racines de P~\tilde{P} dans (𝕂~,ηk~,𝐠)(\widetilde{\mathbb{K}},\eta_{\tilde{k},\bf g}) qui satisfont Ψ~\widetilde{\Psi}.

Par séparabilité de P~\tilde{P}, la réduction induit une bijection entre l’ensemble des racines de PP dans 𝕂\mathbb{K} et celui des racines de P~\tilde{P} dans 𝕂~\widetilde{\mathbb{K}}.

Comme Ψ\Psi est une conjonction de formules du type |Q⁡(τ)|<1|Q(\tau)|<1 où QQ est à coefficients entiers relativement à ηk\eta_{k}, comme Ψ~\widetilde{\Psi} est la réduction de la condition Ψ\Psi, et comme η𝐠\eta_{\bf g} est composée de ηk\eta_{k} et de ηk~,𝐠\eta_{\tilde{k},\bf g}, une racine de PP satisfait Ψ\Psi dans (𝕂,η𝐠)(\mathbb{K},\eta_{\bf g}) si et seulement si sa réduction satisfait Ψ~\widetilde{\Psi} dans (𝕂~,ηk~,𝐠)(\widetilde{\mathbb{K}},\eta_{\tilde{k},\bf g}).

Par conséquent, le nombre de racines de PP dans (𝕂,η𝐠)(\mathbb{K},\eta_{\bf g}) qui satisfont Ψ\Psi est égal au nombre de racines de P~\tilde{P} dans (𝕂~,ηk~,𝐠)(\widetilde{\mathbb{K}},\eta_{\tilde{k},\bf g}) qui satisfont Ψ~\widetilde{\Psi}.

Il vient N=N~N=\tilde{N}, ce qu’il fallait démontrer. ∎

Observons maintenant que le point ξ\xi est le seul point de VanV^{\mathrm{an}} qui ait un corps résiduel de degré de transcendance égal à nn sur k~\tilde{k}. On déduit donc du début de la preuve que c1​(Lan)n=μ​δξc_{1}(L^{\mathrm{an}})^{n}=\mu\delta_{\xi}, où μ\mu ne dépend que du cône calibré C~⊂(𝐑+×)n\tilde{C}\subset(\mathbf{R}^{\times}_{+})^{n}, et de la fonction linéaire par morceaux « minimum des coordonnées » sur celui-ci. Comme le cône calibré C~\tilde{C} est égal au cône calibré CC, il vient μ=λx\mu=\lambda_{x}. Par ailleurs, d’après le corollaire 6.4.4, la masse totale de la mesure c1​(Lan)nc_{1}(L^{\mathrm{an}})^{n} est donnée par

μ=∫Van⋀nc1​(Lan)=∫V⋀nc1​(L)=∫(X,x)~⋀nc1​(𝖫~​(x)).\mu=\int_{V^{\mathrm{an}}}\bigwedge^{n}c_{1}(L^{\mathrm{an}})=\int_{V}\bigwedge^{n}c_{1}(L)=\int_{\widetilde{(X,x)}}\bigwedge^{n}c_{1}(\widetilde{\mathsf{L}}(x)).

Cela conclut la démonstration du lemme. ∎

La formule (6.9.3.1) étant maintenant démontrée lorsque le corps kk est algébriquement clos, il reste à expliquer comment en déduire le cas général.

On suppose maintenant simplement que le corps kk est stable. L’espace XX est toujours génériquement lisse, donc lisse au voisinage de xx  ; on peut donc le supposer lisse.

On peut supposer que kk est séparablement clos dans ℋ⁡(x){\mathscr{H}}(x). Soit FF la fermeture séparable de kk dans κ⁡(x)\kappa(x).

Le caractère hensélien de 𝒪X,x\mathscr{O}_{X,x} permet de restreindre XX de sorte que F↪𝒪X​(X)F\hookrightarrow\mathscr{O}_{X}(X). Le morphisme X→ℳ⁡(k)X\to\mathscr{M}(k) se factorise alors par ℳ⁡(F)\mathscr{M}(F). Si ω\omega est une (n,n)(n,n)-forme sur XX, on a ∫X→ℳ⁡(k)ω=[F:k]n∫X→ℳ⁡(F)ω\int_{X\to\mathscr{M}(k)}\omega=[F:k]^{n}\int_{X\to\mathscr{M}(F)}\omega (cela provient de la définition de l’intégrale, et du fait que (𝐆mn)F→𝐆mn(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})_{F}\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} est de degré [F:k][F:k])  ; par conséquent, ⋀nc1​(𝖫)\bigwedge\limits^{n}c_{1}(\mathsf{L}) est divisé par [F:k]n[F:k]^{n} si l’on considère XX comme un espace FF-analytique.

