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§ 2 Géométrie analytique et géométrie tropicale [01MQ]

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§ 2 Géométrie analytique et géométrie tropicale

2.1 Géométrie analytique : conventions et notations

On fixe pour toute la suite de l’article un corps ultramétrique complet kk  ; sa valeur absolue peut être triviale. On note k∘k^{\circ} son anneau de valuation et k~\tilde{k} son corps résiduel.

2.1.1

Dans ce texte, la notion d’espace kk-analytique sera à prendre au sens de Berkovich, et plus précisément de [8]  ; notons que les espaces définis dans [7] sont ceux qui sont qualifiés de bons dans [8], c’est-à-dire ceux dont tout point admet un voisinage affinoïde, et donc une base de voisinages affinoïdes.

2.1.2

Soit XX un espace kk-analytique.

Pour tout x∈Xx\in X, on note ℋ⁡(x){\mathscr{H}}(x) le corps résiduel complété de xx. On note 𝒪X,x\mathscr{O}_{X,x} l’anneau local de XX en xx  ; lorsque XX est bon, il est noethérien ([8], th. 2.1.4), hensélien ([8], th. 2.1.5) et excellent ([29], th. 2.13).

On pose dk​(x)=deg. tr.​(ℋ⁡(x)~/k~)+dim𝐐(𝐐⊗𝐙(|ℋ​(x)×|/|k×|)).d_{k}(x)=\text{deg. tr.}(\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k})+\dim_{\mathbf{Q}}\left(\mathbf{Q}\otimes_{\mathbf{Z}}(|{\mathscr{H}}(x)^{\times}|/|k^{\times}|)\right).

On a l’égalité dimX=supx∈Xdk​(x)\dim X=\sup_{x\in X}d_{k}(x) (cf. [28], 1.14).

2.1.3 Dimension centrale d’un germe d’espace kk-analytique

Soit (X,x)(X,x) un germe d’espace kk-analytique. La dimension centrale dimcent(X,x)\dim_{\rm cent}(X,x) de (X,x)(X,x) est le minimum, pour VV voisinage analytique de xx dans XX, de la dimension de l’adhérence de Zariski de xx dans VV. Elle est majorée par dk​(x)d_{k}(x) en vertu de ce qui précède.

Lorsque (X,x)(X,x) est bon, on a d’après le corollaire 1.12 de [30] l’égalité

dimcent(X,x)+dimKrull𝒪X,x=dimxX.\dim_{\rm cent}(X,x)+\dim_{\rm Krull}\mathscr{O}_{X,x}=\dim_{x}X.

2.1.4

Soit f:Y→Xf\colon Y\to X un morphisme d’espaces kk-analytiques qui est topologiquement propre, et soit xx un point de XX dont la fibre est de dimension nulle et ne rencontre pas ∂f\partial f. La fibre f−1​(x)f^{-1}(x) étant compacte et de dimension nulle, elle est ensemblistement finie. Soit y∈f−1​(x)y\in f^{-1}(x). Comme ff est de dimension nulle et sans bord en yy, elle est finie en xx ([8], cor. 3.1.10). Il existe donc un voisinage analytique compact WyW_{y} de yy dans YY et un voisinage analytique compact VyV_{y} de xx dans XX tels que ff induise un morphisme fini Wy→VyW_{y}\to V_{y}  ; quitte à restreindre VyV_{y}, on peut supposer qu’il ne rencontre pas les antécédents de xx autres que yy. Posons W=⋂y∈f−1​(x)WyW=\bigcap_{y\in f^{-1}(x)}W_{y}. Par construction, WW est un voisinage analytique compact de xx dans XX tel que f−1​(W)→Wf^{-1}(W)\to W soit fini.

2.1.5

Rappelons ([21], chap. 1, §9, no 10, définition 6, p. 69) qu’un espace topologique XX est dit paracompact s’il est séparé et si tout recouvrement ouvert possède un raffinement qui est localement fini. Un espace compact est paracompact. Une partie fermée d’un espace paracompact est paracompacte.

Un espace localement compact est dit dénombrable à l’infini s’il est réunion dénombrable d’ensembles compacts ; un espace localement compact dénombrable à l’infini est paracompact. Plus généralement, un espace topologique localement compact est paracompact si et seulement si c’est l’espace somme d’une famille d’espaces localement compacts dénombrables à l’infini (loc. cit., théorème 5, p. 70).

Soit XX un espace topologique et soit FF une partie fermée de XX. Nous dirons que FF est fortement paracompacte dans XX si elle possède un voisinage ouvert et paracompact dans XX. Si XX est paracompact, toute partie fermée est évidemment fortement paracompacte.

Toute partie fermée d’un espace topologique XX qui est fortement paracompacte dans XX est paracompacte. Dans l’autre sens, notons le lemme suivant.

\lemmname 2.1.6.

Soit XX un espace analytique. Toute partie compacte de XX possède un voisinage ouvert qui est dénombrable à l’infini. En particulier, toute partie compacte de XX est fortement paracompacte.

Démonstration.

