§ 4 Courants [01RC]
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§ 4 Courants
Soit un espace analytique. On supposera toujours que est bon et topologiquement séparé.
4.1 Topologie sur l’espace des formes
4.1.1
Munisons l’espace des -formes lisses à support compact sur de la topologie suivante : une suite (net, filtre) converge vers s’il existe une famille finie de domaines analytiques compacts recouvrant la réunion des supports des et de et, pour tout , une tropicalisation , des formes lisses et sur telles que , , la suite convergeant uniformément vers , ainsi que chacune de ses dérivées, sur le polytope .
\lemmname 4.1.2.
- a)
Soit et des suites de formes lisses à support compact sur qui convergent respectivement vers des formes et . Alors converge vers .
- b)
Soit un ouvert de et soit une forme lisse à support compact dans . Soit une suite de formes lisses à support compact sur qui converge vers une forme . Alors, converge vers .
- c)
Soit une forme lisse sur . Soit une suite de formes lisses à support compact sur qui converge vers une forme . Alors, converge vers .
Démonstration.
Ces assertions sont classiques sur un ouvert de et s’étendent immédiatement au cas des formes sur un polytope. Il reste à expliquer comment on se ramène à cette situation.
a) Considérons une famille finie de cartes tropicales qui recouvrent le support de ces formes et témoignent de la convergence de vers et de la convergence de vers . On voit dans ces cartes que converge vers .
b) Pour tout , choisissons un raffinement fini de la carte tropicale par des cartes qui décrivent , où les sont des affinoïdes contenus dans dont la réunion recouvre l’intersection avec du support de . Alors, la famille finie de cartes tropicales témoigne de la convergence de vers .
c) Pour tout , choisissons de même un raffinement fini de la carte tropicale par des affinoïdes de qui tropicalisent . Là encore, ces cartes témoignent de la convergence de vers . ∎
4.2 Courants
4.2.1 Formes à support propre
On dit qu’une forme sur est à support propre si son support est compact et disjoint du bord de .
On note le sous-espace de constitué des formes lisses à support propre.
Cette terminologie a été choisie par analogie avec celle des morphismes propres en géométrie analytique de Berkovich : en effet un morphisme entre deux espaces analytiques est propre si et seulement si l’application sous-jacente entre espaces topologiques est propre et s’il est sans bord ([8], (1.5.3), (iii)).
4.2.2
On appelle courant de bidimension sur une forme linéaire continue sur l’espace des formes lisses de type à support propre. On notera l’image de la forme par le courant .
On note l’ensemble des courants de bidimension . Si est équidimensionnel de dimension , on posera aussi et on dira que c’est l’espace des courants de bidegré .
Ce sont des modules sur l’anneau des fonctions lisses sur . Plus précisément, l’espace vectoriel bigradué , somme directe des espaces , est un module gradué (à gauche) sur l’espace vectoriel des formes lisses sur . Si et est de bidimension , le courant est de bidimension ; si est de bidegré , est de bidegré .
4.2.3 Image directe d’un courant
Soit un espace analytique bon et topologiquement séparé. Soit une extension complète de , soit un -espace analytique (bon et topologiquement séparé) et soit un morphisme propre d’espaces analytiques.
Le morphisme induit une application linéaire naturelle, notée , de dans . Soit une forme lisse à support propre sur . Soit la forme qui s’en déduit sur ; son support est encore compact et ne rencontre pas le bord de car un espace sans bord reste sans bord par changement de base par une extension de corps valués complets. Comme est propre, la forme est encore à support propre.
L’application de dans ainsi définie est linéaire et continue. Elle induit par dualité une application linéaire de dans .
4.2.4 Propriété de faisceau
Soit un ouvert de . Comme , toute forme sur l’espace dont le support est compact et disjoint de peut être vue comme une forme sur dont le support est compact et disjoint de . Un courant sur définit un courant sur ; l’application est un préfaisceau.
\lemmname 4.2.5.
Ce préfaisceau est un faisceau de -modules sur . C’est en particulier un faisceau fin.
Démonstration.