On a par ailleurs

[|ℋ(x)×|:|k×|]=[|ℋ(x)×|:|F×|]⋅[|F×|:|k×|],[\mathopen{|}{{\mathscr{H}}(x)^{\times}}\mathclose{|}:\mathopen{|}{k^{\times}}\mathclose{|}]=[\mathopen{|}{{\mathscr{H}}(x)^{\times}}\mathclose{|}:\mathopen{|}{F^{\times}}\mathclose{|}]\cdot[\mathopen{|}{F^{\times}}\mathclose{|}:\mathopen{|}{k^{\times}}\mathclose{|}],

et ∫(X,x)~⋀nc1​(𝖫~​(x))\int_{\widetilde{(X,x)}}\bigwedge\limits^{n}c_{1}(\tilde{\mathsf{L}}(x)) est divisé par [F~:k~][\tilde{F}:\tilde{k}] si l’on voit (X,x)~\widetilde{(X,x)} comme espace de Zariski-Riemann sur F~\tilde{F}.

En vertu de la stabilité de kk,

[F:k]=[|F×|:|k×|]⋅|F~:k~|.[F:k]=[\mathopen{|}{F^{\times}}\mathclose{|}:\mathopen{|}{k^{\times}}\mathclose{|}]\cdot\mathopen{|}{\tilde{F}:\tilde{k}}\mathclose{|}.

Au vu de ce qui précède, ceci entraîne qu’on peut, quitte à remplacer kk par FF, supposer que F=kF=k. On choisit une clôture algébrique kak^{a} de kk. Pour tout sous-corps complet FF de ka^\widehat{k^{a}} contenant kk, on note xFx_{F} l’unique antécédent de xx sur XFX_{F}.

Le cas où |k×|={1}\mathopen{|}{k^{\times}}\mathclose{|}=\{1\}. On a alors |ℋ​(x)×|={1}\mathopen{|}{{\mathscr{H}}(x)^{\times}}\mathclose{|}=\{1\}, et donc ℋ⁡(x)=κ⁡(x)=ℋ⁡(x)~{\mathscr{H}}(x)=\kappa(x)=\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}. L’espace XX étant lisse, 𝒪X,x=κ⁡(x)\mathscr{O}_{X,x}=\kappa(x), et ce dernier reste réduit après tensorisation par n’importe quelle extension finie FF de kk (puisque XFX_{F} est lisse, et a fortiori réduit).

Il s’ensuit que ℋ⁡(xka)=ℋ⁡(x)~⊗kka{\mathscr{H}}(x_{k^{a}})=\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}\otimes_{k}k^{a}. Tous ces corps sont trivialement valués, et coïncident donc avec leurs corps résiduels. De ce fait,

∫(Xka,xka)~⋀nc1​(𝖫~​(xka))=∫(X,x)~⋀nc1​(𝖫~​(x)),\int_{\widetilde{(X_{k^{a}},x_{k^{a}})}}\bigwedge^{n}c_{1}(\tilde{\mathsf{L}}(x_{k^{a}}))=\int_{\widetilde{(X,x)}}\bigwedge^{n}c_{1}(\tilde{\mathsf{L}}(x)),

ce qui termine la preuve dans le cas trivialement valué.

Le cas où |k×|≠{1}\mathopen{|}{k^{\times}}\mathclose{|}\neq\{1\}. En relevant une base de transcendance du corps résiduel ℋ⁡(x)~\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}, on définit un morphisme fini d’un voisinage strictement affinoïde WW de xx vers un voisinage strictement affinoïde du point de Gauß dans 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}. Si DD désigne le polydisque unité de dimension nn, le produit fibré W′:=W×𝐆mnDW^{\prime}:=W\times_{\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}}D est un domaine strictement affinoïde de XX contenant xx dans son bord de Shilov. Il est quasi-lisse, et a fortiori géométriquement réduit. Il en résulte l’existence d’une extension finie séparable FF de kk telle que WF′W^{\prime}_{F} soit distingué et tel que la réduction canonique WF′~\widetilde{W^{\prime}_{F}} soit à composantes irréductibles géométriquement intègres. On a alors

ℋ⁡(xka^)~=ℋ⁡(xF)~⊗k~F~\widetilde{{\mathscr{H}}(x_{\widehat{k^{a}}})}=\widetilde{{\mathscr{H}}(x_{F})}\otimes_{\tilde{k}}\tilde{F}

et |ℋ​(xF)×|=|F×||{\mathscr{H}}(x_{F})^{\times}|=|F^{\times}|. Par conséquent, la formule souhaitée est vraie sur le corps FF.

