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§ 3 Formes différentielles réelles en géométrie ultramétrique [01NH]

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§ 3 Formes différentielles réelles en géométrie ultramétrique

3.1 Formes de type (p,q)(p,q) sur un espace analytique

3.1.1

Soit XX un espace kk-analytique. On appelle carte tropicale sur XX la donnée d’un moment f:X→Tf\colon X\rightarrow T sur XX et d’un polytope compact PP de TtropT_{\text{trop}} qui contient ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X). Les cartes tropicales sur XX forment une catégorie (essentiellement) petite, un morphisme d’une carte tropicale (f:X→T,P)(f\colon X\rightarrow T,P) dans une autre (f′:X→T′,P′)(f^{\prime}\colon X\rightarrow T^{\prime},P^{\prime}) étant un morphisme de tores q:T→T′q\colon T\rightarrow T^{\prime} tel que f′=q∘ff^{\prime}=q\circ f et qtrop​(P)⊂P′q_{\text{trop}}(P)\subset P^{\prime}.

3.1.2

Fixons une classe admissible ℱ\mathscr{F} de fonctions numériques. Pour tout ouvert UU de XX et tout couple (p,q)(p,q) d’entiers naturels, notons ℱpfp,q​(U)\mathscr{F}_{\text{pf}}^{p,q}(U) la limite inductive des espaces ℱPp,q​(P)\mathscr{F}^{p,q}_{P}(P), lorsque (f:U→T,P)(f\colon U\to T,P) parcourt l’ensemble des cartes tropicales sur UU.

Lorsque UU parcourt l’ensemble des ouverts de XX, les espaces ℱpfp,q​(U)\mathscr{F}_{\text{pf}}^{p,q}(U) définissent un préfaisceau sur XX  ; le faisceau associé ℱXp,q\mathscr{F}_{X}^{p,q}, est appelé le faisceau des formes de type (p,q)(p,q) sur XX à coefficients dans ℱ\mathscr{F}  ; lorsque ℱ=𝒜\mathscr{F}=\mathscr{A}, on parle de forme lisse.

Soit UU un ouvert de XX et soit (f:U→T,P)(f\colon U\to T,P) une carte tropicale sur UU. Toute forme α\alpha appartenant à ℱPp,q​(P)\mathscr{F}^{p,q}_{P}(P) définit un élément de ℱpfp,q​(U)\mathscr{F}^{p,q}_{\text{pf}}(U), puis une forme appartenant à ℱXp,q​(U)\mathscr{F}^{p,q}_{X}(U)  ; celle-ci sera notée f∗​αf^{*}\alpha.

Supposons que dim(X)<max⁡(p,q)\dim(X)<\max(p,q). Le faisceau ℱXp,q\mathscr{F}_{X}^{p,q} est alors nul. En effet, soit UU un ouvert de XX, soit (f:U→T,P)(f\colon U\to T,P) une carte tropicale sur UU, et soit α\alpha une forme de type (p,q)(p,q) sur PP à coefficients dans ℱ\mathscr{F}. Nous allons montrer que f∗​αf^{*}\alpha est nulle au voisinage de tout point de UU, ce qui suffira à conclure.

Soit x∈Ux\in U et soit VV un voisinage analytique compact de xx dans UU. La carte tropicale (f|V̊:V̊→T,P)(f|_{\mathring{V}}\colon\mathring{V}\to T,P) se factorise par (f|V̊:V̊→T,ftrop(V))(f|_{\mathring{V}}\colon\mathring{V}\to T,f_{\text{trop}}(V)).

Par conséquent, f∗​α|V̊=(f|V̊)∗​(α|ftrop​(V))f^{*}\alpha|_{\mathring{V}}=(f|_{\mathring{V}})^{*}(\alpha|_{f_{\text{trop}}(V)}).

La dimension de ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) est majorée par celle de XX, et est donc strictement inférieure à max⁡(p,q)\max(p,q). Par conséquent, ℱftrop​(V)p,q=0\mathscr{F}^{p,q}_{f_{\text{trop}}(V)}=0  ; dès lors, α|ftrop​(V)=0\alpha|_{f_{\text{trop}}(V)}=0 et f∗​α|V̊=0f^{*}\alpha|_{\mathring{V}}=0, ce qui achève la démonstration.

3.1.3

Le faisceau 𝒜X:=𝒜X0,0\mathscr{A}_{X}:=\mathscr{A}^{0,0}_{X} est un faisceau en 𝐑\mathbf{R}-algèbres de fonctions numériques sur XX, que l’on appelle les fonctions lisses. Ses sections sur un ouvert UU sont les fonctions réelles sur XX qui s’écrivent localement sur UU sous la forme φ⁡(log⁡|f1|,…,log⁡|fn|)\varphi(\log\mathopen{|}{f_{1}}\mathclose{|},\ldots,\log\mathopen{|}{f_{n}}\mathclose{|}) où les fif_{i} sont des fonctions holomorphes inversibles et où φ\varphi est une fonction 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty} définie sur un ouvert de 𝐑n\mathbf{R}^{n} contenant l’image de l’application (log⁡|f1|,…,log⁡|fn|)(\log\mathopen{|}{f_{1}}\mathclose{|},\dots,\log\mathopen{|}{f_{n}}\mathclose{|}).

3.1.4

Les faisceaux 𝒜Xp,q\mathscr{A}_{X}^{p,q} sont des 𝒜X\mathscr{A}_{X}-modules.

Ils sont naturellement munis de différentielles d′:𝒜Xp,q→𝒜Xp+1,q\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\colon\mathscr{A}_{X}^{p,q}\rightarrow\mathscr{A}_{X}^{p+1,q} et d′′:𝒜Xp,q→𝒜Xp,q+1\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\colon\mathscr{A}_{X}^{p,q}\rightarrow\mathscr{A}_{X}^{p,q+1}, caractérisées par les relations

d′⁡f∗​α=f∗​d′⁡α,d′′⁡f∗​α=f∗​d′′⁡α,\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}f^{*}\alpha=f^{*}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\alpha,\quad\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}f^{*}\alpha=f^{*}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha,

pour toute carte tropicale (f:U→T,P)(f\colon U\rightarrow T,P) et toute forme α\alpha de type (p,q)(p,q) sur PP.

Leur somme directe 𝒜X∗,∗=⨁p,q𝒜Xp,q\mathscr{A}_{X}^{*,*}=\bigoplus_{p,q}\mathscr{A}_{X}^{p,q} est un faisceau en algèbres bigraduées commutatives ; si ω\omega est de type (p,q)(p,q) et ω′\omega^{\prime} de type (p′,q′)(p^{\prime},q^{\prime}), alors

ω′∧ω=(−1)(p+p′)​(q+q′)​ω∧ω′.\omega^{\prime}\wedge\omega=(-1)^{(p+p^{\prime})(q+q^{\prime})}\omega\wedge\omega^{\prime}.

Elle est aussi munie d’une involution J\mathrm{J} caractérisée par la condition J​f∗​α=f∗​J​α\mathrm{J}f^{*}\alpha=f^{*}\mathrm{J}\alpha pour toute carte comme ci-dessus. Les différentielles vérifient la règle de Leibniz : si ω\omega et ω′\omega^{\prime} sont respectivement de type (p,q)(p,q) et (p′,q′)(p^{\prime},q^{\prime}), on a

d′⁡(ω∧ω′)=d′⁡ω∧ω′+(−1)p+q​ω∧d′⁡ω′,\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}(\omega\wedge\omega^{\prime})=\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega\wedge\omega^{\prime}+(-1)^{p+q}\omega\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega^{\prime},

et de même pour d′′⁡(ω∧ω′)\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}(\omega\wedge\omega^{\prime}).

3.1.5

La somme directe ℱX∗,∗=⨁p,qℱXp,q\mathscr{F}_{X}^{*,*}=\bigoplus_{p,q}\mathscr{F}_{X}^{p,q} est faisceau en 𝒜X\mathscr{A}_{X}-modules bigradués, auquel l’involution JJ se prolonge.

Si ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication, le faisceau ℱX\mathscr{F}_{X} est un faisceau de 𝐑\mathbf{R}-algèbres, et ℱ∗,∗\mathscr{F}^{*,*} est une ℱX\mathscr{F}_{X}-algèbre bigraduée, et JJ est un automorphisme de ℱX\mathscr{F}_{X}-algèbre.

3.1.6

Lorsque ℱ\mathscr{F} est la classe des fonctions mesurables (resp. localement intégrables, resp. 𝒞m\mathscr{C}^{m} pour un certain m≥1m\geq 1, resp. localement LpL^{p} pour un certain pp), on dira que ℱX∗,∗\mathscr{F}_{X}^{*,*} est le faisceau des formes à coefficients mesurables (resp. localement intégrables, resp. 𝒞m\mathscr{C}^{m}, resp. localement LpL^{p}) sur XX.

Mais si ℱ\mathscr{F} est la classe des fonctions continues, on dira que ℱX∗,∗\mathscr{F}_{X}^{*,*} est le faisceau des formes à coefficients tropicalement continus sur XX.

On doit introduire l’adverbe tropicalement pour éviter la confusion avec la notion de fonction continue sur un espace de Berkovich : bien entendu, toute fonction tropicalement continue sur un espace de Berkovich est continue, mais la réciproque est fausse. En effet, comme la valeur absolue d’une fonction inversible est constante au voisinage de tout point rigide, il en est de même de toute fonction tropicalement continue. En revanche, l’exemple de l’application x↦|T⁡(x)|x\mapsto\mathopen{|}{T(x)}\mathclose{|} sur 𝐀1\mathbf{A}^{1} montre qu’il existe des fonctions continues qui ne sont pas localement constantes au voisinage d’un point rigide.

3.1.7

Cette construction est fonctorielle. Plus précisément, si f:Y→Xf\colon Y\to X est un morphisme d’espaces kk-analytiques, on dispose d’une application naturelle f∗:f−1​(𝒜X∗,∗)→𝒜Y∗,∗f^{*}\colon f^{-1}(\mathscr{A}^{*,*}_{X})\to\mathscr{A}^{*,*}_{Y} qui est un morphisme d’anneaux gradués, commute aux dérivations d′\mathop{\mathrm{d^{\prime}}} et d′′\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}} ainsi qu’à l’involution J\mathrm{J}.

On dispose également d’une application naturelle f∗:f−1​(ℱX∗,∗)→ℱY∗,∗f^{*}\colon f^{-1}(\mathscr{F}^{*,*}_{X})\to\mathscr{F}^{*,*}_{Y} qui est un morphisme de 𝒜Y\mathscr{A}_{Y}-modules gradués, et de ℱY\mathscr{F}_{Y}-algèbres graduées si ℱ\mathscr{F} est stable par multiplication, et qui commute à l’involution J\mathrm{J}.

Si YY est un domaine analytique ou un fermé de Zariski de XX et si α∈𝒜Xp,q​(X)\alpha\in\mathscr{A}^{p,q}_{X}(X) on se permettra de noter α|Y\alpha|_{Y} l’image de α\alpha dans 𝒜Yp,q​(Y)\mathscr{A}^{p,q}_{Y}(Y).

\lemmname 3.1.8.

Pour qu’une forme α∈ℱXp,q​(X)\alpha\in\mathscr{F}^{p,q}_{X}(X) soit nulle, il faut et il suffit que sa restriction à tout domaine analytique compact de XX le soit. Si XX est bon, il suffit qu’elle le soit sur tout domaine affinoïde de XX.

Démonstration.

Cela résulte du fait que tout point possède une base de voisinages qui sont des intérieurs de domaines analytiques compacts, resp. des domaines affinoïdes de XX si celui-ci est bon. ∎

3.1.9

Soit ω\omega une forme de type (p,q)(p,q) et à coefficients dans ℱ\mathscr{F} sur XX et soit VV un domaine analytique de XX.

Une présentation de ω|V\omega|_{V} est la donnée d’une carte tropicale (f:V→T,P)(f\colon V\rightarrow T,P) et d’une forme α∈ℱPp,q​(P)\alpha\in\mathscr{F}^{p,q}_{P}(P) telle que ω|V=f∗​α\omega|_{V}=f^{*}\alpha. On dira que ω|V\omega|_{V} est tropicale si elle admet une présentation  ; lorsque c’est le cas, nous dirons aussi que VV tropicalise ω\omega.

Supposons que VV soit compact et tropicalise ω\omega, et soit (f:V→T,P,α)(f\colon V\to T,P,\alpha) une présentation de ω|V\omega|_{V}. Comme ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) est un polytope, (f:V→T,ftrop(V),α|ftrop​(V))(f\colon V\to T,f_{\text{trop}}(V),\alpha|_{f_{\text{trop}}(V)}) est encore une présentation de ω|V\omega|_{V}  ; une telle présentation sera simplement notée (f:V→T,α)(f\colon V\to T,\alpha) : l’omission du polytope signifie qu’il est égal à ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V).

Supposons que XX soit bon. Par définition du faisceau des (p,q)(p,q)-formes, tout point de XX possède un voisinage affinoïde qui tropicalise ω\omega.

\lemmname 3.1.10.

Soit f:X→Tf\colon X\rightarrow T et g:X→Tg\colon X\rightarrow T deux moments sur XX tels que ftrop=gtropf_{\text{trop}}=g_{\text{trop}}. Alors, pour tout polytope compact PP qui contient ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) et toute forme α\alpha sur PP, on a f∗​α=g∗​αf^{*}\alpha=g^{*}\alpha.

Démonstration.

On peut supposer que XX est un espace analytique compact et que P=ftrop​(X)P=f_{\text{trop}}(X). Notons ΔP\Delta_{P} l’image de PP dans Ttrop×TtropT_{\text{trop}}\times T_{\text{trop}} par l’immersion diagonale. La première projection p1:T×T→Tp_{1}\colon T\times T\rightarrow T induit un morphisme de la carte tropicale ((f,g),ΔP)((f,g),\Delta_{P}) dans la carte tropicale (f,P)(f,P) ; de même la seconde projection induit un morphisme de la carte tropicale ((f,g),ΔP)((f,g),\Delta_{P}) dans la carte tropicale (g,P)(g,P). Sur ΔP\Delta_{P}, les applications p1,tropp_{1,{\text{trop}}} et p2,tropp_{2,{\text{trop}}} coïncident, si bien que les formes p1,trop∗​αp_{1,{\text{trop}}}^{*}\alpha et p2,trop∗​αp_{2,{\text{trop}}}^{*}\alpha coïncident. Le lemme en résulte. ∎

3.2 Support

3.2.1

Comme pour toute section d’un faisceau de groupes abéliens, le support d’une forme différentielle ω\omega de type (p,q)(p,q) est l’ensemble des points où son germe n’est pas nul ; c’est aussi le complémentaire du plus grand ouvert à la restriction duquel cette forme est nul. Ce paragraphe est consacré à quelques propriétés de ce support, en lien avec la géométrie tropicale.

\lemmname 3.2.2.

Soit XX un espace analytique compact, et soit ω\omega une forme de type (p,q)(p,q) sur XX, à coefficients dans ℱ\mathscr{F}. Soit (f:X→T,α)(f\colon X\rightarrow T,\alpha) une présentation de ω\omega. Si ω=0\omega=0 alors α=0\alpha=0.

Démonstration.

Par définition, tout point de XX possède un voisinage ouvert UU tel que la restriction à UU de ω\omega fournisse l’objet nul de la limite inductive ℱpfp,q​(U)\mathscr{F}_{\text{pf}}^{p,q}(U). Il existe en conséquence, par compacité de XX, une famille finie (fi:Ui→Ti,qi:Ti→T,Pi)(f_{i}\colon U_{i}\rightarrow T_{i},q_{i}\colon T_{i}\rightarrow T,P_{i}), où les UiU_{i} sont des ouverts qui recouvrent XX, où (fi:Ui→Ti,Pi)(f_{i}\colon U_{i}\rightarrow T_{i},P_{i}) est pour tout ii une carte tropicale sur UiU_{i}, et où qiq_{i} est pour tout ii un morphisme affine de tores de TiT_{i} vers TT tel que qi,trop​(Pi)⊂ftrop​(X)q_{i,{\text{trop}}}(P_{i})\subset f_{\text{trop}}(X) et (qi,trop|Pi)∗​α=0(q_{i,{\text{trop}}}|_{P_{i}})^{*}\alpha=0.

Comme les UiU_{i} recouvrent XX, le polytope ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) est la réunion des images par les qi,tropq_{i,{\text{trop}}} des sous-espaces linéaires par morceaux PiP_{i}. Il existe donc une décomposition cellulaire 𝒞\mathscr{C} de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) et, pour tout ii, une décomposition cellulaire 𝒟i\mathscr{D}_{i} de PiP_{i}, telles que toute cellule de 𝒞\mathscr{C} soit l’image pour un certain ii, d’une cellule de 𝒟i\mathscr{D}_{i} par qi,tropq_{i,{\text{trop}}}.

Soit Q∈𝒞Q\in\mathscr{C}. Choisissons ii et une cellule Q′∈𝒟iQ^{\prime}\in\mathscr{D}_{i} telle que qi,trop​(Q′)=Qq_{i,{\text{trop}}}(Q^{\prime})=Q. L’application qi,tropq_{i,{\text{trop}}} induit alors une surjection affine de ⟨Q′⟩\langle Q^{\prime}\rangle sur ⟨Q⟩\langle Q\rangle, et la restriction de qi,trop∗​αq_{i,{\text{trop}}}^{*}\alpha au vosinage de Q′Q^{\prime} dans ⟨Q′⟩\langle Q^{\prime}\rangle est nulle car (qi,trop|Pi)∗​α=0(q_{i,{\text{trop}}}|_{P_{i}})^{*}\alpha=0. Par suite, la restriction au voisinage de QQ dans ⟨Q⟩\langle Q\rangle de la forme α\alpha est nulle.

Il en résulte que α=0\alpha=0, ce qu’il fallait démontrer. ∎

\coroname 3.2.3.

Conservons les notations du lemme. Notons KK le support de ω\omega dans XX et HH celui de α\alpha dans ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X). On a H=ftrop​(K)H=f_{\text{trop}}(K).