Soit un recouvrement ouvert d’un ouvert de , pour tout , soit un courant sur tels que la restriction à des courants et coïncident, pour tous . Démontrons qu’il existe une unique courant sur dont la restriction à est égale à .
Soit une -forme à support sur dont le support est compact et disjoint de . Soit une famille de fonctions lisses sur , où pour tout , le support de est compact et contenu dans , telles que soit égale à au voisinage du support de . En effet, soit un voisinage ouvert paracompact du support de dans ; pour tout , posons . La famille est un recouvrement ouvert de ; il existe donc (proposition 3.3.6) une partition de l’unité subordonnée à et constituée de fonctions lisses sur .
On a , et seuls un nombre fini de termes de cette somme sont non nuls. Si est un courant sur dont la restriction à est égale à , on a donc nécessairement , d’où l’unicité d’un courant vérifiant les conditions requises.
Soit un second ouvert paracompact contenant le support de ; posons et considérons une partition de l’unité subordonnée à et constituée de fonctions lisses sur . On a aussi , si bien que
où la deuxième égalité découle de la condition de coïncidence des courants .
Il existe donc une unique application de l’espace dans telle que pour tout ouvert paracompact contenant le support de la -forme et toute partition de l’unité subordonnée au recouvrement de formée de fonctions lisses sur . Cette application est linéaire.
C’est un courant sur . Soit une suite de -formes lisses à supports compacts sur qui converge vers . Par définition, il existe une famille finie d’affinoïdes de et pour tout , un moment et des -formes lisses sur telles que , la suite tendant, pour tout , vers sur le polytope . Soit un voisinage paracompact de la réunion des et soit une partition de l’unité subordonnée au recouvrement .
On peut raffiner les cartes tropicales de sorte que pour tout , soit contenu dans l’un des et que, pour tout et tout , la restriction à de soit de la forme , où est une fonction lisse sur .
Pour tout , on a
D’après le lemme 4.1.2, tend vers dans l’espace des formes à support compact sur , donc tend vers . Finalement, tend vers . Cela démontre que est un courant.
Soit une -forme dont le support est compact et contenu dans ; soit et comme ci-dessus, où est contenu dans . Pour tout , le support de est contenu dans , donc . Alors,
Cela démontre que la restriction à du courant est égale à . ∎
4.3 Courants d’intégration
4.3.1
Soit un espace analytique bon et topologiquement séparé. Soit une extension complète de , soit un -espace analytique (bon et topologiquement séparé) qui est de dimension . Soit un morphisme d’espaces analytiques qui est topologiquement propre. Par exemple, on peut prendre pour l’immersion d’un domaine analytique, d’un sous-espace analytique fermé, ou encore d’une fibre d’un morphisme munie de sa structure naturelle d’espace analytique.
Le morphisme induit une application linéaire naturelle, notée , de dans . Si le support d’une forme est compact dans , il en est de même de celui de la forme sur .
4.3.2
Pour toute -forme lisse sur dont le support est compact et disjoint de , posons alors , où l’intégrale d’une -forme à support compact sur a été définie en (3.7). On définit ainsi un courant de bidimension sur , qu’on appelle courant d’intégration sur .
Pour démontrer la continuité de , on se ramène au cas où puis, compte tenu de la définition de , à la continuité de l’intégrale d’un polytope calibré dans un espace affine.
4.3.3
Plus généralement, pour toute forme sur , de type , et à coefficients continus, on définit le courant sur par la formule . Il est de bidimension .
4.3.4
On définit de manière analogue le courant d’intégration sur le bord de , noté , par la formule , pour toute -forme à support compact sur . Il est donc de bidimension .
4.3.5
On associe alors à une forme le courant de bidimension sur . Cela définit plus généralement un morphisme de faisceaux
\lemmname 4.3.6.
Supposons que soit purement de dimension . Si est une forme lisse de type telle que , alors sur .
Démonstration.
Soit un point de , soit un voisinage affinoïde de contenu dans , soit un moment et soit une forme lisse sur telle que .
Démontrons que est nulle en prouvant que sa restriction à toute cellule ouverte maximale de est nulle.