On a

∫(XF,xF)~/F~⋀nc1​(𝖫~​(xF))\displaystyle\int_{\widetilde{(X_{F},x_{F})}/\tilde{F}}\bigwedge^{n}c_{1}(\tilde{\mathsf{L}}(x_{F})) =1[F~:k~]⋅∫(XF,xF)~/k~⋀nc1(𝖫~(xF))\displaystyle=\frac{1}{[\tilde{F}:\tilde{k}]}\cdot\int_{\widetilde{(X_{F},x_{F})}/\tilde{k}}\bigwedge^{n}c_{1}(\tilde{\mathsf{L}}(x_{F}))
=[ℋ⁡(xF)~:ℋ⁡(x)~][F~:k~]⋅∫(X,x)~⋀nc1(𝖫~(x)).\displaystyle=\frac{[\widetilde{{\mathscr{H}}(x_{F})}:\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}]}{[\tilde{F}:\tilde{k}]}\cdot\int_{\widetilde{(X,x)}}\bigwedge^{n}c_{1}(\tilde{\mathsf{L}}(x)).

Les corps FF et ℋ⁡(x){\mathscr{H}}(x) sont stables. Dès lors :

[ℋ⁡(xF)~:ℋ⁡(x)~][F~:k~]\displaystyle\frac{[\widetilde{{\mathscr{H}}(x_{F})}:\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}]}{[\tilde{F}:\tilde{k}]} =[ℋ(xF):ℋ(x)][|ℋ(xF)×|:|ℋ(x)×|]⋅[|F×|:|k×|][F:k]\displaystyle=\frac{[{\mathscr{H}}(x_{F}):{\mathscr{H}}(x)]}{[\mathopen{|}{{\mathscr{H}}(x_{F})^{\times}}\mathclose{|}:\mathopen{|}{{\mathscr{H}}(x)^{\times}}\mathclose{|}]}\cdot\frac{[\mathopen{|}{F^{\times}}\mathclose{|}:\mathopen{|}{k^{\times}}\mathclose{|}]}{[F:k]}
=[|F×|:|k×|][|ℋ(xF)×|:|ℋ(x)×|],\displaystyle=\frac{[\mathopen{|}{F^{\times}}\mathclose{|}:\mathopen{|}{k^{\times}}\mathclose{|}]}{[\mathopen{|}{{\mathscr{H}}(x_{F})^{\times}}\mathclose{|}:\mathopen{|}{{\mathscr{H}}(x)^{\times}}\mathclose{|}]},

car [ℋ(xF):ℋ(x)]=[F:k][{\mathscr{H}}(x_{F}):{\mathscr{H}}(x)]=[F:k] puisque FF est séparable sur kk et puisque xFx_{F} est l’unique antécédent de xx sur XFX_{F}. Comme |ℋ​(xF)×|=|F×||{\mathscr{H}}(x_{F})^{\times}|=|F^{\times}| par choix de FF, l’expression ci-dessus est égale à [|ℋ(x)×|:|k×|][|{\mathscr{H}}(x)^{\times}|:|k^{\times}|], ce qui achève la preuve. ∎

[01XA]

6.9.6

Parmi les corps stables, on trouve les corps algébriquement clos et ceux de valuation discrète. Dans le premier cas, le facteur devant le degré d’intersection du théorème 6.9.3 est égal à 11.

Quand kk est de valuation discrète, la proposition suivante, bien connue des spécialistes, démontre que les mesures définies par la théorie de cet article sont compatibles avec celles de [22].

[01XB]
\propname 6.9.7.

Soit 𝔛\mathfrak{X} un k∘k^{\circ}-schéma formel localement topologiquement de présentation finie et relativement normal dans sa fibre générique XX, que l’on suppose réduite. Soit ξ\xi un point générique de la fibre spéciale de 𝔛\mathfrak{X} et soit xx son unique antécédent dans XX.

1) La multiplicité de la composante irréductible {ξ}¯\overline{\{\xi\}} de 𝔛k~\mathfrak{X}_{\tilde{k}}, c’est-à-dire la longueur de l’anneau local artinien 𝒪𝔛k~,ξ\mathscr{O}_{\mathfrak{X}_{\tilde{k}},\xi}, est égale à l’indice [|ℋ(x)×|:|k×||][\mathopen{|}{{\mathscr{H}}(x)^{\times}}\mathclose{|}:\mathopen{|}{k^{\times}}\mathclose{|}|].

2) Le corps ℋ⁡(x)~\widetilde{{\mathscr{H}}(x)} s’identifie au corps κ⁡(ξ)\kappa(\xi).

[01XC]
Démonstration.

