§ 5 Courants positifs, théorie de Bedford-Taylor [01SX]
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§ 5 Courants positifs, théorie de Bedford-Taylor
5.1 Formes positives en géométrie tropicale
Rappelons des définitions de Lagerberg [43].
\definame 5.1.1.
Soit un espace affine réel de dimension . Soit une forme lisse de type sur un ouvert de .
- a)
Si , on dit que est positive si dans une base de , il existe une fonction lisse sur , positive ou nulle en tout point, telle que . (Il existe alors une telle fonction pour toute base de .)
- b)
On dit que est faiblement positive si pour toute famille de formes de type , la -forme
est positive sur .
- c)
On dit que est positive si pour toute forme de type , la -forme
est positive sur .
- d)
On dit que est fortement positive s’il existe des fonctions , lisses et positives ou nulles sur , et des formes de type (pour et dans un ensemble fini) telles que
Pour l’explication du signe dans la condition c), noter que si est le produit de formes de type , alors
5.1.2
Une fonction est fortement positive si et seulement si elle prend des valeurs positives ou nulles en tout point.
Une forme fortement positive est positive, une forme positive est faiblement positive. En bidegrés , , et ces trois notions coïncident.
Chacun de ces trois espaces de formes définit un cône convexe fermé. Par définition, une forme de type est faiblement positive si et seulement si est positive pour toute forme fortement positive de type . Comme ces conditions sont ponctuelles, la bidualité des cônes convexes fermés en dimension finie entraîne que est fortement positive si et seulement si est positive pour toute forme faiblement positive .
La condition de positivité est auto-duale ([43], commentaires avant le lemme 2.2) : une forme de type est positive si et seulement si est positive pour toute forme positive de type .
\propname 5.1.3 ([43], Proposition 2.2).
Une forme de type sur un ouvert de est faiblement positive si et seulement si pour tout espace affine de dimension et toute application affine , est une forme positive sur l’ouvert de .
\propname 5.1.4 ([43], Lemma 2.1).
Soient des formes positives (resp. faiblement positives) et posons .
Si les sont toutes fortement positives, alors est fortement positive.
Si au plus une d’entre elle n’est pas fortement positive, alors est positive (resp. faiblement positive).
Démonstration.
Par récurrence, il suffit de prouver que si une forme est fortement positive, alors est de même nature que . On peut supposer que est de la forme , où les sont des formes de type . Dans chacun des trois cas, la preuve est alors directe. ∎
\remaname 5.1.5.
Soit une forme lisse de type sur un ouvert d’un espace affine . Soit un sous-espace affine de et soit . Si est positive (resp. faiblement positive, resp. fortement positive) sur , il en est de même de sa restriction à .
Comme toute forme sur est la restriction d’une forme sur , c’est évident dans le cas d’une forme fortement positive. Traitons les deux autres cas.
Soit une base de telle que les restrictions de à soient linéairement indépendantes. Supposons positive et montrons que l’est encore. Soit une forme de type sur et soit une forme de type sur dont la restriction à est égale à . On peut donc écrire
où est une fonction lisse sur . Par suite, la décomposition de la forme
on a si . Posons alors . On constate que
Comme est positive, est positive ou nulle sur ; par suite, est positive ou nulle sur , ce qui démontre que est positive.
Lorsque est faiblement positive, le même argument prouve que est faiblement positive ; il suffit de remarquer qu’une forme qui est le produit de formes de type sur est la restriction à de produit de formes de type sur .
5.1.6
Soit la forme sur . On a
Pour tout entier , la restriction de à un sous-espace affine de dimension est un multiple (strictement positif) de la mesure de Lebesgue sur ce sous-espace. Ainsi, est positive. En fait, est même fortement positive ([41], corollaire 1.17).
On dira qu’une forme de type est strictement positive (resp. faiblement, ou fortement positive) s’il existe un nombre réel tel que soit une forme positive (resp.…).
5.2 Formes positives sur un sous-espace linéaire par morceaux
\definame 5.2.1.
Soit un espace affine de dimension finie sur et soit un sous-espace linéaire par morceaux de . Soit une forme lisse de type sur . On dit que est positive (resp. faiblement positive, resp. fortement positive) s’il existe une décomposition polytopale de telle que pour toute cellule fermée maximale de , la restriction de à soit une forme positive (resp. faiblement positive, resp. fortement positive) en tant que forme de type définie sur un voisinage de dans l’espace affine .