Démonstration.

Soit xx un point de XX. Soit QQ un voisinage de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) dans ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) qui est un polytope compact. Le domaine analytique W=ftrop−1​(Q)W=f_{\text{trop}}^{-1}(Q) de XX est un voisinage de xx et ω|W=(f|W)∗​(α|Q)\omega|_{W}=(f|_{W})^{*}(\alpha|_{Q}).

Supposons que xx appartienne à KK. Le compact KK rencontre alors l’intérieur de WW, ce qui entraîne que ω|W≠0\omega|_{W}\neq 0, et donc que α|Q≠0\alpha|_{Q}\neq 0. Il s’ensuit que HH rencontre QQ. Comme QQ peut être choisi arbitrairement petit, ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) appartient à HH, d’où l’inclusion ftrop​(K)⊂Hf_{\text{trop}}(K)\subset H.

Inversement, supposons que ftrop​(x)∈Hf_{\text{trop}}(x)\in H. Par définition de HH, la restriction à QQ de la forme α\alpha est non nulle. Il s’ensuit d’après le lemme, que la restriction de ω\omega à ftrop−1​(Q)f_{\text{trop}}^{-1}(Q) est non nulle. Par conséquent, ftrop−1​(Q)f_{\text{trop}}^{-1}(Q) rencontre KK, et Q=ftrop​(ftrop−1​(Q))Q=f_{\text{trop}}(f_{\text{trop}}^{-1}(Q)) rencontre ftrop​(K)f_{\text{trop}}(K). Comme QQ est un voisinage arbitrairement petit de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x), celui-ci est adhérent à ftrop​(K)f_{\text{trop}}(K). Puisque ftrop​(K)f_{\text{trop}}(K) est compact, ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) appartient à ftrop​(K)f_{\text{trop}}(K). ∎

\coroname 3.2.4.

Soit XX un espace kk-analytique, soit ω\omega une forme à coefficients mesurables sur XX, et soit (Xi)(X_{i}) un G-recouvrement de XX par des domaines analytiques. Si ω|Xi=0\omega|_{X_{i}}=0 pour tout ii, alors ω=0\omega=0.

Démonstration.

On peut raisonner localement, ce qui ramène le problème au cas où XX est compact, où ω\omega est tropicale, et où (Xi)(X_{i}) est un recouvrement fini de XX par des domaines analytiques compacts.

Soit (f:X→T,α)(f\colon X\to T,\alpha) une présentation de ω\omega. En vertu du lemme 3.2.2, la restriction de α\alpha à ftrop​(Xi)f_{\text{trop}}(X_{i}) est nulle pour tout ii.

Comme ftrop​(X)=⋃ftrop​(Xi)f_{\text{trop}}(X)=\bigcup f_{\text{trop}}(X_{i}), il vient α=0\alpha=0, et donc ω=0\omega=0.

∎

\lemmname 3.2.5.

Soit XX un espace kk-analytique de dimension nn, soit ω\omega une (p,q)(p,q)-forme sur XX à coefficients mesurables, et soit xx un point de XX tel que dk​(x)<max⁡(p,q)d_{k}(x)<\max(p,q). Il existe un voisinage analytique compact VV de xx dans XX tel ω|V=0\omega|_{V}=0.

Démonstration.

Soit VV un voisinage analytique compact tel que dim(ftrop​(V))\dim(f_{\text{trop}}(V)) soit égal à la dimension tropicale dd de ff en xx, et tel que VV tropicalise ω\omega.

Choisissons une présentation (f:V→T,α)(f\colon V\rightarrow T,\alpha) de ω\omega. On a d≤dk​(x)<max⁡(p,q)d\leq d_{k}(x)<\max(p,q). Par conséquent, ℱftrop​(V)p,q=0\mathscr{F}_{f_{\text{trop}}(V)}^{p,q}=0 et α=0\alpha=0. ∎

\lemmname 3.2.6.

Soit f:Y→Xf\colon Y\to X un morphisme entre espaces kk-analytiques. On suppose que YY est purement de dimension nn et XX purement de dimension dd. Soit y∈Yy\in Y tel que dk​(f​(y))=dd_{k}(f(y))=d. La dimension de ff en yy est alors égale à n−dn-d.

Démonstration.

Posons x=f⁡(y)x=f(y). Quitte à remplacer XX par un domaine affinoïde X′X^{\prime} de XX contenant XX, et YY par un domaine affinoïde de f−1​(X′)f^{-1}(X^{\prime}) contenant yy, on peut supposer que XX et YY sont affinoïdes.

Soit rr la dimension de ff en yy. D’après le théorème 4.6 de [28], la flèche Y→XY\to X se factorise par un morphisme Y→𝐀XrY\to\mathbf{A}^{r}_{X} de dimension relative nulle en yy.

En vertu de la variante analytique du Main Theorem de Zariski (th. 3.2 de [28]), il existe un voisinage affinoïde VV de yy dans YY, un morphisme étale T→𝐀XrT\to\mathbf{A}^{r}_{X}, et un domaine affinoïde WW de TT tels que Y→𝐀XrY\to\mathbf{A}^{r}_{X} se factorise par un morphisme fini V→WV\to W.

Comme XX est purement de dimension dd, il résulte du lemme 2.3.3 de [30] que TT est purement de dimension d+rd+r. Il en est donc de même de son domaine analytique WW. De ce fait, la dimension de VV est inférieure ou égale à d+rd+r. En tant que domaine affinoïde de YY, l’espace VV est purement de dimension nn  ; on a donc n≤d+rn\leq d+r.

Par ailleurs, par définition de rr il existe une composante irréductible ZZ de f−1​(X)f^{-1}(X) contenant yy et de dimension rr. Celle-ci possède un point zz tel que dℋ⁡(f⁡(x))​(z)=rd_{{\mathscr{H}}(f(x))}(z)=r  ; comme dk​(x)=dd_{k}(x)=d, on a dk​(z)=r+dd_{k}(z)=r+d.

En conséquence, d+r≤nd+r\leq n, d’où finalement l’égalité d+r=nd+r=n. ∎

\propname 3.2.7.

Soit XX un espace kk-analytique sans bord, purement de dimension nn. Soit ω\omega une forme de type (p,q)(p,q) à coefficients tropicalement continus sur XX et soit KK son support. Les points xx de KK tels que dk​(x)=nd_{k}(x)=n sont denses dans KK.

Démonstration.

Quitte à remplacer XX par un voisinage ouvert d’un point de KK, il suffit de prouver que KK contient un tel point xx. On peut aussi supposer que ω\omega est tropicale. Soit donc (f:X→𝐆mN,P,α)(f\colon X\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N},P,\alpha) une présentation de ω\omega.

Soit xx un point de KK et soit VV un voisinage affinoïde de xx possédant la propriété suivante : pour tout voisinage affinoïde WW de xx dans VV, le compact ftrop​(W)f_{\text{trop}}(W) est un voisinage de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) dans ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V)  ; l’existence d’un tel VV découle de 2.3.3.

Fixons un voisinage affinoïde WW de xx dans Int⁡(V/X){\rm Int}\;(V/X). Comme VV est un voisinage de xx dans XX et comme xx appartient au support de ω\omega, la restriction à VV de ω\omega n’est pas nulle. Par suite, ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) appartient au support de α|ftrop​(V)\alpha|_{f_{\text{trop}}(V)} (corollaire 3.2.3).

Fixons une décomposition cellulaire 𝒞\mathscr{C} de ftrop​(W)f_{\text{trop}}(W), et soit QQ la réunion des cellules maximales de 𝒞\mathscr{C} qui contiennent ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x). Comme ftrop​(W)f_{\text{trop}}(W) est un voisinage de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) dans ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V), le polytope QQ est lui-même un voisinage de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) dans ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V).

Il s’ensuit que α|Q≠0\alpha|_{Q}\neq 0  ; par conséquent, il existe une cellule maximale CC de 𝒞\mathscr{C} (contenue dans QQ), dont on note dd la dimension, telle que α|C≠0\alpha|_{C}\neq 0  ; la forme α\alpha étant à coefficients continus, il existe un ouvert C1C_{1} de CC, contenu dans son intérieur, tel que α|C1≠0\alpha|_{C_{1}}\neq 0  ; notons que C1C_{1} est ouvert dans ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V).

L’espace V′=(ftrop)|V−1​(C1)∩Int​VV^{\prime}=(f_{\text{trop}})|_{V}^{-1}(C_{1})\cap{\rm Int}\;V est un ouvert de XX.

Soit p:𝐆mN→𝐆mdp\colon\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N}\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{d} un morphisme affine de tores tel que ptropp_{\text{trop}} soit injectif sur ⟨C⟩\langle C\rangle, de sorte que C′=ptrop​(C1)C^{\prime}=p_{\text{trop}}(C_{1}) est un ouvert non vide de 𝐆m,tropd\mathbf{G}_{\mathrm{m},{\text{trop}}}^{d}. Il existe une forme α′\alpha^{\prime} sur C′C^{\prime} telle que α|C1=p∗​α′\alpha|_{C_{1}}=p^{*}\alpha^{\prime}. Posons f′=p∘ff^{\prime}=p\circ f ; on a ω|V′=(f′)∗​α′\omega|_{V^{\prime}}=(f^{\prime})^{*}\alpha^{\prime}. Écrivons α′=∑αI​J′​d′⁡xI∧d′′⁡xJ\alpha^{\prime}=\sum\alpha^{\prime}_{IJ}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}x_{I}\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}x_{J}, où II et JJ parcourent les multiindices de {1,…,d}\{1,\dots,d\} de longueurs pp et qq respectivement. Quitte à restreindre C1C_{1}, C′C^{\prime} et donc V′V^{\prime}, on peut aussi supposer que l’une des fonctions continues αI​J′\alpha^{\prime}_{IJ} ne s’annule pas sur C′C^{\prime}.

Fixons une cellule compacte C2C_{2} non vide, de dimension dd et contenu dans C1C_{1}. Comme ftrop′​(W)⊃C1f^{\prime}_{\text{trop}}(W)\supset C_{1}, le domaine analytique compact ftrop−1​(C2)∩Wf_{\text{trop}}^{-1}(C_{2})\cap W est non vide, et il est contenu dans V′V^{\prime} puisque W⊂Int​VW\subset{\rm Int}\;V. Son image par ftropf_{\text{trop}} est égale à C2C_{2}, et son image par ftrop′f^{\prime}_{\text{trop}} est en conséquence un polytope compact et de dimension dd de C′C^{\prime}. Il existe donc y∈ftrop−1​(C2)∩Wy\in f_{\text{trop}}^{-1}(C_{2})\cap W en lequel la dimension tropicale de f′|ftrop−1​(C2)∩Wf^{\prime}|_{f_{\text{trop}}^{-1}(C_{2})\cap W} est égale à dd  ; la dimension tropicale de f′f^{\prime} en yy est a fortiori égale à dd, ce qui signifie que f′​(y)f^{\prime}(y) appartient à la partie Csq′C^{\prime}_{\mathrm{sq}} du squelette de 𝐆md\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{d} (2.3.3).

En vertu du lemme 3.2.6 ci-dessus, la fibre (f′)|V′−1​(f′​(y))(f^{\prime})|_{V^{\prime}}^{-1}(f^{\prime}(y)) est purement de dimension n−dn-d. Il existe donc un point zz de cette fibre tel que dℋ⁡(y)​(z)=n−dd_{{\mathscr{H}}(y)}(z)=n-d. Comme dk​(f′​(y))=dd_{k}(f^{\prime}(y))=d, il vient dk​(z)=nd_{k}(z)=n.

Comme f′​(z)=f′​(y)f^{\prime}(z)=f^{\prime}(y) appartient à 𝐒⁡(𝐆md){\bf S}(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{d}) et comme f′|V′f^{\prime}|_{V^{\prime}} est sans bord puisque V′V^{\prime} est un ouvert de l’espace sans bord XX, il résulte de 2.3.3 que pour tout voisinage affinoïde UU de zz dans V′V^{\prime}, le compact ftrop′​(U)f^{\prime}_{\text{trop}}(U) contient un voisinage de ftrop′​(z)f^{\prime}_{\text{trop}}(z) dans (𝐆md)trop(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{d})_{\text{trop}}. Comme il est par ailleurs contenu dans C′C^{\prime} par définition de V′V^{\prime}, il contient un ouvert de C′C^{\prime}, sur lequel α\alpha est non nulle.

Il s’ensuit, d’après le lemme 3.2.2, que ω|U\omega|_{U} est non nulle. Ceci valant pour tout UU, le point zz appartient au support de ω\omega, ce qui achève la démonstration. ∎

\propname 3.2.8.

Supposons que XX soit purement de dimension nn et sans bord. Si α\alpha est une forme lisse de type (p,q)(p,q) sur XX, non nulle, alors il existe une forme β\beta de type (n−p,n−q)(n-p,n-q) sur XX telle que α∧β≠0\alpha\wedge\beta\neq 0.

Démonstration.

D’après la proposition 3.2.7, il existe un point xx du support de α\alpha tel que dk​(x)=nd_{k}(x)=n. Soit VV un voisinage affinoïde de xx et f:V→𝐆mNf\colon V\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N} un moment qui tropicalise la forme α\alpha tel que ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) soit purement de dimension nn. Soit η\eta une forme lisse sur ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) telle que α=f∗​η\alpha=f^{*}\eta ; elle n’est pas nulle.

L’image ftrop​(∂(V))f_{\text{trop}}(\partial(V)) est un sous-espace linéaire par morceaux de dimension ≤n−1\leq n-1. Il existe donc un ouvert QQ d’une cellule ouverte maximale qui ne rencontre pas ftrop​(∂(V))f_{\text{trop}}(\partial(V)) tel que η|Q≠0\eta|_{Q}\neq 0. Comme dim(Q)=n\dim(Q)=n, on peut trouver une (n−p,n−q)(n-p,n-q)-forme lisse à support compact contenu dans QQ telle que η∧η′≠0\eta\wedge\eta^{\prime}\neq 0. Puisque son support ne rencontre pas ∂(V)\partial(V), la forme f∗​η′f^{*}\eta^{\prime} sur VV se prolonge (par zéro) en une forme lisse β\beta à support propre sur XX. La restriction à VV de α∧β\alpha\wedge\beta est égal à f∗​(η∧η′)f^{*}(\eta\wedge\eta^{\prime}), donc n’est pas nulle (lemme 3.2.2). ∎

\lemmname 3.2.9.

Soit XX un espace kk-analytique purement de dimension nn, et soit ω\omega une forme à coefficients mesurables sur XX, de type (p,n)(p,n) ou (n,p)(n,p) pour un certain pp. Soit UU un ouvert de XX. Supposons que le support de ω\omega est fortement paracompact dans XX  ; le support de ω|U\omega|_{U} est alors fortement paracompact dans UU.

Démonstration.

Quitte à remplacer XX par un voisinage paracompact X′X^{\prime} du support de ω\omega, et UU par son intersection avec X′X^{\prime}, on peut supposer que XX est paracompact. En raisonnant composante connexe par composante connexe, on peut le supposer connexe, et partant dénombrable à l’infini.

Il existe alors un G-recouvrement (Xi)(X_{i}) localement fini et dénombrable de XX par des domaines affinoïdes qui tropicalisent ω\omega.

Pour chaque ii, la forme ω|Xi\omega|_{X_{i}} admet une présentation (fi:Xi→Ti,αi)(f_{i}\colon X_{i}\to T_{i},\alpha_{i}).

Fixons ii, et appelons Σi\Sigma_{i} le sous-ensemble de XiX_{i} formé des points en lesquels la dimension tropicale de fif_{i} est égale à nn. Comme le bidegré de ω\omega est égal à (n,p)(n,p) ou (p,n)(p,n), le support de ω|Xi\omega|_{X_{i}} est contenu dans Σi\Sigma_{i}. Il en résulte, d’après le corollaire 3.2.4, que Σ:=⋃Σi\Sigma:=\bigcup\Sigma_{i} contient le support de ω\omega.

Choisissons un isomorphisme Ti≃𝐆mNiT_{i}\simeq\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N_{i}}. Pour toute partie JJ de {1,…,Ni}\{1,\ldots,N_{i}\} de cardinal NN, notons fi,Jf_{i,J} le morphisme de TT vers 𝐆mJ\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{J} composé de fif_{i} et de la projection naturelle 𝐆mNi→𝐆mJ\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N_{i}}\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{J}. La dimension tropicale de fif_{i} en un point xx de XX est alors égale à nn si et seulement si il existe JJ tel que fi,Jf_{i,J} soit de dimension tropicale nn en xx.

Autrement dit, Σi\Sigma_{i} est la réunion des fi,J−1​(S⁡(𝐆mJ))f_{i,J}^{-1}(S(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{J})). On peut donc écrire Σi\Sigma_{i} comme une réunion finie ⋃𝒦i​j\bigcup\mathscr{K}_{ij} où chaque 𝒦i​j\mathscr{K}_{ij} est un compact homéomorphe à un polytope (2.3.4).

L’intersection de UU avec chacun des 𝒦i​j\mathscr{K}_{ij} est homéomorphe à un ouvert d’un polytope et est donc dénombrable à l’infini.

Par conséquent, l’intersection de UU avec Σi\Sigma_{i} est dénombrable à l’infini  ; comme l’ensemble d’indice ii est dénombrable, l’intersection de UU avec Σ\Sigma s’écrit comme une réunion dénombrable ⋃mΘm\bigcup_{m}\Theta_{m} de compacts.

Le lemme 2.1.6 assure que chaque Θm\Theta_{m} possède dans UU un voisinage ouvert UmU_{m} dénombrable à l’infini.

La réunion VV des UmU_{m} est un voisinage ouvert et dénombrable à l’infini de Σ\Sigma dans UU  ; comme Σ\Sigma contient le support de ω\omega, l’ouvert VV de XX est un voisinage paracompact du support de ω|U\omega|_{U}.

∎

3.3 Partitions de l’unité

\lemmname 3.3.1.