Si , alors est nulle. Supposons que et soit une cellule ouverte de de dimension . Par construction, . Par ailleurs, est contenu dans un polytope de dimension contenu dans ; il est en particulier d’intérieur vide dans . Pour démontrer que , il suffit de prouver que est nulle au voisinage de tout point de .
Soit une fonction sur , de classe , dont le support ne rencontre aucune autre cellule que et ne rencontre pas . La fonction est lisse sur et son support ne rencontre pas le bord de , et donc pas le bord de dans . Son extension par , notée , est donc une fonction lisse à support propre sur . On donc . Comme le support de est contenu dans , on a . Comme le support de ne rencontre que la cellule ouverte , cette dernière intégrale est donnée par , où désigne le calibrage canonique de . Comme est arbitraire, cela entraîne que la restriction de à la face est nulle, ce qu’on voulait démontrer. ∎
\coroname 4.3.7.
Si , alors sur .
Démonstration.
Supposons que la restriction à ne soit pas nulle. Soit une forme sur telle que (proposition 3.2.8 Soit un point du support de et soit une fonction lisse à support propre sur qui vaut au voisinage de . La forme sur est à support compact, donc son prolongement par zéro est une forme à support propre sur et la forme n’est pas nulle sur . D’après le lemme 4.3.6, on a donc . Il existe donc une fonction lisse à support propre sur telle que . Puisque
on a . ∎
\remaname 4.3.8.
Soit un espace -analytique (bon et topologiquement séparé) purement de dimension . Soit une -forme dont la restriction à est nulle. Supposons que soit d’intérieur vide. Alors, .
Soit un point de ; démontrons que est nulle au voisinage de . C’est vrai par hypothèse si ; supposons donc que . Soit un voisinage de qui est un domaine analytique compact de , soit un moment et soit une -forme sur telle que . Comme appartient au support de , appartient au support de et est une -forme non nulle au voisinage de . Par suite, est de dimension au voisinage de . En outre, comme , est contenu dans un polytope de dimension , donc est d’intérieur vide dans les faces de dimension . Il en résulte qu’au voisinage de , la restriction de à chacune des faces de dimension de est nulle. Par suite, est nulle au voisinage de et est nulle au voisinage de .
\remaname 4.3.9.
L’hypothèse « d’intérieur vide » peut sembler surprenante. Elle est vérifiée dans les deux cas importants suivants :
- —
L’espace est sans bord ;
- —
La valuation de est non triviale et l’espace est strict.
C’est évident dans le premier cas. Dans le second, tout ouvert non vide de contient un point rigide par le Nullstellensatz analytique et ces points n’appartiennent pas au bord de , si bien que est dense dans .
4.4 Calcul différentiel sur les courants
4.4.1
L’application linéaire de dans est continue. On note son adjoint, de dans .
On définit de même comme l’adjoint de l’application .
4.4.2
Supposons maintenant que soit purement de dimension . On définit l’opérateur de symétrie sur les courants par la formule :
De la sorte, pour toute forme . En effet,
On dit qu’un courant de bidegré est symétrique si .
4.4.3
Soit une forme différentielle de type sur et soit le courant de bidegré qui lui est associé. Pour toute forme , on a
Comme le support de est disjoint de , la formule de Stokes (théorème 3.12.1) entraîne
autrement dit
On définit ainsi l’opérateur de dans par
| (4.4.3.1) |
De même, on pose
| (4.4.3.2) |
de sorte que pour toute forme , .
On vérifie aussi la relation .
Par ailleurs, il est utile de remarquer que pour tout courant et toute forme , on a
| (4.4.3.3) |
En effet, est l’image de par le transposé de .
4.4.4
Soit un morphisme d’espaces analytiques qui est topologiquement propre et sans bord. Les opérateurs , et sur les courants commutent à l’application d’image directe.
\propname 4.4.5.
Soit un morphisme d’espaces analytiques qui est topologiquement propre. Supposons que soit purement de dimension . On a défini des courants et . On a la relation
| (4.4.5.1) |
Démonstration.
