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6.1 Compléments sur les espaces de Zariski-Riemann [01UT]

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6.1 Compléments sur les espaces de Zariski-Riemann

6.1.1 Espaces de Zariski-Riemann

Soit KK un corps et soit FF une extension de type fini de KK.

On notera 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} l’ensemble des valuations de FF triviales sur KK (à équivalence près). Si f1,…,fnf_{1},\ldots,f_{n} sont des éléments de FF, le sous-ensemble de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} formé des valuations dont l’anneau contient les fif_{i} sera noté 𝐏F/K​{f1,…,fi}\mathbf{P}_{F/K}\{f_{1},\ldots,f_{i}\}. On munit 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} de la topologie engendrée par ses sous-ensembles de la forme 𝐏F/K​{f1,…,fi}\mathbf{P}_{F/K}\{f_{1},\ldots,f_{i}\}  ; les ouverts de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} qui sont précisément de cette forme seront qualifiés d’affines (remarquons que 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} lui-même est égal à 𝐏F/K​{∅}\mathbf{P}_{F/K}\{\emptyset\} et est donc affine)  ; tout ouvert affine de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} est quasi-compact. On dit que 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} est l’espace de Zariski-Riemann de l’extension F/KF/K.

Un prémodèle (resp. un modèle) de FF sur KK est une KK-variété irréductible VV munie d’un KK-plongement K⁡(V)↪FK(V)\hookrightarrow F (resp. d’un KK-isomorphisme K⁡(V)≃FK(V)\simeq F)  ; sauf mention expresse du contraire, un morphisme dominant entre prémodèles sera toujours supposé compatible avec les plongements de leurs corps des fonctions dans FF. Il y a modulo cette convention au plus un morphisme dominant entre deux prémodèles de F/KF/K. Si WW et VV sont deux prémodèles de FF sur KK, on dira que WW est propre sur VV pour signifier qu’il existe un morphisme dominant W→VW\to V et que celui-ci est propre.

Si VV est un prémodèle de FF sur KK, on note 𝐏F/K​{V}\mathbf{P}_{F/K}\{V\} le sous-ensemble de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} formé des valuations dont l’anneau domine un anneau local de VV. C’est un ouvert quasi-compact de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} : pour s’en assurer, on peut supposer que VV est affine, auquel cas 𝐏F/K​{V}=𝐏F/K​{f1,…,fr}\mathbf{P}_{F/K}\{V\}=\mathbf{P}_{F/K}\{f_{1},\ldots,f_{r}\} pour n’importe quelle famille génératrice (f1,…,fn)(f_{1},\ldots,f_{n}) de la KK-algèbre 𝒪V​(V)\mathscr{O}_{V}(V). L’application naturelle 𝐏F/K→V\mathbf{P}_{F/K}\to V est surjective (tout anneau local de corps des fractions contenu dans FF est dominé par un anneau de valuation de FF).

Si WW et VV sont deux prémodèles de FF sur KK et si W→VW\to V est un morphisme dominant, alors 𝐏F/K​{W}⊂𝐏F/K​{V}\mathbf{P}_{F/K}\{W\}\subset\mathbf{P}_{F/K}\{V\}  ; en vertu du critère valuatif de propreté, 𝐏F/K​{W}\mathbf{P}_{F/K}\{W\} est égal à 𝐏F/K​{V}\mathbf{P}_{F/K}\{V\} si et seulement si W→VW\to V est propre  ; en particulier (prendre V=Spec⁡KV=\operatorname{Spec}K) on a 𝐏F/K​{W}=𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K}\{W\}=\mathbf{P}_{F/K} si et seulement si WW est propre.

On fait de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} un espace annelé en le munissant du faisceau 𝒪𝐏F/K\mathscr{O}_{\mathbf{P}_{F/K}} qui envoie tout ouvert UU sur le sous-anneau de FF formé des fonctions ff telles que v⁡(f)≥0v(f)\geq 0 pour toute valuation v∈Uv\in U. Il résulte immédiatement des définitions que si v∈𝐏F/Kv\in\mathbf{P}_{F/K} alors 𝒪𝐏F/K,v\mathscr{O}_{\mathbf{P}_{F/K},v} coïncide avec l’anneau de vv  ; par conséquent, 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} est un espace localement annelé.

