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§ 1 Formes différentielles en géométrie tropicale [01LA]

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§ 1 Formes différentielles en géométrie tropicale

1.1 Polytopes

Soit VV un espace affine de dimension finie sur 𝐑\mathbf{R}, muni de sa topologie naturelle.

1.1.1 Cellules

Une cellule de VV est une partie non vide de VV qui est une intersection finie de demi-espaces affines fermés. Soit CC une cellule de VV ; la dimension de CC est par définition la dimension du sous-espace affine ⟨C⟩\langle C\rangle engendré par CC  ; une pp-cellule est une cellule de dimension pp.

L’intérieur de CC est son intérieur topologique dans ⟨C⟩\langle C\rangle et sera noté C̊\mathring{C} ; son complémentaire dans CC est appelé son bord et est noté ∂C\partial C. Le bord ∂C\partial C est non vide si et seulement si CC est de dimension strictement positive.

Une partie DD de VV est un cellule ouverte si elle est égale à l’intérieur d’une cellule CC, qui est alors uniquement déterminée : on a nécessairement C=D¯C=\overline{D}. La dimension d’une cellule ouverte est par définition la dimension de la cellule fermée correspondante  ; une pp-cellule ouverte est une cellule ouverte de dimension pp.

Remarquons qu’une partie CC de VV est une 00-cellule si et seulement si c’est un point, et c’est alors également une 00-cellule ouverte, son bord étant vide.

Soit CC une cellule de VV et soit HH un sous-espace affine de VV qui rencontre CC, et qui ou bien contient CC, ou bien ne rencontre pas l’intérieur de CC. L’intersection C∩HC\cap H est alors une cellule, ou bien égale à CC ou bien contenue dans ∂C\partial C. On dira d’une telle cellule qu’elle est une face de CC. L’intersection de deux faces de CC est ou bien vide, ou bien une face de CC  ; le bord de CC est réunion de faces. Une pp-face de CC est une face de CC de dimension pp.

1.1.2 Polytopes

On dit qu’une partie PP de VV est un polytope si c’est une réunion finie de cellules de VV.

Soit PP un polytope. Une décomposition cellulaire de PP est la donnée d’un ensemble fini 𝒞\mathscr{C} de cellules vérifiant les propriétés suivantes :

  • —

    Le polytope PP est la réunion des cellules appartenant à 𝒞\mathscr{C} ;

  • —

    Pour tout couple (C,D)(C,D) d’éléments de 𝒞\mathscr{C}, C∩DC\cap D est une face de CC et de DD ;

  • —

    Pour tout C∈𝒞C\in\mathscr{C}, toute face de CC appartient à 𝒞\mathscr{C}.

Tout polytope admet une décomposition cellulaire.

Soit 𝒞\mathscr{C} une décomposition cellulaire d’un polytope PP de VV. Les cellules ouvertes de 𝒞\mathscr{C} sont par définition les intérieurs des cellules de 𝒞\mathscr{C}  ; elles sont deux à deux disjointes.

On dit qu’une décomposition cellulaire 𝒞′\mathscr{C}^{\prime} de PP raffine la décomposition 𝒞\mathscr{C} si toute cellule de 𝒞′\mathscr{C}^{\prime} est contenue dans une cellule de 𝒞\mathscr{C}.

\exemname 1.1.3.

Soit CC une cellule de VV et soit 𝒞\mathscr{C} l’ensemble de ses faces. La cellule CC est un polytope et 𝒞\mathscr{C} en est une décomposition cellulaire.

1.1.4

Soit PP un polytope de VV et soit x∈Px\in P.

La dimension de PP en xx, notée dimx(P)\dim_{x}(P), est la dimension maximale d’une cellule contenant xx et contenue dans PP. La dimension de PP, notée dim(P)\dim(P), est la borne supérieure de la famille (dimx(P))x∈P(\dim_{x}(P))_{x\in P} ; cette définition coïncide avec la précédente lorsque PP est une cellule. On dit que PP est purement de dimension dd si dimx(P)=d\dim_{x}(P)=d pour tout x∈Px\in P  ; si PP est une dd-cellule, il est purement de dimension dd.

1.1.5

On dit que le point xx est un point intérieur de PP s’il existe un voisinage CC de xx dans PP qui est une cellule dont xx est un point intérieur  ; cette définition coïncide avec la précédente lorsque PP est lui-même une cellule. L’intérieur de PP est l’ensemble de ses points intérieurs. C’est un ouvert dense  ; son fermé complémentaire est appelé le bord de PP et est noté ∂P\partial P.

Supposons que xx soit un point intérieur de PP et soit CC un voisinage de xx dans PP qui est une cellule dont xx est un point intérieur. Le sous-espace affine ⟨C⟩\langle C\rangle de VV ne dépend alors pas du choix de CC  ; on l’appelle l’espace tangent à PP en xx et on le note Tx​PT_{x}P. Le point xx possède un voisinage dans PP qui est un ouvert de Tx​PT_{x}P.

1.2 Superformes, d’après A. Lagerberg

1.2.1

Pour tout espace affine réel VV, on note 𝒜V\mathscr{A}_{V} le faisceau des fonctions 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty} sur VV, V→\overrightarrow{V} son espace directeur et V→∗\overrightarrow{V}^{*} le dual de V→\overrightarrow{V}.

Soit VV un espace affine de dimension finie sur 𝐑\mathbf{R} Dans [43], Lagerberg définit comme suit la notion de superforme de type (p,q)(p,q) sur un ouvert UU de VV, que nous appellerons simplement dans ce qui suit forme de type (p,q)(p,q) : c’est un élément de

𝒜Vp,q(U)=𝒜V(U)⊗𝐑ΛpV→∗⊗𝐑ΛqV→∗.\mathscr{A}_{V}^{p,q}(U)=\mathscr{A}_{V}(U)\otimes_{\mathbf{R}}\Lambda^{p}\overrightarrow{V}^{*}\otimes_{\mathbf{R}}\Lambda^{q}\overrightarrow{V}^{*}.

Elles sont bien sûr nulles si p>dim(V)p>\dim(V) ou q>dim(V)q>\dim(V). En particulier, 𝒜V0,0​(U)\mathscr{A}_{V}^{0,0}(U) est l’anneau 𝒜V​(U)\mathscr{A}_{V}(U) des fonctions 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty} sur UU.

1.2.2

Une classe admissible de fonctions numériques ℱ\mathscr{F} consiste en la donnée, pour tout espace affine réel VV de dimension finie d’un 𝒜V\mathscr{A}_{V}-module ℱV\mathscr{F}_{V} de fonctions mesurables sur VV, tel que pour toute application affine f:W→Vf\colon W\to V, tout ouvert UU de VV et tout g∈ℱV​(U)g\in\mathscr{F}_{V}(U), la composée g∘fg\circ f appartienne à ℱW​(f−1​(U))\mathscr{F}_{W}(f^{-1}(U)).

Par exemple, la classe des fonctions 𝒞r\mathscr{C}^{r} pour 0≤r≤+∞0\leq r\leq+\infty, celle des fonctions mesurables, ou celle des fonctions localement intégrables, sont des classes admissibles de fonctions numériques.

Tout particulièrement dans le cas de ces deux derniers exemples, le lecteur prendra garde que les sections de ℱ\mathscr{F} sont toujours de vraies fonctions : nous ne quotienterons jamais par le sous-espace des fonctions nulles presque partout.

On dira que la classe ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication si pour tout espace affine réel VV et tout ouvert UU de VV, le produit de deux fonctions de ℱV​(U)\mathscr{F}_{V}(U) appartient à ℱV​(U)\mathscr{F}_{V}(U).

À l’exception de celle des fonctions intégrables, toutes les classes évoquées ci-dessus sont stables par multiplication.

1.2.3

Soit ℱ\mathscr{F} une classe admissible de fonctions numériques. Une forme de type (p,q)(p,q) à coefficients dans ℱ\mathscr{F} sur l’ouvert UU est un élément de

ℱVp,q(U):=ℱV(U)⊗𝒜V​(U)𝒜Vp,q(U)=ℱ(U)⊗𝐑ΛpV→∗⊗𝐑ΛqV→∗.\mathscr{F}_{V}^{p,q}(U):=\mathscr{F}_{V}(U)\otimes_{\mathscr{A}_{V}(U)}\mathscr{A}_{V}^{p,q}(U)=\mathscr{F}(U)\otimes_{\mathbf{R}}\Lambda^{p}\overrightarrow{V}^{*}\otimes_{\mathbf{R}}\Lambda^{q}\overrightarrow{V}^{*}.