Notons ρ\rho l’application de réduction de XX dans 𝔛\mathfrak{X}. La question est locale sur 𝔛\mathfrak{X}, ce qui autorise à le supposer affine, donc de la forme Spf⁡(𝔄)\operatorname{Spf}(\mathfrak{A}) où 𝔄\mathfrak{A} est une k∘k^{\circ}-algèbre plate topologiquement de présentation finie intégralement close dans 𝔄⊗k∘k\mathfrak{A}\otimes_{k^{\circ}}k. On peut également supposer que 𝔛\mathfrak{X} est équidimensionnel  ; soit dd sa dimension. L’espace affinoïde 𝔛η\mathfrak{X}_{\eta} est alors équidimensionnel et de dimension dd. Comme il est réduit, son lieu de non-normalité YY est de dimension strictement inférieure à dd. Le corps ℋ⁡(x)~\widetilde{{\mathscr{H}}(x)} étant de degré de transcendance dd sur k~\tilde{k}, le fermé de Zariski YY de XX ne contient pas xx. Son image ρ⁡(Y)\rho(Y) évite donc ξ\xi. Comme elle est constructible (et même fermée), quitte à restreindre encore 𝔛\mathfrak{X}, on peut supposer que 𝔛η\mathfrak{X}_{\eta} est intègre et normal. Puisque 𝔄\mathfrak{A} est intégralement close dans 𝔄⊗k∘k\mathfrak{A}\otimes_{k^{\circ}}k, l’algèbre intègre 𝔄\mathfrak{A} est normale. Soit 𝔎\mathfrak{K} son corps des fractions.

Le schéma 𝔛k~\mathfrak{X}_{\tilde{k}} s’identifie à Spec⁡(𝔄⊗k∘k~)\operatorname{Spec}(\mathfrak{A}\otimes_{k^{\circ}}\tilde{k})  ; le point ξ\xi correspond par ce biais à un point de Spec⁡(𝔄)\operatorname{Spec}(\mathfrak{A}) que l’on note encore ξ\xi et qui est de hauteur 1 dans le schéma noethérien normal Spec⁡(𝔄)\operatorname{Spec}(\mathfrak{A}). L’anneau local 𝒪Spec⁡(𝔄,ξ)\mathscr{O}_{\operatorname{Spec}(\mathfrak{A},\xi)} est donc l’anneau d’une valuation discrète vv de 𝔎\mathfrak{K} qui prolonge la valuation de k∘k^{\circ}, normalisée pour que v⁡(𝔎×)=𝐙v(\mathfrak{K}^{\times})=\mathbf{Z}. Soit π\pi une uniformisante de k∘k^{\circ} et soit ee l’entier v⁡(π)v(\pi). La longueur de 𝒪𝔛k~,ξ\mathscr{O}_{\mathfrak{X}_{\tilde{k}},\xi} est égale à celle de 𝒪Spec⁡(𝔄),ξ/π\mathscr{O}_{\operatorname{Spec}(\mathfrak{A}),\xi}/\pi, et donc à ee.

Soit φ:𝔎→𝐑+\varphi\colon\mathfrak{K}\to\mathbf{R}_{+} l’application qui envoie 00 sur 00 et aa sur |π|v⁡(a)/e\mathopen{|}{\pi}\mathclose{|}^{v(a)/e} si a≠0a\neq 0. C’est une valeur absolue dont la restriction à kk coïncide avec la valeur absolue de ce dernier, et qui est bornée par 11 sur 𝔄\mathfrak{A}. Elle définit donc un point x′x^{\prime} de ℳ⁡(𝖠⊗k∘k)\mathscr{M}(\mathsf{A}\otimes_{k^{\circ}}k). Si a∈𝔄a\in\mathfrak{A} on a par construction a⁡(ξ)=0a(\xi)=0 si et seulement si φ⁡(a)<1\varphi(a)<1, ce qui signifie que ρ⁡(x′)=ξ\rho(x^{\prime})=\xi  ; par conséquent, x′=xx^{\prime}=x.

Par construction, (𝔎,φ)(\mathfrak{K},\varphi) est un sous-corps valué dense de ℋ⁡(x){\mathscr{H}}(x). Le corps résiduel de ℋ⁡(x){\mathscr{H}}(x) est dès lors égal à celui de (𝔎,φ)(\mathfrak{K},\varphi), c’est-à-dire à celui de vv et donc à κ⁡(ξ)\kappa(\xi)  ; et son groupe des valeurs n’est autre que φ⁡(𝔎×)=|π|(1/e)​𝐙\varphi(\mathfrak{K}^{\times})=\mathopen{|}{\pi}\mathclose{|}^{(1/e)\mathbf{Z}}. Par conséquent, [|ℋ(x)×|:|k×|]=e[\mathopen{|}{{\mathscr{H}}(x)^{\times}}\mathclose{|}:\mathopen{|}{k^{\times}}\mathclose{|}]=e, ce qui achève la démonstration. ∎

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