Soit FF une partie compacte de XX. Soit xx un point de FF ; il possède un voisinage ouvert UxU_{x} dans XX qui est ouvert, paracompact et connexe par arcs ([8], remarque 1.2.4 (iii)), donc réunion dénombrable de parties compactes. Puisque FF est compact, il existe une partie finie SS de FF telle que la réunion UU des UxU_{x}, pour x∈Sx\in S, contienne FF. Cet ensemble UU est ouvert dans XX et dénombrable à l’infini. ∎

2.2 Tores, squelettes, tropicalisations, moments

2.2.1

Dans ce travail, le groupe multiplicatif et ses puissances jouent un rôle fondamental. Rappelons que l’anneau des fonctions algébriques sur l’espace 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} est l’anneau A=k⁡[T1±1,…,Tn±1]A=k[T_{1}^{\pm 1},\dots,T_{n}^{\pm 1}] des polynômes de Laurent à coefficients dans kk en des indéterminées T1,…,TnT_{1},\dots,T_{n}. Le groupe analytique 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}, au sens de Berkovich, est l’ensemble des semi-normes multiplicatives sur cet anneau qui étendent la valeur absolue de kk. Pour éviter le recours à un choix explicite de coordonnées, nous adopterons la convention suivante : nous appellerons tore (de dimension nn) tout groupe analytique isomorphe à une puissance 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} du groupe multiplicatif  ; nos tores sont donc implicitement supposés déployés.

2.2.2

Rappelons que toute fonction analytique inversible sur 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} est algébrique et, plus précisément, est même un monôme, c’est-à-dire de la forme a​T1m1​…​TnmnaT_{1}^{m_{1}}\dots T_{n}^{m_{n}}, où a∈k∗a\in k^{*} et (m1,…,mn)∈𝐙n(m_{1},\dots,m_{n})\in\mathbf{Z}^{n} est un vecteur appelé exposant. (En dimension 1, cet énoncé est le lemme 9.7.1/1 de [14], le cas général en découle par récurrence.)

Le morphisme 𝐆mn→𝐆m\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}} induit par une telle fonction est un homomorphisme de groupes analytiques si et seulement si a=1a=1.

Soit TT un tore. L’ensemble 𝖷⁡(T)\mathsf{X}(T) des caractères de TT, c’est-à-dire des morphismes de groupes analytiques de TT vers 𝐆m\mathbf{G}_{\mathrm{m}}, est un groupe abélien.

On déduit de ce qui précède que tout isomorphisme de TT avec 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} induit un isomorphisme de 𝖷⁡(T)\mathsf{X}(T) avec 𝐙n\mathbf{Z}^{n}  ; on en déduit aussi que si TT et T′T^{\prime} sont deux tores, tout morphisme d’espace kk-analytique de TT vers T′T^{\prime} est affine, i.e. composé d’un morphisme de groupes analytiques et d’une translation  ; c’est donc un morphisme de groupes si et seulement si il envoie l’origine de TT sur l’origine de T′T^{\prime}. Pour cette raison, lorsque nous évoquerons un morphisme entre tores qui n’est pas nécessairement un morphisme de groupes, nous le qualifierons de morphisme affine.

2.2.3 Tropicalisations

On considère le groupe abélien 𝐑+×\mathbf{R}_{+}^{\times} comme un 𝐑\mathbf{R}-espace vectoriel, via l’exponentiation coordonnée par coordonnée  ; le choix d’une base de logarithmes permet d’ailleurs de l’identifier à l’espace 𝐑\mathbf{R}.

Soit TT un tore. Nous noterons TtropT_{\text{trop}} le 𝐑\mathbf{R}-espace vectoriel Hom⁡(𝖷⁡(T),𝐑+×)\operatorname{Hom}(\mathsf{X}(T),\mathbf{R}^{\times}_{+}), que l’on peut identifier à (𝐑+×)n(\mathbf{R}^{\times}_{+})^{n} une fois choisie une trivialisation de TT, ou à 𝐑n\mathbf{R}^{n} si l’on fixe en plus une base de logarithmes. L’espace vectoriel TtropT_{\text{trop}} est appelé tropicalisation du tore TT.

Étant donné un point tt de TT, l’application qui applique un caractère φ∈𝖷⁡(T)\varphi\in\mathsf{X}(T) sur l’élément |φ⁡(t)|\mathopen{|}{\varphi(t)}\mathclose{|} est un élément de TtropT_{\text{trop}} noté trop​(t){\text{trop}}(t). L’application trop:T→Ttrop{\text{trop}}\colon T\rightarrow T_{\text{trop}} ainsi définie est continue.

La formation de TtropT_{\text{trop}} est fonctorielle : tout morphisme affine f:T→T′f\colon T\to T^{\prime} entre tores induit une application affine ftrop:Ttrop→Ttrop′f_{\text{trop}}\colon T_{\text{trop}}\to T^{\prime}_{\text{trop}} telle que le diagramme

T\textstyle{T\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}f\scriptstyle{f}T′\textstyle{T^{\prime}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}Ttrop\textstyle{T_{\text{trop}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}ftrop\scriptstyle{f_{\text{trop}}}Ttrop′\textstyle{T^{\prime}_{\text{trop}}}

commute.

2.2.4 Squelette de 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}

L’application de tropicalisation 𝐆mn→(𝐆mn)trop\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}\to(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})_{\text{trop}} possède une section continue naturelle (𝐆mn)trop→𝐆mn(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})_{\text{trop}}\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}, définie comme suit : elle envoie un point r=(r1,…,rn)∈(𝐆mn)trop=(𝐑+×)nr=(r_{1},\dots,r_{n})\in(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})_{\text{trop}}=(\mathbf{R}+^{\times})^{n} sur le point ηr\eta_{r} de 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} défini par la semi-norme qui applique le polynôme de Laurent

f=∑m∈𝐙nam​T1m1​…​Tnmnf=\sum_{m\in\mathbf{Z}^{n}}a_{m}T_{1}^{m_{1}}\dots T_{n}^{m_{n}}

sur

maxm∈𝐙n⁡|am|​r1m1​…​rnmn.\max_{m\in\mathbf{Z}^{n}}\mathopen{|}{a_{m}}\mathclose{|}r_{1}^{m_{1}}\dots r_{n}^{m_{n}}.