1.2.4

Une fois choisie une base de V→\overrightarrow{V} et une origine de VV, on dispose de coordonnées (x1,…,xn)(x_{1},\dots,x_{n}) qui permettent d’identifier VV à 𝐑n\mathbf{R}^{n} (où n=dim(V)n=\dim(V)). Pour distinguer les formes linéaires apparaissant dans le premier facteur Λp​V→∗\Lambda^{p}\overrightarrow{V}^{*} de celles apparaissant dans le second Λq​V→∗\Lambda^{q}\overrightarrow{V}^{*}, on convient de noter systématiquement les premières avec le préfixe d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et les secondes avec le préfixe d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}. Une forme de type (p,q)(p,q) sur UU à coefficients dans ℱ\mathscr{F} s’écrit ainsi

ω\displaystyle\omega =∑|I|=p,|J|=qωI,J​(x)​d′⁡xI⊗d′′⁡xJ\displaystyle=\sum_{\mathopen{|}{I}\mathclose{|}=p,\,\mathopen{|}{J}\mathclose{|}=q}\omega_{I,J}(x)\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\otimes\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J}
=∑|I|=p,|J|=qωI,J​(x)​d′⁡xi1∧⋯∧d′⁡xip⊗d′′⁡xj1∧⋯∧d′′⁡xjq,\displaystyle=\sum_{\mathopen{|}{I}\mathclose{|}=p,\,\mathopen{|}{J}\mathclose{|}=q}\omega_{I,J}(x)\,\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i_{1}}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i_{p}}\otimes\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{j_{1}}\wedge\dots\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{j_{q}},

où les ωI,J\omega_{I,J} appartiennent à ℱV​(U)\mathscr{F}_{V}(U), et où I=(i1,…,ip)I=(i_{1},\dots,i_{p}) et J=(j1,…,jq)J=(j_{1},\dots,j_{q}) parcourent respectivement les suites strictement croissantes d’entiers compris entre 11 et nn.

1.2.5

On note J\mathrm{J} l’involution de l’algèbre 𝒜V∗,∗​(U)\mathscr{A}_{V}^{*,*}(U) qui induit l’isomorphisme identique de 𝒜V1,0​(U)=𝒜V​(U)⊗𝐑V∗\mathscr{A}_{V}^{1,0}(U)=\mathscr{A}_{V}(U)\otimes_{\mathbf{R}}V^{*} sur 𝒜V0,1​(U)=𝒜V​(U)⊗𝐑V∗\mathscr{A}_{V}^{0,1}(U)=\mathscr{A}_{V}(U)\otimes_{\mathbf{R}}V^{*}. Elle induit une involution, encore notée JJ, du 𝒜V​(U)\mathscr{A}_{V}(U)-module gradué ℱV∗,∗​(U)\mathscr{F}_{V}^{*,*}(U), qui est un automorphisme de ℱV​(U)\mathscr{F}_{V}(U)-algèbre lorsque ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication.

En coordonnées, on a

J​ω=∑I,JωI,J​(x)​d′′⁡xI∧d′⁡xJ=(−1)p​q​∑I,JωI,J​(x)​d′⁡xJ∧d′′⁡xI.\mathrm{J}\omega=\sum_{I,J}\omega_{I,J}(x)\,\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{I}\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{J}=(-1)^{pq}\sum_{I,J}\omega_{I,J}(x)\,\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{J}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{I}.

Lorsque p=qp=q, on dit qu’une forme ω\omega de type (p,p)(p,p) est symétrique si elle vérifie J​ω=(−1)p​ω\mathrm{J}\omega=(-1)^{p}\omega ; cela revient donc à exiger que ωI,J=ωJ,I\omega_{I,J}=\omega_{J,I} pour tout couple (I,J)(I,J).

1.2.6

La somme directe 𝒜V∗,∗​(U)=⨁𝒜Vp,q​(U)\mathscr{A}_{V}^{*,*}(U)=\bigoplus\mathscr{A}_{V}^{p,q}(U) est naturellement munie d’une structure d’algèbre graduée sur l’anneau 𝒜V​(U)\mathscr{A}_{V}(U) obéissant à la règle de commutativité suivante : si ω\omega est de type (p,q)(p,q) et ω′\omega^{\prime} de type (p′,q′)(p^{\prime},q^{\prime}), alors

ω′∧ω=(−1)p​p′+q​q′​ω∧ω′.\omega^{\prime}\wedge\omega=(-1)^{pp^{\prime}+qq^{\prime}}\omega\wedge\omega^{\prime}.

Ainsi, la forme d′⁡xI⊗d′′⁡xJ\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\otimes\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J} sera plutôt notée d′⁡xI∧d′′⁡xJ\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J}.

Cette structure d’algèbre induit une structure de 𝒜V​(U)\mathscr{A}_{V}(U)-module gradué sur ℱV∗,∗​(U)\mathscr{F}_{V}^{*,*}(U) ; lorsque la classe ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication, elle induit aussi une structure de ℱV​(U)\mathscr{F}_{V}(U)-algèbre graduée.

1.2.7

Les formes de type (p,q)(p,q) à coefficients dans ℱ\mathscr{F} constituent un faisceau en 𝒜V\mathscr{A}_{V}-modules sur VV, qui sera noté ℱVp,q\mathscr{F}_{V}^{p,q}. On a ℱVp,q=ℱV⊗𝒜V𝒜Vp,q\mathscr{F}_{V}^{p,q}=\mathscr{F}_{V}\otimes_{\mathscr{A}_{V}}\mathscr{A}_{V}^{p,q}.

La somme directe ⨁ℱVp,q\bigoplus\mathscr{F}_{V}^{p,q} est un faisceau en 𝒜V\mathscr{A}_{V}-modules gradués, muni d’une involution JJ.

Lorsque ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication, ℱVp,q\mathscr{F}_{V}^{p,q} est un faisceau en ℱV\mathscr{F}_{V}-algèbres graduées et JJ est un morphisme de ℱV\mathscr{F}_{V}-algèbres.

1.2.8

Soit f:V′→Vf\colon V^{\prime}\rightarrow V une application affine entre deux espaces affines de dimension finie. On définit de façon évidente l’image réciproque f∗​ωf^{*}\omega d’une forme ω\omega de type (p,q)(p,q) à coefficients dans ℱ\mathscr{F} sur un ouvert UU de VV ; c’est une forme de type (p,q)(p,q) à coefficients dans ℱ\mathscr{F} sur f−1​(U)f^{-1}(U).

1.2.9

Les faisceaux 𝒜Vp,q\mathscr{A}_{V}^{p,q} sont munis de deux opérateurs différentiels, d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}, définis ainsi en coordonnées. Pour ω\omega comme ci-dessus,

d′⁡ω=∑|I|=p,|J|=q∑i=1n∂ωI,J​(x)∂xi​d′⁡xi∧d′⁡xI∧d′′⁡xJ\displaystyle\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega=\sum_{\mathopen{|}{I}\mathclose{|}=p,\,\mathopen{|}{J}\mathclose{|}=q}\sum_{i=1}^{n}\frac{\partial\omega_{I,J}(x)}{\partial x_{i}}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i}\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J}
d′′⁡ω=(−1)p​∑|I|=p,|J|=q∑j=1n∂ωI,J​(x)∂xj​d′⁡xI∧d′′⁡xj∧d′′⁡xJ.\displaystyle\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega=(-1)^{p}\sum_{\mathopen{|}{I}\mathclose{|}=p,\,\mathopen{|}{J}\mathclose{|}=q}\sum_{j=1}^{n}\frac{\partial\omega_{I,J}(x)}{\partial x_{j}}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{j}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J}.

Ainsi, d′⁡ω\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega est de type (p+1,q)(p+1,q), tandis que d′′⁡ω\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega est de type (p,q+1)(p,q+1). Notons que pour i∈{1,…,n}i\in\{1,\dots,n\}, les symboles d′⁡xi\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i} et d′′⁡xi\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{i} sont bien les images par d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}} de la fonction affine xix_{i} sur VV. Remarquons aussi que la différentielle d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} n’est autre que l’opérateur induit par la connexion naturelle dans le fibré vectoriel trivial de fibre Λq​V→∗\Lambda^{q}\overrightarrow{V}^{*}.

Ces opérateurs s’étendent de façon évidente aux formes à coefficients dans une classe admissible de fonctions, pourvu que cette classe ait une régularité suffisante. Par exemple, si ω\omega est une forme de type (p,q)(p,q) à coefficients de classe 𝒞r\mathscr{C}^{r}, d′⁡ω\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega et d′′⁡ω\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega sont des formes de types (p+1,q)(p+1,q) et (p,q+1)(p,q+1) à coefficients de classe 𝒞r−1\mathscr{C}^{r-1}.

\lemmname 1.2.10.

On a les relations

d′′=Jd′J,Jd′=d′′J,Jd′′=d′Jetd′=Jd′′J\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}=\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathrm{J},\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}=\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\mathrm{J},\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}=\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathrm{J}\;\text{et}\;\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}=\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\mathrm{J}
Démonstration.