Soit XX un espace kk-affinoïde et soit xx, yy des points distincts de XX. Il existe une fonction lisse sur XX qui vaut 00 au voisinage de xx et 11 au voisinage de yy.

Démonstration.

Par définition du spectre (analytique) d’une algèbre affinoïde, il existe une fonction holomorphe ff sur XX telle que |f⁡(x)|≠|f⁡(y)|\mathopen{|}{f(x)}\mathclose{|}\neq\mathopen{|}{f(y)}\mathclose{|}.

Supposons ces deux valeurs non nulles  ; soit φ\varphi une fonction 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty} à support compact sur 𝐑\mathbf{R} valant 00 au voisinage de log⁡|f⁡(x)|\log\mathopen{|}{f(x)}\mathclose{|} et 11 au voisinage de log⁡|f⁡(y)|\log\mathopen{|}{f(y)}\mathclose{|}. La fonction φ∘log⁡|f|\varphi\circ\log\mathopen{|}{f}\mathclose{|}, définie sur l’ouvert d’inversibilité de ff, est lisse ; prolongeons-la par 00 sur XX tout entier. Comme φ\varphi est à support compact, la fonction obtenue est nulle au voisinage de l’ensemble des zéros de ff ; elle est donc lisse.

Si f⁡(x)=0f(x)=0, on raisonne de même à partir d’une fonction φ\varphi à support compact valant 11 au voisinage de log⁡|f⁡(y)|\log\mathopen{|}{f(y)}\mathclose{|}.

Si f⁡(y)=0f(y)=0, on construit comme ci-dessus une fonction lisse uu qui est nulle au voisinage de yy et qui vaut 11 au voisinage de xx ; la fonction 1−u1-u convient. ∎

\coroname 3.3.2.

Soit XX un espace kk-affinoïde, soit KK un sous-ensemble compact de XX, soit x∈X Kx\in X\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}K. Il existe une fonction lisse sur XX qui vaut 11 au voisinage de xx et nulle au voisinage de KK.

Démonstration.

Pour tout y∈Ky\in K, soit fyf_{y} une fonction lisse sur XX valant 11 au voisinage de xx et nulle dans un voisinage VyV_{y} de yy. Soit (y1,…,yn)(y_{1},\dots,y_{n}) une famille finie de points de KK telle que les VyjV_{y_{j}} recouvrent KK. La fonction ∏fyj\prod f_{y_{j}} convient. ∎

\coroname 3.3.3.

Soit XX un bon espace kk-analytique topologiquement séparé, soit xx un point de XX, soit UU un voisinage de xx. Il existe une fonction lisse sur XX qui vaut 11 au voisinage de xx, et dont le support est compact et contenu dans UU.

Démonstration.

Soit VV un voisinage affinoïde de xx  ; il est fermé dans XX, car XX est topologiquement séparé. Par suite, K=V (V̊∩U)K=V\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}(\mathring{V}\cap U) est une partie fermée de XX contenue dans VV. Soit ff une fonction lisse sur VV qui vaut 11 au voisinage de xx et qui est nulle au voisinage de KK. Soit gg la fonction sur XX qui coïncide avec ff sur VV et qui est nulle en dehors de VV. Elle est lisse sur l’intérieur de VV, sur l’ouvert X VX\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}V, ainsi que sur un voisinage de KK dans XX  ; ces trois ouverts recouvrent XX. La fonction gg est donc lisse  ; son support est contenu dans UU, comme il est contenu dans l’affinoïde VV, il est aussi compact. ∎

\coroname 3.3.4.

Soit XX un bon espace kk-analytique topologiquement séparé. Soit KK une partie compacte de XX et soit UU un voisinage ouvert de KK dans XX. Il existe une fonction f:X→[0,1]f\colon X\rightarrow[0,1], qui est lisse et à support compact, qui vaut 11 au voisinage de KK et qui est nulle hors de UU.

Démonstration.

Pour tout x∈Kx\in K, soit fxf_{x} une fonction lisse sur XX qui vaut 11 au voisinage de xx et dont le support est compact et contenu dans UU. Quitte à remplacer fxf_{x} par son carré, on peut la supposer positive ou nulle. Comme KK est compact, la somme gg d’une sous-famille finie de ces fonctions est strictement positive en tout point de KK ; elle est lisse et son support est encore compact et contenu dans UU. Soit φ\varphi une fonction 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty} de 𝐑\mathbf{R} vers [0;1][0;1], nulle en 00 et égale à 11 sur un voisinage de g⁡(K)g(K). La fonction f=φ∘gf=\varphi\circ g convient. ∎

\propname 3.3.5 (Stone–Weierstraß).

Soit XX un bon espace kk-analytique topologiquement séparé, soit UU un ouvert de XX. Soit ff une fonction continue à valeurs réelles sur XX dont le support est compact et contenu dans UU. Pour tout ε>0\varepsilon>0, il existe une fonction lisse gg sur XX dont le support est compact, contenu dans UU, et telle que |f⁡(x)−g⁡(x)|<ε\mathopen{|}{f(x)-g(x)}\mathclose{|}<\varepsilon pour tout x∈Xx\in X.

Démonstration.

Soit X′X^{\prime} le compactifié d’Alexandroff de XX ; comme XX est localement compact, c’est un espace topologique compact. Soit 𝒮\mathscr{S} l’ensemble des fonctions réelles sur X′X^{\prime} qui sont la somme d’une fonction constante et d’une fonction lisse à support compact sur XX (prolongée par 00 au point à l’infini). C’est une sous-algèbre unitaire de l’algèbre des fonctions continues sur X′X^{\prime} ; elle sépare les points en vertu du corollaire 3.3.3. Prolongée par 00 au point à l’infini, la fonction ff définit une fonction continue f′f^{\prime} sur X′X^{\prime}. D’après le théorème de Stone-Weierstraß, il existe un nombre réel cc et une fonction lisse à support compact sur XX, disons gg, tels que |f′−g−c|<ε/2\mathopen{|}{f^{\prime}-g-c}\mathclose{|}<\varepsilon/2. En considérant cette inégalité au point à l’infini, on a |c|<ε/2\mathopen{|}{c}\mathclose{|}<\varepsilon/2, si bien que |f−g|<ε\mathopen{|}{f-g}\mathclose{|}<\varepsilon en tout point.

Soit h:X→[0,1]h\colon X\rightarrow[0,1] une fonction lisse sur XX dont le support est compact et contenu dans UU et qui vaut 11 au voisinage du support de ff. La fonction h​ghg est lisse sur XX, son support est compact et contenu dans UU. Pour xx en dehors du support de ff, on a |f⁡(x)−h⁡(x)​g​(x)|=|h⁡(x)​g​(x)|≤|g⁡(x)|=|f⁡(x)−g⁡(x)|<ε\mathopen{|}{f(x)-h(x)g(x)}\mathclose{|}=\mathopen{|}{h(x)g(x)}\mathclose{|}\leq\mathopen{|}{g(x)}\mathclose{|}=\mathopen{|}{f(x)-g(x)}\mathclose{|}<\varepsilon. Si xx appartient au support de ff, on a |f⁡(x)−h⁡(x)​g​(x)|=|f⁡(x)−g⁡(x)|<ε\mathopen{|}{f(x)-h(x)g(x)}\mathclose{|}=\mathopen{|}{f(x)-g(x)}\mathclose{|}<\varepsilon. La fonction h​ghg convient. ∎

\propname 3.3.6 (Partitions de l’unité lisses).

Soit XX un bon espace kk-analytique paracompact.11 1 Rappelons que la définition d’un espace topologique paracompact le suppose séparé. Soit (Ui)i∈I(U_{i})_{i\in I} un recouvrement ouvert de XX. Il existe une partition de l’unité subordonnée à (Ui)(U_{i}) formée de fonctions lisses sur XX : pour tout ii, une fonction lisse, positive ou nulle, fif_{i} sur XX, de support contenu dans UiU_{i}, et telles que 1=∑fi1=\sum f_{i}, la somme étant localement finie.

Démonstration.

On peut supposer que XX est connexe. Comme il est paracompact, on peut aussi supposer que (Ui)(U_{i}) est un recouvrement ouvert, localement fini de XX formé d’ouverts relativement compacts dans XX. Puisque XX est connexe et paracompact, il est dénombrable à l’infini et l’on peut indexer par l’ensemble des entiers naturel l’ensemble d’indices du recouvrement (Ui)(U_{i}).

Considérons une partition de l’unité continue (gi)(g_{i}) subordonnée au recouvrement (Ui)(U_{i}). Pour tout ii, le support de gig_{i} est compact. Il existe donc une fonction lisse hih_{i} sur XX, à support compact contenu dans UiU_{i}, telle que |hi−gi|<1/2i+2\mathopen{|}{h_{i}-g_{i}}\mathclose{|}<1/2^{i+2}. Posons h=∑hih=\sum h_{i} ; c’est la somme d’une famille localement finie donc fonctions lisses, donc c’est une fonction lisse. Pour x∈Xx\in X,

h⁡(x)=∑ihi​(x)≥∑igi​(x)−∑i2−i−2≥1−∑i=0∞2−i−2=12.h(x)=\sum_{i}h_{i}(x)\geq\sum_{i}g_{i}(x)-\sum_{i}2^{-i-2}\geq 1-\sum_{i=0}^{\infty}2^{-i-2}=\dfrac{1}{2}.

Posons fi=hi/hf_{i}=h_{i}/h ; c’est une fonction lisse sur XX dont le support est contenu dans UiU_{i}. On a ∑fi=1\sum f_{i}=1. ∎

\coroname 3.3.7.

Soit XX un bon espace kk-analytique paracompact. Les faisceaux 𝒜Xp,q\mathscr{A}_{X}^{p,q} sont fins.

3.4 Existence de tropicalisations (presque) globales

La définition d’une forme lisse est locale, mais lorsque la source est affinoïde, on peut en donner une version partiellement globale  ; c’est l’objet de la proposition qui suit.

\propname 3.4.1.

Soit XX un espace kk-affinoïde et soit α\alpha une forme lisse sur XX. Il existe une famille finie (g1,…,gm)(g_{1},\ldots,g_{m}) de fonctions holomorphes sur XX possédant la propriété suivante : soit x∈Xx\in X, soit II l’ensemble des indices ii tels que gi​(x)≠0g_{i}(x)\neq 0, soit X′X^{\prime} l’ouvert d’inversibilité simultanée des gig_{i} pour i∈Ii\in I et soit g:X′→𝐆mIg\colon X^{\prime}\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{I} le moment (gi)i∈I(g_{i})_{i\in I}  ; le point gtrop​(x)g_{\text{trop}}(x) possède un voisinage ouvert Ω\Omega dans (𝐑+×)I(\mathbf{R}^{\times}_{+})^{I} tel que gg tropicalise α|gtrop−1​(Ω)\alpha|_{g_{\text{trop}}^{-1}(\Omega)}.

Démonstration.

Soit x∈Xx\in X. Par définition d’une forme lisse, il existe un voisinage ouvert UxU_{x} de xx dans XX, une famille hx=(hx​,1,…,hx,nx)h_{x}=(h_{x,1},\ldots,h_{x,n_{x}}) de fonctions holomorphes inversibles sur UxU_{x}, et une forme lisse βx\beta_{x} sur 𝐑nx\mathbf{R}^{n_{x}}, tels que α|Ux=hx∗​βx\alpha|_{U_{x}}=h_{x}^{*}\beta_{x}. Par définition de la topologie de XX, on peut supposer qu’il existe une famille finie (λx​,1,…,λx,rx)(\lambda_{x,1},\ldots,\lambda_{x,r_{x}}) de fonctions analytiques sur XX et, pour tout j∈{1,…,rx}j\in\{1,\ldots,r_{x}\}, un intervalle ouvert borné Ix,jI_{x,j} de 𝐑\mathbf{R} tels que l’ouvert UxU_{x} soit défini par la conjonction des conditions |λx,j|∈Ix,j|\lambda_{x,j}|\in I_{x,j} pour 1≤j≤rx1\leq j\leq r_{x}, et tels que chacune des hx,ih_{x,i} soit la restriction à UxU_{x} d’une fonction inversible (encore notée hx,ih_{x,i}) sur le domaine affinoïde VxV_{x} de XX défini par la conjonction des conditions |λj,x|∈Ix,j¯|\lambda_{j,x}|\in\overline{I_{x,j}} pour 1≤j≤rx1\leq j\leq r_{x}.

On peut en outre remplacer chaque hx,ih_{x,i} par une fonction sur VxV_{x} qui a même tropicalisation. Soit JJ l’ensemble des indices jj tels que 0∉Ix,j¯0\notin\overline{I_{x,j}}. L’algèbre des fonctions analytiques de la forme h​∏j∈Jλx,jnjh\prod_{j\in J}\lambda_{x,j}^{n_{j}}, où hh est holomorphe sur XX et où les njn_{j} sont des entiers négatifs ou nuls, est dense dans l’algèbre des fonctions analytiques sur VxV_{x}. Comme la borne inférieure sur VxV_{x} de la norme de chacune des hx,ih_{x,i} est strictement positive, on peut remplacer pour tout ii la fonction hxih_{x_{i}} par une fonction de la forme hx,i′​∏j∈Jλx,jni,jh^{\prime}_{x,i}\prod_{j\in J}\lambda_{x,j}^{n_{i,j}}, où hx,i′h^{\prime}_{x,i} est holomorphe sur XX et où les ni,jn_{i,j} sont des entiers négatifs ou nuls.

Comme XX est compact, il admet une partie finie SS de XX telle que les UxU_{x}, pour x∈Sx\in S, recouvrent XX. Considérons la famille de toutes les fonctions hx,ih_{x,i} et λx,j\lambda_{x,j}, pour x∈Sx\in S, 1≤i≤nx1\leq i\leq n_{x} et 1≤j≤rx1\leq j\leq r_{x}, et renumérotons-la de façon arbitraire en une famille (g1,…,gm)(g_{1},\dots,g_{m}). La description explicite de α|Ux\alpha|_{U_{x}} donnée ci-dessus pour tout x∈Xx\in X assure que (g1,…,gm)(g_{1},\ldots,g_{m}) satisfait les conclusions de la proposition. ∎

3.4.2 Bref rappel sur les réductions graduées à la Temkin.

Traditionnellement, la réduction 𝒜~\widetilde{\mathscr{A}} d’une algèbre kk-affinoïde est définie comme le quotient de l’anneau {a∈𝒜,∥a∥∞≤1}\{a\in\mathscr{A},\mathopen{\|}{a}\mathclose{\|}_{\infty}\leq 1\} par son idéal {a∈𝒜,∥a∥∞<1}\{a\in\mathscr{A},\mathopen{\|}{a}\mathclose{\|}_{\infty}<1\}, où ∥a∥∞\mathopen{\|}{a}\mathclose{\|}_{\infty} est la (semi)-norme spectrale sur ℳ⁡(𝒜)\mathscr{M}(\mathscr{A}), qui coïncide avec le rayon spectral au sens de la théorie générale des algèbres de Banach.

Toutefois, cette réduction ne s’avère exploitable que lorsque 𝒜\mathscr{A} est strictement kk-affinoïde  ; elle a en général des propriétés pathologiques – ainsi, si r∉|k×|r\notin\sqrt{|k^{\times}|}, l’algèbre k​{T/r}~\widetilde{k\{T/r\}} est isomorphe à k~\tilde{k}, alors qu’elle devrait moralement être de dimension 11.

Pour remédier à ces défauts, Temkin a développé dans [53] une théorie de la réduction graduée des algèbres affinoïdes.

Rappelons brièvement en quoi elle consiste. Pour toute algèbre kk-affinoïde 𝒜\mathscr{A}, Temkin définit 𝒜~\widetilde{\mathscr{A}} comme l’anneau 𝐑+×\mathbf{R}^{\times}_{+}-gradué

⨁r>0{a∈𝒜,∥a∥∞≤r}/⨁r>0{a∈𝒜,∥a∥∞<r}.\bigoplus_{r>0}\{a\in\mathscr{A},\mathopen{\|}{a}\mathclose{\|}_{\infty}\leq r\}/\bigoplus_{r>0}\{a\in\mathscr{A},\mathopen{\|}{a}\mathclose{\|}_{\infty}<r\}.

Remarquons que la réduction traditionnelle s’interprète maintenant comme l’ensemble des éléments homogènes de degré 1 de 𝒜~\widetilde{\mathscr{A}} (attention, la graduation est multiplicative  !).

La plupart des propriétés de la réduction usuelle se déclinent mutatis mutandis dans ce contexte  ; il convient simplement de remplacer un certain nombre de notions d’algèbre commutative par leurs avatars gradués. Nous n’entrerons pas ici dans les détails  ; le lecteur intéressé pourra consulter [53] ou [32]. Indiquons simplement que l’on dispose d’une application anticontinue de réduction de X=ℳ⁡(𝒜)X=\mathscr{M}(\mathscr{A}) vers sa réduction graduée X~\widetilde{X}, définie comme l’ensemble des idéaux homogènes premiers de 𝒜~\widetilde{\mathscr{A}}.

\lemmname 3.4.3.

Soit f:Y→Xf\colon Y\to X un morphisme entre espaces kk-affinoïdes et soit KK un compact contenu dans Int⁡(Y/X)\operatorname{Int}(Y/X). Il existe une famille (f1,…,fn)(f_{1},\ldots,f_{n}) de fonctions analytiques non nilpotentes sur YY telle que les propriétés suivantes soient satisfaites, en désignant pour tout ii par ρi\rho_{i} le rayon spectral de fif_{i} :

  1. 1.

    Pour tout y∈Ky\in K et tout ii on a |fi​(y)|<ρi|f_{i}(y)|<\rho_{i} ;

  2. 2.

    Pour tout y∈∂(Y/X)y\in\partial(Y/X) il existe ii tel que |fi​(y)|=ρi|f_{i}(y)|=\rho_{i}.

Démonstration.