Son image est appelée squelette de 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} et est notée S⁡(𝐆mn)S(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}).

Canonicité du squelette. On peut caractériser S⁡(𝐆mn)S(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}) comme l’ensemble des points de 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} maximaux pour la relation ≤\leq définie comme suit : x≤yx\leq y si et seulement si |f⁡(x)|≤|f⁡(y)|\mathopen{|}{f(x)}\mathclose{|}\leq\mathopen{|}{f(y)}\mathclose{|} pour toute fonction analytique ff sur 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}.

En effet, soit x∈𝐆mnx\in\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}. Pour tout ii, on pose ri=Ti​(x)r_{i}=T_{i}(x), et l’on note rr le nn-uplet (r1,…,rn)(r_{1},\ldots,r_{n}). Soit f=∑m∈𝐙nam​T1m1​…​Tnmnf=\sum_{m\in\mathbf{Z}^{n}}a_{m}T_{1}^{m_{1}}\dots T_{n}^{m_{n}} une fonction analytique sur 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}. On a

|f⁡(x)|≤maxm∈𝐙n⁡|am|​r1m1​…​rnmn=|f⁡(ηr)|.|f(x)|\leq\max_{m\in\mathbf{Z}^{n}}\mathopen{|}{a_{m}}\mathclose{|}r_{1}^{m_{1}}\dots r_{n}^{m_{n}}=\mathopen{|}{f(\eta_{r})}\mathclose{|}.

En conséquence, x≤ηrx\leq\eta_{r}  ; en particulier, si xx est maximal alors x=ηrx=\eta_{r}.

Ainsi, tout point maximal appartient à S⁡(𝐆mn)S(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}). Réciproquement, soit r∈(𝐑+×)nr\in(\mathbf{R}^{\times}_{+})^{n} et soit x≥ηrx\geq\eta_{r}. Pour tout ii, on pose si=|Ti​(x)|s_{i}=|T_{i}(x)|, et l’on note ss le nn-uplet (s1,…,sn)(s_{1},\ldots,s_{n}). Par ce qui précède, x≤ηsx\leq\eta_{s}  ; a fortiori, ηr≤ηs\eta_{r}\leq\eta_{s}. En appliquant cette inégalité à TiT_{i} et Ti−1T_{i}^{-1} pour tout ii, il vient r=sr=s. Ainsi ηr≤x≤ηr\eta_{r}\leq x\leq\eta_{r} et x=ηrx=\eta_{r}. Par conséquent, ηr\eta_{r} est maximal.

On en déduit que si σ\sigma est un automorphisme d’espace analytique de 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} alors σ⁡(S⁡(𝐆mn))=S⁡(𝐆mn)\sigma(S(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}))=S(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}). Notons qu’il n’y a pas besoin de supposer que σ\sigma agit non trivialement sur le corps kk, il peut par exemple provenir d’une action galoisienne.

2.2.5 Squelette d’un tore

Soit TT un tore et soit f:𝐆mn→Tf\colon\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}\to T un isomorphisme. En vertu de ce qui précède, le fermé f⁡(S⁡(𝐆mn))f(S(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})) de TT ne dépend pas de ff.

On l’appelle le squelette de TT et on le note S⁡(T)S(T). L’application naturelle T→TtropT\to T_{\text{trop}} induct un homéomorphisme S⁡(T)≃TtropS(T)\simeq T_{\text{trop}}. Si PP est un sous-ensemble de TtropT_{\text{trop}}, on notera PsqP_{\mathrm{sq}} le sous-ensemble de S⁡(T)S(T) qui lui correspond via cet homéomorphisme.

\definame 2.2.6.

Soit XX un espace kk-analytique  ; on appelle moment sur XX un morphisme de XX vers un tore.

Soit f:X→Tf\colon X\to T un moment sur un espace kk-analytique XX. On désignera par ftrop:X→Ttropf_{\text{trop}}\colon X\rightarrow T_{\text{trop}} l’application composée X→T→TtropX\to T\to T_{\text{trop}}. On dira que l’application ftropf_{\text{trop}} est la tropicalisation de ff  ; c’est une application continue.

\remaname 2.2.7.

Si f:T→T′f\colon T\to T^{\prime} est un morphisme affine entre tores, la notation ftropf_{\text{trop}} désigne donc aussi bien l’application induite Ttrop→Ttrop′T_{\text{trop}}\to T^{\prime}_{\text{trop}} que sa composée T→T′→Ttrop′T\to T^{\prime}\to T^{\prime}_{\text{trop}} avec l’application de tropicalisation de TT. Cette ambiguïté n’aura, en pratique, guère de conséquences.

2.3 Les tropicalisations sont des polytopes

2.3.1 Une convention.

Soit TT et T′T^{\prime} deux tores. Les 𝐑\mathbf{R}-espace vectoriels TtropT_{\text{trop}} et Ttrop′T^{\prime}_{\text{trop}} sont égaux respectivement à Hom⁡(𝖷⁡(T),𝐑+×)\operatorname{Hom}(\mathsf{X}(T),\mathbf{R}^{\times}_{+}) et Hom⁡(𝖷⁡(T′),𝐑+×)\operatorname{Hom}(\mathsf{X}(T^{\prime}),\mathbf{R}^{\times}_{+}).

