1.2 Superformes, d’après A. Lagerberg [01LH]
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1.2 Superformes, d’après A. Lagerberg
1.2.1
Pour tout espace affine réel , on note le faisceau des fonctions sur , son espace directeur et le dual de .
Soit un espace affine de dimension finie sur Dans [43], Lagerberg définit comme suit la notion de superforme de type sur un ouvert de , que nous appellerons simplement dans ce qui suit forme de type : c’est un élément de
Elles sont bien sûr nulles si ou . En particulier, est l’anneau des fonctions sur .
1.2.2
Une classe admissible de fonctions numériques consiste en la donnée, pour tout espace affine réel de dimension finie d’un -module de fonctions mesurables sur , tel que pour toute application affine , tout ouvert de et tout , la composée appartienne à .
Par exemple, la classe des fonctions pour , celle des fonctions mesurables, ou celle des fonctions localement intégrables, sont des classes admissibles de fonctions numériques.
Tout particulièrement dans le cas de ces deux derniers exemples, le lecteur prendra garde que les sections de sont toujours de vraies fonctions : nous ne quotienterons jamais par le sous-espace des fonctions nulles presque partout.
On dira que la classe est stable par multiplication si pour tout espace affine réel et tout ouvert de , le produit de deux fonctions de appartient à .
À l’exception de celle des fonctions intégrables, toutes les classes évoquées ci-dessus sont stables par multiplication.
1.2.3
Soit une classe admissible de fonctions numériques. Une forme de type à coefficients dans sur l’ouvert est un élément de
1.2.4
Une fois choisie une base de et une origine de , on dispose de coordonnées qui permettent d’identifier à (où ). Pour distinguer les formes linéaires apparaissant dans le premier facteur de celles apparaissant dans le second , on convient de noter systématiquement les premières avec le préfixe et les secondes avec le préfixe . Une forme de type sur à coefficients dans s’écrit ainsi
où les appartiennent à , et où et parcourent respectivement les suites strictement croissantes d’entiers compris entre et .
1.2.5
On note l’involution de l’algèbre qui induit l’isomorphisme identique de sur . Elle induit une involution, encore notée , du -module gradué , qui est un automorphisme de -algèbre lorsque est stable par multiplication.
En coordonnées, on a
Lorsque , on dit qu’une forme de type est symétrique si elle vérifie ; cela revient donc à exiger que pour tout couple .
1.2.6
La somme directe est naturellement munie d’une structure d’algèbre graduée sur l’anneau obéissant à la règle de commutativité suivante : si est de type et de type , alors
Ainsi, la forme sera plutôt notée .
Cette structure d’algèbre induit une structure de -module gradué sur ; lorsque la classe est stable par multiplication, elle induit aussi une structure de -algèbre graduée.
1.2.7
Les formes de type à coefficients dans constituent un faisceau en -modules sur , qui sera noté . On a .
La somme directe est un faisceau en -modules gradués, muni d’une involution .
Lorsque est stable par multiplication, est un faisceau en -algèbres graduées et est un morphisme de -algèbres.
1.2.8
Soit une application affine entre deux espaces affines de dimension finie. On définit de façon évidente l’image réciproque d’une forme de type à coefficients dans sur un ouvert de ; c’est une forme de type à coefficients dans sur .
1.2.9
Les faisceaux sont munis de deux opérateurs différentiels, et , définis ainsi en coordonnées. Pour comme ci-dessus,
Ainsi, est de type , tandis que est de type . Notons que pour , les symboles et sont bien les images par et de la fonction affine sur . Remarquons aussi que la différentielle n’est autre que l’opérateur induit par la connexion naturelle dans le fibré vectoriel trivial de fibre .
Ces opérateurs s’étendent de façon évidente aux formes à coefficients dans une classe admissible de fonctions, pourvu que cette classe ait une régularité suffisante. Par exemple, si est une forme de type à coefficients de classe , et sont des formes de types et à coefficients de classe .
\lemmname 1.2.10.
On a les relations
Démonstration.
Par linéarité, il suffit de traiter le cas d’une forme de la forme , où et sont des multiindices de longueur et . Alors,
Les autres relations s’en déduisent, compte tenu du fait que est une involution. ∎
1.2.11
Les opérateurs et sont des dérivations de l’algèbre graduée . Si et sont respectivement de type et , on a
et de même pour .
\remaname 1.2.12.
Comme on le voit, le dédoublement des variables différentielles introduit par Lagerberg dans [43] permet un calcul différentiel avec des formes de type (pour ) sur un espace réel de dimension qui est formellement analogue au calcul différentiel holomorphe. Expliquons comment on peut l’interpréter en termes de géométrie tropicale complexe. Soit le tore complexe , soit et soit l’application de tropicalisation donnée par . Elle identifie au quotient de par son sous-groupe compact maximal . Interprétant comme et comme , toute superforme de type sur un ouvert de définit une forme différentielle de degré sur qui est invariante par l’action de . Inversement, toute forme de degré sur peut s’écrire sous la forme
où sont respectivement module et argument de (de sorte que et ). Si, de plus, est invariante sous l’action de , on obtient que ne dépend pas de , si bien que provient d’une superforme de type sur . Autrement dit, on a un isomorphisme de faisceaux sur .
Par contre, cette identification ne préserve pas le type des formes en général ; ce n’est déjà pas le cas pour qui n’est pas de type . Toutefois, les formes ainsi obtenues sur sont réelles, et les superformes symétriques de type donnent lieu à des formes de type .