Soit en effet une forme . Par définition, on a
Appliquant la formule de Stokes (théorème 3.12.1), on a donc
Cela démontre la relation indiquée. ∎
4.5 Multiplicités et degré intégral
4.5.1
Soit une algèbre -affinoïde, soit son nilradical, soit l’espace et soit le schéma . Soit , et soit son image sur . L’anneau étant réduit, l’espace analytique est réduit (Berkovich, cf. [29], th. 3.4). Les anneaux locaux artiniens et sont donc tous deux des corps.
Pour tout -module de type fini , on pose
\lemmname 4.5.2.
Pour tout -module de type fini , on a .
Nous dirons que c’est la longueur de (ou du faisceau cohérent associé) en ou en .
Lorsque , cet entier est ce qu’on appelle la multiplicité de la composante irréductible de ; nous dirons également que c’est la multiplicité de en .
Démonstration.
Dans le diagramme commutatif
toutes les flèches sont plates. Il s’ensuit que l’on a pour tout entier et tout -module de type fini des isomorphismes naturels
et
Par conséquent,
Le lemme en résulte par dévissage. ∎
4.5.3
Soit un espace -analytique irréductible, soit un faisceau cohérent sur , et soit le faisceau des éléments localement nilpotents sur . Fixons un domaine affinoïde non vide de . La suite de faisceaux cohérents
s’annule à un rang fini lorsqu’on la restreint à ; elle s’annule donc génériquement à un rang fini, c’est-à-dire qu’il existe tel que soit nul au-dessus d’un ouvert de Zariski non vide de .
Soit un entier. Le faisceau est un faisceau cohérent de -modules, c’est-à-dire un faisceau cohérent sur . Sa restriction à est génériquement libre sur chacune des composantes irréductibles de . Par conséquent, l’ouvert de Zariski de au-dessus duquel est libre est non vide. Comme est connexe ([7], Corollaire 3.3.20), le rang de est constant sur cet ouvert ; on le note .
Pour assez grand, on a . On note et on dit que c’est la longueur générique du faisceau cohérent . Lorsque , on dit que est la multiplicité générique de .
Soit un point de tel que soit artinien. La longueur générique de est alors égale par construction à la longueur de en , et la multiplicité générique de est égale à la multiplicité de en .
4.5.4
Soit un espace -affinoïde et soit un morphisme fini ; soit un point de tel que soit un corps. Le morphisme est fini et plat au-dessus de ; soit le degré correspondant. Alors, est un espace vectoriel de dimension sur , tandis que est un espace vectoriel de dimension . Par suite, la dimension de est égal à .
4.5.5
Soit un corps tel que soit encore irréductible. L’espace n’est pas forcément réduit, et diffère de en général ; il résulte plus précisément des définitions que , où est la multiplicité générique de .
4.5.6
Soit un espace -analytique irréductible de dimension , soit un espace -analytique et soit un morphisme fini. Soit la multiplicité générique de , et soit l’entier . Il résulte de ce qui précède que pour tout domaine affinoïde de , pour tout morphisme fini où est un espace -affinoïde, et pour tout point de tel que soit un corps, le degré de au-dessus de est égal au produit du degré de au-dessus de par . On dira que est le degré intégral de sur .
4.5.7
On déduit alors de la définition des intégrales que pour toute -forme mesurable sur à support fortement paracompact dans , on a , et dans le cas intégrable.
De même, si est une -forme mesurable sur à support fortement paracompact dans , on a , et dans le cas intégrable.
Donnons maintenant quelques exemples.
\exemname 4.5.8.
Le degré intégral de au-dessus de est nul si et seulement si .
\exemname 4.5.9.
Si est réduit, est génériquement libre sur , et le degré intégral de sur est simplement le rang correspondant. En particulier, si est plat son degré intégral est égal à son degré.
\exemname 4.5.10.
Supposons que et soit la multiplicité générique de ; le degré intégral de sur est alors égal à . Ainsi si avec et pour un certain , on a , et le degré intégral de sur est égal à .
Remarquons que le degré intégral de sur est encore égal à si l’on suppose simplement que s’identifie génériquement avec . C’est par exemple le cas lorsque est le normalisé de ([29], définition 5.10).