Par linéarité, il suffit de traiter le cas d’une forme de la forme ω=α​d′⁡xI∧d​c​xJ\omega=\alpha\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\wedge dcx_{J}, où II et JJ sont des multiindices de longueur pp et qq. Alors,

J​d′⁡J​ω\displaystyle\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathrm{J}\omega =(−1)p​q​J​d′⁡α​d′⁡xJ∧d′′⁡xI\displaystyle=(-1)^{pq}\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{J}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{I}
=(−1)p​q​J​∑i=1n∂α∂xi​d′⁡xi∧d′⁡xJ∧d′′⁡xI\displaystyle=(-1)^{pq}\mathrm{J}\sum_{i=1}^{n}\frac{\partial\alpha}{\partial x_{i}}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i}\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{J}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{I}
=(−1)p​q​∑i=1n∂α∂xi​d′′⁡xi∧d′′⁡xJ∧d′⁡xI\displaystyle=(-1)^{pq}\sum_{i=1}^{n}\frac{\partial\alpha}{\partial x_{i}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{i}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J}\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}
=(−1)p​q​(−1)p⁡(q+1)​∑i=1n∂α∂xi​d′⁡xI∧d′′⁡xi∧d′′⁡xJ\displaystyle=(-1)^{pq}(-1)^{p(q+1)}\sum_{i=1}^{n}\frac{\partial\alpha}{\partial x_{i}}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{i}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J}
=d′′⁡ω.\displaystyle=\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\omega.

Les autres relations s’en déduisent, compte tenu du fait que J\mathrm{J} est une involution. ∎

1.2.11

Les opérateurs d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}} sont des dérivations de l’algèbre graduée 𝒜∗,∗​(U)\mathscr{A}^{*,*}(U). Si ω\omega et ω′\omega^{\prime} sont respectivement de type (p,q)(p,q) et (p′,q′)(p^{\prime},q^{\prime}), on a

d′⁡(ω∧ω′)=d′⁡ω∧ω′+(−1)p+q​ω∧d′⁡ω′,\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}(\omega\wedge\omega^{\prime})=\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega\wedge\omega^{\prime}+(-1)^{p+q}\omega\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega^{\prime},

et de même pour d′′⁡(ω∧ω′)\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}(\omega\wedge\omega^{\prime}).

\remaname 1.2.12.

Comme on le voit, le dédoublement des variables différentielles introduit par Lagerberg dans [43] permet un calcul différentiel avec des formes de type (p,q)(p,q) (pour 0≤p,q≤n0\leq p,q\leq n) sur un espace réel de dimension nn qui est formellement analogue au calcul différentiel holomorphe. Expliquons comment on peut l’interpréter en termes de géométrie tropicale complexe. Soit TT le tore complexe (𝐂∗)n(\mathbf{C}^{*})^{n}, soit V=𝐑nV=\mathbf{R}^{n} et soit π:T→V\pi\colon T\rightarrow V l’application de tropicalisation donnée par (z1,…,zn)↦(log⁡|z1|,…,log⁡|zn|)(z_{1},\dots,z_{n})\mapsto(\log\mathopen{|}{z_{1}}\mathclose{|},\dots,\log\mathopen{|}{z_{n}}\mathclose{|}). Elle identifie VV au quotient de TT par son sous-groupe compact maximal 𝐔\mathbf{U}. Interprétant d′⁡xj\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{j} comme d​log⁡|zj|\mathrm{d}\log\mathopen{|}{z_{j}}\mathclose{|} et d′′⁡xj\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{j} comme d​Arg⁡(zj)\mathrm{d}\operatorname{Arg}(z_{j}), toute superforme de type (p,q)(p,q) sur un ouvert UU de VV définit une forme différentielle de degré p+qp+q sur π−1​(U)\pi^{-1}(U) qui est invariante par l’action de 𝐔\mathbf{U}. Inversement, toute forme ω\omega de degré p+qp+q sur π−1​(U)\pi^{-1}(U) peut s’écrire sous la forme

∑I,JfI,J​(r,θ)​d​rI∧d​θJ,\sum_{I,J}f_{I,J}(r,\theta)\mathrm{d}r_{I}\wedge\mathrm{d}\theta_{J},

où (r1,θ1),…,(rn,θn)(r_{1},\theta_{1}),\dots,(r_{n},\theta_{n}) sont respectivement module et argument de z1,…,znz_{1},\dots,z_{n} (de sorte que (log⁡r1,…,log⁡rn)∈U(\log r_{1},\dots,\log r_{n})\in U et (ei​θ1,…,ei​θn)∈𝐔(e^{i\theta_{1}},\dots,e^{i\theta_{n}})\in\mathbf{U}). Si, de plus, ω\omega est invariante sous l’action de 𝐔\mathbf{U}, on obtient que fI,Jf_{I,J} ne dépend pas de θ\theta, si bien que ω\omega provient d’une superforme de type (p,q)(p,q) sur 𝐑n\mathbf{R}^{n}. Autrement dit, on a un isomorphisme 𝒜Lagp,q≃(π∗)​((𝒜Tp+q)𝐔)\mathscr{A}^{p,q}_{\text{Lag}}\simeq(\pi_{*})\big((\mathscr{A}^{p+q}_{T})^{\mathbf{U}}\big) de faisceaux sur VV.

Par contre, cette identification ne préserve pas le type des formes en général  ; ce n’est déjà pas le cas pour d​log⁡|zj|\mathrm{d}\log\mathopen{|}{z_{j}}\mathclose{|} qui n’est pas de type (1,0)(1,0). Toutefois, les formes ainsi obtenues sur TT sont réelles, et les superformes symétriques de type (p,p)(p,p) donnent lieu à des formes de type (p,p)(p,p).

1.3 Intégrale d’une (p,n)(p,n)-forme sur un sous-espace de dimension pp

1.3.1

Soit ω\omega une (n,n)(n,n)-forme à coefficients mesurables sur un ouvert UU de 𝐑n\mathbf{R}^{n}, donnée en coordonnées par la formule

ω=ω♯​(x1,…,xn)​d′⁡x1∧d′′⁡x1∧…​d′⁡xn∧d′′⁡xn,\omega=\omega^{\sharp}(x_{1},\dots,x_{n})\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{1}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{1}\wedge\dots\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{n}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{n},

où ω♯\omega^{\sharp} est donc une fonction mesurable sur UU. Si ω♯\omega^{\sharp} est intégrable sur UU, Lagerberg a défini l’intégrale de ω\omega par la formule

∫Uω=∫Uω♯​(x1,…,xn)​d​x1​…​d​xn,\int_{U}\omega=\int_{U}\omega^{\sharp}(x_{1},\dots,x_{n})\,\mathrm{d}x_{1}\dots\mathrm{d}x_{n}, (1.3.1.1)

où d​x1​…​d​xn\mathrm{d}x_{1}\dots\mathrm{d}x_{n} désigne la mesure de Lebesgue.

1.3.2 Non-canonicité des intégrales de Lagerberg

Si f:𝐑n→𝐑nf\colon\mathbf{R}^{n}\rightarrow\mathbf{R}^{n} est une application affine bijective, d’application linéaire associée f→\overrightarrow{f}, on a

∫f−1​(U)f∗​ω=|det(f→)|​∫Uω.\int_{f^{-1}(U)}f^{*}\omega=\mathopen{|}{\det(\overrightarrow{f})}\mathclose{|}\int_{U}\omega. (1.3.2.1)

Soit nn un entier naturel et soit VV un espace affine de dimension nn sur 𝐑\mathbf{R}. Pour définir l’intégrale d’une (n,n)(n,n) forme intégrable ω\omega sur un ouvert UU de VV, il suffit de fixer un isomorphisme affine de VV sur 𝐑n\mathbf{R}^{n} et d’appliquer la définition ci-dessus. Le problème est que le résultat obtenu dépend de l’isomorphisme choisi : en effet, par ce qui précède, deux isomorphismes uu et u′u^{\prime} fournissent la même notion d’intégrale si et seulement le jacobien de l’automorphisme affine u′∘u−1u^{\prime}\circ u^{-1} de 𝐑n\mathbf{R}^{n} est égal à ±1\pm 1.

Pour définir l’intégrale d’une (n,n)(n,n)-forme sur un ouvert d’un espace affine, des données supplémentaires sont donc nécessaires. Comme on vient de le voir, ce peut être, un système de coordonnées affines  ; mais comme la dépendance en un tel système ne fait intervenir que la valeur absolue du jacobien du changement de variables, il est suffisant de se donner un nn-vecteur et une orientation.

Le but des paragraphes qui suivent est d’expliciter cette assertion un peu vague et de définir du même coup l’intégrale d’une (n−1,n)(n-1,n)-forme sur le bord d’un demi-espace de VV.

1.3.3

Soit VV un 𝐑\mathbf{R}-espace affine de dimension finie. Soit ℱ\mathscr{F} la classe des fonctions numériques mesurables sur un espace affine, et soit ℒ1\mathscr{L}^{1} la sous-classe formée des fonctions intégrables pour la mesure de Lebesgue. (On n’identifie pas deux fonctions égales presque partout.)

Soit WW un sous-espace affine de VV, soit pp sa dimension ; soit oo une orientation de WW.

