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6.6 Fibré résiduel d’un fibré PL [01WD]

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6.6 Fibré résiduel d’un fibré PL

6.6.1

Soit E¯\bar{E} un fibré vectoriel PL sur un germe (X,x)(X,x).

Choisissons un G-recouvrement fini et relativement strict ((,,,))((X_{\alpha},x)) qui déploie E¯\bar{E}. Par le procédé de réduction des cocycles décrit au paragraphe (6.5.4), on définit un fibré vectoriel sur (X,x)~\widetilde{(X,x)}, déployé par OPEN((Xα,x)~))(\widetilde{(X_{\alpha},x)})). Il est, à isomorphisme canonique près, indépendant du recouvrement ((,,,))((X_{\alpha},x)) et du cocycle utilisé. On le notera 𝖤⁡(x)\mathsf{E}(x), ou plus simplement 𝖤\mathsf{E}. On dit que c’est le fibré résiduel de E¯\bar{E} en xx

La formation du fibré résiduel commute aux constructions de l’algèbre linéaire : somme directe, produit tensoriel,…

6.6.2 Liens entre un fibré métrisé PL{\rm PL} et son fibré résiduel

Soit XX un espace kk-analytique, soit E¯\bar{E} un fibré métrisé PL sur XX et soit xx un point de XX.

Pour tout domaine analytique (Y,x)(Y,x) de (X,x)(X,x), on note E¯∘​(Y,x)\bar{E}^{\circ}(Y,x) le sous-module de E¯​(Y,x)\bar{E}(Y,x) formé des sections dont la norme est partout majorée par 11 et E♭​(Y,x)E^{\flat}(Y,x) le quotient de E¯∘​(Y,x)\bar{E}^{\circ}(Y,x) par le sous-groupe des sections dont la norme en xx est strictement majorée par 1.

On suppose que 𝒪X,x→ℋ⁡(x)\mathscr{O}_{X,x}\to{\mathscr{H}}(x) est d’image dense et que le fibré vectoriel EE (sans métrique) est trivialisable au voisinage de xx. Notons que ces deux conditions sont toujours satisfaites dès que le germe (X,x)(X,x) est bon.

Fixons une base 𝔟\mathfrak{b} de EE au voisinage de xx. Soit (Xα,x)(X_{\alpha},x) un G-recouvrement fini de (X,x)(X,x) déployant E¯\bar{E}. Pour tout α\alpha, il existe une base orthonormée 𝔟α{\mathfrak{b}}_{\alpha} de E¯\bar{E} sur (Xα,x)(X_{\alpha},x)  ; soit (gα,β)(g_{\alpha,\beta}) le cocycle sur (X,x)G(X,x)_{\mathrm{G}}, à coefficients dans GLn∘\operatorname{GL}_{n}^{\circ} défini par la famille (𝔟α)(\mathfrak{b}_{\alpha}).

Par densité de l’image de 𝒪X,x\mathscr{O}_{X,x} dans ℋ⁡(x){\mathscr{H}}(x) et par trivialité du fibré vectoriel EE au voisinage de xx, on peut supposer que l’élément de GLn0⁡(Xα,x)\operatorname{GL}_{n}^{0}(X_{\alpha},x) qui envoie 𝔟\mathfrak{b} sur 𝔟α\mathfrak{b}_{\alpha} appartient à GLn⁡(𝒪X,x♯)\operatorname{GL}_{n}(\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp})  ; dans ce cas chacun des gα,βg_{\alpha,\beta} appartient à GLn⁡(𝒪X,x♯)\operatorname{GL}_{n}(\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp}).

Soit E¯′\bar{E}^{\prime} un fibré métrisé PL sur XX tel que E′E^{\prime} soit trivialisable au voisinage de xx. Il peut lui-aussi être défini par un cocycle constitué de matrices appartenant à GLn⁡(𝒪X,x♯)\operatorname{GL}_{n}(\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp}). Il résulte alors de 6.5.5, B) que les fibrés résiduels 𝖤{\mathsf{E}} et 𝖤′\mathsf{E}^{\prime} de E¯\bar{E} et E¯′\bar{E}^{\prime} en xx sont isomorphes si et seulement si les fibrés métrisés E¯\bar{E} et E¯′\bar{E}^{\prime} sont isomorphes au voisinage de xx. En particulier, E¯\bar{E} est trivial au voisinage de xx si et seulement si le fibré résiduel 𝖤{\mathsf{E}} de E¯\bar{E} en xx est trivial.