4.5.11
Cette notion de degré intégral s’étend comme suit au cas des espaces analytiques non nécessairement irréductibles. Soit un espace -analytique purement de dimension , soit un morphisme fini, soit une composante irréductible de , et soit la réunion des autres composantes. Munissons de sa structure générique de sous-espace analytique fermé de , définie en prenant G-localement l’adhérence schématique de . Le degré intégral de sera appelé plus brièvement le degré intégral de au-dessus de .
Comme le support d’une -forme est constitué uniquement de points tel que , il ne contient aucun point situé sur deux composantes irréductibles distinctes de .
Par conséquent, la formule donnée ci-dessus se généralise comme suit. Soit la famille des composantes irréductibles de ; pour tout , soit le degré intégral de au-dessus de . Si est une -forme mesurable sur à support fortement paracompact dans , on a alors , et la même chose sans les valeurs absolues dans le cas intégrable.
Cela vaut également mutatis mutandis pour les -formes.
Si est irréductible, si est fini de degré intégral et si est une extension complète de alors le degré intégral de sur chacune des composantes irréductibles de est égal à .
4.6 Le courant d’intégration et la formule de Poincaré–Lelong
\lemmname 4.6.1.
Soit un espace -analytique purement de dimension et topologiquement séparé. Soit une fonction de dans telle qu’il existe un ouvert de Zariski dense telle que soit lisse. Posons .
L’application linéaire qui, à une -forme , associe l’intégrale est un courant de bidegré sur .
Démonstration.
Il faut vérifier, d’une part que ces intégrales convergent, et d’autre part que cette application linéaire est continue.
Soit un domaine affinoïde de , soit une carte tropicale sur et soit une fonction lisse dont le support est compact et contenu dans . Notons l’intersection du support de et de la réunion dans des images réciproques par des squelettes de , pour toute projection standard de sur ; si , on pose . L’ensemble est une partie compacte de ; pour toute -forme lisse sur , le support de est contenu dans . En outre, puisque est un fermé de Zariski d’intérieur vide de , ; autrement dit, .
Il existe un domaine affinoïde de tel que . La restriction à de est une forme lisse donc le support est contenu dans ; la convergence de l’intégrale de sur en découle, de même que l’égalité .
Par un argument de partitions de l’unité, il en résulte que l’application linéaire est bien définie.
La description précédente dans une carte tropicale fixée entraîne aussi que si . Par suite, est un courant. ∎
4.6.2
Soit une fonction méromorphe régulière sur . Soit le sous-espace de formé des points au voisinage desquels est définie et non nulle ; c’est un ouvert de Zariski d’intérieur vide de sur lequel la fonction est lisse. Le lemme précédent fournit ainsi un courant de bidegré sur .
4.6.3
Soit un espace -analytique purement de dimension et topologiquement séparé. Soit une fonction analytique sur , non diviseur de zéro. Soit le sous-espace analytique fermé de d’équation ; il est purement de dimension .
L’application est alors un -courant positif, qui est fermé dès que est sans bord. On le note .
\lemmname 4.6.4.
Si et sont deux fonctions non diviseurs de zéro sur alors .
Démonstration.
En raisonnant G-localement on se ramène au cas où est affinoïde, d’algèbre associée . La suite exacte
peut se récrire
puisque n’est pas diviseur de zéro dans . Soit une composante irréductible commune aux lieux des zéros de et . Par un calcul de longueur en un point de dont l’anneau local est artinien, on déduit de la suite exacte ci-dessus que la multiplicité générique de comme composante de est égale à la somme de sa multiplicité générique comme composante de et de sa multiplicité générique comme composante de . L’assertion requise s’ensuit aussitôt.
∎
L’additivité de permet de définir le courant associé à un quotient de deux fonctions holomorphes non diviseur de zéro (par la formule ) puis, par recollement, de définir pour toute fonction méromorphe régulière .
Le courant est fermé si est sans bord, il n’est évidemment pas positif en général.
\theoname 4.6.5 (Formule de Poincaré-Lelong).