Notons Y~\widetilde{Y} et X~\widetilde{X} les réductions graduées à la Temkin des espaces affinoïdes YY et XX, ainsi que f~:Y~→X~\tilde{f}\colon\widetilde{Y}\to\widetilde{X} l’application induite par f~\tilde{f}. Soit π:Y→Y~\pi\colon Y\to\widetilde{Y} la flèche de réduction. Notons 𝒜\mathscr{A} et ℬ\mathscr{B} les algèbres respectivement associées à XX et YY, et 𝒜~\widetilde{\mathscr{A}} et ℬ~\widetilde{\mathscr{B}} leurs réductions graduées.

Soit 𝐲∈Y~{\bf y}\in\widetilde{Y}. Notons J𝐲J_{\bf y} (resp I𝐲I_{\bf y}) l’idéal de ℬ~\widetilde{\mathscr{B}} (resp. 𝒜~\widetilde{\mathscr{A}}) engendré par les éléments homogènes s’annulant sur 𝐲\bf y (resp. f~​(𝐲)\tilde{f}({\bf y})). Soit EE le sous-ensemble de Y~\widetilde{Y} formé des points 𝐲\bf y tel que ℬ~/J𝐲\widetilde{\mathscr{B}}/J_{\bf y} soit finie sur 𝒜~/I𝐲\widetilde{\mathscr{A}}/I_{\bf y}. En vertu du going-up gradué, si 𝐲∈E{\bf y}\in E alors {𝐲}¯⊂𝐄\overline{\{\bf y\}}\subset E.

L’intérieur Int⁡(Y/X)\operatorname{Int}(Y/X) est précisément égal à π−1​(E)\pi^{-1}(E) ([53], Proposition 3.1).

Soit y∈Ky\in K. Comme K⊂Int⁡(Y/X)K\subset\operatorname{Int}(Y/X), on a π⁡(y)∈E\pi(y)\in E. L’image réciproque du fermé {π⁡(y)}¯\overline{\{\pi(y)\}} de Y~\widetilde{Y} est ouverte, et la compacité de KK entraîne alors que π⁡(K)\pi(K) est contenu dans une réunion finie F=⋃{𝐲i}¯F=\bigcup\overline{\{{\bf y}_{i}\}}, où les 𝐲i{\bf y}_{i} appartiennent à EE  ; notons que FF est un fermé de Y~\widetilde{Y}, qui est contenu dans EE.

Par quasi-compacité de Y~\widetilde{Y}, il existe une famille (f1,…,fn)(f_{1},\ldots,f_{n}) de fonctions analytiques non nilpotentes sur YY, de rayons spectraux respectifs ρ1,…,ρn\rho_{1},\ldots,\rho_{n}, telle que FF soit le lieu des zéros des fi~\widetilde{f_{i}}, où fi~\widetilde{f_{i}} désigne l’image canonique de fif_{i} dans le groupe des éléments homogènes de degré ρi\rho_{i} de 𝒜~\widetilde{\mathscr{A}}.

Soit y∈Ky\in K. Puisque π⁡(y)∈F\pi(y)\in F, on a pour tout ii l’égalité fi~​(π​(y))=0\tilde{f_{i}}(\pi(y))=0, ce qui signifie exactement que |fi​(y)|<ρi|f_{i}(y)|<\rho_{i}.

Soit y∈∂(Y/X)y\in\partial(Y/X). Le point π⁡(y)\pi(y) n’appartient pas à EE, et a fortiori pas à FF. Il s’ensuit qu’il existe ii tel que fi~​(π​(y))≠0\tilde{f_{i}}(\pi(y))\neq 0, ce qui signifie exactement que |fi​(y)||f_{i}(y)| est égal à ρi\rho_{i}. ∎

\propname 3.4.4.

Soit Y→XY\to X un morphisme entre espaces kk-affinoïdes, où YY est purement de dimension nn. Soit (α1,…,αm)(\alpha_{1},\ldots,\alpha_{m}) une famille de formes à coefficients mesurables sur YY. Soit KK un compact contenu dans Int⁡(Y/X)\operatorname{Int}(Y/X) constitué de points yy tels que dk​(y)=nd_{k}(y)=n.

Il existe un voisinage affinoïde VV de KK dans Int⁡(Y/X)\operatorname{Int}(Y/X), qui est un domaine rationnel de YY, et un moment g:V→Tg\colon V\to T tels que les deux propriétés suivantes soient satisfaites :

1) gg tropicalise chacune des αi|V\alpha_{i}|_{V}  ;

2) gtrop​(∂(V/Y))∩gtrop​(K)=∅g_{\text{trop}}(\partial(V/Y))\cap g_{\text{trop}}(K)=\emptyset.

Démonstration.

Soit 𝒜\mathscr{A} l’algèbre des fonctions analytiques sur YY. Il résulte de la proposition 3.4.1 qu’il existe une famille finie (h1,…,hN)(h_{1},\ldots,h_{N}) de fonctions appartenant à 𝒜\mathscr{A} possédant la propriété suivante :

(∗)(*) Soit y∈Yy\in Y, soit JJ l’ensemble des indices jj tels que hj​(y)≠0h_{j}(y)\neq 0, soit Y′Y^{\prime} l’ouvert d’inversibilité simultanée des hjh_{j} pour j∈Jj\in J et soit h:Y′→𝐆mJh\colon Y^{\prime}\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{J} le moment (hj)j∈J(h_{j})_{j\in J}  ; le point htrop​(y)h_{\text{trop}}(y) possède un voisinage ouvert Ω\Omega dans (𝐑+×)J(\mathbf{R}^{\times}_{+})^{J} tel que hh tropicalise chacune des αi|htrop−1​(Ω)\alpha_{i}|_{h_{\text{trop}}^{-1}(\Omega)}.

Soit y∈Ky\in K. Comme dk​(y)=nd_{k}(y)=n, le point yy n’est situé sur aucun fermé de Zariski de YY de dimension <n<n  ; comme YY est purement de dimension nn, cela signifie que yy n’appartient qu’à une composante irréductible de YY, et est Zariski-dense dans celle-ci.

Soit (Yα)(Y_{\alpha}) la famille des composantes irréductibles de YY. On pose 𝒴=Spec⁡𝒜\mathscr{Y}=\operatorname{Spec}\mathscr{A}  ; pour tout α\alpha, on désigne par 𝒴α\mathscr{Y}_{\alpha} la composante irréductible de 𝒴\mathscr{Y} qui correspond à YαY_{\alpha}.

Par le lemme d’évitement des idéaux premiers appliqué sur le schéma affine 𝒴\mathscr{Y}, il existe une fonction ff holomorphe sur YY telle que ff s’annule en tout point de Yα∩YβY_{\alpha}\cap Y_{\beta} dès que α≠β\alpha\neq\beta, et soit génériquement inversible sur YαY_{\alpha} pour tout α\alpha  ; notons ZZ (resp. 𝒵\mathscr{Z}) le lieu des zéros de ff sur YY (resp. 𝒴\mathscr{Y}).

Soit j∈{1,…,N}j\in\{1,\ldots,N\}. L’ouvert D⁡(f)D(f) de 𝒴\mathscr{Y} est la réunion disjointe des ouverts 𝒴α 𝒵\mathscr{Y}_{\alpha}\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}\mathscr{Z}. Il existe donc hj′∈𝒜h^{\prime}_{j}\in\mathscr{A} sur YY et un entier njn_{j} tels que pour tout α\alpha la fonction hj′​f−nj|Yα−Zh^{\prime}_{j}f^{-n_{j}}|_{Y_{\alpha}-Z} soit égale à hjh_{j} si hjh_{j} est génériquement inversible sur YαY_{\alpha}, et égale à 11 dans le cas contraire :

Modifions la famille (h1,…,hN)(h_{1},\ldots,h_{N}) en remplaçant chacun des hjh_{j} par hj′h^{\prime}_{j}, et en posant f=hN+1f=h_{N+1}  ; puis écrivons NN au lieu de N+1N+1, pour alléger les notations. La nouvelle famille (h1,…,hN)(h_{1},\ldots,h_{N}) ainsi obtenue satisfait encore (∗)(*) sous réserve que l’on se limite aux points y∈Y−Zy\in Y-Z, c’est-à-dire aux points en lesquels hN=fh_{N}=f est inversible  ; et chacune des hjh_{j} est maintenant génériquement inversible sur toutes les YαY_{\alpha}, et est donc inversible au voisinage de KK.

Le compact KK est contenu dans Int⁡(Y/X)\operatorname{Int}(Y/X). En vertu du lemme 3.4.3, il existe un nombre fini de fonctions analytiques non nilpotentes λ1,…,λr\lambda_{1},\ldots,\lambda_{r} sur YY, de rayons spectraux respectifs ρ1,…,ρr\rho_{1},\ldots,\rho_{r}, telles que :

  • —

    pour tout ℓ\ell et tout y∈Ky\in K, |λℓ​(y)|<ρℓ|\lambda_{\ell}(y)|<\rho_{\ell}  ;

  • —

    pour tout y∈∂(Y/X)y\in\partial(Y/X), il existe ℓ\ell tel que |λℓ|=ρℓ|\lambda_{\ell}|=\rho_{\ell}.

Choisissons pour tout jj un nombre réel strictement positif sjs_{j} tel que |hj|>sj|h_{j}|>s_{j} sur KK, et soit WW le domaine affinoïde rationnel de YY défini par la conjonction d’inégalités |hj|≥sj|h_{j}|\geq s_{j}  ; comme hNh_{N} ne s’annule pas sur WW, on peut écrire W=∐(W∩Yα)W=\coprod(W\cap Y_{\alpha}).

Fixons α\alpha. Soit LαL_{\alpha} l’ensemble des indices ℓ\ell tels que λℓ|Yα\lambda_{\ell}|_{Y_{\alpha}} soit génériquement inversible  ; elle est alors inversible au voisinage de K∩YαK\cap Y_{\alpha}. Pour tout ℓ∈Lα\ell\in L_{\alpha}, choisissons deux réels rℓ,αr_{\ell,\alpha} et Rℓ,αR_{\ell,\alpha} différents de 11, tels que 0<rℓ,α<Rℓ,α<ρℓ0<r_{\ell,\alpha}<R_{\ell,\alpha}<\rho_{\ell} et tels que rℓ,α<|λℓ|<Rℓ,αr_{\ell,\alpha}<|\lambda_{\ell}|<R_{\ell,\alpha} sur K∩YαK\cap Y_{\alpha}. Soit VαV_{\alpha} le domaine affinoïde de W∩YαW\cap Y_{\alpha} défini par la conjonction des inégalités rℓ,α≤|λℓ|≤Rℓ,αr_{\ell,\alpha}\leq|\lambda_{\ell}|\leq R_{\ell,\alpha} pour ℓ∈Lα\ell\in L_{\alpha} et soit VV le domaine affinoïde ∐Vα\coprod V_{\alpha} de YY  ; c’est un domaine rationnel de WW, et partant de YY.

Si ℓ∈Lα\ell\in L_{\alpha}, on note λℓ,α\lambda_{\ell,\alpha} la fonction analytique sur VV qui vaut λℓ\lambda_{\ell} sur VαV_{\alpha} et 11 sur V−VαV-V_{\alpha}.

Soit y∈Vy\in V. Il appartient à l’un des VαV_{\alpha}  ; on a donc |λℓ​(y)|≤Rℓ,α<ρℓ|\lambda_{\ell}(y)|\leq R_{\ell,\alpha}<\rho_{\ell} si ℓ∈Lα\ell\in L_{\alpha}, et λℓ​(y)=0<ρℓ\lambda_{\ell}(y)=0<\rho_{\ell} sinon. En conséquence, le point yy n’appartient pas à ∂(Y/X)\partial(Y/X)  ; il vient V⊂Int⁡(Y/X)V\subset\operatorname{Int}(Y/X).

Soit y∈∂(V/Y)y\in\partial(V/Y). Par définition du domaine affinoïde VV, on est dans l’un des deux cas suivants, non exclusifs l’un de l’autre.

  • —

    Premier cas : il existe jj tel que |hj|​(y)=sj|h_{j}|(y)=s_{j}. On a alors |hj​(y)|∉|hj|​(K)|h_{j}(y)|\notin|h_{j}|(K).

  • —

    Second cas : il existe (ℓ,α)(\ell,\alpha) tel que y∈Yα,ℓ∈Lαy\in Y_{\alpha},\ell\in L_{\alpha} et |λℓ,α​(y)|∈{rℓ,α,Rℓ,α}|\lambda_{\ell,\alpha}(y)|\in\{r_{\ell,\alpha},R_{\ell,\alpha}\}. La définition de rℓ,αr_{\ell,\alpha} et Rℓ,αR_{\ell,\alpha} assure alors que |λℓ,α​(y)|∉|λℓ,α​(K∩Yα)||\lambda_{\ell,\alpha}(y)|\notin|\lambda_{\ell,\alpha}(K\cap Y_{\alpha})|  ; et comme rℓ,αr_{\ell,\alpha} et Rℓ,αR_{\ell,\alpha} sont différents de 11, le réel |λℓ,α​(y)||\lambda_{\ell,\alpha}(y)| n’appartient pas non plus à |λℓ,α​(K−Yα)||\lambda_{\ell,\alpha}(K-Y_{\alpha})|  ; il s’ensuit que |λℓ,α​(y)|∉|λℓ,α|​(K)|\lambda_{\ell,\alpha}(y)|\notin|\lambda_{\ell,\alpha}|(K).

Soit gg le moment défini sur VV par la concaténation des hjh_{j} et des λℓ,α\lambda_{\ell,\alpha}  ; il résulte de ce qui précède que gtrop​(∂(V/Y))∩gtrop​(K)=∅g_{\text{trop}}(\partial(V/Y))\cap g_{\text{trop}}(K)=\emptyset. Par ailleurs, soit y∈Vy\in V. Par choix des hjh_{j}, il existe un polytope compact PxP_{x} qui est un voisinage de gtrop​(x)g_{\text{trop}}(x) dans gtrop​(V)g_{\text{trop}}(V) tel que chacune des αi|gtrop−1​(Px)\alpha_{i}|_{g_{\text{trop}}^{-1}(P_{x})} provienne via gtropg_{\text{trop}} d’une forme βi,x\beta_{i,x} sur PxP_{x}. Le lemme 3.2.2 assure que les βi,x\beta_{i,x} sont uniquement déterminées  ; il garantit également leur recollement lorsque xx varie. Ainsi, gg tropicalise chacune des αi\alpha_{i}. ∎

3.5 Calibrage canonique d’une tropicalisation

3.5.1

Soit XX un espace kk-analytique compact purement de dimension nn et soit f:X→Tf\colon X\rightarrow T un moment sur XX.

L’espace ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) est un polytope compact de TtropT_{\text{trop}}. Soit 𝒞\mathscr{C} une décomposition cellulaire de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X).

On construit comme suit un calibrage μf\mu_{f} de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) qui est partout non nul. On dit que c’est le calibrage canonique de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X).

Soit CC une cellule de 𝒞\mathscr{C} de dimension nn. Choisissons un morphisme de tores qq de TT dans le tore 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} tel que la restriction à ⟨C⟩\langle C\rangle de l’application affine

qtrop:Ttrop→(𝐆mn)trop≃log𝐑nq_{\text{trop}}\colon T_{\text{trop}}\rightarrow(\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n})_{\text{trop}}\simeq_{\log}\mathbf{R}^{n}

soit un isomorphisme, et soit σ:𝐑n→Ttrop\sigma\colon\mathbf{R}^{n}\rightarrow T_{\text{trop}} l’unique section de |q|\mathopen{|}{q}\mathclose{|} dont l’image est le sous-espace affine ⟨C⟩\langle C\rangle.

L’image de ∂X\partial X par (q∘f)trop(q\circ f)_{\text{trop}} est contenue dans un polytope de dimension ≤n−1\leq n-1.

Il existe donc une décomposition cellulaire 𝒟\mathscr{D} de CC telle que pour toute cellule ouverte DD de 𝒞\mathscr{C} de dimension nn, la cellule image qtrop​(D)q_{\text{trop}}(D) ne rencontre pas (q∘f)trop​(∂X)(q\circ f)_{\text{trop}}(\partial X). L’ouvert ftrop−1​(D)f_{\text{trop}}^{-1}(D) est alors, d’après les résultats du §2.4, fini et plat de degré strictement positif sur q​(D)sqq(D)_{\mathrm{sq}}  ; on note dDd_{D} le degré en question. Soit |e1∧⋯∧en|\mathopen{|}{e_{1}\wedge\dots\wedge e_{n}}\mathclose{|} le vecteur-volume de 𝐑n\mathbf{R}^{n} associé à son orientation pour laquelle la base canonique (e1,…,en)(e_{1},\dots,e_{n}) est directe et au nn-vecteur e1∧⋯∧ene_{1}\wedge\dots\wedge e_{n}. Posons alors

μD=dD​((σ)∗​(|e1∧⋯∧en|)).\mu_{D}=d_{D}\,\big((\sigma)_{*}(\mathopen{|}{e_{1}\wedge\dots\wedge e_{n}}\mathclose{|})\big).

Si l’on modifie qq en le composant par un morphisme de tores φ\varphi de 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} dans lui-même, cela multiplie le degré dDd_{D} par le degré de φ\varphi, c’est-à-dire par |det(Mφ)|\mathopen{|}{\det(M_{\varphi})}\mathclose{|}, où Mφ∈Mn​(𝐙)M_{\varphi}\in\mathrm{M}_{n}(\mathbf{Z}) est la matrice des exposants de φ\varphi. En outre, σ\sigma est remplacé par σ∘φtrop−1\sigma\circ{\varphi_{\text{trop}}}^{-1} et le vecteur-volume |e1∧⋯∧en|\mathopen{|}{e_{1}\wedge\dots\wedge e_{n}}\mathclose{|} est multiplié par l’inverse de |det(Mφ)|\mathopen{|}{\det(M_{\varphi})}\mathclose{|}. Par suite, μD\mu_{D} est indépendant du choix de qq.

On définit ainsi un calibrage (μD)(\mu_{D}) de CC, qui ne dépend donc pas de qq, ni de la décomposition 𝒟\mathscr{D} : il suffit en effet de s’assurer qu’il est insensible à un raffinement de celle-ci, ce qui est immédiat.