Si VV est un prémodèle de FF sur KK alors 𝐏F/K​{V}→V\mathbf{P}_{F/K}\{V\}\to V est un morphisme d’espaces annelés.

On définit un fibré vectoriel sur 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} (ou sur l’un de ses ouverts) comme un 𝒪𝐏F/K\mathscr{O}_{\mathbf{P}_{F/K}}-module localement libre de type fini ; son rang est une fonction constante, appelé le rang du fibré vectoriel. Un fibré en droites est un fibré vectoriel de rang 11.

Un fibré vectoriel de rang constant dd admet une description en termes de 11-cocycle à valeurs dans GLd⁡(𝒪𝐏F/K)\operatorname{GL}_{d}(\mathscr{O}_{\mathbf{P}_{F/K}})  ; un 11-cocycle sur 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} à valeurs dans GLd⁡(𝒪𝐏F/K)\operatorname{GL}_{d}(\mathscr{O}_{\mathbf{P}_{F/K}}) définit le fibré trivial si et seulement si c’est un cobord.

Si 𝖴\mathsf{U} est un ouvert de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K}, on note Fib⁡(𝖴)\operatorname{Fib}(\mathsf{U}) (resp. Fibd⁡(𝖴)\operatorname{Fib}_{d}(\mathsf{U}), Pic⁡(𝖴)\operatorname{Pic}(\mathsf{U})) l’ensemble des classes d’isomorphie de fibrés vectoriels sur 𝖴\mathsf{U} (resp. de fibrés vectoriels de rang dd, de fibrés en droites). Le produit tensoriel munit l’ensemble Pic⁡(𝖴)\operatorname{Pic}(\mathsf{U}) d’une structure de groupe abélien, décrite par le produit des cocycles.

\remaname 6.1.2.

Si VV est un prémodèle de FF sur KK on peut démontrer que 𝐏F/K​{V}\mathbf{P}_{F/K}\{V\} s’identifie, comme espace localement annelé, à la limite projective de « tous » les prémodèles de F/KF/K qui sont propres au-dessus de VV  ; on peut d’ailleurs se limiter aux modèles de F/KF/K propres sur VV, qui forment un système cofinal au sein du précédent.

6.1.3

Tout ouvert quasi-compact 𝖴\mathsf{U} de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} est de la forme 𝐏F/K​{V}\mathbf{P}_{F/K}\{V\} pour un VV convenable. En effet, écrivons 𝖴=⋃𝖴i\mathsf{U}=\bigcup\mathsf{U}_{i}, où chacun des 𝖴i\mathsf{U}_{i} est de la forme 𝐏F/K​{fi​,1,…,fi,ℓ⁡(i)}\mathbf{P}_{F/K}\{f_{i,1},\ldots,f_{i,\ell(i)}\}. Choisissons un modèle propre WW de F/KF/K tel que pour tout x∈Wx\in W et tout (i,ℓ)(i,\ell) ou bien la fonction fi,ℓf_{i,\ell} ou bien son inverse soit définie au voisinage de xx sur WW. Si l’on appelle ViV_{i}, pour ii fixé, l’ouvert de définition commun des fi,ℓf_{i,\ell} pour 1≤ℓ≤ℓ⁡(i)1\leq\ell\leq\ell(i) alors 𝖴i=𝐏F/K​{Vi}\mathsf{U}_{i}=\mathbf{P}_{F/K}\{V_{i}\} et l’on peut donc prendre V=⋃ViV=\bigcup V_{i}.

On imposer à VV des conditions supplémentaires : par exemple si l’on s’est donné sur chaque 𝖴i\mathsf{U}_{i} un élément gig_{i} de 𝒪𝐏F/K​(𝖴i)×\mathscr{O}_{\mathbf{P}_{F/K}}(\mathsf{U}_{i})^{\times} on peut faire en sorte que gi∈𝒪V​(Vi)×g_{i}\in\mathscr{O}_{V}(V_{i})^{\times} pour tout ii : il suffit d’imposer qu’en tout point xx de WW et pour tout ii, ou bien la fonction gig_{i} ou bien son inverse soit définie au voisinage de xx  ; et si l’on s’est donné pour tout (i,j)(i,j) un élément hi​jh_{ij} de 𝒪𝐏F/K​(𝖴i∩𝖴j)×\mathscr{O}_{\mathbf{P}_{F/K}}(\mathsf{U}_{i}\cap\mathsf{U}_{j})^{\times}, on peut de même faire en sorte que hi,j∈𝒪V​(Vi∩Vj)×h_{i,j}\in\mathscr{O}_{V}(V_{i}\cap V_{j})^{\times} pour tout (i,j)(i,j).