On dispose par conséquent d’un isomorphisme naturel

Hom𝐑−lin⁡(Ttrop,Ttrop′)≃Hom⁡(𝖷′​(T),𝖷⁡(T))⊗𝐙𝐑.\operatorname{Hom}_{\mathbf{R}-\text{lin}}(T_{\text{trop}},T^{\prime}_{\text{trop}})\simeq\operatorname{Hom}(\mathsf{X}^{\prime}(T),\mathsf{X}(T))\otimes_{\mathbf{Z}}\mathbf{R}.

Notons que dans le cas particulier où T′=𝐆mT^{\prime}=\mathbf{G}_{\mathrm{m}}, on a Ttrop′=𝐑+×T^{\prime}_{\text{trop}}=\mathbf{R}^{\times}_{+} d’où un isomorphisme naturel

Hom𝐑−lin⁡(Ttrop,𝐑+×)≃𝖷⁡(T)⊗𝐙𝐑.\operatorname{Hom}_{\mathbf{R}-\text{lin}}(T_{\text{trop}},\mathbf{R}^{\times}_{+})\simeq\mathsf{X}(T)\otimes_{\mathbf{Z}}\mathbf{R}.

Désormais, et sauf mention expresse du contraire :

  • —

    une cellule de TtropT_{\text{trop}} sera toujours une cellule « à pentes rationnelles », c’est-à-dire définie comme une intersection de demi-espaces fermés décrits par des inégalités de la forme φ≤a\varphi\leq a, où φ∈𝖷⁡(T)⊂Hom𝐑−lin⁡(Ttrop,𝐑+×)\varphi\in\mathsf{X}(T)\subset\operatorname{Hom}_{\mathbf{R}-\text{lin}}(T_{\text{trop}},\mathbf{R}^{\times}_{+}) et où a∈𝐑+×a\in\mathbf{R}^{\times}_{+}  ;

  • —

    un polytope de TtropT_{\text{trop}} sera toujours une union finie de cellules à pentes rationnelles, et une décomposition cellulaire d’un polytope de TtropT_{\text{trop}} sera toujours constituée de cellules à pentes rationnelles  ;

  • —

    une application Ttrop→Ttrop′T_{\text{trop}}\to T^{\prime}_{\text{trop}} sera dite affine si elle est composée d’une translation et d’une application appartenant à Hom⁡(𝖷⁡(T′),𝖷⁡(T))⊗𝐐\operatorname{Hom}(\mathsf{X}(T^{\prime}),\mathsf{X}(T))\otimes\mathbf{Q}.

  • —

    une application continue ff d’un polytope PP de TtropT_{\text{trop}} vers Ttrop′T^{\prime}_{\text{trop}} sera dite linéaire par morceaux s’il existe une décomposition cellulaire 𝒞\mathscr{C} de PP telle que la restriction de ff à chaque cellule de 𝒞\mathscr{C} s’étende en une application affine de TtropT_{\text{trop}} vers Ttrop′T^{\prime}_{\text{trop}}.

Nous parlerons également à l’occasion de cellule et de polytope de S⁡(T)S(T), d’application affine de S⁡(T)S(T) vers S⁡(T′)S(T^{\prime}), et d’application linéaire par morceaux d’un polytope de S⁡(T)S(T) vers S⁡(T′)S(T^{\prime}) ou vers Ttrop′T^{\prime}_{\text{trop}} : ces notions sont simplement déduites des notions correspondantes sur TtropT_{\text{trop}} et Ttrop′T^{\prime}_{\text{trop}} via les homéomorphisme naturels S⁡(T)≃TtropS(T)\simeq T_{\text{trop}} et S⁡(T′)≃S​(T′)tropS(T^{\prime})\simeq S(T^{\prime})_{\text{trop}}.

2.3.2 Tropicalisations : le cas global.

Soit XX un espace kk-analytique compact et soit f:X→Tf:X\to T un moment  ; soit nn la dimension de XX.

Le compact ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) est alors un polytope de TtropT_{\text{trop}} de dimension ≤n\leq n  ; ce résultat a été établi par Berkovich dans le cas où XX est G-localement algébrisable, cf. [9], cor. 6.2.2. Pour le cas général, on pourra se reporter à [27], §3.30 ou à [31], th. 3.2.

Le théorème 3.2 de [31] assure également que ftrop​(∂X)f_{\text{trop}}(\partial X) est contenu dans un polytope de dimension ≤n−1\leq n-1, et est lui-même un polytope de dimension ≤n−1\leq n-1 si XX est affinoïde.

2.3.3 Tropicalisations : le cas local

Soit XX un espace kk-analytique et soit xx un point de XX. Soit f:X→Tf\colon X\to T un moment  ; posons ξ=ftrop​(x)\xi=f_{\text{trop}}(x), et notons nn la dimension de TT.

En vertu du théorème 3.3 de [31], il existe un voisinage analytique compact UU de xx dans XX qui possède la propriété suivante : pour tout voisinage analytique compact VV de xx dans UU, les germes de polytopes (ftrop​(U),ξ)(f_{\text{trop}}(U),\xi) et (ftrop​(V),ξ)(f_{\text{trop}}(V),\xi) coïncident. La dimension dd de ftrop​(U)f_{\text{trop}}(U) en ξ\xi ne dépend pas du choix de UU et est appelée la dimension tropicale de ff en xx.