En concaténant les familles (μD)(\mu_{D}) ainsi construites sur les différentes pp-cellules de 𝒞\mathscr{C}, on définit un calibrage de l’espace ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X). Il ne dépend pas de la décomposition 𝒞\mathscr{C} : il suffit en effet, là encore, de s’assurer qu’il est insensible à un raffinement de celle-ci, ce qui est clair.

\lemmname 3.5.2.

Soit XX un espace kk-analytique compact purement de dimension nn, soit f:X→Tf\colon X\rightarrow T un moment sur XX, et soit p:T→T′p\colon T\to T^{\prime} un morphisme affine de tores.

Le calibrage canonique μp∘f\mu_{p\circ f} de (p∘f)trop​(X)=ptrop​(ftrop​(X))(p\circ f)_{\text{trop}}(X)=p_{\text{trop}}(f_{\text{trop}}(X)) est égal à ptrop∗μfp_{{\text{trop}}*}\mu_{f}.

Démonstration.

Choisissons une décomposition cellulaire 𝒞\mathscr{C} de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) et une décomposition cellulaire 𝒟\mathscr{D} de ptrop​(ftrop​(X))p_{\text{trop}}(f_{\text{trop}}(X)) telle que ptrop​(C)∈𝒟p_{\text{trop}}(C)\in\mathscr{D} pour toute cellule C∈𝒞C\in\mathscr{C}.

Soit DD une nn-cellule de 𝒟\mathscr{D}, et soit 𝒞D\mathscr{C}_{D} l’ensemble des nn-cellules de 𝒞\mathscr{C} s’envoyant sur DD  ; pour toute cellule C∈𝒞DC\in\mathscr{C}_{D}, l’application ftropf_{\text{trop}} induit des isomorphismes

⟨C⟩≃⟨D⟩​et​C≃D.\langle C\rangle\simeq\langle D\rangle\;\text{et}\;C\simeq D.

Soit qq une projection affine de T′T^{\prime} sur un 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} telle que qtrop|Dq_{\text{trop}}|_{D} soit injective, et soit Δ\Delta une cellule de dimension nn contenue dans l’intérieur de qtrop​(D)q_{\text{trop}}(D) et ne rencontrant pas (q∘p∘f)trop​(∂X)(q\circ p\circ f)_{\text{trop}}(\partial X). On note ΔD\Delta_{D} l’image réciproque de Δ\Delta sur DD, et ΔC\Delta_{C} l’image réciproque de Δ\Delta sur CC pour toute C∈𝒞C\in\mathscr{C}.

On note σD\sigma_{D} la réciproque de l’isomorphisme ⟨D⟩≃𝐑n\langle D\rangle\simeq\mathbf{R}^{n} induit par qtropq_{\text{trop}} (et le logarithme)  ; pour tout C∈𝒞DC\in\mathscr{C}_{D}, on note de même σC\sigma_{C} la réciproque de l’isomorphisme ⟨C⟩≃𝐑n\langle C\rangle\simeq\mathbf{R}^{n} induit par ptrop∘qtropp_{\text{trop}}\circ q_{\text{trop}}.

Soit dDd_{D} le degré de (p∘f)trop−1​(ΔD)(p\circ f)_{\text{trop}}^{-1}(\Delta_{D}) sur DsqD_{{\mathrm{sq}}}  ; pour tout C∈𝒞DC\in\mathscr{C}_{D}, soit dCd_{C} le degré de ftrop−1​(ΔC)f_{\text{trop}}^{-1}(\Delta_{C}) sur DsqD_{{\mathrm{sq}}}.

Comme (p∘f)trop−1​(ΔD)(p\circ f)_{\text{trop}}^{-1}(\Delta_{D}) est la réunion disjointe des ftrop−1​(ΔC)f_{\text{trop}}^{-1}(\Delta_{C}) pour C∈𝒞DC\in\mathscr{C}_{D}, on a dD=∑C∈𝒞DdCd_{D}=\sum_{C\in\mathscr{C}_{D}}d_{C}.

Munissons 𝐑n\mathbf{R}^{n} de l’orientation donnée par sa base canonique, et soit ee le nn-vecteur standard de 𝐑n\mathbf{R}^{n}. On note oDo_{D} l’orientation de ⟨D⟩\langle D\rangle déduite de oo via qtropq_{\text{trop}}  ; pour tout C∈𝒞DC\in\mathscr{C}_{D}, on note oCo_{C} l’orientation de ⟨C⟩\langle C\rangle déduite de oo via ptrop∘qtropp_{\text{trop}}\circ q_{\text{trop}}.

Pour tout C∈𝒞DC\in\mathscr{C}_{D}, le calibrage μf\mu_{f} vaut (oC,dC​σC​(e))(o_{C},d_{C}\sigma_{C}(e)) sur ΔC\Delta_{C}  ; et le calibrage μp∘f\mu_{p\circ f} vaut (oD,dD​σD​(e))(o_{D},d_{D}\sigma_{D}(e)) sur ΔD\Delta_{D}.

Comme ptrop∘σC=σDp_{\text{trop}}\circ\sigma_{C}=\sigma_{D} pour toute C∈𝒟C\in\mathscr{D}, la valeur sur ΔD\Delta_{D} du calibrage ptrop​(μf)p_{\text{trop}}(\mu_{f}) est égale à (oD,(∑C∈𝒞DdC)​σD​(e))=(oD,dD​σD​(e))(o_{D},(\sum_{C\in\mathscr{C}_{D}}d_{C})\sigma_{D}(e))=(o_{D},d_{D}\sigma_{D}(e)), c’est-à-dire à μp∘f​(ΔD)\mu_{p\circ f}(\Delta_{D}). ∎

3.6 Condition d’harmonie

\theoname 3.6.1.

Soit XX un espace kk-analytique compact purement de dimension nn. Soit f:X→Tf\colon X\rightarrow T un moment, soit μf\mu_{f} le calibrage de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X), et soit 𝒞\mathscr{C} une décomposition cellulaire de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) adaptée à μf\mu_{f}. Toute (n−1)(n-1)-cellule FF de 𝒞\mathscr{C} qui n’est pas contenue dans ftrop​(∂X)f_{\text{trop}}(\partial X) est harmonieuse

Démonstration.

Quitte à étendre les scalaires, on peut supposer que la valuation du corps de base kk est non triviale. Quitte à raffiner la décomposition polytopale, on suppose que ftrop​(∂X)f_{\text{trop}}(\partial X) est contenu dans la réunion des (n−1)(n-1)-cellules de 𝒞\mathscr{C}.

Soit FF une (n−1)(n-1)-cellule de 𝒞\mathscr{C} qui n’est pas contenue dans ftrop​(∂X)f_{\text{trop}}(\partial X). Qualifions de bonne toute surjection affine u:Ttrop→𝐑nu\colon T_{\text{trop}}\rightarrow\mathbf{R}^{n} qui possède les propriétés suivantes :

  • —

    si CC est une nn-cellule de 𝒞\mathscr{C} contenant FF alors u|⟨C⟩u|_{\langle C\rangle} est injective  ;

  • —

    si GG est une (n−1)(n-1)-cellule de 𝒞\mathscr{C} qui diffère de FF alors

    ⟨u⁡(G)⟩≠⟨u⁡(F)⟩.\langle u(G)\rangle\neq\langle u(F)\rangle.

Chacune de ces conditions définit un ouvert de Zariski non vide de l’espace affine Aff⁡(Ttrop,𝐑n){\rm Aff}(T_{\text{trop}},\mathbf{R}^{n}). L’ensemble Ω\Omega des bonnes applications affines de TtropT_{\text{trop}} dans 𝐑n\mathbf{R}^{n} est donc un ouvert de Zariski dense de Aff⁡(Ttrop,𝐑n){\rm Aff}(T_{\text{trop}},\mathbf{R}^{n})  ; notons Ω𝐙\Omega_{\mathbf{Z}} le sous-ensemble de Ω\Omega formé des applications affines dont la partie vectorielle est entière et la partie de translation est dans log⁡|k×|\log\mathopen{|}{k^{\times}}\mathclose{|}  ; on peut également décrire Ω𝐙\Omega_{\mathbf{Z}} comme l’ensemble des applications affines appartenant à Ω\Omega qui sont de la forme ptropp_{\text{trop}} où p:T→𝐆mnp\colon T\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} est un morphisme affine et surjectif de tores. Comme |k×|≠{1}|k^{\times}|\neq\{1\}, l’ensemble Ω𝐙\Omega_{\mathbf{Z}} est non vide, et rencontre même tout ouvert de Zariski non vide de Aff⁡(Ttrop,𝐑n){\rm Aff}(T_{\text{trop}},\mathbf{R}^{n}).

Soit u∈Ω𝐙u\in\Omega_{\mathbf{Z}} et soit p:T→𝐆mnp\colon T\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} un morphisme affine et surjectif de tores tel que u=ptropu=p_{\text{trop}}. Notons 𝒞F\mathscr{C}_{F} l’ensemble des cellules appartenant à 𝒞\mathscr{C} dont FF est une face. Notons H+H^{+} et H−H^{-} les deux demi-espaces délimités par ptrop​(⟨F⟩)p_{\text{trop}}(\langle F\rangle). Soit CC un élément de 𝒞F\mathscr{C}_{F} ; alors ptrop​(C)p_{\text{trop}}(C) est contenu dans l’un des deux demi-espaces H+H^{+} et H−H^{-}, et l’un deux seulement ; on posera εC=1\varepsilon_{C}=1 si ptrop​(C)⊂H+p_{\text{trop}}(C)\subset H^{+} et εC=−1\varepsilon_{C}=-1 sinon. Notons aussi σC:𝐑n→Ttrop\sigma_{C}\colon\mathbf{R}^{n}\rightarrow T_{\text{trop}} l’unique section de ptropp_{\text{trop}} dont l’image est ⟨C⟩\langle C\rangle.

Par définition d’une bonne application affine, il existe x∈Fx\in F et un pavé ouvert U⊂𝐑nU\subset\mathbf{R}^{n} de centre y:=ptrop​(x)y:=p_{\text{trop}}(x) possédant les propriétés suivantes :

  • —

    les seules cellules fermées de 𝒞\mathscr{C} contenant xx sont FF et les éléments de 𝒞F\mathscr{C}_{F}, ce qui implique que ⋃C∈𝒞FC\bigcup_{C\in\mathscr{C}_{F}}C est un voisinage de xx dans ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X)  ;

  • —

    si GG est une (n−1)(n-1)-cellule de 𝒞\mathscr{C} différente de FF alors ptrop​(G)∩U=∅p_{\text{trop}}(G)\cap U=\emptyset.

Posons U+=U∩H+U^{+}=U\cap H^{+} et U−=U∩H−U^{-}=U\cap H^{-}. Pour toute C∈𝒫FC\in\mathscr{P}_{F}, l’image réciproque de UU sur CC est un demi-pavé UCU_{C} (fermé le long de sa tranche médiane) de l’espace affine ⟨C⟩\langle C\rangle, qui s’envoie homéomorphiquement sur U+U^{+} si εC=1\varepsilon_{C}=1 et sur U−U^{-} si εC=−1\varepsilon_{C}=-1. La réunion VV des UCU_{C}, pour C∈𝒞FC\in\mathscr{C}_{F}, est une composante connexe de ptrop−1​(U)p_{\text{trop}}^{-1}(U).

La condition 2) ci-dessus et les hypothèses faites sur FF et sur la décomposition 𝒞\mathscr{C} garantissent que UU ne rencontre pas (p∘f)trop​(∂X)(p\circ f)_{\text{trop}}(\partial X). Il résulte alors de la section 2.4 que (p∘f)|ftrop−1​(V)(p\circ f)|_{f_{\text{trop}}^{-1}(V)} est fini et plat sur UsqU_{\mathrm{sq}}  ; soit dd le degré correspondant.

Pour toute C∈𝒞FC\in\mathscr{C}_{F}, notons UC′U^{\prime}_{C} le demi-pavé ouvert UC−FU_{C}-F. Les composantes connexes de l’image réciproque de U+⁣+:=U+−ptrop​(F)U^{++}:=U^{+}-p_{\text{trop}}(F) dans VV sont exactement les UP′​CU^{\prime}_{P}C pour les polytopes C∈𝒫FC\in\mathscr{P}_{F} tels que εC=1\varepsilon_{C}=1. Comme ftrop−1​(V)f_{\text{trop}}^{-1}(V) est fini et plat de degré dd sur Usq+⁣+U^{++}_{\mathrm{sq}}, on en déduit l’assertion suivante : pour toute CC tel que εC=1\varepsilon_{C}=1, l’ouvert ftrop−1​(UC′)f_{\text{trop}}^{-1}(U^{\prime}_{C}) de XX est fini et plat sur U+⁣+U^{++}, et si dCd_{C} désigne le degré correspondant alors d=∑dCd=\sum d_{C}.

Les composantes connexes de l’image réciproque de U−⁣−:=U−−ptrop​(F)U^{--}:=U^{-}-p_{\text{trop}}(F) dans VV sont exactement les UC′U^{\prime}_{C} pour les indices ii tels que εC=−1\varepsilon_{C}=-1. Comme ftrop−1​(V)f_{\text{trop}}^{-1}(V) est fini et plat de degré dd sur Usq−⁣−U^{--}_{\mathrm{sq}}, on en déduit l’assertion suivante : pour toute CC tel que εC=−1\varepsilon_{C}=-1, l’ouvert ftrop−1​(UC′)f_{\text{trop}}^{-1}(U^{\prime}_{C}) de XX est fini et plat sur U−⁣−U^{--}, et si dCd_{C} désigne le degré correspondant alors d=∑dCd=\sum d_{C}.

Il résulte par ailleurs de la définition des entiers dCd_{C} et du calibrage μf\mu_{f} que pour toute cellule C∈𝒞FC\in\mathscr{C}_{F}, la restriction de μf\mu_{f} à UC′U^{\prime}_{C} est égale à εC​dC​σC,∗​(e1∧⋯∧en)\varepsilon_{C}\,d_{C}\,\sigma_{C,*}(e_{1}\wedge\dots\wedge e_{n}). La discordance de μf\mu_{f} le long de ff est donc égale à la somme

∑C∈𝒞FεC​dC​σC,∗​(e1∧⋯∧en).\sum_{C\in\mathscr{C}_{F}}\varepsilon_{C}\,d_{C}\,\sigma_{C,*}(e_{1}\wedge\dots\wedge e_{n}).

Comme

∑C,ϵC=1dC=∑C,ϵC=−1dC=d,\sum_{C,\epsilon_{C}=1}d_{C}=\sum_{C,\epsilon_{C}=-1}d_{C}=d,

on a ∑ϵC​dC=0\sum\epsilon_{C}d_{C}=0. Par suite,

⋀nptrop​(μF)=∑CεC​dC​e1∧⋯∧en=0.\bigwedge^{n}p_{\text{trop}}(\mu_{F})=\sum_{C}\varepsilon_{C}d_{C}e_{1}\wedge\dots\wedge e_{n}=0.

Cela prouve que μC\mu_{C} appartient au noyau de ⋀nptrop\bigwedge^{n}p_{\text{trop}}.

Ceci vaut pour tout morphisme affine pp de tores tel que ptropp_{\text{trop}} soit une bonne application affine. Par conséquent,

μF∈⋂u∈Ω𝐙ker⋀nu.\mu_{F}\in\bigcap_{u\in\Omega_{\mathbf{Z}}}\ker\bigwedge^{n}u.

On en déduit que μF=0\mu_{F}=0. ∎

3.7 Intégrales et intégrales de bord des formes tropicales

3.7.1

Soit XX un espace analytique compact, purement de dimension nn.

Soit ω\omega une forme à coefficients mesurables sur XX, de type (n,n)(n,n) (resp. (n−1,n)(n-1,n))  ; on la suppose tropicale.

Soit (f:X→T,α)(f\colon X\to T,\alpha) une présentation de ω\omega. Les faits suivants résultent de 1.5.8, du lemme 3.5.2, et du caractère filtrant de la catégorie des présentations de ω\omega.

  • —

    L’intégrale ∫ftrop​(X)⟨|α|,μf⟩\int_{f_{\text{trop}}(X)}\langle\mathopen{|}{\alpha}\mathclose{|},\mu_{f}\rangle (resp. ∫ftrop​(X)⟨|α|,∂μf⟩\int_{f_{\text{trop}}(X)}\langle\mathopen{|}{\alpha}\mathclose{|},\partial\mu_{f}\rangle) ne dépend que de ω\omega, et pas de la présentation choisie. On la note ∫X|ω|\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} (resp. ∫∂X|ω|\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}). On dit que ω\omega est intégrable (resp. intégrable le long de ∂X\partial X) si cette intégrale est finie.

  • —

    Si α\alpha est μf\mu_{f}-intégrable (resp. ∂μf\partial\mu_{f}-intégrable), l’intégrale ∫ftrop​(X)⟨α,μf⟩\int_{f_{\text{trop}}(X)}\langle\alpha,\mu_{f}\rangle (resp. ∫ftrop​(X)⟨α,∂μf⟩\int_{f_{\text{trop}}(X)}\langle\alpha,\partial\mu_{f}\rangle) ne dépend que de ω\omega, et pas de la présentation choisie. On la note ∫Xω\int_{X}\omega (resp. ∫∂Xω\int_{\partial X}\omega).

Soit X′X^{\prime} un domaine analytique compact de XX  ; posons ω′=ω|X′\omega^{\prime}=\omega|_{X^{\prime}}. On écrira ∫X′|ω|\int_{X^{\prime}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} (resp. ∫∂X′|ω|\int_{\partial X^{\prime}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}) au lieu de ∫X′|ω′|\int_{X^{\prime}}\mathopen{|}{\omega^{\prime}}\mathclose{|} (resp. ∫∂X′|ω′|\int_{\partial X^{\prime}}\mathopen{|}{\omega^{\prime}}\mathclose{|}).

Si ω′\omega^{\prime} est intégrable (resp. intégrable le long de ∂X′\partial X^{\prime}) on écrira ∫X′ω\int_{X^{\prime}}\omega (resp. ∫∂X′ω\int_{\partial X^{\prime}}\omega) au lieu de ∫X′ω′\int_{X^{\prime}}\omega^{\prime} (resp. ∫∂X′ω′\int_{\partial X^{\prime}}\omega^{\prime}).