Soit un espace -analytique purement de dimension et topologiquement séparé. et soit une fonction méromorphe régulière sur . On a l’égalité
Démonstration.
Le théorème est local sur . On peut donc supposer que est de la forme , avec et holomorphes non diviseurs de zéro. Par additivité des deux termes de l’égalité à établir, on se ramène alors au cas où est holomorphe. Pour alléger les notations, nous nous permettrons de noter encore le morphisme qu’elle induit.
On peut supposer que est , et que est purement de dimension relative .
En effet, soit . Supposons que . Comme n’est pas diviseur de zéro, elle est de dimension relative en ; elle est donc de dimension majorée par au voisinage de ([28], th. 4.9), et même égale à en vertu du Hauptidealsatz, au voisinage de . Par ailleurs, appartient à l’idéal maximal de , et n’est pas diviseur de zéro dans celui-ci ; en conséquence, est . Il existe dès lors un voisinage ouvert de dans tel que soit et tel que soit purement de dimension relative .
Si , il existe un voisinage de sur lequel est inversible. Les deux termes de l’égalité à établir sont nuls sur , et celle-ci est dès lors vérifiée sur .
On peut donc supposer que est et que est purement de dimension relative .
Soit un domaine affinoïde de , et soit un moment. Pour tout on note la fibre ; pour tout intervalle réel on note le domaine analytique de défini par la condition . On désigne par le moment produit .
Si est un polytope de dimension et si est une décomposition cellulaire de , la réunion des -cellules de est un polytope purement de dimension qui ne dépend pas de . Nous l’appellerons le -squelette de .
\propname 4.6.6.
Il existe un polytope calibré purement de dimension et un réel possédant les propriétés suivantes :
- 1)
pour tout le -squelette de est égal à en tant que polytope calibré ;
- 2)
pour tout segment contenu dans le -squelette de est égal à en tant que polytope calibré, où est muni du produit du calibrage de par le calibrage standard de .
Démonstration.
Le domaine analytique de contient le fermé de Zariski ; il contient donc un voisinage de (car est sans bord). Par propreté topologique de , on en déduit que est inclus dans pour tout suffisamment proche de .
Nous allons établir un résultat analogue à propos de . Celui-ci est contenue dans une réunion finie de compacts qui sont chacun de la forme pour un certain et un certain ([32], lemme 3.1).
Soit un morphisme et soit . Pour tout , on a ; par conséquent, , et la dimension -analytique de est donc de dimension majorée par . Dès lors, est un polytope de dimension inférieure ou égale à . Son image réciproque est un domaine analytique compact de . Son intersection avec est un domaine analytique compact de ce dernier, qui est dès lors un voisinage de dans ; par conséquent, contient pour suffisamment petit.
Il s’ensuit qu’il existe un polytope de dimension tel que pour tout suffisamment petit. Soit tel que et pour tout .
Choisissons une décomposition cellulaire de telle que soit contenu dans la réunion des cellules de .
Soit une -cellule de . Il suffit de montrer les résultats suivants :
- —
pour tout , on a , et le calibrage de sur est constant et égal à celui de sur ;
- —
pour tout segment de le calibrage de sur se déduit de celui de sur par produit avec le calibrage standard de .
Il résulte de la définition des calibrages que l’on peut, pour ce faire, remplacer par puis, en composant avec une projection bien choisie (de façon à induire une injection sur ), supposer que ; notons que l’égalité (pour ) est préservée par cette modification.
Soit et soit le squelette de . Soit un point de l’image canonique de dans . Nous allons montrer que est fini et plat de degré strictement positif au-dessus de , et que ce degré ne dépend pas de .
La dimension relative de est égale à au-dessus de . En effet, . Si est un antécédent de par , on a
Comme est de dimension , on a et donc . La fibre de en est donc de dimension nulle, ce qu’on souhaitait établir.
Le morphisme est sans bord en tout point situé au-dessus de . En effet, la projection de sur appartient par construction à , laquelle ne rencontre pas ; tous les antécédents de par sont dès lors des points intérieurs de , d’où l’assertion.
