3.4 Existence de tropicalisations (presque) globales [01PT]
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3.4 Existence de tropicalisations (presque) globales
La définition d’une forme lisse est locale, mais lorsque la source est affinoïde, on peut en donner une version partiellement globale ; c’est l’objet de la proposition qui suit.
\propname 3.4.1.
Soit un espace -affinoïde et soit une forme lisse sur . Il existe une famille finie de fonctions holomorphes sur possédant la propriété suivante : soit , soit l’ensemble des indices tels que , soit l’ouvert d’inversibilité simultanée des pour et soit le moment ; le point possède un voisinage ouvert dans tel que tropicalise .
Démonstration.
Soit . Par définition d’une forme lisse, il existe un voisinage ouvert de dans , une famille de fonctions holomorphes inversibles sur , et une forme lisse sur , tels que . Par définition de la topologie de , on peut supposer qu’il existe une famille finie de fonctions analytiques sur et, pour tout , un intervalle ouvert borné de tels que l’ouvert soit défini par la conjonction des conditions pour , et tels que chacune des soit la restriction à d’une fonction inversible (encore notée ) sur le domaine affinoïde de défini par la conjonction des conditions pour .
On peut en outre remplacer chaque par une fonction sur qui a même tropicalisation. Soit l’ensemble des indices tels que . L’algèbre des fonctions analytiques de la forme , où est holomorphe sur et où les sont des entiers négatifs ou nuls, est dense dans l’algèbre des fonctions analytiques sur . Comme la borne inférieure sur de la norme de chacune des est strictement positive, on peut remplacer pour tout la fonction par une fonction de la forme , où est holomorphe sur et où les sont des entiers négatifs ou nuls.
Comme est compact, il admet une partie finie de telle que les , pour , recouvrent . Considérons la famille de toutes les fonctions et , pour , et , et renumérotons-la de façon arbitraire en une famille . La description explicite de donnée ci-dessus pour tout assure que satisfait les conclusions de la proposition. ∎
3.4.2 Bref rappel sur les réductions graduées à la Temkin.
Traditionnellement, la réduction d’une algèbre -affinoïde est définie comme le quotient de l’anneau par son idéal , où est la (semi)-norme spectrale sur , qui coïncide avec le rayon spectral au sens de la théorie générale des algèbres de Banach.
Toutefois, cette réduction ne s’avère exploitable que lorsque est strictement -affinoïde ; elle a en général des propriétés pathologiques – ainsi, si , l’algèbre est isomorphe à , alors qu’elle devrait moralement être de dimension .
Pour remédier à ces défauts, Temkin a développé dans [53] une théorie de la réduction graduée des algèbres affinoïdes.
Rappelons brièvement en quoi elle consiste. Pour toute algèbre -affinoïde , Temkin définit comme l’anneau -gradué
Remarquons que la réduction traditionnelle s’interprète maintenant comme l’ensemble des éléments homogènes de degré 1 de (attention, la graduation est multiplicative !).
La plupart des propriétés de la réduction usuelle se déclinent mutatis mutandis dans ce contexte ; il convient simplement de remplacer un certain nombre de notions d’algèbre commutative par leurs avatars gradués. Nous n’entrerons pas ici dans les détails ; le lecteur intéressé pourra consulter [53] ou [32]. Indiquons simplement que l’on dispose d’une application anticontinue de réduction de vers sa réduction graduée , définie comme l’ensemble des idéaux homogènes premiers de .
\lemmname 3.4.3.
Soit un morphisme entre espaces -affinoïdes et soit un compact contenu dans . Il existe une famille de fonctions analytiques non nilpotentes sur telle que les propriétés suivantes soient satisfaites, en désignant pour tout par le rayon spectral de :
- 1.
Pour tout et tout on a ;
- 2.
Pour tout il existe tel que .
Démonstration.
Notons et les réductions graduées à la Temkin des espaces affinoïdes et , ainsi que l’application induite par . Soit la flèche de réduction. Notons et les algèbres respectivement associées à et , et et leurs réductions graduées.
Soit . Notons (resp ) l’idéal de (resp. ) engendré par les éléments homogènes s’annulant sur (resp. ). Soit le sous-ensemble de formé des points tel que soit finie sur . En vertu du going-up gradué, si alors .
L’intérieur est précisément égal à ([53], Proposition 3.1).