5.2.2
À l’aide de la proposition 5.1.4, on vérifie face par face que si sont des formes lisses fortement positives, alors est fortement positive. De même, si elles sont faiblement positives et qu’au plus une d’entre elles n’est pas fortement positives, ce produit est une forme faiblement positive.
Si est un sous-espace linéaire par morceaux purement de dimension (au sens où toute face maximale de est de dimension ), les notions de formes positives et fortement positives coïncident en bidegrés , , et .
La restriction à un sous-espace linéaire par morceaux d’une forme positive (resp. faiblement, resp. fortement positive) l’est encore.
\lemmname 5.2.3.
Soit un espace affine de dimension finie sur et soit un sous-espace linéaire par morceaux de . Pour toute forme lisse de type sur , il existe des formes lisses fortement positives et telles que .
Démonstration.
On peut supposer que . Soit la -forme sur . Comme est fortement positive, elle appartient à l’intérieur du cône des formes de type strictement positives sur ; il existe donc une fonction strictement positive sur telle que soit une forme fortement positive.
Il suffit de poser et . ∎
5.3 Formes lisses positives sur un espace analytique
Sauf mention explicite du contraire, les espaces analytiques sont supposés être bons et topologiquement séparés.
\definame 5.3.1.
Soit un espace analytique (bon, séparé). On dit qu’une forme lisse de type sur est positive (resp. faiblement, resp. fortement positive) si pour tout point de , il existe un voisinage de dans qui est un domaine analytique compact, un moment et une forme lisse positive (resp. faiblement, resp. fortement positive) sur telle que .
5.3.2
On vérifie immédiatement dans des cartes tropicales adéquates que si sont des formes lisses fortement positives, alors est fortement positive. De même, si elles sont faiblement positives et qu’au plus une d’entre elles n’est pas fortement positives, ce produit est une forme faiblement positive.
Si est de dimension , les notions de formes positives et fortement positives coïncident en bidegrés , , et .
\lemmname 5.3.3.
Soit un espace analytique (bon, séparé). Pour toute forme lisse de type dont le support est fortement paracompact, il existe des formes lisses fortement positives
et telles que .
Démonstration.
Soit une famille de cartes tropicales, de sorte que soit un moment sur un ouvert de et un polytope compact contenant , et, pour tout , soit une forme sur telle que . Par hypothèse, il existe une famille localement finie de fonctions lisses sur , subordonnée à ce recouvrement, telles que pour tout et est identiquement égale à au voisinage du support de .
Pour tout , choisissons des formes fortement positives et sur telles que . Posons alors et ; ce sont des formes lisses et fortement positives telles que . ∎
5.4 Courants positifs
5.4.1
Soit un espace analytique (bon, séparé), soit un entier. Un courant de bidimension est dit est dit faiblement positif, respectivement positif, respectivement fortement positif, si pour toute forme qui est fortement positive, respectivement positive, respectivement faiblement positive, on a .
Supposons que soit purement de dimension . Comme les diverses notions de positivité pour les formes de type , , et coïncident, il en va de même pour les courants.
5.4.2
Les courants d’intégration construits au paragraphe 4.3 sont positifs.
5.4.3
L’image directe d’un courant positif (resp. faiblement positif, fortement positif) est de même type. Cela résulte du fait que la même propriété vaut pour l’image inverse des formes.
\lemmname 5.4.4.
Soit un espace analytique (bon, séparé), soit un entier et soit une application linéaire de dans qui est positive en toute forme faiblement positive. Alors, est un courant.
Démonstration.
Il faut prouver la continuité de . Soit une suite de formes lisses qui converge vers et prouvons que converge vers .