6.6.3 Sections du fibré résiduel

Conservons les notations et hypothèses précédentes. Soit (γα,β)(\gamma_{\alpha,\beta}) la réduction du cocycle (gα,β)(g_{\alpha,\beta}). Soit ee une section de E¯∘\bar{E}^{\circ} sur (X,x)(X,x). Elle consiste en la donnée d’une famille (wα)(w_{\alpha}), où wα∈𝒪Xα,x∘w_{\alpha}\in\mathscr{O}_{X_{\alpha},x}^{\circ} pour tout α\alpha, et où wβ=gα,β​wαw_{\beta}=g_{\alpha,\beta}w_{\alpha} pour tout (α,β)(\alpha,\beta).

Par réduction, cette famille donne lieu à une famille (vα)(v_{\alpha}), où le vecteur vαv_{\alpha} appartient à 𝒪(X,x)~​(Xα,x~)\mathscr{O}_{\widetilde{(X,x)}}(\widetilde{X_{\alpha},x}) pour tout α\alpha et où vβ=vα​γα,βv_{\beta}=v_{\alpha}\gamma_{\alpha,\beta} pour tout (α,β)(\alpha,\beta). Elle définit donc une section sur (X,x)~\widetilde{(X,x)} du fibré résiduel 𝖤{\mathsf{E}} ; elle ne dépend que de ee et on la note e~​(x)\tilde{e}(x) ou e~\tilde{e} ; c’est la réduction de ee en xx. Il résulte de la construction que si ee et e′e^{\prime} sont deux sections de E¯∘\bar{E}^{\circ} sur (X,x)(X,x) alors e~=e′~\tilde{e}=\tilde{e^{\prime}} si et seulement si ∥(e−e′)​(x)∥<1\mathopen{\|}{(e-e^{\prime})(x)}\mathclose{\|}<1. Par conséquent, l’application e↦e~e\mapsto\tilde{e} induit une injection E¯♭​(X,x)↪𝖤⁡(OPENX,x)~)\bar{E}^{\flat}(X,x)\hookrightarrow{\mathsf{E}}(\widetilde{X,x)}).

En vertu de 6.5.5, C), cette injection est surjective, d’où un isomorphisme 𝖤♭​(X,x)≃𝖤⁡(X,x~)\mathsf{E}^{\flat}(X,x)\simeq{\mathsf{E}}(\widetilde{X,x}).

\lemmname 6.6.4.

Une famille (e1,…,en)(e_{1},\ldots,e_{n}) de sections de E¯∘\bar{E}^{\circ} sur (X,x)(X,x) est une base orthonormée de E¯\bar{E} si et seulement si leurs réductions e~i\tilde{e}_{i} en xx forment une base des sections globales du fibré résiduel 𝖤{\mathsf{E}} de E¯\bar{E} en xx.

Démonstration.

L’énoncé à prouver étant G-local sur (X,x)(X,x), on peut supposer que le fibré métrisé E¯\bar{E} est trivial, c’est-à-dire égal à 𝒪Xn\mathscr{O}_{X}^{n} avec sa métrique standard. Dans ce cas 𝖤≃𝒪(X,x)~n{\mathsf{E}}\simeq\mathscr{O}_{\widetilde{(X,x)}}^{n}. La famille (e1,…,en)(e_{1},\ldots,e_{n}) correspond alors à une matrice g∈Mn⁡(𝒪X∘​(X,x))g\in\operatorname{M}_{n}(\mathscr{O}_{X}^{\circ}(X,x)) et la famille (e1~,…,en~)(\tilde{e_{1}},\ldots,\tilde{e_{n}}) à la matrice réduite g~​(x)∈Mn⁡(𝒪(X,x)~​(X,x~))\tilde{g}(x)\in\operatorname{M}_{n}(\mathscr{O}_{\widetilde{(X,x)}}(\widetilde{X,x})). La famille (e1,…,en)(e_{1},\ldots,e_{n}) est une base orthonormée de E¯\bar{E} si et seulement si |detg|=1\mathopen{|}{\det g}\mathclose{|}=1 sur (X,x)(X,x). Cela revient à demander que detg~\det\tilde{g} soit une fonction inversible sur (X,x)~\widetilde{(X,x)} et donc que (e1~,…,en~)(\tilde{e_{1}},\ldots,\tilde{e_{n}}) soit une base de 𝖤{\mathsf{E}}, comme annoncé. ∎