Soit nn un entier naturel et soit λ∈Λn​V\lambda\in\Lambda^{n}V. Soit ω\omega une (p,n)(p,n)-forme à coefficients dans ℱ\mathscr{F} sur un ouvert UU de VV. On note ⟨ω,λ⟩\langle\omega,\lambda\rangle la (p​,0)(p,0)-forme sur VV déduite de ω\omega en contractant par λ\lambda la partie faisant intervenir les variables en d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}} ; c’est donc une pp-forme (au sens usuel de la géométrie différentielle) à coefficients mesurables sur VV. On note alors

∫U∩W⟨|ω|,|λ|⟩\int_{U\cap W}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\lambda}\mathclose{|}\rangle

la masse totale de la mesure sur U∩WU\cap W déduite de la restriction à WW de la pp-forme ⟨ω,λ⟩\langle\omega,\lambda\rangle. On dit que ω\omega est intégrable sur W∩UW\cap U si cette masse totale est finie.

Dans ce cas, l’orientation oo fixée sur WW permet de définir l’intégrale de ⟨ω,λ⟩\langle\omega,\lambda\rangle sur U∩WU\cap W ; sous-entendant le choix de l’orientation oo, on note naturellement

∫U∩W⟨ω,λ⟩\int_{U\cap W}\langle\omega,\lambda\rangle

cette intégrale.

Les formes ω\omega de type (p,n)(p,n) à coefficients mesurables sur UU qui sont intégrables sur WW forment un sous-espace vectoriel de ℱVp,n​(U)\mathscr{F}^{p,n}_{V}(U). L’application ω↦∫U∩W⟨ω,λ⟩\omega\mapsto\int_{U\cap W}\langle\omega,\lambda\rangle est linéaire.

1.3.4

Lorsqu’on change l’orientation oo en l’orientation opposée, l’intégrale d’une forme (par rapport à (o,λ)(o,\lambda)) est transformée en son opposée. De même, lorsqu’on change le nn-vecteur λ\lambda en le multiple a​λa\lambda, l’intégrale d’une forme est multipliée par aa.

En particulier, la notion d’intégrabilité et l’intégrale ne sont pas modifiées si l’on change simultanément l’orientation oo en l’orientation opposée et le nn-vecteur λ\lambda en son opposé −λ-\lambda. Ces notions ne dépendent donc que de la classe μ\mu du couple (o,λ)(o,\lambda) dans le produit contracté Or⁡(W→)×{−1,1}Λn​V→\operatorname{Or}(\overrightarrow{W})\times^{\{-1,1\}}\Lambda^{n}\overrightarrow{V} de l’ensemble des orientations sur W→\overrightarrow{W} et de l’espace des nn-vecteurs sur V→\overrightarrow{V}, munis des actions naturelles de {−1,1}\{-1,1\}.

On notera ainsi ∫U∩W⟨ω,μ⟩\int_{U\cap W}\langle\omega,\mu\rangle et ∫U∩W⟨|ω|,|μ|⟩\int_{U\cap W}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu}\mathclose{|}\rangle ce qui était noté ∫U∩W⟨ω,λ⟩\int_{U\cap W}\langle\omega,\lambda\rangle et ∫U∩W⟨|ω|,|λ|⟩\int_{U\cap W}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\lambda}\mathclose{|}\rangle.

On peut penser aux symboles |ω|\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} et |μ|\mathopen{|}{\mu}\mathclose{|} comme représentant « ω\omega et μ\mu au signe près ».

1.3.5 Le cas des formes de type (n,n)(n,n) : les vecteurs-volume

Supposons que nn soit égal à la dimension de VV. Nous appellerons vecteur-volume sur VV un élément du produit contracté |Λn​V→|=Or⁡(V→)×{−1,1}Λn​V→\mathopen{|}{\Lambda^{n}\overrightarrow{V}}\mathclose{|}=\operatorname{Or}(\overrightarrow{V})\times^{\{-1,1\}}\Lambda^{n}\overrightarrow{V}. Concrètement, on obtient bien sûr un tel vecteur-volume à partir d’une base (e1,…,en)(e_{1},\ldots,e_{n}) de V→\overrightarrow{V}, décrétée directe, et d’un nn-vecteur a​e→1∧⋯∧ena\overrightarrow{e}_{1}\wedge\dots\wedge e_{n} de V→\overrightarrow{V}. Soit UU un ouvert de VV.

D’après les paragraphes précédents, une fois choisi un vecteur-volume μ\mu sur VV, on peut définir : l’intégrale ∫U⟨|ω|,|μ|⟩\int_{U}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu}\mathclose{|}\rangle pour toute forme mesurable ω\omega de type (n,n)(n,n) sur UU de VV  ; la notion de μ\mu-intégrabilité d’une telle forme  ; et, pour une (n,n)(n,n)-forme ω\omega sur UU qui est mesurable et μ\mu-intégrable, l’intégrale ∫U⟨ω,μ⟩\int_{U}\langle\omega,\mu\rangle.

Si ω=ω♯​(x1,…,xn)​d′⁡x1∧d′′⁡x1∧…∧d′⁡xn∧d′′⁡xn\omega=\omega^{\sharp}(x_{1},\ldots,x_{n})\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{1}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{1}\wedge\ldots\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{n}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{n} en coordonnées dans un repère (O,e1,…,en)(O,e_{1},\ldots,e_{n}) alors ω\omega est μ\mu-intégrable si et seulement si la fonction a​ω♯a\omega^{\sharp} sur UU est intégrable. Cela ne dépend d’ailleurs pas de aa, sauf si a=0a=0 auquel cas toute forme mesurable est μ\mu-intégrable.

On a

∫U⟨|ω|,|μ|⟩=|a|​∫U|ω♯|​(x1,…,xn)​d​x1​…​d​xn,\int_{U}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu}\mathclose{|}\rangle=\mathopen{|}{a}\mathclose{|}\int_{U}\mathopen{|}{\omega^{\sharp}}\mathclose{|}(x_{1},\dots,x_{n})\,\mathrm{d}x_{1}\dots\mathrm{d}x_{n},

et

∫U⟨ω,μ⟩=a​∫Uω♯​(x1,…,xn)​d​x1​…​d​xn\int_{U}\langle\omega,\mu\rangle=a\int_{U}\omega^{\sharp}(x_{1},\dots,x_{n})\,\mathrm{d}x_{1}\dots\mathrm{d}x_{n}

lorsque ω\omega est μ\mu-intégrable. Lorsque a=1a=1, on retrouve la formule de Lagerberg.

1.3.6

Soit f:V→V′f\colon V\rightarrow V^{\prime} un isomorphisme d’espaces affines de dimension finie et soit μ\mu un vecteur-volume sur VV.

Soit f∗​(μ)f_{*}(\mu) le vecteur volume sur V′V^{\prime} déduit de μ\mu par transport de structure.

Soit ω′\omega^{\prime} une (n,n)(n,n)-forme à coefficients mesurables sur V′V^{\prime} et soit ω=f∗​ω′\omega=f^{*}\omega^{\prime}. Pour que ω\omega soit μ\mu-intégrable, il faut et il suffit que ω′\omega^{\prime} soit f∗​(μ)f_{*}(\mu)-intégrable ; alors,

∫f−1​(U)⟨f∗​ω,μ⟩=∫U⟨ω,f∗​(μ)⟩.\int_{f^{-1}(U)}\langle f^{*}\omega,\mu\rangle=\int_{U}\langle\omega,{f_{*}(\mu)}\rangle.

1.3.7 Le cas des (n−1,n)(n-1,n)-formes : les intégrales de bord

On suppose toujours que nn est la dimension de VV. Soit V+V_{+} un demi-espace fermé de VV ; c’est un sous-espace linéaire par morceaux de VV dont le bord ∂V+\partial V_{+} est un hyperplan affine. Si ℓ\ell est une forme affine telle que V+={ℓ≥0}V_{+}=\{\ell\geq 0\}, on dit qu’un vecteur v∈V→v\in\overrightarrow{V} est sortant de V+V_{+} si ℓ⁡(v)≤0\ell(v)\leq 0, l’adverbe strictement signifiant que l’inégalité précédente est stricte.

Tout vecteur-volume μ\mu sur VV induit canoniquement un élément ∂μ+\partial\mu_{+} de Or⁡(∂V+→)×{−1,1}Λn​V→\operatorname{Or}(\overrightarrow{\partial V_{+}})\times^{\{-1,1\}}\Lambda^{n}\overrightarrow{V} défini comme suit. On choisit une orientation oo de ∂V+→\overrightarrow{\partial V_{+}}, une base directe (e2,…,en)(e_{2},\ldots,e_{n}) de ∂V+→\overrightarrow{\partial V_{+}}, un vecteur e1e_{1} strictement sortant de V+V_{+}, et l’on note o′o^{\prime} l’orientation de VV pour laquelle la base (e1,…,en)(e_{1},\ldots,e_{n}) est directe. Il existe alors un unique λ∈Λn​V→\lambda\in\Lambda^{n}\overrightarrow{V} tel que (o′,λ)(o^{\prime},\lambda) soit égal à μ\mu dans |Λn​V→|\mathopen{|}{\Lambda^{n}\overrightarrow{V}}\mathclose{|}. Le couple (o,λ)(o,\lambda) définit un élément ∂μ+\partial\mu_{+} de Or⁡(∂V→)×{−1,1}Λn​V→\operatorname{Or}(\overrightarrow{\partial V})\times^{\{-1,1\}}\Lambda^{n}\overrightarrow{V} qui est indépendant des choix faits.