Le théorème 3.3 de [31] affirme également que si x∉∂Xx\notin\partial X alors ftrop​(U)f_{\text{trop}}(U) est purement de dimension dd en ξ\xi ; et que si de plus d=nd=n alors ftrop​(U)f_{\text{trop}}(U) est un voisinage de ξ\xi dans TtropT_{\text{trop}}.

Par ailleurs, il donne une majoration (dans le cas général) et une expression explicite (dans le cas sans bord) de l’entier dd en fonction d’invariants mettant en jeu le corps résiduel gradué de ℋ⁡(x){\mathscr{H}}(x) – c’est une notion introduite par Temkin dans [53] dont nous n’aurons pas besoin ici. À l’aide de [31], (0.12) et (0.13), il en découle notamment les faits suivants :

  • —

    L’entier dd est majoré par dk​(x)d_{k}(x)  ;

  • —

    Si d=nd=n, alors f⁡(x)∈S⁡(T)f(x)\in S(T)  ;

  • —

    Inversement, si f⁡(x)∈S⁡(T)f(x)\in S(T) et si de plus x∉∂Xx\notin\partial X, alors d=nd=n.

2.3.4 Images réciproques du squelette

Soit XX un espace kk-analytique de dimension nn, et soit f1:X→T1f_{1}\colon X\to T_{1},…, fm:X→Tmf_{m}\colon X\to T_{m} des moments sur XX, où les tores TiT_{i} sont tous de dimension nn.

Soit Σ\Sigma la réunion des fi−1​(S⁡(Ti))f_{i}^{-1}(S(T_{i})). Il résulte du théorème 5.1 de [31] que Σ\Sigma possède une structure naturelle d’espace linéaire par morceaux, qui peut être définie uniquement à l’aide de la structure analytique de XX, sans référence à l’écriture de Σ\Sigma comme réunion des fi−1​(S⁡(Ti))f_{i}^{-1}(S(T_{i})).

Nous n’allons pas dire ici précisément ce que nous entendons par espace linéaire par morceaux  ; nous renvoyons le lecteur intéressé au chapitre 1 de [9] ou au chapitre 0 de [31]. Indiquons simplement que si YY est un domaine analytique compact de XX, il existe un recouvrement de Σ∩Y\Sigma\cap Y par une famille finie (Pj)(P_{j}) de compacts satisfaisant les conditions suivantes.

  • —

    Pour tout jj, il existe un moment φj\varphi_{j} défini sur un domaine analytique de YY contenant PjP_{j}, à valeurs dans 𝐆mNj\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N_{j}} pour un certain entier NjN_{j}, et tel que φj,trop\varphi_{j,{\text{trop}}} identifie PjP_{j} à un polytope de 𝐆m,tropNj{\bf G}_{m,{\text{trop}}}^{N_{j}}  ;

  • —

    Pour tout (j1,j2)(j_{1},j_{2}), l’intersection Pj1∩Pj2P_{j_{1}}\cap P_{j_{2}} s’identifie via φj1,trop\varphi_{j_{1},{\text{trop}}} à un polytope de 𝐆m,tropNj1{\bf G}_{m,{\text{trop}}}^{N_{j_{1}}}, et via φj2,trop\varphi_{j_{2},{\text{trop}}} à un polytope de 𝐆m,tropNj2{\bf G}_{m,{\text{trop}}}^{N_{j_{2}}}  ;

  • —

    Pour toute fonction analytique inversible ff sur YY et tout indice jj, l’application composée

    φj,trop​(Pj)≃Pj→|f|𝐑+×\varphi_{j,{\text{trop}}}(P_{j})\simeq P_{j}\stackrel{{\scriptstyle|f|}}{{\rightarrow}}\mathbf{R}^{\times}_{+}

    est linéaire par morceaux.

2.4 Squelettes, degrés et tropicalisations

2.4.1 Squelettes et isogénies

Soit f:T→T′f\colon T\to T^{\prime} un morphisme affines et à fibres finies entre tores de même dimension nn  ; en d’autres termes, ff est composée d’une isogénie et d’une translation. Le morphisme ff est fini, plat et surjectif, et l’application affine ftropf_{\text{trop}} est bijective.

Soit x∈Tx\in T, soit dd la dimension tropicale de idT\operatorname{id}_{T} en xx, et soit δ\delta la dimension tropicale de idT′\operatorname{id}_{T^{\prime}} en f⁡(x)f(x).

Soit VV un voisinage affinoïde de xx dans TT tel que l’image VtropV_{\text{trop}} de VV dans TtropT_{\text{trop}} soit de dimension dd. Le polytope ftrop​(Vtrop)f_{\text{trop}}(V_{\text{trop}}) est de dimension dd, et coïncide avec f​(V)tropf(V)_{\text{trop}}.

Comme ff est fini et plat, il est ouvert, et f⁡(V)f(V) est donc un voisinage de f⁡(x)f(x). La dimension de f​(V)tropf(V)_{\text{trop}} est par conséquent supérieure ou égale à δ\delta  ; ainsi, d≥δd\geq\delta.