Soit un recouvrement fini de par des affinoïdes de sur lequel les et soient tropicales. Pour tout , soit un moment, notons , et soit (resp. pour ) une forme sur telle que (resp. . Pour tout , soit une fonction lisse sur dont le support est compact et contenu dans , à valeurs dans , telle que soit identiquement égale à dans un voisinage de . On a alors
Pour tout , il existe un affinoïde contenu dans l’intérieur de , contenant le support de et tropicalisant cette forme. Notons . Par hypothèse, les coefficients de convergent uniformément vers ceux de sur chaque face de Soit une forme lisse strictement positive sur Pour tout , il existe un nombre réel tel que pour tout , et on peut le choisir de sorte que la suite tende vers . Cela entraîne que
donc tend vers . Finalement, tend vers , ainsi qu’il fallait démontrer. ∎
5.4.5
Soit un espace -analytique (bon, séparé,…). Soit une mesure positive (au sens de Bourbaki) sur l’espace analytique , c’est-à-dire une forme linéaire positive sur l’espace des fonctions continues à support compact sur , muni de la topologie de la convergence uniforme sur les compacts. Par restriction à l’espace des fonctions lisses, définit un courant positif qu’on notera .
\propname 5.4.6.
Soit un espace -analytique. L’application ainsi définie est une bijection de l’espace des mesures positives sur sur l’espace des courants positifs de degré sur .
Démonstration.
Soit un courant positif de bidegré . Pour toute fonction lisse , à support compact dans , on a donc .
Soit une partie compacte de , soit un voisinage de dans . Soit une fonction lisse que vaut au voisinage de et dont le support est compact et contenu dans . Si est une fonction lisse de support contenu dans , on a pour tout ; cette inégalité vaut aussi pour puisqu’alors et . Par suite,
Appliquant cette inégalité à , on en déduit qu’il existe un nombre réel tel que
pour toute fonction lisse dont le support est contenu dans .
Considérons un voisinage relativement compact de qui est contenu dans . Toute fonction continue à support dans est limite uniforme d’une suite fonctions lisses à support dans ; si est positive, on peut aussi supposer que pour tout , est positive. L’inégalité précédente, appliquée au compact , entraîne que la suite est de Cauchy, et que sa limite est indépendante du choix de la suite choisie ; elle est aussi indépendante du choix d’un compact et d’un voisinage relativement compact tels que . Notons cette limite. Si est lisse, on a . Si est positive, pour tout , donc . En outre, l’application est linéaire. C’est donc une mesure positive sur telle que .
Enfin, si , les mesures et coïncident sur les fonctions lisses. Par l’argument de densité ci-dessus, elles sont égales. ∎
\coroname 5.4.7.
Soit un espace -analytique (bon, séparé) équidimensionnel. Soit une fonction continue sur et soit un courant positif. Il existe un unique courant sur , noté , tel que soit la limite de la suite pour toute forme lisse à support propre sur et toute suite de fonctions lisses sur qui converge uniformément vers dans un voisinage du support de .
Si est positive, le courant est positif.
Démonstration.
Soit une forme lisse à support propre sur , choisissons des formes lisses, fortement positives et sur telles que (lemme 5.3.3). Soit aussi un voisinage relativement compact de et une fonction lisse sur , à support dans , qui vaut au voisinage de et à valeurs positives ou nulles. On a donc ; cela permet de supposer que et sont à support dans .
Les applications et sont des courants positifs de degré à support dans , donc définissent des mesures positives sur , dont le support est contenu dans (proposition 5.4.6). Leur différence est une mesure sur à support contenu dans . Comme le support de est propre et contenu dans , cette mesure s’étend par continuité en une application linéaire continue sur l’espace des fonctions continues sur muni de la topologie de la semi-norme de la convergence uniforme sur . Cela définit pour toute fonction continue sur et toute forme à support propre sur . Si et sont positives, on a bien , comme affirmé dans l’énoncé.
Lorsque est positive, l’application est linéaire et est positive en toute forme faiblement positive. D’après le lemme 5.4.4, c’est alors un courant positif. Le cas d’une fonction continue arbitraire en résulte. ∎
5.4.8
En prenant pour courant celui associé à la fonction lisse , c’est-à-dire le courant d’intégration sur , on prolonge donc l’injection de dans en une application linéaire de dans . On notera le courant associé à une fonction continue sur .
\propname 5.4.9.
Soit une fonction continue sur . Si le courant est nul, alors est identiquement nulle sur . En particulier, si est d’intérieur vide dans , l’application linéaire de dans est injective.
Démonstration.