D’après les paragraphes 1.3.3 et 1.3.4, on peut alors définir : l’intégrale ∫U∩∂V+⟨|ω|,|∂μ+|⟩\int_{U\cap\partial V_{+}}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\partial\mu_{+}}\mathclose{|}\rangle pour toute forme mesurable ω\omega de type (n−1,n)(n-1,n) sur UU  ; la notion de ∂μ+\partial\mu_{+}-intégrabilité d’une telle forme sur ∂V+\partial V_{+}  ; et, pour une forme ω\omega sur UU qui est mesurable et ∂μ+\partial\mu_{+}-intégrable sur ∂V+\partial V_{+}, l’intégrale ∫U∩∂V+⟨ω,∂μ+⟩\int_{U\cap\partial V_{+}}\langle\omega,\partial\mu_{+}\rangle.

Concrètement, choisissons (e1,…,en)(e_{1},\dots,e_{n}) comme ci-dessus. Cette base étant vue comme directe, le vecteur volume μ\mu est donné par un nn-vecteur a​e1∧⋯∧enae_{1}\wedge\dots\wedge e_{n} de Λn​V→\Lambda^{n}\overrightarrow{V}. Choisissons aussi une origine sur ∂V+\partial V_{+} ; dans les coordonnées correspondantes, on peut écrire

ω=∑i=1nωi​d′⁡x1∧d′′⁡x1∧…​d′⁡xi^∧d′′⁡xi∧…​d′⁡xn∧d′′⁡xn.\omega=\sum_{i=1}^{n}\omega_{i}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{1}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{1}\wedge\dots\widehat{\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{i}}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{i}\wedge\dots\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{n}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{n}.

On a alors

∫U∩∂V+⟨|ω|,|∂μ+|⟩=|a|​∫U∩∂V+|ω1|​(0,x2,…,xn)​d​x2​…​d​xn.\int_{U\cap\partial V_{+}}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\partial\mu_{+}}\mathclose{|}\rangle=\mathopen{|}{a}\mathclose{|}\int_{U\cap\partial V_{+}}\mathopen{|}{\omega_{1}}\mathclose{|}(0,x_{2},\dots,x_{n})\mathrm{d}x_{2}\dots\mathrm{d}x_{n}.

La forme ω\omega est ∂μ+\partial\mu_{+}-intégrable sur WW si et seulement si a​ω1​(0,∗,…,∗)a\omega_{1}(0,*,\ldots,*) est L1L^{1} (ce qui ne dépend pas de aa, sauf si celui-ci est nul, auquel cas toute forme mesurable est ∂μ+\partial\mu_{+}-intégrable). Si c’est le cas,

∫U∩∂V+⟨ω,∂μ+⟩=a​∫U∩∂V+ω1​(0,x2,…,xn)​d​x2​…​d​xn.\int_{U\cap\partial V_{+}}\langle\omega,\partial\mu_{+}\rangle=a\int_{U\cap\partial V_{+}}\omega_{1}(0,x_{2},\dots,x_{n})\mathrm{d}x_{2}\dots\mathrm{d}x_{n}.
\lemmname 1.3.8 (Formule de Green).

Soit μ∈|Λn​V→|\mu\in\mathopen{|}{\Lambda^{n}\overrightarrow{V}}\mathclose{|}. Soit V+V_{+} un demi-espace fermé dans VV. Soit α\alpha et β\beta des formes lisses symétriques de type (p,p)(p,p) et (q,q)(q,q) sur VV, avec p+q=n−1p+q=n-1 ; si l’intersection de leurs supports est compact, on a

∫V+⟨α∧d′​d′′⁡β−d′​d′′⁡α∧β,μ⟩=∫∂V+⟨α∧d′′⁡β−d′′⁡α∧β,∂μ+⟩.\int_{V_{+}}\langle\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta-\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\beta,\mu\rangle=\int_{\partial V_{+}}\langle\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta-\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\beta,\partial\mu^{+}\rangle.
Démonstration.

On peut supposer que V=𝐑nV=\mathbf{R}^{n}, V+=𝐑+×𝐑n−1V_{+}=\mathbf{R}_{+}\times\mathbf{R}^{n-1}, et que le vecteur-volume μ\mu est égal à e1∧⋯∧ene_{1}\wedge\dots\wedge e_{n}. Posons

ω=α∧d′′⁡β−d′′⁡α∧β.\omega=\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta-\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\beta.

Considérant ω\omega comme une (n−1)(n-1)-forme à coefficients dans le fibré vectoriel trivial Λn​V→∗\Lambda^{n}\overrightarrow{V}^{*}, la formule de Stokes usuelle assure que

∫V+𝑑ω=∫∂V+ω.\int_{V_{+}}\mathrm{d}\omega=\int_{\partial V_{+}}\omega.

Par ailleurs,

d​ω=(α∧d′​d′′⁡β−d′​d′′⁡α∧β)+(d′⁡α∧d′′⁡β+d′′⁡α∧d′⁡β).\mathrm{d}\omega=(\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta-\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\beta)+(\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta+\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\beta).

Pour démontrer le lemme, il suffit donc de prouver d′α∧d′′β=−d′′α∧d′β\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta=-\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\beta. Comme toute forme de type (n,n)(n,n) est symétrique et p+q=n−1p+q=n-1, on a

d′⁡α∧d′′⁡β\displaystyle\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta =d′⁡α∧J​d′⁡J​β\displaystyle=\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\wedge\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathrm{J}\beta
=(−1)q​d′⁡α∧J​d′⁡β\displaystyle=(-1)^{q}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\wedge\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\beta
=(−1)n+q​J​d′⁡α∧d′⁡β\displaystyle=(-1)^{n+q}\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\beta
=(−1)​J​d′⁡J​α∧d′⁡β\displaystyle=(-1)\mathrm{J}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathrm{J}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\beta
=−d′′α∧d′β,\displaystyle=-\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\beta,

d’où le lemme. ∎

1.4 Formes différentielles sur un polytope

1.4.1

Fixons une classe admissible ℱ\mathscr{F} de fonctions numériques. Soit VV un espace affine de dimension finie sur 𝐑\mathbf{R} et soit PP un polytope de VV ; on note jj l’injection canonique de PP dans VV.

Soit UU un ouvert de PP. On définit 𝒩p,q​(U)\mathscr{N}^{p,q}(U) comme le sous-espace vectoriel de j−1​(ℱVp,q)​(U)j^{-1}(\mathscr{F}_{V}^{p,q})(U) constitué des formes ω\omega possédant la propriété suivante : pour toute cellule CC de VV contenue dans PP, l’image de ω\omega dans ℱ⟨C⟩p,q​(⟨C⟩∩U)\mathscr{F}^{p,q}_{\langle C\rangle}(\langle C\rangle\cap U), dont le germe au voisinage de C∩UC\cap U est défini sans ambiguïté, est nulle en tout point de C∩UC\cap U. Comme

ℱ⟨C⟩p,q=⨁|I|=p,|J|=qℱ⟨C⟩​d′⁡xI∧d′′⁡xJ,\mathscr{F}^{p,q}_{\langle C\rangle}=\bigoplus_{|I|=p,|J|=q}\mathscr{F}_{\langle C\rangle}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J},

cette propriété se traduit, en coordonnées, par la nullité d’un certain nombre d’applications sur C∩UC\cap U.

Pour vérifier qu’une section de j−1​(ℱVp,q)​(U)j^{-1}(\mathscr{F}_{V}^{p,q})(U) appartient à 𝒩p,q​(U)\mathscr{N}^{p,q}(U), il suffit de s’assurer que la condition ci-dessus est satisfaite sur un ensemble de cellules recouvrant PP (par exemple, sur une décomposition cellulaire de PP). Lorsque ℱ\mathscr{F} est contenue dans la classe des fonctions continues, on peut se contenter de tester l’annulation requise en les points intérieurs des cellules considérées.

Il est immédiat que 𝒩p,q\mathscr{N}^{p,q} est un sous-faisceau en 𝐑\mathbf{R}-espaces vectoriels de j−1​(ℱVp,q)j^{-1}(\mathscr{F}_{V}^{p,q}). On définit alors le faisceau ℱPp,q\mathscr{F}_{P}^{p,q} comme le faisceau quotient de j−1​(ℱVp,q)j^{-1}(\mathscr{F}_{V}^{p,q}) par son sous-faisceau 𝒩p,q\mathscr{N}^{p,q}. Cette définition est compatible avec la précédente lorsque PP est un sous-espace affine de VV.

Le faisceau ℱP∗,∗\mathscr{F}^{*,*}_{P} est un 𝒜P\mathscr{A}_{P}-module gradué, et une ℱP\mathscr{F}_{P}-algèbre graduée si ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication. On écrira ℱP\mathscr{F}_{P} au lieu de ℱP0,0\mathscr{F}^{0,0}_{P}, et parfois ΩPp\Omega^{p}_{P} au lieu de 𝒜Pp​,0\mathscr{A}^{p,0}_{P}. Lorsque ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication, ℱP\mathscr{F}_{P} un faisceau d’anneaux.

\remaname 1.4.2.