Soit . Comme , on a . L’image réciproque du fermé de est ouverte, et la compacité de entraîne alors que est contenu dans une réunion finie , où les appartiennent à ; notons que est un fermé de , qui est contenu dans .
Par quasi-compacité de , il existe une famille de fonctions analytiques non nilpotentes sur , de rayons spectraux respectifs , telle que soit le lieu des zéros des , où désigne l’image canonique de dans le groupe des éléments homogènes de degré de .
Soit . Puisque , on a pour tout l’égalité , ce qui signifie exactement que .
Soit . Le point n’appartient pas à , et a fortiori pas à . Il s’ensuit qu’il existe tel que , ce qui signifie exactement que est égal à . ∎
\propname 3.4.4.
Soit un morphisme entre espaces -affinoïdes, où est purement de dimension . Soit une famille de formes à coefficients mesurables sur . Soit un compact contenu dans constitué de points tels que .
Il existe un voisinage affinoïde de dans , qui est un domaine rationnel de , et un moment tels que les deux propriétés suivantes soient satisfaites :
1) tropicalise chacune des ;
2) .
Démonstration.
Soit l’algèbre des fonctions analytiques sur . Il résulte de la proposition 3.4.1 qu’il existe une famille finie de fonctions appartenant à possédant la propriété suivante :
Soit , soit l’ensemble des indices tels que , soit l’ouvert d’inversibilité simultanée des pour et soit le moment ; le point possède un voisinage ouvert dans tel que tropicalise chacune des .
Soit . Comme , le point n’est situé sur aucun fermé de Zariski de de dimension ; comme est purement de dimension , cela signifie que n’appartient qu’à une composante irréductible de , et est Zariski-dense dans celle-ci.
Soit la famille des composantes irréductibles de . On pose ; pour tout , on désigne par la composante irréductible de qui correspond à .
Par le lemme d’évitement des idéaux premiers appliqué sur le schéma affine , il existe une fonction holomorphe sur telle que s’annule en tout point de dès que , et soit génériquement inversible sur pour tout ; notons (resp. ) le lieu des zéros de sur (resp. ).
Soit . L’ouvert de est la réunion disjointe des ouverts . Il existe donc sur et un entier tels que pour tout la fonction soit égale à si est génériquement inversible sur , et égale à dans le cas contraire :
Modifions la famille en remplaçant chacun des par , et en posant ; puis écrivons au lieu de , pour alléger les notations. La nouvelle famille ainsi obtenue satisfait encore sous réserve que l’on se limite aux points , c’est-à-dire aux points en lesquels est inversible ; et chacune des est maintenant génériquement inversible sur toutes les , et est donc inversible au voisinage de .
Le compact est contenu dans . En vertu du lemme 3.4.3, il existe un nombre fini de fonctions analytiques non nilpotentes sur , de rayons spectraux respectifs , telles que :
- —
pour tout et tout , ;
- —
pour tout , il existe tel que .
Choisissons pour tout un nombre réel strictement positif tel que sur , et soit le domaine affinoïde rationnel de défini par la conjonction d’inégalités ; comme ne s’annule pas sur , on peut écrire .
Fixons . Soit l’ensemble des indices tels que soit génériquement inversible ; elle est alors inversible au voisinage de . Pour tout , choisissons deux réels et différents de , tels que et tels que sur . Soit le domaine affinoïde de défini par la conjonction des inégalités pour et soit le domaine affinoïde de ; c’est un domaine rationnel de , et partant de .
Si , on note la fonction analytique sur qui vaut sur et sur .
Soit . Il appartient à l’un des ; on a donc si , et sinon. En conséquence, le point n’appartient pas à ; il vient .
Soit . Par définition du domaine affinoïde , on est dans l’un des deux cas suivants, non exclusifs l’un de l’autre.
- —
Premier cas : il existe tel que . On a alors .
- —
Second cas : il existe tel que et . La définition de et assure alors que ; et comme et sont différents de , le réel n’appartient pas non plus à ; il s’ensuit que .
Soit le moment défini sur par la concaténation des et des ; il résulte de ce qui précède que . Par ailleurs, soit . Par choix des , il existe un polytope compact qui est un voisinage de dans tel que chacune des provienne via d’une forme sur . Le lemme 3.2.2 assure que les sont uniquement déterminées ; il garantit également leur recollement lorsque varie. Ainsi, tropicalise chacune des . ∎