6.6.5 Fibré métrisé PL de fibré résiduel prescrit

Soit 𝖥\mathsf{F} un fibré vectoriel sur (X,x)~\widetilde{(X,x)}  ; choisissons un cocycle (γα,β)(\gamma_{\alpha,\beta}) qui définit 𝖥\mathsf{F}. En vertu de 6.5.5, A), ce cocycle se relève en un cocycle (gα,β)(g_{\alpha,\beta}) sur (X,x)G(X,x)_{\text{G}}, à coefficients dans GLn∘\operatorname{GL}_{n}^{\circ} tel que gα,βg_{\alpha,\beta} appartienne à GLn⁡(𝒪X,x♯)\operatorname{GL}_{n}(\mathscr{O}_{X,x}^{\sharp}) pour tout (α,β)(\alpha,\beta). Soit E¯\bar{E} le fibré métrisé PL défini par le cocycle (gα,β)(g_{\alpha,\beta}) sur (X,x)(X,x). Le fibré EE possède une base au voisinage de xx : il suffit pour le voir de fixer α0\alpha_{0} et de considérer la cochaîne valant (gα0,β)(g_{\alpha_{0},\beta}) sur (Xβ,x)(X_{\beta},x). Par construction, 𝖤⁡(x)=𝖥{\mathsf{E}}(x)=\mathsf{F}.

6.6.6

Résumons : soit XX un espace kk-analytique et soit xx un point de XX. Supposons que 𝒪X,x→ℋ⁡(x)\mathscr{O}_{X,x}\to{\mathscr{H}}(x) soit d’image dense. Alors, E¯↦𝖤\bar{E}\mapsto{\mathsf{E}} induit une bijection entre l’ensemble des classes d’isomorphie de fibrés métrisés PL de rang nn sur (X,x)(X,x) dont les fibrés sous-jacents sont triviaux et l’ensemble des classes d’isomorphie de fibrés vectoriels de rang nn sur (X,x)~\widetilde{(X,x)}.

6.6.7 Fonctorialité des constructions

Soit (X,x)(X,x) un germe d’espace analytique et soit E¯\bar{E} un fibré métrisé PL sur (X,x)(X,x). Soit φ:(Y,y)→(X,x)\varphi\colon(Y,y)\to(X,x) un morphisme de germes. L’image réciproque F¯=φ∗​E¯\bar{F}=\varphi^{*}\bar{E} est un fibré métrisé PL sur (Y,y)(Y,y). Il résulte immédiatement de nos constructions que 𝖥⁡(y)\mathsf{F}(y) est l’image réciproque de 𝖤⁡(x){\mathsf{E}}(x) par le morphisme naturel d’espaces localement annelés (Y,y)~→(X,x)~\widetilde{(Y,y)}\to\widetilde{(X,x)}.

Notons deux cas particuliers importants :

  • —

    Si (Y,x)(Y,x) est un domaine analytique fermé de (X,x)(X,x), 𝖥⁡(x)\mathsf{F}(x) est la restriction de 𝖤⁡(x)\mathsf{E}(x) à l’ouvert (Y,x)~\widetilde{(Y,x)} de (X,x)~\widetilde{(X,x)} ;

  • —

    Si (Y,x)(Y,x) est un fermé de Zariski de (X,x)(X,x), (Y,x)~=(X,x)~\widetilde{(Y,x)}=\widetilde{(X,x)}) et 𝖥⁡(x)=𝖤⁡(x)\mathsf{F}(x)=\mathsf{E}(x).

\exemname 6.6.8 (Le cas d’un fibré formel).

Soient XX un espace kk-analytique et EE un fibré vectoriel sur XX. Munisons-le de la métrique formelle associée à un modèle (𝔛,𝔈)(\mathfrak{X},\mathfrak{E}). Soit x∈Xx\in X et soit VV la k~\tilde{k}-variété {π⁡(x)}¯\overline{\{\pi(x)\}} (munie de sa structure réduite)  ; le lemme 6.5.1 assure que (X,x)~=𝐏ℋ⁡(x)~/k~​{V}\widetilde{(X,x)}=\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}\{V\}.

Le couple (V,𝔈|V)(V,\mathfrak{E}|_{V}) est un prémodèle de 𝖤⁡(x){\mathsf{E}}(x). Pour le voir, on choisit une famille finie (𝔘i)(\mathfrak{U}_{i}) d’ouverts affines formels de 𝔛\mathfrak{X} qui rencontrent VV, le recouvrent et tels que sur chacun des 𝔘i\mathfrak{U}_{i}, le fibré 𝔈\mathfrak{E} possède une base eie_{i} . Remarquons que x∈𝔘i,ηx\in\mathfrak{U}_{i,\eta} pour tout ii (puisque chacun des 𝔘i\mathfrak{U}_{i} contient le point générique de VV) et que les (𝔘i,η,x)(\mathfrak{U}_{i,\eta},x) recouvrent le germe (X,x)(X,x) : cela provient du fait que la réunion des 𝔘i,η\mathfrak{U}_{i,\eta} contient π−1​(V)\pi^{-1}(V), qui est un voisinage ouvert de xx.