\propname 3.7.2.

Soit VV un espace kk-analytique compact purement de dimension nn. Soit ω\omega une forme de type (n,n)(n,n) à coefficients mesurables sur VV, que l’on suppose tropicale. Soit W,W1W,W_{1} et W2W_{2} trois domaines analytiques compacts de VV.

  1. 1.

    On a

    ∫W1|ω|≤∫W1∪W2|ω|=∫W1|ω|+∫W2|ω|−∫W1∩W2|ω|,\int_{W_{1}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\leq\int_{W_{1}\cup W_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{W_{1}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}+\int_{W_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}-\int_{W_{1}\cap W_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},
    et​∫W1∪W2ω=∫W1ω+∫W2ω−∫W1∩W2ω\text{et}\;\int_{W_{1}\cup W_{2}}\omega=\int_{W_{1}}\omega+\int_{W_{2}}\omega-\int_{W_{1}\cap W_{2}}\omega

    si ω|W1∪W2\omega|_{W_{1}\cup W_{2}} est intégrable.

  2. 2.

    Supposons que WW contient le support de ω\omega. On a alors ∫W|ω|=∫V|ω|\int_{W}|\omega|=\int_{V}|\omega|, et ∫Wω=∫Vω\int_{W}\omega=\int_{V}\omega si ω\omega est intégrable.

\propname 3.7.3.

Soit VV un espace kk-analytique compact purement de dimension nn. Soit ω\omega une forme de type (n−1,n)(n-1,n) à coefficients mesurables sur VV, que l’on suppose tropicale. Soit W,W1W,W_{1} et W2W_{2} trois domaines analytiques compacts de VV.

  1. 1.

    Chacun des quatre termes

    ∫∂(W1∪W2)|ω|,∫∂W1|ω|,∫∂W2|ω|​et​∫∂(W1∩W2)|ω|\int_{\partial(W_{1}\cup W_{2})}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\int_{\partial W_{1}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\int_{\partial W_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\;\text{et}\;\int_{\partial(W_{1}\cap W_{2})}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}

    est majoré par la somme des trois autres, et s’ils sont tous finis alors

    ∫∂(W1∪W2)ω=∫∂W1ω+∫∂W2ω−∫∂(W1∩W2CLOSEω.\int_{\partial(W_{1}\cup W_{2})}\omega=\int_{\partial W_{1}}\omega+\int_{\partial W_{2}}\omega-\int_{\partial(W_{1}\cap W_{2}}\omega.
  2. 2.

    Supposons que WW est un voisinage de supp⁡(ω)\operatorname{supp}(\omega). On a alors ∫∂W|ω|=∫∂V|ω|\int_{\partial W}|\omega|=\int_{\partial V}|\omega|, et ∫∂Wω=∫∂Vω\int_{\partial W}\omega=\int_{\partial V}\omega si ω\omega est intégrable le long de ∂V\partial V.

Les démonstrations des deux propositions sont en grande partie similaires ; pour éviter d’inutiles répétitions, nous les prouvons simultanément.

Démonstration.

Soit WW un domaine analytique compact de VV qui s’écrit W1∪W2W_{1}\cup W_{2}, où W1W_{1} et W2W_{2} sont deux domaines analytiques compacts de VV. On suppose que WW contient le support de ω\omega si ω\omega est de bi-degré (n,n)(n,n), et qu’il est un voisinage de ce support si elle est de type (n−1,n)(n-1,n). Fixons une présentation (f:V→T,α)(f\colon V\rightarrow T,\alpha) de ω\omega.

Choisissons une décomposition cellulaire 𝒞\mathscr{C} de ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) qui possède les propriétés suivantes :

  1. 1.

    Les parties ftrop​(W),ftrop​(W1)f_{\text{trop}}(W),f_{\text{trop}}(W_{1}), ftrop​(W2)f_{\text{trop}}(W_{2}) et ftrop​(W1∩W2)f_{\text{trop}}(W_{1}\cap W_{2}) sont réunions de cellules appartenant à 𝒞\mathscr{C}  ;

  2. 2.

    Cette décomposition est compatible avec les calibrages μf,μf|W,μf|W1,μf|W2\mu_{f},\mu_{f|_{W}},\mu_{f|_{W_{1}}},\mu_{f|_{W_{2}}} et μf|W1∩W2\mu_{f|_{W_{1}\cap W_{2}}} (que l’on prolonge par 00 en dehors de leurs polytopes de définition respectifs).

Soit C∈𝒞C\in\mathscr{C}, et soit p:T→𝐆mnp\colon T\to\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n} un morphisme affine surjectif de tores tel que ptrop|Cp_{\text{trop}}|_{C} soit injective. Choisissons un pavé ouvert PP dans l’intérieur C̊\mathring{C} de CC, dont l’image RR par ptropp_{\text{trop}} ne rencontre pas (p∘f)trop​(∂V∪∂W∪∂W1∪∂W2∪∂(W1∩W2))(p\circ f)_{\text{trop}}(\partial V\cup\partial W\cup\partial W_{1}\cup\partial W_{2}\cup\partial(W_{1}\cap W_{2})), et qui possède la propriété suivante : si α|C̊≠0\alpha|_{\mathring{C}}\neq 0 alors PP rencontre le support de α\alpha.

L’ouvert U=ftrop−1​(P)U=f_{\text{trop}}^{-1}(P) est alors fini et plat sur RsqR_{\mathrm{sq}}  ; appelons dd le degré correspondant. En vertu de l’hypothèse faite sur RR, l’ouvert UU ne rencontre aucun des bords des différents domaines analytiques en jeu  ; dès lors, toute composante connexe de UU qui rencontre WW (resp. W1W_{1}, resp. W2W_{2}, resp. W1∩W2W_{1}\cap W_{2}) est entièrement contenue dans W1∪W2W_{1}\cup W_{2} (resp. …). Par conséquent, UU s’écrit U′​∐U1​∐U12​∐U2U^{\prime}\coprod U_{1}\coprod U_{12}\coprod U_{2}, où U′U^{\prime} est la réunion des composantes connexes de UU contenues dans V−WV-W, où U1U_{1} est la réunion des composantes connexes de UU contenues dans W1−W2W_{1}-W_{2}, où U2U_{2} est défini de façon symétrique, et où U12U_{12} est la réunion des composantes connexes de UU contenues dans W1∩W2W_{1}\cap W_{2}.

Les ouverts U′U^{\prime}, U1​∐U12U_{1}\coprod U_{12}, U2​∐U12U_{2}\coprod U_{12} et U12U_{12} sont finis et plats au-dessus de RsqR_{\mathrm{sq}}  ; si l’on note d′d^{\prime}, d1d_{1}, d2d_{2} et d12d_{12} les degrés correspondants on a d=d′+d1+d2−d12d=d^{\prime}+d_{1}+d_{2}-d_{12}.

\lemmname 3.7.4.

Si ω\omega est de type (n,n)(n,n) et si α|C̊≠0\alpha|_{\mathring{C}}\neq 0 alors d′=0d^{\prime}=0.

Démonstration.

Pour le voir, on raisonne par l’absurde en supposant que d′d^{\prime} est non nul.

Par choix de PP, on a α|P≠0\alpha|_{P}\neq 0  ; en conséquence, il existe un polytope compact P0P_{0} contenu dans PP, qui est un voisinage dans PP d’un point de supp⁡(α)\operatorname{supp}(\alpha)  ; l’intersection U′′:=U′∩ftrop−1​(P0)U^{\prime\prime}:=U^{\prime}\cap f_{\text{trop}}^{-1}(P_{0}) est un domaine affinoïde de U′U^{\prime}. Comme on a supposé que d′≥1d^{\prime}\geq 1, on a Rsq⊂p∘f⁡(U′)R_{\mathrm{sq}}\subset p\circ f(U^{\prime}), et donc ftrop​(U′)=Pf_{\text{trop}}(U^{\prime})=P, ce qui entraîne que ftrop​(U′′)=P0f_{\text{trop}}(U^{\prime\prime})=P_{0}. La restriction α|P0\alpha|_{P_{0}} étant non nulle, la restriction à U′′U^{\prime\prime} de ω\omega n’est pas nulle (lemme 3.2.2), ce qui contredit l’inclusion du support de ω\omega dans WW.

∎

Revenons à la démonstration des propositions 3.7.2 et 3.7.3. Soit σ\sigma la section de ptropp_{\text{trop}} d’image ⟨C⟩\langle C\rangle, et soit |𝐞||{\bf e}| l’image par σ\sigma du vecteur-volume standard de 𝐑n\mathbf{R}^{n}.

On a alors par définition

μf​(C)\displaystyle\mu_{f}(C) =d​|𝐞|,\displaystyle=d|{\bf e}|,
μf|W​(C̊)\displaystyle\mu_{f|_{W}}(\mathring{C}) =(d1+d2−d12)​|𝐞|,\displaystyle=(d_{1}+d_{2}-d_{12})|{\bf e}|,
μf|W1​(C)\displaystyle\mu_{f|_{W_{1}}}(C) =d1​|𝐞|,\displaystyle=d_{1}|{\bf e}|,
μf|W2​(C)\displaystyle\mu_{f|_{W_{2}}}(C) =d2​|𝐞|\displaystyle=d_{2}|{\bf e}|

et

μf|W1∩W2​(C)\displaystyle\mu_{f|_{W_{1}\cap W_{2}}}(C) =d12​|𝐞|.\displaystyle=d_{12}|{\bf e}|.

Il vient

μf|W​(C)=μf|W1​(C)+μf|W2​(C̊)−μf|W1∩W2​(C),\mu_{f|_{W}}(C)=\mu_{f|_{W_{1}}}(C)+\mu_{f|_{W_{2}}}(\mathring{C})-\mu_{f|_{W_{1}\cap W_{2}}}(C),

et μf​(C)=μf|W​(C)\mu_{f}(C)=\mu_{f|_{W}}(C) si ω\omega est de type (n,n)(n,n) et si α|C̊≠0\alpha|_{\mathring{C}}\neq 0, puisqu’on a alors d′=0d^{\prime}=0 d’après le lemme 3.7.4 ci-dessus.

\remaname 3.7.5.

Tous les vecteurs volumes dont il vient d’être question sont des multiples entiers positifs d’un même vecteur volume, à savoir |𝐞|\mathopen{|}{\bf e}\mathclose{|}.

Supposons que ω\omega est de type (n,n)(n,n). Le calcul des différentes intégrales en jeu dans la proposition 3.7.2 ne fait alors intervenir effectivement que les cellules C∈𝒞C\in\mathscr{C} telles que α|C̊≠0\alpha|_{\mathring{C}}\neq 0. Il en résulte, compte-tenu de ce qui précède et de la remarque 3.7.5, que

∫W1|ω|≤∫V|ω|=∫W|ω|=∫W1|ω|+∫W2|ω|−∫W1∩W2|ω|,\int_{W_{1}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\leq\int_{V}|\omega|=\int_{W}|\omega|=\int_{W_{1}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}+\int_{W_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}-\int_{W_{1}\cap W_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},

et que

∫Vω=∫Wω=∫W1ω+∫W2ω−∫W1∩W2ω\int_{V}\omega=\int_{W}\omega=\int_{W_{1}}\omega+\int_{W_{2}}\omega-\int_{W_{1}\cap W_{2}}\omega

dans le cas intégrable (la remarque 3.7.5 ne sert que pour la première ligne). Ceci achève de démontrer la proposition 3.7.2.

Supposons maintenant que ω\omega est de type (n−1,n)(n-1,n). Soit FF une (n−1)(n-1)-cellule de 𝒞\mathscr{C}. On a en vertu de ce qui précède l’égalité

∂μf|W​(F)=∂μf|W1​(F)+∂μf|W2​(F)−∂μf|W1∩W2​(F),\partial\mu_{f|_{W}}(F)=\partial\mu_{f|_{W_{1}}}(F)+\ \partial\mu_{f|_{W_{2}}}(F)-\partial\mu_{f|_{W_{1}\cap W_{2}}}(F),

d’où l’on déduit (à l’aide de l’inégalité triangulaire pour ce qui concernent les intégrales de bord de |ω|\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}) l’assertion 1) de la proposition 3.7.3.

Il reste à prouver l’assertion 2) de la proposition 3.7.3. On suppose donc que ω\omega est de type (n−1,n)(n-1,n) et que WW est un voisinage du support de ω\omega.

En recouvrant le compact V−Int​(W/V)V-\text{Int}\;(W/V) par un nombre fini de domaines affinoïdes qui ne rencontrent pas le support de ω\omega, on obtient un domaine analytique compact ZZ de XX qui est disjoint du support de ω\omega, et tel que Z∪W=XZ\cup W=X.

Comme ZZ ne rencontre pas le support de ω\omega, les intégrales ∫∂Z|ω|\int_{\partial Z}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} et ∫∂(Z∩W)|ω|\int_{\partial(Z\cap W)}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} sont nulles. En appliquant l’assertion 1) de la proposition 3.7.3, déjà établie, il vient alors

∫∂X|ω|=∫∂W|ω|.\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{\partial W}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}.

L’égalité ∫∂Xω=∫∂Wω\int_{\partial X}\omega=\int_{\partial W}\omega dans le cas intégrable se démontre exactement de la même manière. ∎

3.8 Intégrales et intégrales de bord sur les domaines d’un bon espace kk-analytique

3.8.1

Soit XX un espace kk-analytique, purement de dimension nn, et soit ω\omega une forme de type (n,n)(n,n) (resp. (n−1,n)(n-1,n)) à coefficients mesurables sur XX.

On appellera atlas intégral sur XX adapté à ω\omega une famille (Xi,λi,Yi)(X_{i},\lambda_{i},Y_{i}) où :

∙\bullet (Xi)(X_{i}) est une famille d’ouverts relativement compacts de XX qui recouvre supp⁡(ω)\operatorname{supp}(\omega)  ;

∙\bullet (λi)(\lambda_{i}) est une partition de l’unité lisse sur ⋃Xi\bigcup X_{i}, subordonnée à (Xi)(X_{i}), et les λi\lambda_{i} sont à support compact  ;

∙\bullet YiY_{i} est pour tout ii un voisinage analytique compact de supp⁡(λi​ω|Xi)\operatorname{supp}(\lambda_{i}\omega|_{X_{i}}) dans XiX_{i} qui tropicalise λi\lambda_{i} et ω\omega.

Notons que s’il existe un atlas intégral (Xi,λi,Yi)(X_{i},\lambda_{i},Y_{i}) sur YY adapté à ω\omega, il existe pour tout domaine analytique fermé ZZ de XX un atlas intégral sur ZZ adapté à ω\omega (c’est-à-dire, plus rigoureusement, à ω|Z\omega|_{Z}) : il suffit de prendre (Xi∩Z,λi|Z∩⋃Xi,Yi∩Z)(X_{i}\cap Z,\lambda_{i}|_{Z\cap\bigcup X_{i}},Y_{i}\cap Z), que l’on notera plus simplement (Xi,λi,Yi)|Z(X_{i},\lambda_{i},Y_{i})|_{Z}.

3.8.2

Supposons que XX est bon et que supp⁡(ω)∩Y\operatorname{supp}(\omega)\cap Y est fortement paracompact dans XX  ; il existe alors un atlas intégral sur YY adapté à ω\omega.

En effet, choisissons un voisinage ouvert paracompact Ω\Omega de supp⁡(ω)∩Y\operatorname{supp}(\omega)\cap Y dans XX.

Il existe une famille (Vi)i∈I(V_{i})_{i\in I} de domaines affinoïdes de Ω\Omega telle que les V̊i\mathring{V}_{i} recouvrent Ω\Omega. Soit (λi)i∈I(\lambda_{i})_{i\in I} une partition de l’unité lisse sur Ω\Omega subordonnée au recouvrement (V̊i)i(\mathring{V}_{i})_{i}.

Pour tout i∈Ii\in I, le support de λi​ω\lambda_{i}\omega est constitué de points xx tels que dk​(x)=nd_{k}(x)=n (lemme 3.2.5). D’après la proposition 3.4.4, il existe un voisinage affinoïde UiU_{i} du support de λi​ω\lambda_{i}\omega dans ViV_{i} qui tropicalise λi\lambda_{i} et ω\omega.

La famille (V̊i∩Y,λi|Ω∩Y,Ui∩Y)(\mathring{V}_{i}\cap Y,\lambda_{i}|_{\Omega\cap Y},U_{i}\cap Y) est alors un atlas intégral sur YY adapté à ω\omega.

Notons qu’on peut également, étant donné un ensemble fini ℱ\mathscr{F} de formes mesurables sur XX, imposer de surcroît aux UiU_{i}, et a fortiori aux Ui∩YU_{i}\cap Y, de tropicaliser les formes appartenant à ℱ\mathscr{F}.

3.8.3

On fait l’hypothèse qu’il existe un atlas intégral (Xi,λi,Yi)(X_{i},\lambda_{i},Y_{i}) sur XX qui est adapté à ω\omega.

On pose ∫X|ω|=∑∫Yiλi​|ω|\int_{X}|\omega|=\sum\int_{Y_{i}}\lambda_{i}|\omega|

(resp.​∫∂X|ω|=∑∫∂Yiλi​|ω|​).\text{(resp.}\;\;\int_{\partial X}|\omega|=\sum\int_{\partial Y_{i}}\lambda_{i}|\omega|\;\;\text{)}.

On dira que la forme ω\omega est intégrable sur XX (resp. sur ∂X\partial X) si ∫X|ω|<+∞\int_{X}|\omega|<+\infty (resp. ∫∂X|ω|<+∞\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}<+\infty).