Si UU est un ouvert de PP et si ω∈(ℱP⊗𝒜PΩPdimV)​(U)\omega\in(\mathscr{F}_{P}\otimes_{\mathscr{A}_{P}}\Omega^{\dim V}_{P})(U), on sait définir ∫U|ω|\int_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, ainsi que ∫Uω\int_{U}\omega si l’intégrale précédente est finie et si VV est orienté (on fixe une décomposition cellulaire de PP, et on calcule séparément l’intégrale sur chaque cellule de dimension dimV\dim V).

1.4.3

On notera que la notion de fonction (et donc de superforme) lisse sur un polytope d’un espace affine dépend de la façon dont ce polytope est plongé.

PP
QQ

Soit par exemple PP le graphe de 𝐑2\mathbf{R}^{2}, réunion des segments [(−1,0),(0,0)][(-1,0),(0,0)] et [(0,0),(1,1)][(0,0),(1,1)] et Q=[−1,1]Q=[-1,1] son image dans 𝐑\mathbf{R} par la première projection p:𝐑2→𝐑p\colon\mathbf{R}^{2}\rightarrow\mathbf{R}. L’application pp induit un isomorphisme d’espaces linéaires par morceaux de PP sur QQ.

La fonction ff sur QQ définie par f⁡(x)=max⁡(x​,0)f(x)=\max(x,0) est continue, mais n’est pas lisse. En revanche, la fonction f∘pf\circ p sur QQ est lisse, comme restriction de la seconde coordonnée.

La tige en l’origine du faisceau des (1,0)(1,0)-formes sur PP est de dimension 22, engendrée par les images de d′⁡x\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x et d′⁡y\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}y, tandis que la tige correspondante sur QQ n’est que de dimension 11, engendrée par d′⁡x\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x.

1.4.4

Soit PP un polytope d’un espace affine réel VV de dimension finie et soit ω\omega une forme de type (p,n)(p,n) à coefficients mesurables sur un ouvert UU de PP.

Si WW est un sous-espace affine de VV de dimension pp et si μ\mu est un élément de Or⁡(W→)×{−1,1}Λn​V→\operatorname{Or}(\overrightarrow{W})\times^{\{-1,1\}}\Lambda^{n}\overrightarrow{V}, on définit les intégrales ∫U∩W⟨|ω|,|μ|⟩\int_{U\cap W}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu}\mathclose{|}\rangle et, le cas échéant, ∫U∩W⟨ω,μ⟩\int_{U\cap W}\langle\omega,\mu\rangle exactement comme en 1.3.3 : elles se ramènent à des intégrales de formes différentielles classiques, cf. la remarque 1.4.2.

\lemmname 1.4.5.

Supposons dim(P)<max⁡(p,q)\dim(P)<\max(p,q). On a alors ℱPp,q=0\mathscr{F}_{P}^{p,q}=0.

Démonstration.

Soit UU un ouvert de PP et soit α\alpha une section de j−1​ℱVp,qj^{-1}\mathscr{F}^{p,q}_{V} sur UU. Soit CC une cellule de VV contenue dans PP. On a dim(C)≤dim(P)<max⁡(p,q)\dim(C)\leq\dim(P)<\max(p,q). Par suite, ℱ⟨C⟩p,q=0\mathscr{F}^{p,q}_{\langle C\rangle}=0, et α\alpha appartient donc à 𝒩p,q​(U)\mathscr{N}^{p,q}(U). ∎

1.4.6

L’opérateur de symétrie J\mathrm{J} applique 𝒩p,q\mathscr{N}^{p,q} dans 𝒩q,p\mathscr{N}^{q,p} et induit un morphisme de faisceaux, toujours noté J\mathrm{J}, de ℱPp,q\mathscr{F}^{p,q}_{P} dans ℱPq,p\mathscr{F}^{q,p}_{P} tel que J∘J=id\mathrm{J}\circ\mathrm{J}=\operatorname{id}.

Supposons que ℱ=𝒜\mathscr{F}=\mathscr{A}. Les opérateurs différentiels d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}} sur j−1​𝒜Vp,qj^{-1}\mathscr{A}_{V}^{p,q} appliquent alors 𝒩p,q\mathscr{N}^{p,q} dans 𝒩p+1,q\mathscr{N}^{p+1,q} et 𝒩p,q+1\mathscr{N}^{p,q+1} respectivement. Ils induisent donc des opérateurs différentiels de 𝒜Pp,q\mathscr{A}^{p,q}_{P} dans 𝒜Pp+1,q\mathscr{A}^{p+1,q}_{P} et 𝒜Pp,q+1\mathscr{A}^{p,q+1}_{P} respectivement.

1.4.7

Ces constructions sont fonctorielles pour les morphismes affines. Soit PP et P′P^{\prime} des polytopes de VV et V′V^{\prime} respectivement et soit f:P→P′f\colon P\to P^{\prime} une application égale à la restriction d’une application affine g:V→V′g\colon V\to V^{\prime}. Notons jj et j′j^{\prime} les immersions de PP dans VV et de P′P^{\prime} dans V′V^{\prime}. Soit (p,q)∈𝐍×𝐍(p,q)\in\mathbf{N}\times\mathbf{N}. L’application affine gg induit un morphisme de faisceaux de j−1​ℱV′p,qj^{-1}\mathscr{F}^{p,q}_{V^{\prime}} dans (j′)−1​ℱVp,q(j^{\prime})^{-1}\mathscr{F}^{p,q}_{V} qui applique 𝒩P′p,q\mathscr{N}_{P^{\prime}}^{p,q} dans 𝒩Pp,q\mathscr{N}_{P}^{p,q}. Il en résulte un homomorphisme, noté f∗f^{*}, de f−1​ℱP′p,qf^{-1}\mathscr{F}^{p,q}_{P^{\prime}} dans ℱPp,q\mathscr{F}^{p,q}_{P}.

Ces homomomorphismes respectent les structures de modules gradués, et d’algèbres graduées si ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication. Ils commutent à l’involution JJ, et aux opérateurs différentiels d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}} lorsque ℱ=𝒜\mathscr{F}=\mathscr{A}.

Si PP et QQ sont deux polytopes de VV tels que Q⊂PQ\subset P et si jj désigne l’inclusion de QQ dans PP, on écrira par abus α|Q\alpha|_{Q} au lieu de j∗​αj^{*}\alpha.

1.5 Calibrages et intégrales sur les polytopes

Soit ℱ\mathscr{F} la classe des fonctions mesurables. Soit VV un espace affine de dimension finie, soit PP un polytope de VV et soit nn un entier naturel tel que dim(P)≤n\dim(P)\leq n. Stricto sensu, la théorie ci-dessous dépend du choix de l’entier nn tel que dim(P)≤n\dim(P)\leq n, mais elle est sans intérêt lorsque dim(P)<n\dim(P)<n.

1.5.1 Intégrale d’une (n,n)(n,n)-forme intégrable sur un polytope calibré

De même que l’intégrale d’une forme de type (dim(V),dim(V))(\dim(V),\dim(V)) sur VV dépend d’un choix de coordonnées affines, ou plutôt, comme on l’a vu, du choix d’un vecteur-volume sur VV, la définition de l’intégrale sur PP d’une forme de type (n,n)(n,n) à coefficients mesurables va requérir des données supplémentaires.

Soit 𝒞\mathscr{C} une décomposition cellulaire de PP  ; pour tout mm, on note 𝒞m\mathscr{C}_{m} l’ensemble des cellules de 𝒞\mathscr{C} qui sont de dimension mm.

Pour toute cellule CC de dimension nn, choisissons un vecteur-volume μC∈|Λn​⟨C⟩→|\mu_{C}\in\mathopen{|}{\Lambda^{n}\overrightarrow{\langle C\rangle}}\mathclose{|}. On note μ\mu la famille (μC)(\mu_{C}) ainsi obtenue ; on dit que c’est un calibrage du polytope PP subordonné à la décomposition 𝒞\mathscr{C}.

Soit UU un ouvert de PP et soit ω\omega une (n,n)(n,n)-forme à coefficients mesurables sur UU.

On pose

∫U⟨|ω|,|μ|⟩=∑C∈𝒞n∫U∩⟨C⟩⟨|ω|,|μC|⟩.\int_{U}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu}\mathclose{|}\rangle=\sum_{C\in\mathscr{C}_{n}}\int_{U\cap\langle C\rangle}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu_{C}}\mathclose{|}\rangle.

On dit que ω\omega est μ\mu-intégrable si cette somme est finie  ; il revient au même de demander que ω|⟨C⟩∩U\omega|_{\langle C\rangle\cap U} soit μC\mu_{C}-intégrable pour toute cellule C∈𝒞nC\in\mathscr{C}_{n}.