Soit WW un voisinage affinoïde de f⁡(x)f(x) dans T′T^{\prime} tel que WtropW_{\text{trop}} soit de dimension δ\delta. Comme ff est surjective, f−1​(W)f^{-1}(W) se surjecte sur WW et l’on a donc l’égalitéftrop​(f−1​(W)trop)=Wtropf_{\text{trop}}(f^{-1}(W)_{\text{trop}})=W_{\text{trop}}  ; il s’ensuit que f−1​(W)tropf^{-1}(W)_{\text{trop}} est de dimension δ\delta. Comme c’est un voisinage de xx, sa dimension est supérieure ou égale à dd  ; on a ainsi δ≥d\delta\geq d, d’où finalement l’égalité d=δd=\delta.

Il en résulte que d=nd=n si et seulement si δ=n\delta=n, c’est-à-dire que x∈S⁡(T)x\in S(T) si et seulement si f⁡(x)∈S⁡(T′)f(x)\in S(T^{\prime}). Autrement dit, S⁡(T)=f−1​(S⁡(T′))S(T)=f^{-1}(S(T^{\prime})).

On dispose dès lors d’un diagramme commutatif

    S⁡(T)       f                     S⁡(T′)              Ttrop       ftrop          Ttrop′    .\vbox{\lx@xy@svg{\hbox{\raise 0.0pt\hbox{\kern 14.19275pt\hbox{\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\hbox{\vtop{\halign{\entry@#!@&&\entry@@#!@\cr&\cr&\crcr}}}\ignorespaces{\hbox{\kern-13.85938pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\raise-2.5pt\hbox{$\textstyle{S(T)\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}$}}}}}}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 13.85939pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 21.3854pt\raise 6.1111pt\hbox{{}\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise-1.75pt\hbox{$\scriptstyle{f}$}}}\kern 3.0pt}}}}}}\ignorespaces{\hbox{\kern 38.19275pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{\lx@xy@tip{1}\lx@xy@tip{-1}}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 0.0pt\raise-8.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces{\hbox{\kern 0.0pt\raise-24.68451pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{\lx@xy@tip{1}\lx@xy@tip{-1}}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\kern 38.19275pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\raise-2.5pt\hbox{$\textstyle{S(T^{\prime})\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}$}}}}}}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 53.45491pt\raise-8.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces{\hbox{\kern 53.45491pt\raise-24.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{\lx@xy@tip{1}\lx@xy@tip{-1}}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\kern-14.19275pt\raise-32.01782pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\raise-2.5pt\hbox{$\textstyle{T_{\text{trop}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces}$}}}}}}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 14.19275pt\raise-32.01782pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}\ignorespaces\ignorespaces\ignorespaces{\hbox{\kern 14.8506pt\raise-25.60117pt\hbox{{}\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise-1.44444pt\hbox{$\scriptstyle{f_{\text{trop}}}$}}}\kern 3.0pt}}}}}}\ignorespaces{\hbox{\kern 39.26216pt\raise-32.01782pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{$\textstyle{\hbox{\lx@xy@tip{1}\lx@xy@tip{-1}}}$}}}}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\lx@xy@droprule}}{\hbox{\kern 39.26216pt\raise-32.01782pt\hbox{\hbox{\kern 0.0pt\raise 0.0pt\hbox{\hbox{\kern 3.0pt\raise-2.5pt\hbox{$\textstyle{T^{\prime}_{\text{trop}}}$}}}}}}}\ignorespaces\ignorespaces}}}}}.

Les flèches verticales et la flèche horizontale du bas étant une bijection affine, ff induit une bijection affine S⁡(T)≃S⁡(T′)S(T)\simeq S(T^{\prime}).

2.4.2 Morphisme finis et plats au-dessus d’un sous-ensemble du but

Commençons par quelques conventions de vocabulaire. Soit f:Y→Xf\colon Y\to X un morphisme entre espaces kk-analytiques et soit x∈Xx\in X. On dira que ff est fini et plat au-dessus de xx s’il existe un voisinage analytique VV de xx tel que f−1​(V)→Vf^{-1}(V)\to V soit fini et plat. On peut alors toujours choisir un tel VV connexe  ; le degré de f−1​(V)→Vf^{-1}(V)\to V ne dépend dès lors pas du choix de VV, et on l’appelle le degré de ff au-dessus de xx. Il s’ensuit que l’ensemble des points de XX au-dessus desquels ff est fini et plat est un ouvert, sur lequel le degré est localement constant.

Soit x∈Xx\in X un point au-dessus duquel ff est fini et plat, et soit VV un voisinage analytique de xx dans XX tel que f−1​(V)→Vf^{-1}(V)\to V soit fini et plat. Soit UU un ouvert de XX contenant f−1​(x)f^{-1}(x). Il existe un voisinage analytique WW de xx dans VV tel que f−1​(W)⊂f−1​(V)∩Uf^{-1}(W)\subset f^{-1}(V)\cap U, par propreté topologique de f−1​(V)→Vf^{-1}(V)\to V  ; par conséquent, f|Uf|_{U} est fini et plat au-dessus de xx, de même degré que Y→XY\to X.

Remarquons que ff est fini et plat de degré nul au-dessus de xx si et seulement si il existe un voisinage analytique VV de xx dans XX tel que f−1​(V)=∅f^{-1}(V)=\emptyset  ; c’est donc le cas si et seulement si x∉f⁡(Y)¯x\notin\overline{f(Y)}.

Soit Σ\Sigma un sous-ensemble de XX. On dira que ff est fini et plat au-dessus de Σ\Sigma s’il est fini et plat au-dessus de tout point de Σ\Sigma. Si c’est le cas et si Σ\Sigma est connexe et non vide, le degré de ff au-dessus au-dessus d’un point xx de Σ\Sigma ne dépend pas de xx et sera appelé le degré de ff au-dessus de Σ\Sigma.