Pour tout ii, notons UiU_{i} l’ouvert affine 𝔘i∩V\mathfrak{U}_{i}\cap V de VV. Pour tout couple (i,j)(i,j), il existe une matrice inversible Ai​jA_{ij} sur 𝔘i∩𝔘j\mathfrak{U}_{i}\cap\mathfrak{U}_{j} telle que ei=Ai​j​eje_{i}=A_{ij}e_{j}. Notons gi​jg_{ij} sa restriction à Ui∩UjU_{i}\cap U_{j} ; le fibré 𝔈|V\mathfrak{E}|_{V} est défini par le cocycle (gi​j)(g_{ij}).

On peut voir chacune des Ai​jA_{ij} comme une matrice analytique de norme ≤1\leq 1, ainsi que son inverse, sur 𝔘i,η∩𝔘j,η\mathfrak{U}_{i,\eta}\cap\mathfrak{U}_{j,\eta}. On a alors Ai​j​(x)~=gi​j\widetilde{A_{ij}(x)}=g_{ij}, à condition de voir la matrice gi​jg_{ij} comme une matrice à coefficients dans le corps k~​(V)=k~​(π​(x))⊂ℋ⁡(x)~\tilde{k}(V)=\tilde{k}(\pi(x))\subset\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}.

Il resulte alors de la définition du fibré résiduel que 𝖤⁡(x){\mathsf{E}}(x) est induit par le cocycle (gi,j)(g_{i,j}).

En vertu du lemme 6.5.1, (𝔘i,η,x)~\widetilde{(\mathfrak{U}_{i,\eta},x)} est égal à 𝐏ℋ⁡(x)~/k~​{Ui}\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}\{U_{i}\} pour tout ii  ; par conséquent, l’image réciproque de 𝔈|V\mathfrak{E}|_{V} sur (X,x)~=𝐏ℋ⁡(x)~/k~​{V}\widetilde{(X,x)}=\mathbf{P}_{\widetilde{{\mathscr{H}}(x)}/\tilde{k}}\{V\} coïncide avec 𝖤⁡(x){\mathsf{E}}(x), ce qu’on souhaitait établir.

\exemname 6.6.9 (Fibré sur une variété propre en valuation triviale).

Supposons que |k×|={1}|k^{\times}|=\{1\}, soit XX une kk-variété algébrique et soit EE un fibré vectoriel sur XX  ; notons EanE^{\text{an}} le fibré vectoriel sur XanX^{\text{an}} déduit de EE. On peut voir la variété XX comme un schéma formel localement topologiquement de type fini 𝔛\mathfrak{X} sur k∘=kk^{\circ}=k et EE comme un fibré vectoriel formel 𝔈\mathfrak{E} sur 𝔛\mathfrak{X}.

Supposons de plus que XX soit propre. On dispose alors d’isomorphismes canoniques

𝔛η≃Xan​et​𝔈η≃Ean.\mathfrak{X}_{\eta}\simeq X^{\text{an}}\;\text{et}\;\mathfrak{E}_{\eta}\simeq E^{\text{an}}.

Par conséquent, EanE^{\text{an}} hérite d’une métrique PL naturelle. Si xx est un point de Xan≃𝔛ηX^{\text{an}}\simeq\mathfrak{X}_{\eta} et si 𝐱\bf x désigne son image sur X≃𝔛sX\simeq\mathfrak{X}_{s} alors ({𝐱}¯,𝐄|{𝐱}¯)(\overline{\{\bf x\}},E|_{\overline{\{\bf x\}}}) est un prémodèle de Ean~​(x)\widetilde{E^{\text{an}}}(x) (où {𝐱}¯\overline{\{\bf x\}} est muni de sa structure réduite).

Notons un cas particulier important : si XX est intègre, si ξ\xi désigne son point générique, et si l’on note xx le point de XanX^{\text{an}} correspondant à la flèche Spec(k(ξ),|.|0)→X\operatorname{Spec}(k(\xi),|.|_{0})\to X, alors (X,E)(X,E) est un modèle du fibré résiduel de Ean¯\overline{E^{\text{an}}} en xx.

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