Si c’est le cas, λi​ω\lambda_{i}\omega est intégrable sur YiY_{i} (resp. sur ∂Yi\partial Y_{i}) pour tout ii, et la famille (∫Yiλi​ω)i(\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\omega)_{i} (resp. ∫∂Yiλi​ωi\int_{\partial Y_{i}}\lambda_{i}\omega_{i}) est sommable. On pose alors

∫Xω=∑i∫Yiλi​ωi,\int_{X}\omega=\sum_{i}\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\omega_{i},
OPEN(resp.​∫∂Xω=∑i∫∂Yiλi​ω)i​).\text{(resp.}\;\int_{\partial X}\omega=\sum_{i}\int_{\partial Y_{i}}\lambda_{i}\omega)_{i}\;\text{)}.

Les valeurs de ∫X|ω|\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} (resp. ∫∂X|ω|\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}), et de ∫Xω\int_{X}\omega (resp. ∫∂Xω\int_{\partial X}\omega) dans le cas intégrable semblent dépendre de notre choix d’atlas intégral. Il n’en est en réalité rien, comme le montre le lemme ci-dessous – ce qui justifie a posteriori nos notations.

\lemmname 3.8.4.

Les valeurs de ∫X|ω|\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} (resp. ∫∂X|ω|\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}), et de ∫Xω\int_{X}\omega (resp. ∫∂Xω\int_{\partial X}\omega) dans le cas intégrable, ne dépendent pas de l’atlas intégral choisi.

Démonstration.

Supposons tout d’abord que ω\omega est de type (n,n)(n,n).

Insensibilité au choix des YiY_{i}. Supposons donnée la famille (Xi,λi)(X_{i},\lambda_{i}), et fixons ii. L’élément ∫Yiλi​|ω|\int_{Y_{i}}\lambda_{i}|\omega| de [0;+∞][0;+\infty] et, le cas échéant, le réel ∫Yiλi​ω\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\omega ne dépendent pas du choix de YiY_{i}.

Pour le voir, on choisit un (autre) domaine analytique compact (Yi′)(Y^{\prime}_{i}) de XiX_{i} qui est un voisinage de supp⁡(λi​ω)\operatorname{supp}(\lambda_{i}\omega) dans XiX_{i}.

On a alors en vertu de l’assertion 2) de la proposition 3.7.2 les égalités

∫Yiλi​|ω|=∫Yi∩Yi′λi​|ω|=∫Yi′λi​|ω|,\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{Y_{i}\cap Y^{\prime}_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{Y^{\prime}_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},

et les mêmes sans valeurs absolues en cas d’intégrabilité, ce qu’on souhaitait établir.

Insensibilité au choix de tout l’atlas. On suppose donné l’atlas intégral (Xi,λi,Yi)(X_{i},\lambda_{i},Y_{i})  ; soit (Xi′,λi′,Yi′)(X^{\prime}_{i},\lambda^{\prime}_{i},Y^{\prime}_{i}) un autre atlas intégral sur YY adapté à ω\omega.

On peut modifier les YiY_{i} (ce qui, par ce qui précède, ne change pas les intégrales en jeu) de sorte que pour tout ii, le domaine analytique compact YiY_{i} tropicalise tous les λj′\lambda^{\prime}_{j} : cela provient du fait que si ii est fixé, presque toutes les fonctions λj′\lambda^{\prime}_{j} sont nulles sur XiX_{i} (qui est relativement compact). De même, pour tout jj, on modifie Yj′Y^{\prime}_{j} de sorte qu’il tropicalise toutes les fonctions lisses λi\lambda_{i}. Posons U=⋃XiU=\bigcup X_{i} et U′=⋃Xj′U^{\prime}=\bigcup X^{\prime}_{j}.

Comme les λi\lambda_{i} et les λj′\lambda_{j}^{\prime} sont à support compact (dans UU et U′U^{\prime} respectivement), on les prolonge par 00 en des fonctions lisses sur YY tout entier.

Fixons ii et jj. L’intégrale ∫Yj′λj′​|ω|\int_{Y^{\prime}_{j}}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} est alors égale à ∑i∫Yi∩Yj′λi​λj′​|ω|\sum_{i}\int_{Y_{i}\cap Y^{\prime}_{j}}\lambda_{i}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} (notons qu’ici la somme est finie, puisque les λi\lambda_{i} sont presque toutes nulles au voisinage du compact Yj′Y^{\prime}_{j}).

En effet, ∑λi=1\sum\lambda_{i}=1 sur UU. Il existe donc un voisinage analytique compact Ω\Omega de (supp⁡ω)∩Yj′(\operatorname{supp}\omega)\cap Y^{\prime}_{j} dans Yj′Y^{\prime}_{j} sur lequel ∑λi=1\sum\lambda_{i}=1 (notons que par compacité de Ω\Omega cette somme est finie).

En vertu de l’assertion 2) de la proposition 3.7.2, il vient

∫Z​Yjλj′​|ω|=∫Ωλj′​|ω|=∑i∫Ωλi​λj′​|ω|\int_{ZY_{j}}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{\Omega}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{i}\int_{\Omega}\lambda_{i}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}
=∑i∫Ω∩Yiλi​λj′​|ω|=∑i∫Yj′∩Yiλi​λj′​|ω|,=\sum_{i}\int_{\Omega\cap Y_{i}}\lambda_{i}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{i}\int_{Y^{\prime}_{j}\cap Y_{i}}\lambda_{i}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},

comme annoncé. On a de même pour tout couple (i,j)(i,j) l’égalité

∫Yiλi​|ω|=∑j∫Yi∩Yj′λi​λj′​|ω|.\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{j}\int_{Y_{i}\cap Y^{\prime}_{j}}\lambda_{i}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}.

On peut dès lors écrire

∑j∫Yj′λj′​|ω|=∑i,j∫Yj′λi​λj′​|ω|=∑j∑i∫Yi∩Yj′λi​λj′​|ω|=∑j∑i∫Yiλi​λj′​|ω|=∑i∫Yiλi​|ω|\sum_{j}\int_{Y^{\prime}_{j}}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{i,j}\int_{Y^{\prime}_{j}}\lambda_{i}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{j}\sum_{i}\int_{Y_{i}\cap Y^{\prime}_{j}}\lambda_{i}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\\ =\sum_{j}\sum_{i}\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\lambda^{\prime}_{j}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{i}\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}

ce qui prouve que ∫X|ω|\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} ne dépend pas pas du choix d’un l’atlas intégral adapté à ω\omega.

Lorsque ω\omega est intégrable, l’intégrale ∫Xω\int_{X}\omega ne dépend pas non plus des choix faits : pour le prouver, on décalque la démonstration ci-dessus en remplaçant partout |ω|\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} par ω\omega.

La preuve du lemme lorsque ω\omega est une (n−1,n)(n-1,n)-forme est en tout point similaire à celle que l’on vient de donner pour les (n,n)(n,n)-formes, à ceci près qu’elle se fonde sur l’assertion 2) de la proposition 3.7.3 au lieu de l’assertion 2) de la proposition 3.7.2. ∎

3.8.5 Compatibilité avec les définitions précédentes

Supposons maintenant que XX est compact, et que ω\omega est tropicale.

Les définitions ci-dessus de ∫X|ω|\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} (resp. ∫∂X|ω|\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}), et de ∫Xω\int_{X}\omega (resp. ∫∂Xω\int_{\partial X}\omega) dans le cas intégrable, coïncident avec celles données au paragraphe 3.7 : on le voit en choisissant comme atlas intégral adapté à ω\omega la famille singleton {(X​,1,X)}\{(X,1,X)\}.

3.9 Premières propriétés de l’intégrale

Soit XX un bon espace kk-analytique purement de dimension nn.

3.9.1

Soit ω\omega une (n,n)(n,n)-forme (resp. une (n−1,n)(n-1,n)-forme) à support fortement paracompact dans XX.

Soit UU un ouvert de XX et soit YY un domaine analytique fermé de UU.

La forme ω|U\omega|_{U} est à support fortement paracompact dans UU en vertu du lemme 3.2.9.

On peut donc définir ∫Y|ω|\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, (resp. ∫∂Y|ω|\int_{\partial Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}), et ∫Yω\int_{Y}\omega, (resp. ∫∂Yω\int_{\partial Y}\omega) dans le cas intégrable.

Si YY est compact et si ω|Y\omega|_{Y} est tropicale, ces définitions coïncident avec celles du paragraphe 3.7.

3.9.2

L’intégrale est linéaire dans le sens suivant. Soit (ωℓ)(\omega_{\ell}) une famille localement finie et dénombrable de formes mesurables de type (n,n)(n,n) (resp. (n−1,n)(n-1,n)) à supports fortement paracompacts dans XX, et soit (rℓ)(r_{\ell}) une famille de nombres réels.

La forme ω:=∑rℓ​ωℓ\omega:=\sum r_{\ell}\omega_{\ell} est alors bien définie, et à support fortement paracompact dans XX : pour le voir, on choisit pour tout ℓ\ell un ouvert paracompact XℓX_{\ell} de XX contenant supp⁡(ωℓ)\operatorname{supp}(\omega_{\ell}).

Chaque composante connexe de XℓX_{\ell} est dénombrable à l’infini. Comme les XℓX_{\ell} sont en nombre dénombrable, chaque composante connexe de ⋃Xℓ\bigcup X_{\ell} est dénombrable à l’infini. Par conséquent, ⋃Xℓ\bigcup X_{\ell} est un ouvert paracompact de XX contenant le support de chacune des ωℓ\omega_{\ell}, et a fortiori le support de ∑rℓ​ωℓ\sum r_{\ell}\omega_{\ell}.

On a alors

∫X|ω|≤∑|rℓ|​∫X|ωℓ|\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\leq\sum|r_{\ell}|\int_{X}\mathopen{|}{\omega_{\ell}}\mathclose{|}
(resp.​∫∂X|ω|≤∑|rℓ|​∫∂X|ωℓ|​),\text{(resp.}\;\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\leq\sum|r_{\ell}|\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega_{\ell}}\mathclose{|}\;\;\text{),}

et

∫Xω=∑rℓ​∫Yωℓ\int_{X}\omega=\sum r_{\ell}\int_{Y}\omega_{\ell}
(resp.​∫∂Xω=∑rℓ​∫∂Xωℓ​)\text{(resp.}\;\int_{\partial X}\omega=\sum r_{\ell}\int_{\partial X}\omega_{\ell}\;\;\text{)}

dans le cas intégrable.

Pour le voir, on commence par choisir un ouvert paracompact ZZ de XX contenant ⋃supp⁡(ωℓ)\bigcup\operatorname{supp}(\omega_{\ell}) (on a vu ci-dessus qu’un tel ouvert existe toujours).

Donnons-nous une famille (Vi)(V_{i}) de domaines affinoïdes de ZZ tels que les V̊i\mathring{V}_{i} recouvrent ZZ, et une partition de l’unité lisse (λi)(\lambda_{i}) sur ZZ, subordonnée à (V̊i)(\mathring{V}_{i}).

Fixons ii. Comme la famille (ωℓ)(\omega_{\ell}) est localement finie, et comme le support de λi​ωℓ\lambda_{i}\omega_{\ell} est constitué pour tout ℓ\ell de points xx tels que dk​(x)=nd_{k}(x)=n (lemme 3.2.5), il existe en vertu de la proposition 3.4.4, un voisinage affinoïde UiU_{i} de ⋃ℓsupp⁡(λi​ωℓ)\bigcup_{\ell}\operatorname{supp}(\lambda_{i}\omega_{\ell}) dans ViV_{i} qui tropicalise λi\lambda_{i} et toutes les ωℓ\omega_{\ell} (celles qui sont nulles sur ViV_{i} sont automatiquement tropicales).

La famille (V̊iλi,Ui)|(\mathring{V}_{i}\,\lambda_{i},U_{i})| est un atlas intégral sur XX adapté à ω\omega et à chacune des ωℓ\omega_{\ell}  ; on peut donc calculer toutes les intégrales en jeu au moyen de cet atlas, et le résultat cherché s’ensuit immédiatement.

\remaname 3.9.3.

Supposons qu’il existe une partition de l’unité mesurable (gℓ)(g_{\ell}) telle que ωℓ=gℓ​ω\omega_{\ell}=g_{\ell}\omega pour tout ℓ\ell. On montre alors par la même méthode que ci-dessus que

∫X|ω|=∑∫X|ωℓ|.\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum\int_{X}\mathopen{|}{\omega_{\ell}}\mathclose{|}.

3.9.4

Soit ω\omega une forme mesurable de bidegré (n,n)(n,n) (resp. (n−1,n)(n-1,n)) telle qu’il existe un atlas intégral (Xi,λi,Ti)(X_{i},\lambda_{i},T_{i}) sur XX, adapté à ω\omega.

Soit YY un domaine analytique fermé de XX, et soit ZZ un domaine analytique fermé de YY. Supposons que ZZ contienne (resp. soit un voisinage) de supp⁡(ω)∩Y\operatorname{supp}(\omega)\cap Y.

On a alors ∫Z|ω|=∫Y|ω|\int_{Z}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} (resp. ∫∂Z|ω|=∫∂Y|ω|\int_{\partial Z}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{\partial Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}), et ∫Zω=∫Yω\int_{Z}\omega=\int_{Y}\omega (resp. ∫∂Zω=∫∂Yω\int_{\partial Z}\omega=\int_{\partial Y}\omega) dans le cas intégrable.

En effet, les différentes intégrales en jeu peuvent se calculer au moyen des atlas (Xi,λi,Ti)|Y(X_{i},\lambda_{i},T_{i})|_{Y} et (Xi,λi,Ti)|Z(X_{i},\lambda_{i},T_{i})|_{Z}, et l’assertion découle dès lors aussitôt de la proposition 3.7.2 (resp. 3.7.3).

Par un raisonnement analogue également fondé sur la proposition 3.7.2 (resp. 3.7.3), on montre que si Y1Y_{1} et Y2Y_{2} sont deux domaines analytiques fermés de XX, alors :

∙\bullet ∫Y1∪Y2|ω|=∫Y1|ω|+∫Y2|ω|−∫Y1∩Y2|ω|\int_{Y_{1}\cup Y_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{Y_{1}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}+\int_{Y_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}-\int_{Y_{1}\cap Y_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}

(resp. chacun des quatre termes ∫∂(Y1∪Y2)|ω|\int_{\partial(Y_{1}\cup Y_{2})}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, ∫∂Y1|ω|\int_{\partial Y_{1}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, ∫∂Y2|ω|\int_{\partial Y_{2}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, ∫∂(Y1∩Y2)|ω|\int_{\partial(Y_{1}\cap Y_{2})}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} est majoré par la somme des trois autres)  ;

∙\bullet ∫Y1∪Y2ω=∫Y1ω+∫Y2ω−∫Y1∩Y2ω\int_{Y_{1}\cup Y_{2}}\omega=\int_{Y_{1}}\ \omega+\int_{Y_{2}}\omega-\int_{Y_{1}\cap Y_{2}}\omega

(resp. ∫∂(Y1∪Y2)ω=∫∂Y1ω+∫∂Y2ω−∫∂(Y1∩Y2)ω\int_{\partial(Y_{1}\cup Y_{2})}\omega=\int_{\partial Y_{1}}\omega+\int_{\partial Y_{2}}\omega-\int_{\partial(Y_{1}\cap Y_{2})}\omega) dans le cas intégrable.

3.10 Propriétés spécifiques aux intégrales de (n,n)(n,n)-formes

Soit XX un bon espace kk-analytique purement de dimension nn, et soit ω\omega une forme mesurable de type (n,n)(n,n) telle qu’il existe un atlas intégral sur XX adapté à ω\omega.

3.10.1

Soit YY un domaine analytique fermé de XX, et soit Y′Y^{\prime} un domaine analytique fermé de YY. On a alors ∫Y′|ω|≤∫Y|ω|\int_{Y^{\prime}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\leq\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}. Cela résulte en effet immédiatement de la définition de l’intégrale et de la proposition 3.7.2.

3.10.2

On a l’égalité

∫X|ω|=supY∫Y|ω|,\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sup_{Y}\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},

où YY parcourt l’ensemble des domaines analytiques compacts de XX.

On sait en effet par ce qui précède que

∫X|ω|≥supY∫Y|ω|.\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\geq\sup_{Y}\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}.

Soit α<∫X|ω|\alpha<\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}.

Donnons-nous un atlas intégral (Xi,λi,Yi)(X_{i},\lambda_{i},Y_{i}) sur XX adapté à ω\omega.

Il existe un ensemble fini II d’indices tel que ∑i∫Yiλi​|ω|>α\sum_{i}\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}>\alpha. Soit YY la réunion des YiY_{i} pour i∈Ii\in I. C’est un domaine analytique compact de XX.

En calculant ∫Y|ω|\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} au moyen de l’atlas (Xi,λi,Yi)|Y(X_{i},\lambda_{i},Y_{i})|_{Y}, on voit que ∫Y|ω|≥∑i∫Yiλi​|ω|>α\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\geq\sum_{i}\int_{Y_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}>\alpha, d’où notre assertion.

3.10.3

On suppose à partir de maintenant que pour tout ouvert UU de XX, il existe un atlas intégral sur UU adapté à ω|U\omega|_{U}  ; c’est par exemple le cas dès que ω\omega est à support fortement paracompact dans XX.

Il découle alors de 3.10.1 et 3.10.2 que l’on a pour tout ouvert UU de XX l’inégalité ∫U|ω|≤∫X|ω|\int_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\leq\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}.

3.10.4

Soit YY un domaine analytique fermé de XX et soit UU l’ouvert X−YX-Y. Il résulte de la description locale des domaines analytiques par Temkin ([53], §4) que la fonction caractéristique 𝟏Y{\bf 1}_{Y} est une (0,0)(0,0)-forme à coefficients mesurables (et même tropicalement continus par morceaux)  ; il en va évidemment de même de 𝟏U{\bf 1}_{U}.

\propname 3.10.5.

On a ∫Y|ω|=∫X𝟏Y​|ω|\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{X}{\bf 1}_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, et ∫Yω=∫X𝟏Y​ω\int_{Y}\omega=\int_{X}{\bf 1}_{Y}\omega dans le cas intégrable.

On a ∫U|ω|=∫X𝟏U​|ω|\int_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{X}{\bf 1}_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, et ∫Uω=∫X𝟏U​ω\int_{U}\omega=\int_{X}{\bf 1}_{U}\omega dans le cas intégrable.