Soit UU un ouvert de XX contenant f−1​(Σ)f^{-1}(\Sigma). En vertu de ce qui précède, si ff est fini et plat au-dessus de Σ\Sigma, il en va de même de f|Uf|_{U}, et dans le cas où Σ\Sigma est en plus connexe et non vide, le degré de f|Uf|_{U} au-dessus de Σ\Sigma est égal à celui de ff.

2.4.3 Un exemple

Soit XX un espace kk-analytique compact de dimension dd, soit TT un tore de dimension dd, et soit f:X→Tf\colon X\to T un morphisme. Soit t∈S⁡(T)t\in S(T).

La fibre f−1​(t)f^{-1}(t) est finie et purement de dimension nulle. En effet, soit x∈f−1​(t)x\in f^{-1}(t). On a d≥dk​(x)≥dk​(t)=dd\geq d_{k}(x)\geq d_{k}(t)=d. Par conséquent, dk​(x)=dk​(t)=dd_{k}(x)=d_{k}(t)=d, ce qui entraîne que dℋ⁡(t)​(x)=0d_{{\mathscr{H}}(t)}(x)=0  ; ainsi, f−1​(t)f^{-1}(t) est purement de dimension nulle. C’est alors un sous-ensemble fermé et discret, et partant fini, du compact XX.

Supposons que f−1​(t)∩∂X=∅f^{-1}(t)\cap\partial X=\emptyset. Le morphisme ff est alors fini et plat au-dessus de tt. En effet, soit x∈f−1​(t)x\in f^{-1}(t). Comme ff est de dimension nulle et sans bord en xx, elle est finie en xx ([8], cor. 3.1.10). Il existe donc un voisinage affinoïde VxV_{x} de xx dans XX et un voisinage affinoïde WxW_{x} de tt dans TT tels que ff induise un morphisme fini Vx→WxV_{x}\to W_{x}  ; quitte à restreindre VxV_{x}, on peut supposer qu’il ne rencontre pas les antécédents de tt autres que xx. Posons W=⋂x∈f−1​(t)WxW=\bigcap_{x\in f^{-1}(t)}W_{x}. Par construction, WW est un voisinage affinoïde de tt dans TT tel que f−1​(W)→Wf^{-1}(W)\to W soit fini.

Par ailleurs, l’anneau local 𝒪T,t\mathscr{O}_{T,t} est un corps (cf. par exemple [31], 0.19)  ; il s’ensuit que ff est fini et plat au-dessus de tt, comme annoncé.

Soit Σ\Sigma l’image réciproque de S⁡(T)S(T) par ff. Comme ftrop​(∂X)f_{\text{trop}}(\partial X) est contenu dans un polytope de TtropT_{\text{trop}} de dimension au plus d−1d-1, le compact f⁡(∂X∩Σ)f(\partial X\cap\Sigma) est contenu dans un polytope Δ\Delta de S⁡(T)S(T) de dimension au plus d−1d-1.

Pour tout t∈S⁡(T) Δt\in S(T)\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}\Delta l’application ff est finie et plate au-dessus de tt en vertu de ce qui précède, puisque f−1​(t)f^{-1}(t) est contenu dans X−∂XX-\partial X. Autrement dit, ff est fini et plat au-dessus de S⁡(T) ΔS(T)\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}\Delta.

2.4.4 Degrés et tropicalisations

Soit XX un espace kk-analytique de dimension dd, soit TT un tore de dimension quelconque et soit T′T^{\prime} un tore de dimension dd  ; on se donne un moment f:X→Tf\colon X\to T et un morphisme affine surjectif p:T→T′p\colon T\to T^{\prime}. Comme XX est compact, ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) est un polytope compact de TtropT_{\text{trop}} de dimension au plus dd, et ftrop​(∂X)f_{\text{trop}}(\partial X) est contenu dans un polytope compact de dimension au plus d−1d-1.

Soit QQ un ouvert connexe et non vide de Ttrop′T^{\prime}_{\text{trop}} contenu dans (p∘f)trop​(X)(p\circ f)_{\text{trop}}(X) et ne rencontrant pas (p∘f)trop​(∂X)(p\circ f)_{\text{trop}}(\partial X)  ; remarquons qu’il existe une décomposition cellulaire de (p∘f)trop​(X)(p\circ f)_{\text{trop}}(X) dont toutes les cellules ouvertes de dimension dd satisfont cette propriété. Soit (Pi)(P_{i}) la famille des composantes connexes de ptrop−1​(Q)p_{\text{trop}}^{-1}(Q).

L’ouvert QQ ne rencontrant pas (p∘f)trop​(∂X)(p\circ f)_{\text{trop}}(\partial X), l’ouvert QsqQ_{\mathrm{sq}} de S⁡(T′)S(T^{\prime}) ne rencontre pas p∘f⁡(∂X)p\circ f(\partial X), et p∘fp\circ f est dès lors fini et plat au-dessus de QsqQ_{\mathrm{sq}}, qui est connexe et non vide. Soit dd le degré de p∘fp\circ f au-dessus de QsqQ_{\mathrm{sq}}.

L’ouvert (p∘f)trop−1​(Q)(p\circ f)_{\text{trop}}^{-1}(Q) de XX contient (p∘f)−1​(Qsq)(p\circ f)^{-1}(Q_{\mathrm{sq}})  ; il est donc fini et plat de degré dd au-dessus de QsqQ_{\mathrm{sq}}.