\definame 6.1.4.

Soit 𝖴\mathsf{U} un ouvert quasi-compact de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} et soit 𝖤\mathsf{E} un fibré vectoriel sur 𝖴\mathsf{U}. On appellera prémodèle (resp. modèle) de 𝖤\mathsf{E} tout couple (V,E)(V,E) où VV est un prémodèle (resp. un modèle) de F/KF/K tel que 𝖴=𝐏F/K​{V}\mathsf{U}=\mathbf{P}_{F/K}\{V\} et où EE un fibré vectoriel sur VV dont l’image inverse sur 𝖴=𝐏F/K​{V}\mathsf{U}=\mathbf{P}_{F/K}\{V\} est isomorphe à 𝖫\mathsf{L}.

Si (V,E)(V,E) est un prémodèle d’un fibré vectoriel 𝖤\mathsf{E} sur un ouvert quasi-compact 𝖴\mathsf{U} de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} alors pour tout prémodèle WW de F/KF/K qui est propre sur VV, le couple (W,E|V)(W,E|_{V}) est un prémodèle de 𝖤\mathsf{E}.

Si 𝖴\mathsf{U} est un ouvert quasi-compact de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K}, tout fibré vectoriel sur 𝖴\mathsf{U} admet un modèle. Plus précisément, l’ensemble Fibd⁡(𝖴)\operatorname{Fib}_{d}(\mathsf{U}) des classes d’isomorphie de fibrés vectoriels de rang dd sur 𝖴\mathsf{U} s’identifie à la limite inductive des ensembles Fibd⁡(V)\operatorname{Fib}_{d}(V), où VV parcourt l’ensemble des modèles de FF tels que 𝐏F/K​{V}=𝖴\mathbf{P}_{F/K}\{V\}=\mathsf{U} : en vertu de la description d’un fibré vectoriel au moyen de cocycles et cobords, c’est une conséquence des remarques précédant la définition ci-dessus.

\remaname 6.1.5.

Supposons que FF soit de degré de transcendance 1 sur KK. C’est alors le corps des fonctions d’une KK-courbe projective intègre et normale CC qui est bien déterminée et la flèche naturelle ρ:𝐏F/K→C\rho:\mathbf{P}_{F/K}\to C est un isomorphisme d’espaces annelés  ; toute fibré vectoriel 𝖤\mathsf{E} sur un ouvert quasi-compact 𝖴\mathsf{U} de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K} admet dès lors un modèle canonique, à savoir le couple (ρ⁡(𝖴),ρ∗​𝖤)(\rho(\mathsf{U}),\rho_{*}{\mathsf{E}}).

6.1.6

Soit 𝖫\mathsf{L} un faisceau localement libre de rang un sur un ouvert quasi-compact 𝖴\mathsf{U} de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K}. Comme dans tout espace annelé, on dit qu’il est engendré par ses sections globales s’il existe, pour tout point xx de 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K}, une section de 𝖫\mathsf{L} sur 𝖴\mathsf{U} qui n’est pas nulle en xx. Comme 𝖴\mathsf{U} est quasi-compact, cela revient à demander l’existence d’un prémodèle (V,L)(V,L) de (𝖴,𝖫)(\mathsf{U},\mathsf{L}) tel que LL soit engendré par ses sections globales sur VV.

6.1.7

Soit (𝖫1,…,𝖫n)(\mathsf{L}_{1},\dots,\mathsf{L}_{n}) une famille de faisceaux localement libres de rang un sur l’espace 𝐏F/K\mathbf{P}_{F/K}. Supposons que FF soit de degré de transcendance nn sur KK. Soit VV un prémodèle de FF sur KK ; pour tout ii, soit MiM_{i} un fibré en droites sur VV tel que (V,Mi)(V,M_{i}) soit un prémodèle de 𝖫i\mathsf{L}_{i}. D’après la formule de projection, le nombre d’intersection

(c1​(M1)​…​c1​(Mn)∩[V])(c_{1}(M_{1})\dots c_{1}(M_{n})\cap[V])

multiplié par le degré [F:K(V)][F:K(V)] ne dépend pas du choix de VV et des MiM_{i}. On le notera

∫𝐏F/Kc1​(𝖫1)​…​c1​(𝖫n).\int_{\mathbf{P}_{F/K}}c_{1}(\mathsf{L}_{1})\dots c_{1}(\mathsf{L}_{n}).