Si ω\omega est μ\mu-intégrable, on définit l’intégrale de ω\omega sur UU relativement au calibrage μ\mu par la formule

∫U⟨ω,μ⟩=∑C∈𝒞n∫U∩⟨C⟩⟨ω,μC⟩.\int_{U}\langle\omega,\mu\rangle=\sum_{C\in\mathscr{C}_{n}}\int_{U\cap\langle C\rangle}\langle\omega,\mu_{C}\rangle. (1.5.1.1)

1.5.2

Soit 𝒟\mathscr{D} une décomposition cellulaire de PP raffinant 𝒞\mathscr{C}. Pour tout D∈𝒟nD\in\mathscr{D}_{n}, il existe une unique cellule λ⁡(D)∈𝒞n\lambda(D)\in\mathscr{C}_{n} telle que D⊂λ⁡(D)D\subset\lambda(D) ; les sous-espace affine engendré par DD est alors égal à ⟨λ⁡(D)⟩\langle\lambda(D)\rangle. On définit un calibrage (νD)(\nu_{D}) de PP subordonné à la décomposition 𝒟\mathscr{D} on posant νD=μλ⁡(D)\nu_{D}=\mu_{\lambda(D)} pour tout D∈𝒟nD\in\mathscr{D}_{n}. On dira qu’il raffine le calibrage μ\mu.

Soit ω\omega une (n,n)(n,n)-forme mesurable sur un ouvert UU de PP. On a alors ∫U⟨|ω|,|ν|⟩=∫U⟨|ω|,|μ|⟩\int_{U}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\nu}\mathclose{|}\rangle=\int_{U}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu}\mathclose{|}\rangle. Par conséquent, ω\omega est μ\mu-intégrable si et seulement si elle est ν\nu-intégrable, et si c’est le cas on a ∫U⟨ω,ν⟩=∫U⟨ω,μ⟩\int_{U}\langle\omega,\nu\rangle=\int_{U}\langle\omega,\mu\rangle

1.5.3 Discordance

Soit F∈𝒞n−1F\in\mathscr{C}_{n-1} et soit 𝒞>F\mathscr{C}_{>F} l’ensemble des C∈𝒞nC\in\mathscr{C}_{n} dont FF est une face.

Fixons une orientation oo sur le sous-espace affine ⟨F⟩\langle F\rangle. Pour tout C∈𝒞>FC\in\mathscr{C}_{>F}, munissons l’espace affine ⟨C⟩\langle C\rangle de l’orientation oCo_{C} donnée par oo et la normale sortante. Pour tout C∈𝒞>FC\in\mathscr{C}_{>F}, notons μ~C\tilde{\mu}_{C} le nn-vecteur tel que le vecteur-volume μC\mu_{C} soit la classe du couple (o,μ~C)(o,\tilde{\mu}_{C}). Le nn-vecteur μ~C\tilde{\mu}_{C} appartient à Λn​⟨C⟩→\Lambda^{n}\overrightarrow{\langle C\rangle}, et peut être vu comme appartenant à Λn​V→\Lambda^{n}\overrightarrow{V}.

Notons μ~F\tilde{\mu}_{F} la somme dans Λn​V→\Lambda^{n}\overrightarrow{V} des vecteurs μ~C\tilde{\mu}_{C} pour CC parcourant 𝒞>F\mathscr{C}_{>F} ; la classe μF\mu_{F} du couple (o,μ~F)(o,\tilde{\mu}_{F}) dans le produit contracté Or⁡(F)×{±1}Λn​V→\operatorname{Or}(F)\times_{\{\pm 1\}}\Lambda^{n}\overrightarrow{V} ne dépend pas du choix de l’orientation oo. On dit que c’est la discordance du calibrage μ\mu le long de la face FF  ; on dit que la face FF est harmonieuse si cette discordance est nulle.

1.5.4 Intégrale de bord

Soit ω\omega une (n−1,n)(n-1,n)-forme mesurable sur un ouvert UU de PP, et soit x∈F∩Ux\in F\cap U. La forme ω\omega est définie au voisinage de xx par un germe η\eta de (n−1,n)(n-1,n)-forme à coefficients mesurables.

L’élément ⟨η,μ~F⟩|F\langle\eta,\tilde{\mu}_{F}\rangle|_{F} de (ℱF⊗𝒜FΩFn−1)x(\mathscr{F}_{F}\otimes_{\mathscr{A}_{F}}\Omega^{n-1}_{F})_{x} est alors bien défini. En effet, pour toute cellule C∈𝒞FC\in\mathscr{C}_{F}, le germe ⟨η,μ~C⟩|F\langle\eta,\tilde{\mu}_{C}\rangle|_{F} est égal à la restriction à FF de ⟨η|C,μ~C⟩\langle\eta|_{C},\tilde{\mu}_{C}\rangle, lequel est uniquement déterminé, par la définition-même du faisceau des formes sur un polytope.

La forme ω\omega donne ainsi naissance sans ambiguïté à une (n−1)(n-1)-forme différentielle (classique) à coefficients mesurables sur U∩FU\cap F, que l’on notera ⟨ω,μ~F⟩\langle\omega,\tilde{\mu}_{F}\rangle.

La masse totale de la mesure sur U∩FU\cap F déduite de ⟨ω,μ~F⟩\langle\omega,\tilde{\mu}_{F}\rangle ne dépend que de μF\mu_{F} et sera notée ∫F∩U⟨|ω|,|μF|⟩\int_{F\cap U}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu_{F}}\mathclose{|}\rangle. Si cette masse est finie, l’intégrale de ⟨ω,μ~F⟩\langle\omega,\tilde{\mu}_{F}\rangle sur U∩FU\cap F ne dépend que de μF\mu_{F} et sera notée ∫F∩U⟨ω,μF⟩\int_{F\cap U}\langle\omega,\mu_{F}\rangle.

On pose alors

∫∂𝒞P∩U⟨|ω|,|∂μ|⟩=∑F∈𝒞m−1∫F∩U⟨|ω|,|μF|⟩.\int_{\partial_{\mathscr{C}}P\cap U}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\partial\mu}\mathclose{|}\rangle=\sum_{F\in\mathscr{C}_{m-1}}\int_{F\cap U}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu_{F}}\mathclose{|}\rangle.

On dit que ω\omega est ∂μ\partial\mu-intégrable si cette somme est finie, et si c’est le cas l’on pose

∫U∩∂𝒞P⟨ω,∂μ⟩=∑F∈𝒞n−1∫F∩U⟨ω,μF⟩.\int_{U\cap\partial_{\mathscr{C}}P}\langle\omega,\partial\mu\rangle=\sum_{F\in\mathscr{C}_{n-1}}\int_{F\cap U}\langle\omega,\mu_{F}\rangle. (1.5.4.1)

Si ω\omega est ∂μ\partial\mu-intégrable, il résulte de nos constructions que l’on peut également écrire

∫U∩∂𝒞P⟨ω,∂μ⟩=∑F∈𝒞m−1,C∈𝒞>F∫F∩U⟨ω,∂μC+⟩,\int_{U\cap\partial_{\mathscr{C}}P}\langle\omega,\partial\mu\rangle=\sum_{\begin{subarray}{c}F\in\mathscr{C}_{m-1},\\ C\in\mathscr{C}_{>F}\end{subarray}}\int_{F\cap U}\langle\omega,\partial\mu_{C}^{+}\rangle,

où la notation ∂μC+\partial\mu_{C}^{+} est celle de 1.3.7, relative au demi-espace de ⟨C⟩\langle C\rangle bordé par ⟨F⟩\langle F\rangle et contenant CC.

On prendra garde qu’en général, ∂𝒞P\partial_{\mathscr{C}}P contient strictement le bord de PP. Dans ce cas, ∫∂𝒞⟨ω,∂μ⟩\int_{\partial\mathscr{C}}\langle\omega,\partial\mu\rangle fait intervenir des (n−1)(n-1)-faces qui sont intérieures à PP. En revanche, seules interviennent les faces qui ne sont pas harmonieuses.

1.5.5

Soit 𝒟\mathscr{D} une décomposition cellulaire de PP raffinant 𝒞\mathscr{C}, et soit ν\nu le raffinement correspondant de μ\mu. Soit ω\omega une(n−1,n)(n-1,n)-forme intégrable sur PP. On a alors ∫∂𝒟P⟨|ω|,|∂ν|⟩=∫∂𝒞P⟨|ω|,|∂μ|⟩\int_{\partial_{\mathscr{D}}P}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\partial\nu}\mathclose{|}\rangle=\int_{\partial_{\mathscr{C}}P}\langle\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\mathopen{|}{\partial\mu}\mathclose{|}\rangle, et ∫∂𝒟P⟨ω,∂ν⟩=∫∂𝒞P⟨ω,∂μ⟩\int_{\partial_{\mathscr{D}}P}\langle\omega,\partial\nu\rangle=\int_{\partial_{\mathscr{C}}P}\langle\omega,\partial\mu\rangle dans le cas intégrable.

En effet, soit FF une cellule appartenant à 𝒟n−1\mathscr{D}_{n-1} qui n’est pas contenue dans une cellule appartenant à 𝒞n−1\mathscr{C}_{n-1}. Elle est alors contenue dans exactement deux nn-cellules cellules DD et D′D^{\prime} de 𝒟\mathscr{D}, elles-mêmes contenues dans une même nn-cellule CC de 𝒞\mathscr{C}. Si (o,v)(o,v) désigne un représentant de μC\mu_{C} alors comme DD et D′D^{\prime} induisent deux orientations opposées sur FF, la discordance νF\nu_{F} est de la forme (o′,v−v)=(o′​,0)(o^{\prime},v-v)=(o^{\prime},0), et FF est harmonieuse.