On a ptrop−1​(Q)=∐Pip_{\text{trop}}^{-1}(Q)=\coprod P_{i}  ; il vient (p∘f)trop−1​(Q)=∐ftrop−1​(Pi)(p\circ f)_{\text{trop}}^{-1}(Q)=\coprod f_{\text{trop}}^{-1}(P_{i}), chacun d’eux étant ouvert et fermé dans ptrop−1​(Q)p_{\text{trop}}^{-1}(Q). Par conséquent, ftrop−1​(Pi)f_{\text{trop}}^{-1}(P_{i}) est pour tout ii fini et plat au-dessus de QsqQ_{\mathrm{sq}}  ; notons did_{i} le degré correspondant. L’égalité ptrop−1​(Q)=∐Pip_{\text{trop}}^{-1}(Q)=\coprod P_{i} implique que les did_{i} sont presque tous nuls et que d=∑did=\sum d_{i}.

Fixons ii. L’entier did_{i} est alors nul si et seulement si ptrop​(Pi)≠Qp_{\text{trop}}(P_{i})\neq Q.

En effet, supposons que di≠0d_{i}\neq 0  ; dans ce cas, tout point de QsqQ_{\mathrm{sq}} a au moins un antécédent dans ftrop−1​(Pi)f^{-1}_{\text{trop}}(P_{i}), d’où il découle que (p∘f)trop​(ftrop−1​(Pi))=Q(p\circ f)_{\text{trop}}(f^{-1}_{\text{trop}}(P_{i}))=Q, puis que ptrop​(Pi)=Qp_{\text{trop}}(P_{i})=Q, d’où la surjectivité de Pi→QP_{i}\to Q.

Réciproquement, supposons que PiP_{i} se surjecte sur QQ. Il existe alors nécessairement une cellule CC de TtropT_{\text{trop}} de dimension dd, contenue dans ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X), s’envoyant injectivement dans Ttrop′T^{\prime}_{\text{trop}} et rencontrant PiP_{i}. Il existe dès lors un polytope compact non vide PP de dimension dd contenu dans PiP_{i} et tel que P≃ptrop​(P)P\simeq p_{\text{trop}}(P). Appelons WW le compact ftrop−1​(P)f_{\text{trop}}^{-1}(P). Comme PP est contenu dans ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) on a ftrop​(W)=Pf_{\text{trop}}(W)=P  ; par conséquent, (p∘f)trop​(W)=ptrop​(P)(p\circ f)_{\text{trop}}(W)=p_{\text{trop}}(P) est un polytope de dimension dd. Si la dimension tropicale de (p∘f)|W(p\circ f)|_{W} en tout point de WW était majorée par d−1d-1 le polytope (p∘f)trop​(W)(p\circ f)_{\text{trop}}(W) serait de dimension au plus d−1d-1, ce qui est contradictoire. Il existe donc un point de WW en lequel la dimension tropicale de (p∘f)|W(p\circ f)|_{W} est égale à dd  ; il en résulte que (p∘f)​(W)(p\circ f)(W) rencontre S⁡(T′)S(T^{\prime}). Compte-tenu du fait que (p∘f)trop​(W)=ptrop​(P)⊂Q(p\circ f)_{\text{trop}}(W)=p_{\text{trop}}(P)\subset Q, il s’ensuit que (p∘f)​(W)(p\circ f)(W) rencontre QsqQ_{\mathrm{sq}}. Ainsi, il existe un point x∈Qsqx\in Q_{\mathrm{sq}} dont la fibre rencontre W⊂ftrop−1​(Pi)W\subset f_{\text{trop}}^{-1}(P_{i})  ; le degré de ftrop−1​(Pi)f_{\text{trop}}^{-1}(P_{i}) au-dessus de xx est donc non nul, ce qu’il fallait démontrer.

Changement de paramétrage au but. Donnons-nous un tore T′′T^{\prime\prime} de dimension dd et un morphisme affine et surjectif q:T′→T′′q\colon T^{\prime}\to T^{\prime\prime}. Un tel morphisme est fini et plat  ; notons ee son degré. L’application qtrop:Ttrop′→Ttrop′′q_{\text{trop}}\colon T^{\prime}_{\text{trop}}\to T^{\prime\prime}_{\text{trop}} est alors une bijection affine, q−1​(S⁡(T′′))q^{-1}(S(T^{\prime\prime})) s’identifie à S⁡(T′)S(T^{\prime}) et S⁡(T′)→S⁡(T′′)S(T^{\prime})\to S(T^{\prime\prime}) est un homéomorphisme (2.4.1).

Soit RR l’image de QQ par la bijection affine qtropq_{\text{trop}}. Si z∈Rsqz\in R_{\mathrm{sq}} alors zz a un unique antécédent xx sur T′T^{\prime}, qui est situé sur S⁡(T′)S(T^{\prime}) et par conséquent sur QsqQ_{\mathrm{sq}}  ; le morphisme qq est fini et plat de degré ee en xx. Il s’ensuit que XX est fini et plat de degré d​ede au-dessus de RsqR_{\mathrm{sq}}  ; par le même raisonnement, ftrop−1​(Pi)f_{\text{trop}}^{-1}(P_{i}) est fini et plat de degré di⋅ed_{i}\cdot e sur RsqR_{\mathrm{sq}}.

Original mathematics by the credited authors. Source-backed reader collection; mathematical self-containment is not assessed.