6.1.8 Réduction à la Temkin

Soit XX un espace kk-analytique séparé et soit x∈Xx\in X. Lorsque (X,x)(X,x) est strict et lorsque |k×|≠{1}|k^{\times}|\neq\{1\}, Temkin a défini dans [52], la réduction (X,x)~\widetilde{(X,x)} de XX  ; c’est un ouvert quasi-compact et non vide de l’espace de Zariski-Riemann 𝐏ℋ⁡(x)~/k~\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}} de ℋ⁡(x)~\widetilde{{\mathscr{H}}(x)} sur k~\tilde{k}.

L’application (Y,x)↦(Y,x)~(Y,x)\mapsto\widetilde{(Y,x)} établit une bijection entre l’ensemble des domaines strictement analytiques de (X,x)(X,x) et celui des ouverts quasi-compacts et non vides de (X,x)~\widetilde{(X,x)}.

Pour traiter le cas général (germes non stricts, valeur absolue triviale), Temkin a développé dans [53] une théorie analogue à la précédente, mais plus sophistiquée, qui recourt à l’algèbre commutative graduée.

Nous n’en aurons pas besoin ici  ; plus précisément, nous n’aurons besoin que de la «partie non graduée» de la théorie de Temkin, au sujet de laquelle nous allons dire quelques mots  ; nos assertions se démontrent en décalquant mutatis mutandis les preuves de [53].

Nous ne faisons plus maintenant d’hypothèses sur le germe (X,x)(X,x). Nous définissons (X,x)~\widetilde{(X,x)} exactement comme dans [53], mais en nous contentons des réductions classiques (et non graduées) des corps et algèbres affinoïdes en jeu. On obtient là encore un ouvert quasi-compact non vide de 𝐏ℋ⁡(x)~/k~\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}, qui coïncide avec celui construit précédemment dans le cas où (X,x)~\widetilde{(X,x)} est strict et où la valuation est non triviale. Il existe une application continue naturelle de la réduction graduée (X,x)~gr\widetilde{(X,x)}_{\rm gr} vers (X,x)~\widetilde{(X,x)}.

Soit 𝖴\mathsf{U} un ouvert quasi-compact et non vide de (X,x)~\widetilde{(X,x)}. Son image réciproque sur (X,x)~gr\widetilde{(X,x)}_{\rm gr} en est un ouvert quasi-compact et non vide, qui s’identifie dès lors à (Y,x)~gr\widetilde{(Y,x)}_{\rm gr}, où (Y,x)(Y,x) est un domaine analytique de (X,x)(X,x) qui est uniquement déterminé et satisfait l’égalité (Y,x)~=𝖴\widetilde{(Y,x)}=\mathsf{U}.

On dira qu’un domaine (Y,x)(Y,x) de (X,x)(X,x) obtenu par ce procédé est relativement strict. L’application (Y,x)↦(Y,x)~(Y,x)\mapsto\widetilde{(Y,x)} établit une bijection entre l’ensemble des domaines relativement stricts de (X,x)(X,x) et celui des ouverts quasi-compacts et non vides de (X,x)~\widetilde{(X,x)}.

6.1.9

Si (X,x)(X,x) est bon, ou plus généralement si 𝒪X,x\mathscr{O}_{X,x} est d’image dense dans ℋ⁡(x){\mathscr{H}}(x), un domaine analytique de (X,x)(X,x) est relativement strict si et seulement si on peut le décrire, en tant que sous-germe de (X,x)(X,x), par conjonctions et disjonctions de conditions de la forme |f|≤1\mathopen{|}{f}\mathclose{|}\leq 1, où ff est une fonction holomorphe sur (X,x)(X,x).

6.1.10

Si YY est un domaine analytique de XX, on dira qu’il est relativement strict dans XX si (Y,y)(Y,y) est relativement strict dans (X,y)(X,y) pour tout y∈Yy\in Y.

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