Seules interviennent donc effectivement dans le calcul des intégrales le long de ∂𝒟P\partial_{\mathscr{D}}P les (n−1)(n-1)-cellules de 𝒟\mathscr{D} contenues dans une (n−1)(n-1)-cellule de 𝒞\mathscr{C}, d’où l’assertion, compte-tenu du fait (qui résulte immédiatement des définitions) que sur une telle cellule, la discordance de la restriction coïncide avec la restriction de la discordance.

1.5.6

Comme ils définissent aussi la même intégrale, nous identifierons implicitement, dans la suite, deux calibrages qui ont un raffinement commun.

Ainsi, un calibrage μ\mu ne sera plus subordonné à une décomposition polytopale 𝒞\mathscr{C} donnée. Aussi écrirons-nous ∫P⟨ω,∂μ⟩\int_{P}\langle\omega,\partial\mu\rangle au lieu de ∫∂𝒞P⟨ω,μ⟩\int_{\partial_{\mathscr{C}}P}\langle\omega,\mu\rangle. Nous nous contenterons de voir ceci comme une convention d’écriture ; au vu de (1.5.4.1), on pourrait lui donner un sens plus précis en définissant le « bord » ∂μ\partial\mu de μ\mu comme la donnée à raffinement près des différentes discordances.

\lemmname 1.5.7 (Formules de Stokes et Green).

Soit VV un espace affine, soit PP un sous-espace linéaire par morceaux de VV et soit μ\mu un calibrage de PP. Soit ω\omega une (n−1,n)(n-1,n)-forme lisse et à support compact sur PP. On a la formule de Stokes :

∫X⟨d′⁡ω,μ⟩=∫X⟨ω,∂μ⟩.\int_{X}\langle\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega,\mu\rangle=\int_{X}\langle\omega,\partial\mu\rangle. (1.5.7.1)

Soit α\alpha et β\beta des (p,p)(p,p) et (q,q)(q,q)-formes lisses et symétriques sur PP, où p+q=p−1p+q=p-1. Si l’intersection de leurs supports est compact, on a la formule de Green :

∫X⟨α∧d′​d′′⁡β−d′​d′′⁡α∧β,μ⟩=∫X⟨α∧d′′⁡β−d′′⁡α∧β,∂μ⟩.\int_{X}\langle\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta-\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\beta,\mu\rangle=\int_{X}\langle\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta-\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\beta,\partial\mu\rangle. (1.5.7.2)
Démonstration.

Ces formules résultent de celles démontrées ci-dessus pour des demi-espaces et de la définition des calibrages et des discordances.

En effet, supposons d’abord que PP soit un livre : sa tranche est un sous-espace affine WW de dimension n−1n-1 de VV, ses pages des demi-espaces Vi+V_{i}^{+} de bord WW dans des sous-esapces affines de dimension de nn de VV contenant WW. Fixons une orientation sur WW et munissons les espaces ViV_{i} de l’orientation correspondant à la normale sortante. Le calibrage μ\mu correspond alors à des nn-vecteurs μ~i\tilde{\mu}_{i} de V→i\overrightarrow{V}_{i}, la discordance μW\mu_{W} à leur somme. D’après la formule de Stokes (lemme 1.3.8), on a

∫X⟨d′⁡ω,μ⟩=∑i∫Vi+⟨d′⁡ω,μi⟩=∑i∫W⟨ω,μi⟩=∫W⟨ω,μW⟩=∫X⟨ω,∂μ⟩.\int_{X}\langle\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega,\mu\rangle=\sum_{i}\int_{V_{i}^{+}}\langle\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega,\mu_{i}\rangle=\sum_{i}\int_{W}\langle\omega,\mu_{i}\rangle=\int_{W}\langle\omega,\mu_{W}\rangle=\int_{X}\langle\omega,\partial\mu\rangle.

Cela démontre la formule de Stokes dans ce cas particulier.

Pour traiter le cas général, fixons une décomposition cellulaire 𝒞\mathscr{C} de PP.

La réunion ∂2𝒞\partial^{2}\mathscr{C} des cellules de 𝒞\mathscr{C} de dimension au plus n−2n-2 intersecte chaque cellule CC de dimension ≥n−1\geq n-1 de 𝒞\mathscr{C} selon un ensemble de mesure nulle dans l’espace affine ⟨C⟩\langle C\rangle.

Il s’ensuit que le compact ∂2𝒞∩supp⁡(ω)\partial^{2}\mathscr{C}\cap\operatorname{supp}(\omega) possède un voisinage dont la trace sur chaque cellule CC de dimension ≥n−1\geq n-1 est de mesure arbitrairement petite dans ⟨C⟩\langle C\rangle.

Pour tout point xx de P ∂2𝒞P\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}\partial^{2}\mathscr{C}, il existe un voisinage UxU_{x} de xx dans VV et un livre LxL_{x} tel que Lx∩Ux=X∩UxL_{x}\cap U_{x}=X\cap U_{x}. Comme on a prouvé la formule de Stokes pour les livres, un argument de partition de l’unité et de passage à la limite (pour traiter ce qui se passe au voisinage de ∂2𝒞∩supp⁡(ω)\partial^{2}\mathscr{C}\cap\operatorname{supp}(\omega)) l’entraîne dans le cas général.

La formule de Green se prouve de la même façon. ∎

1.5.8 Fonctorialité

Soit u:V→Wu\colon V\rightarrow W une application affine, soit PP un polytope de VV de dimension ≤n\leq n, et soit QQ son image dans WW. Soit 𝒞\mathscr{C} une décomposition cellulaire de PP, assez fine pour que son image 𝒟\mathscr{D} par uu soit une décomposition cellulaire de QQ. Soit μ\mu un calibrage de PP subordonné à la décomposition 𝒞\mathscr{C}. On définit comme suit un calibrage u∗​μu_{*}\mu de QQ subordonné à la décomposition 𝒟\mathscr{D}. Soit D∈𝒟nD\in\mathscr{D}_{n}. Soit 𝒞D\mathscr{C}_{D} l’ensemble des nn-cellules de 𝒞\mathscr{C} qui s’envoient sur DD  ; l’application uu induit pour tout C∈𝒞DC\in\mathscr{C}_{D} un homéomorphisme C≃DC\simeq D et une bijection affine ⟨C⟩≃⟨D⟩\langle C\rangle\simeq\langle D\rangle.

Fixons une orientation oo de ⟨D⟩.→\overrightarrow{\langle D\rangle.} Elle induit une orientation oCo_{C} de ⟨C⟩→\overrightarrow{\langle C\rangle} pour toute cellule C∈𝒟C\in\mathscr{D}.

Pour tout C∈𝒞DC\in\mathscr{C}_{D}, il existe un unique vC∈Λn​⟨C⟩→v_{C}\in\Lambda^{n}\overrightarrow{\langle C\rangle} tel que μC\mu_{C} soit égal à la classe de (oC,vC)(o_{C},v_{C})  ; soit wCw_{C} son image dans Λn​⟨D⟩→\Lambda^{n}\overrightarrow{\langle D\rangle}. Le couple (o,∑C∈𝒞DwC)(o,\sum_{C\in\mathscr{C}_{D}}w_{C}) définit un vecteur-volume νD\nu_{D} sur l’espace ⟨D⟩→\overrightarrow{\langle D\rangle}.

On pose u∗​μ=(νD)D∈𝒟nu_{*}\mu=(\nu_{D})_{D\in\mathscr{D}_{n}}.

Soit ω\omega une forme à coefficients mesurables de type (n,n)(n,n) (resp. (n−1,n)(n-1,n)) sur un ouvert UU de QQ. La forme u∗​ωu^{*}\omega est intégrable si et seulement si ω\omega est intégrable : cela provient du fait que si CC est une cellule de dimension nn (resp. n−1n-1) contenue dans PP (on ne demande pas que C∈𝒞C\in\mathscr{C}) et si u|Cu_{|C} n’est pas injective, la restriction de u∗​ωu^{*}\omega à ⟨C⟩∩U\langle C\rangle\cap U est nulle, parce qu’elle provient d’un espace affine de dimension <n<n (resp. <n−1<n-1).

Lorsque ω\omega est intégrable, on a les égalités

∫u−1​(U)⟨u∗​ω,μ⟩=∫U⟨ω,u∗​(μ)⟩,et∫u−1​(U)⟨u∗​ω,∂μ⟩=∫U⟨ω,∂u∗​(μ)⟩.\int_{u^{-1}(U)}\langle u^{*}\omega,\mu\rangle=\int_{U}\langle\omega,u_{*}(\mu)\rangle,\quad\text{et}\quad\int_{u^{-1}(U)}\langle u^{*}\omega,\partial\mu\rangle=\int_{U}\langle\omega,\partial u_{*}(\mu)\rangle.

Original mathematics by the credited authors. Source-backed reader collection; mathematical self-containment is not assessed.