Le morphisme est plat au-dessus de . En effet, comme , on a . En conséquence, il résulte de 2.1.3 que l’anneau local est de dimension ; c’est donc ou bien un corps, ou bien un anneau de valuation discrète, puisque est lisse. Si c’est un corps, l’assertion est évidente.
Supposons que ce soit un anneau de valuation discrète, et soit un antécédent de . Comme est un anneau de valuation discrète, la dimension centrale de ce germe (2.1.3) vaut 1. Le morphisme étant fini en par ce qui précède, la dimension centrale de est égale à d’après le lemme 1.13 de [30]. En utilisant à nouveau 2.1.3, on voit que est de dimension . Comme est , l’anneau local est (cf. [29], th. 3.4) et donc de Cohen-Macaulay.
Récapitulons : est une -algèbre finie et de même dimension que ; l’anneau est régulier et est de Cohen-Macaulay. Par conséquent, la -algèbre est plate, et est ainsi plat en tout point situé au-dessus de .
Le degré de au-dessus de ne dépend pas de . Cela résulte simplement de la connexité de , que nous allons établir. Si , notons le point de qui lui correspond. Donnons-nous deux points et de . On relie alors à grâce à un chemin joignant à sur , puis à grâce à un chemin reliant à sur (on utilise la continuité de la section de Shilov associé à ).
Conclusion. Notons cette valeur commune du degré. Soit et soit son image sur . Comme est fini et plat de degré au-dessus de , le morphisme est fini et plat de degré au-dessus de par fonctorialité. En particulier, est égal au degré de au-dessus de n’importe quel point de et il est donc non nul. Il s’ensuit que pour tout ; par compacité, pour tout . Ceci achève la démonstration, nos assertions sur les degrés entraînant les propriétés requises pour les calibrages. ∎
Fin de la preuve de la formule de Poincaré-Lelong.
Les deux courants et sont symétriques ; pour s’assurer de leur égalité, il suffit de les appliquer à une forme test symétrique.
Soit donc une forme lisse à support propre sur . Par compacité et absence de bord, le support de admet un recouvrement fini par des domaines affnoïdes (), contenus dans et possédant les propriétés suivantes :
- —
tout point du support de est contenu dans l’intérieur de l’un des ;
- —
pour tout il existe un moment et une -forme sur telle que .
Notons la réunion des . C’est un domaine analytique compact de , et le support de est par construction contenu dans l’intérieur de .
Pour tout ensemble non vide de , on note l’intersection . Comme est sans bord (et en particulier bon) et topologiquement séparé, il est séparé d’après la proposition 1.4.2 de [8] ; en conséquence, est affinoïde.
Choisissons un réel tel que les conclusions de la proposition 4.6.6 ci-dessus soient satisfaites pour tout par , pour chacun des moments avec . Comme le support de ne rencontre aucun fermé de Zariski de dimension , il ne rencontre pas ; il existe donc tel que que .
Soit le domaine analytique de défini par l’inégalité ; on définit de même et . Par choix de , on a . La formule de Green assure que
Nous allons maintenant analyser chacun des quatre termes en lice.
Le terme . C’est celui que l’on cherche à calculer.
Le terme . Il est nul car .
Le terme . Il est nul car le support de est contenu, par choix de et du réel , dans l’intérieur de .
Le terme . Soit une suite de fonctions de dans telles que vaille sur et sur . Pour tout entier , l’intégrale est égale à
Pour tout , le support de est par construction contenu dans l’intérieur de ; l’intégrale est donc nulle, et il vient .
Fixons , choisissons dans et munissons du moment vers . L’intégrale peut être calculée via ce moment. Il résulte de la forme de que tend, lorsque tend vers l’infini, vers l’intégrale de sur la réunion des faces de contenues dans l’hyperplan .
Comme chacune de ces faces est une - cellule de , et sa discordance comme face de est égale à son calibrage comme cellule de , à produit extérieur près par ; de plus, on obtient ainsi toutes les -cellules de . Par conséquent, tend vers lorsque tend vers l’infini.
On en déduit l’égalité Ceci valant pour tout , il vient . Ce dernier terme s’identifie à , et l’on a bien établi finalement l’égalité
∎