Démonstration.

Traitons d’abord le cas des intégrales sur YY.

On a ∫Y|ω|=∫Y𝟏Y​|ω|\int_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{Y}{\bf 1}_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, puisque ω|Y=𝟏Y​ω|Y\omega|_{Y}={\bf 1}_{Y}\omega|_{Y}. Et comme YY contient le support de 𝟏Y​ω{\bf 1}_{Y}\omega, cette dernière intégrale est égale à ∫X𝟏Y​|ω|\int_{X}{\bf 1}_{Y}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}  ; on procède de même pour les intégrales sans valeurs absolues, dans le cas intégrable.

Venons-en maintenant au cas de UU. Soit (Xi,λi,Zi)(X_{i},\lambda_{i},Z_{i}) un atlas intégral sur XX adapté à ω\omega, tel que chacun des ZiZ_{i} tropicalise également 𝟏Y{\bf 1}_{Y} (ou 𝟏U{\bf 1}_{U}, ce qui est pareil).

On a ∫U|ω|=∑i∫Uλi​|ω|\int_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{i}\int_{U}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, et ∫X𝟏U​|ω|=∑i∫X𝟏U​λi​|ω|\int_{X}{\bf 1}_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{i}\int_{X}{\bf 1}_{U}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}, et les égalités analogues sans valeurs absolues dans le cas intégrable. Pour tout ii, le support de la forme λi​ω\lambda_{i}\omega est contenu dans ZiZ_{i} ; d’après le paragraphe 3.9.4, on a donc

∫Uλi​|ω|=∫U∩Ziλi​|ω|et∫X𝟏U​λi​|ω|=∫Zi𝟏U​λi​|ω|,\int_{U}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{U\cap Z_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\quad\text{et}\quad\int_{X}\mathbf{1}_{U}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{Z_{i}}\mathbf{1}_{U}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},

ainsi que les égalités analogues sans valeurs absolues.

Quitte à remplacer XX par ZiZ_{i}, UU par U∩ZiU\cap Z_{i} et ω\omega par λi​ω\lambda_{i}\omega, on peut donc supposer que XX est compact et que ω\omega et 𝟏U{\bf 1}_{U} sont tropicales, définies par un moment f:X→Tf\colon X\to T. Posons P=ftrop​(X)P=f_{\text{trop}}(X), Q=ftrop​(Y)Q=f_{\text{trop}}(Y). Soit α\alpha la (n,n)(n,n)-forme mesurable sur PP telle que ω=f∗​α\omega=f^{*}\alpha. On a Y=ftrop−1​(Q)Y=f_{\text{trop}}^{-1}(Q) et Y=ftrop−1​(P Q)Y=f_{\text{trop}}^{-1}(P\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}Q).

Par définition,

∫X𝟏U​|ω|=∫P⟨𝟏P Q​|α|,|μf|⟩=∫P Q⟨|α|,|μf|⟩.\int_{X}\mathbf{1}_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{P}\langle\mathbf{1}_{P\mathchoice{\mathbin{\vrule height=2.17pt,width=4.85236pt,depth=-1.14528pt}}{\mathbin{\vrule height=2.17pt,width=4.85236pt,depth=-1.14528pt}}{\mathbin{\vrule height=1.50694pt,width=2.56181pt,depth=-0.84387pt}}{\mathbin{\vrule height=0.60275pt,width=1.71793pt,depth=-0.72334pt}}Q}\mathopen{|}{\alpha}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu_{f}}\mathclose{|}\rangle=\int_{P\mathchoice{\mathbin{\vrule height=2.17pt,width=4.85236pt,depth=-1.14528pt}}{\mathbin{\vrule height=2.17pt,width=4.85236pt,depth=-1.14528pt}}{\mathbin{\vrule height=1.50694pt,width=2.56181pt,depth=-0.84387pt}}{\mathbin{\vrule height=0.60275pt,width=1.71793pt,depth=-0.72334pt}}Q}\langle\mathopen{|}{\alpha}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu_{f}}\mathclose{|}\rangle.

Par ailleurs, soit (Oi)(O_{i}) un recouvrement de P QP\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}Q par des ouverts relativement compacts, (θi)(\theta_{i}) une partition de l’unité subordonnée au recouvrement (Oi)(O_{i}) formée de fonctions lisses à supports compacts et, pour tout ii, un polytope compact QiQ_{i} de P QP\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}Q voisinage dans OiO_{i} du support de θi​α\theta_{i}\alpha. On a alors

∫P Q⟨|α|,|μf|⟩=∑i∫Qiθi​⟨|α|,|μf|Qi|⟩.\int_{P\mathchoice{\mathbin{\vrule height=2.17pt,width=4.85236pt,depth=-1.14528pt}}{\mathbin{\vrule height=2.17pt,width=4.85236pt,depth=-1.14528pt}}{\mathbin{\vrule height=1.50694pt,width=2.56181pt,depth=-0.84387pt}}{\mathbin{\vrule height=0.60275pt,width=1.71793pt,depth=-0.72334pt}}Q}\langle\mathopen{|}{\alpha}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu_{f}}\mathclose{|}\rangle=\sum_{i}\int_{Q_{i}}\theta_{i}\langle\mathopen{|}{\alpha}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu_{f}|_{Q_{i}}}\mathclose{|}\rangle.

En outre, on a

∫Qiθi​⟨|α|,|μf|Qi|⟩=∫ftrop−1​(Qi)|f∗​(θi​α)|=∫ftrop−1​(Qi)f∗​(θi)​|ω|.\int_{Q_{i}}\theta_{i}\langle\mathopen{|}{\alpha}\mathclose{|},\mathopen{|}{\mu_{f}|_{Q_{i}}}\mathclose{|}\rangle=\int_{f_{\text{trop}}^{-1}(Q_{i})}\mathopen{|}{f^{*}(\theta_{i}\alpha)}\mathclose{|}=\int_{f_{\text{trop}}^{-1}(Q_{i})}f^{*}(\theta_{i})\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}.

Alors, la famille (ftrop−1​(Oi),f∗​(θi),ftrop−1​(Qi))i(f_{\text{trop}}^{-1}(O_{i}),f^{*}(\theta_{i}),f_{\text{trop}}^{-1}(Q_{i}))_{i} est un atlas intégral sur UU adapté à ω\omega. On a donc

∫U|ω|=∑i∫ftrop−1​(Qi)f∗​(θi)​|ω|,\int_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\sum_{i}\int_{f_{\text{trop}}^{-1}(Q_{i})}f^{*}(\theta_{i})\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},

d’où l’égalité ∫U|ω|=∫X𝟏U​|ω|\int_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=\int_{X}\mathbf{1}_{U}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}. Dans le cas intégrable, la preuve de l’égalité ∫Uω=∫X𝟏U​ω\int_{U}\omega=\int_{X}\mathbf{1}_{U}\omega est identique, en enlevant les valeurs absolues du calcul précédent. ∎

\coroname 3.10.6.

Soit XX un bon espace analytique de dimension nn, soit ω\omega une (n,n)(n,n)-forme intégrable sur XX. Soit ℬ\mathscr{B} l’algèbre de Boole engendrée par les domaines analytiques fermés de XX. Il existe une unique application additive de ℬ\mathscr{B} dans 𝐑\mathbf{R}, notée B↦∫BωB\mapsto\int_{B}\omega, qui coïncide avec l’intégrale usuelle si BB est un domaine analytique fermé ou un complémentaire d’un tel domaine analytique.

\propname 3.10.7.

Soit XX un bon espace kk-analytique de dimension nn. Soit ω\omega une (n−1,n)(n-1,n)-forme mesurable sur XX dont le support est fortement paracompact dans XX et ne rencontre pas ∂X\partial X. On a alors ∫∂X|ω|=0\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=0, et ∫∂Xω=0\int_{\partial X}\omega=0.

Démonstration.

La définition de l’intégrale supposer que XX est paracompact et sans bord. Choisissons une famille (Vi)(V_{i}) de domaines affinoïdes de XX telle que les V̊i\mathring{V}_{i} recouvrent XX. Soit (λi)(\lambda_{i}) une partition de l’unité lisse subordonnée au recouvrement (V̊i)(\mathring{V}_{i}).

Fixons un indice ii. D’après la proposition 3.4.4, il existe un voisinage affinoïde UiU_{i} du support KiK_{i} de λi​ω\lambda_{i}\omega dans V̊i=Int⁡(Vi/k)\mathring{V}_{i}=\operatorname{Int}(V_{i}/k) et un moment (fi:Ui→Ti)(f_{i}\colon U_{i}\rightarrow T_{i}) qui tropicalise λi​ωi\lambda_{i}\omega_{i} et satisfait la condition

fi,trop​(∂(Ui/Vi))∩fi,trop​(Ki)=∅.f_{i,{\text{trop}}}(\partial(U_{i}/{V_{i}}))\cap f_{i,{\text{trop}}}(K_{i})=\emptyset.

Démontrons alors que l’on a ∫∂Uiλi​ω=0\int_{\partial U_{i}}\lambda_{i}\omega=0. Soit α\alpha la (n−1,n)(n-1,n)-forme sur fi,trop​(Ui)f_{i,{\text{trop}}}(U_{i}) telle que λi​ω|Ui=fi∗​α\lambda_{i}\omega|_{U_{i}}=f_{i}^{*}\alpha ; d’après le corollaire 3.2.3, son support est fi,trop​(Ki)f_{i,{\text{trop}}}(K_{i}). Choisissons une décomposition cellulaire 𝒞\mathscr{C} de fi,trop​(Ui)f_{i,{\text{trop}}}(U_{i}) adaptée au calibrage μfi\mu_{f_{i}}.

Soit alors FF une (n−1)(n-1)-cellule de 𝒞\mathscr{C}. Si FF est disjointe de gi,trop​(Ki)g_{i,{\text{trop}}}(K_{i}), l’intégrale ∫F⟨α,μfi⟩\int_{F}\langle\alpha,\mu_{f_{i}}\rangle est nulle. Sinon, FF rencontre gi,trop​(Ki)g_{i,{\text{trop}}}(K_{i}). Puisque Ui⊂Int⁡(Vi/k)U_{i}\subset\operatorname{Int}(V_{i}/k), Int⁡(Ui/Vi)=Int⁡(Ui)\operatorname{Int}(U_{i}/V_{i})=\operatorname{Int}(U_{i}), d’où ∂(Ui/Vi)=∂Ui\partial(U_{i}/V_{i})=\partial U_{i}.

En particulier, fi,trop​(∂(Ui/Vi))=fi,trop​(∂Ui)f_{i,{\text{trop}}}(\partial(U_{i}/V_{i}))=f_{i,{\text{trop}}}(\partial U_{i}), si bien que FF n’est pas contenue dans fi,trop​(∂Ui)f_{i,{\text{trop}}}(\partial U_{i}). D’après le théorème 3.6.1, FF est harmonieuse et ne contribue donc pas à l’intégrale ∫∂Uiλi​|ω|\int_{\partial U_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}. Cela démontre la nullité de ∫∂Uiλi​|ω|\int_{\partial U_{i}}\lambda_{i}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}  ; Il s’ensuit que ∫∂X|ω|=0\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}=0  ; la nullité de ∫∂Xω\int_{\partial X}\omega se démontre de la même manière. ∎

3.11 Positivité, régularité et continuité

\propname 3.11.1.

Soit XX un bon espace kk-analytique de dimension nn, soit ω\omega une (n,n)(n,n)-forme lisse sur XX et soit VV un domaine analytique compact de XX tel que ω\omega est nulle sur VV. Pour tout ε>0\varepsilon>0, il existe un voisinage WW de VV dans XX qui est un domaine analytique compact tel que ∫W|ω|≤ε\int_{W}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}\leq\varepsilon.

Démonstration.

En revenant à la définition de l’intégrale, on se ramène au cas où VV est contenu dans l’intérieur d’un domaine affinoïde V′V^{\prime} adapté à ω\omega. Soit f:V′→Tf\colon V^{\prime}\rightarrow T un moment et soit α\alpha une (n,n)(n,n)-forme sur ftrop​(V′)f_{\text{trop}}(V^{\prime}) telle que ω|V′=f∗​α\omega|_{V^{\prime}}=f^{*}\alpha.

Considérons une décomposition polytopale 𝒫′\mathscr{P}^{\prime} de ftrop​(V′)f_{\text{trop}}(V^{\prime}) telle que ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) soit réunion de cellules de 𝒫′\mathscr{P}^{\prime} et qui soit adaptée au calibrages μf\mu_{f} de ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) et ftrop​(V′)f_{\text{trop}}(V^{\prime}). Il existe un voisinage PP de ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) dans ftrop​(V′)f_{\text{trop}}(V^{\prime}) qui est un polyope. Alors, W=ftrop−1​(V)W=f_{\text{trop}}^{-1}(V) est un domaine analytique de V′V^{\prime} qui est un voisinage de VV. Compte tenu de la régularité extérieure de la mesure de Lebesgue sur un espace affine, la définition de ∫V′|ω|\int_{V^{\prime}}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|} montre que cette intégrale est arbitrairement proche de 00. ∎

\propname 3.11.2.

Soit XX un bon espace kk-analytique topologiquement séparé et de dimension nn. Soit ω\omega une (n,n)(n,n)-forme intégrable sur XX (resp. une (n−1,n)(n-1,n)-forme intégrable sur ∂X\partial X). Pour toute fonction lisse uu sur XX, on a

|∫Xu​ω|≤∥u∥K​∫X|ω|,resp. ​|∫∂Xf​ω|≤∥u∥K∩∂X​∫∂X|ω|.\left|{\int_{X}u\omega}\right|\leq\mathopen{\|}{u}\mathclose{\|}_{K}\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|},\quad\text{\emph{resp.} }\left|{\int_{\partial X}f\omega}\right|\leq\mathopen{\|}{u}\mathclose{\|}_{K\cap\partial X}\int_{\partial X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}.

(On note ∥u∥C\mathopen{\|}{u}\mathclose{\|}_{C} désigne la borne supérieure de |u|\mathopen{|}{u}\mathclose{|} sur une partie CC de XX.)

Démonstration.

Commençons par traiter le cas d’une forme de type (n,n)(n,n). Soit uu une fonction lisse sur XX. Il résulte de la définition de l’intégrale ∫Xu​ω\int_{X}u\omega que l’on a

|∫Xu​ω|≤∥u∥X​∫X|ω|.\left|{\int_{X}u\omega}\right|\leq\mathopen{\|}{u}\mathclose{\|}_{X}\int_{X}{\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}}.

Soit ε>0\varepsilon>0. Il existe un voisinage compact UU de KK sur lequel uu est bornée par ∥u∥K+ε\mathopen{\|}{u}\mathclose{\|}_{K}+\varepsilon ; soit alors λ\lambda une fonction lisse sur XX, de support contenu dans UU, qui vaut 11 au voisinage de KK et telle que 0≤λ⁡(x)≤10\leq\lambda(x)\leq 1 pour tout point de UU. Comme λ​ω=ω\lambda\omega=\omega, on a alors

|∫Xu​ω|=|∫Xλ​u​ω|≤∥λ​u∥X​∫X|ω|≤(∥u∥K+ε)​∫X|ω|.\left|{\int_{X}u\omega}\right|=\left|{\int_{X}\lambda u\omega}\right|\leq\mathopen{\|}{\lambda u}\mathclose{\|}_{X}\int_{X}{\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}}\leq(\mathopen{\|}{u}\mathclose{\|}_{K}+\varepsilon)\int_{X}\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}.

La proposition en découle en faisant tendre ε\varepsilon vers 00.

Le cas des formes de type (n−1,n)(n-1,n) est analogue se traite de même. Soit λ\lambda une fonction lisse égale à 11 au voisinage de ∂X∩K\partial X\cap K. La forme λ​ω−ω\lambda\omega-\omega est nulle au voisinage de ∂X\partial X ; d’après la proposition 3.10.7, son intégrale de bord est nulle. On a alors

|∫∂Xu​ω|=|∫∂Xλ​u​ω|≤∥λ​u∥X​∫∂X|ω|.\left|{\int_{\partial X}u\omega}\right|=\left|{\int_{\partial X}\lambda u\omega}\right|\leq\mathopen{\|}{\lambda u}\mathclose{\|}_{X}\int_{\partial X}{\mathopen{|}{\omega}\mathclose{|}}.

La proposition en résulte en considérons de telles fonctions λ\lambda dont le support tend vers ∂X∩K\partial X\cap K. ∎

3.12 Formules de Stokes et de Green

\theoname 3.12.1.

Soit XX un bon espace kk-analytique de dimension nn. Soit ω\omega une (n−1,n)(n-1,n)-forme sur XX. On suppose que ω\omega est intégrable sur ∂X\partial X et que d′⁡ω\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega est intégrable sur XX. Alors,

∫∂Xω=∫Xd′⁡ω.\int_{\partial X}\omega=\int_{X}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\omega.
\theoname 3.12.2.

Soit XX un bon espace kk-analytique de dimension nn. Soit pp et qq des entiers tels que p+q=n−1p+q=n-1. Soit α\alpha une (p,p)(p,p)-forme sur XX, soit β\beta une (q,q)(q,q)-forme sur XX. Supposons que l’intersection des supports de α\alpha et β\beta est compact. Alors,

∫Xα∧d′⁡d′′⁡β−d′⁡d′′⁡α∧β=∫∂Xα∧d′′⁡β−d′′⁡α∧β.\int_{X}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta-\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\beta=\int_{\partial X}\alpha\wedge\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\beta-\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}\alpha\wedge\beta.
Démonstration.

À l’aide d’une partition de l’unité et en revenant à la définition des intégrales, ces formules se déduisent des formules analogues pour les polytopes calibrés. L’hypothèse que le support de ω\omega est compact, ou que l’intersection des supports de α\alpha et β\beta l’est, rend toutes les familles d’intégrales presque nulles, de sorte que les questions de sommabilité deviennent triviales. ∎

Original mathematics by the credited authors. Source-backed reader collection; mathematical self-containment is not assessed.