Supposons et démontrons que est nulle sur . Raisonnons par l’absurde et soit un point intérieur de tel que . Il existe alors une fonction continue sur telle que soit identiquement égale à dans un voisinage de . (Considérer un voisinage de sur lequel ne s’annule pas, puis un voisinage de contenu dans sur l’adhérence duquel admet une borne inférieure strictement positive. Soit une fonction lisse qui vaut sur et dont le support est contenu dans . La fonction sur se prolonge par en une fonction continue sur et l’on a en tout point de .) La définition du courant entraîne que le courant est identiquement nul. Par suite, la restriction à du courant d’intégration est nul, ce qui est absurde. ∎
5.5 Fonctions plurisousharmoniques
\definame 5.5.1.
Soit un espace analytique équidimensionnel. On dit qu’une fonction continue sur est plurisousharmonique (psh) si le courant est positif.
On note l’ensemble des fonctions continues plurisousharmoniques sur . C’est un sous-cône réel de l’espace vectoriel des fonctions continues sur .
Si est un morphisme d’espaces analytiques équidimensionnels et , alors .
\lemmname 5.5.2.
Pour qu’une fonction sur soit plurisousharmonique, il faut et il suffit qu’elle le soit au voisinage de tout point. En d’autres termes, le sous-foncteur du faisceau des fonctions continues sur est un faisceau.
Démonstration.
Soit une fonction sur . Si est continue et est un courant positif, il en reste de même après restriction à tout ouvert de , si bien que est psh. Inversement, supposons que tout point de ait un voisinage sur lequel est psh. Soit une famille d’affinoïdes de dont les intérieurs recouvrent telle que pour tout , la restriction de à soit psh. Soit une partition de l’unité subordonnée au recouvrement formée de fonctions lisses. Notons et soit une forme lisse positive. On écrit , où la somme n’a qu’un nombre fini de termes non nuls puisque le support de est compact. Pour tout , est une forme lisse positive dans . Puisque est psh, on a donc . Par suite,
de sorte que le courant est positif, comme annoncé. ∎
\lemmname 5.5.3.
Supposons que soit compact, soit un moment et soit . Soit une fonction continue sur . Pour que la fonction soit plurisousharmonique, il faut et il suffit que la restriction de à toute face maximale de soit convexe.
Démonstration.
Supposons que la restriction de à toute face maximale de soit convexe. Soit une -forme lisse positive et prouvons que . Soit une famille d’affinoïdes de dont les intérieurs recouvrent telle que pour tout , la restriction de à soit tropicale, de la forme , où est un moment. Soit une partition de l’unité subordonnée au recouvrement formée de fonctions lisses. Il n’est pas restrictif de supposer que le moment raffine le moment , c’est-à-dire qu’il existe un morphisme affine de tores tel que . Posons alors ; c’est une fonction continue sur ; sa restriction à chaque face maximale de est convexe. On a alors
Pour tout , soit un domaine affinoïde contenu dans l’intérieur de qui tropicalise et contenant le support de . Quitte à changer les notations et à raffiner le moment , on se ramène au cas où . Soit le calibrage canonique de ; on a donc
Puisque est convexe sur toute face maximale de , est une -forme fortement positive sur chacune de ces faces, et est une -forme positive. Ainsi, est une somme d’intégrales de formes positives, donc est positive.
Démontrons maintenant la réciproque en supposant que est un courant positif. Soit une face maximale de ; prouvons que la restriction de à est convexe. Soit une fonction positive ou nulle sur , nulle sur . Pour toute forme positive de type sur , s’étend en une forme positive sur et la condition entraîne que . D’après la proposition 2.5 de [43], il en résulte que est convexe sur , d’où la proposition. ∎
\remaname 5.5.4.
Le maximum de deux fonctions tropicalement continues et psh est tropicalement continue et psh. En effet, le maximum de deux fonctions convexes continues l’est encore.
5.6 Produits de courants positifs
\lemmname 5.6.1.
Soit des fonctions psh lisses sur , soit . Alors, pour tout ,
Démonstration.
Comme les formes de bidegré commutent, il suffit de traiter le cas où . Alors
puis
L’assertion résulte alors de la formule de Green. ∎
\propname 5.6.2.
Soit une forme lisse, soit un voisinage compact de son support. Il existe un nombre réel tel que pour toutes fonctions psh lisses sur et toute fonction lisse sur , on ait
Démonstration.
La preuve est par récurrence sur . Soit un voisinage du support de qui est contenu dans .
Définissons une suite de formes fortement positives à support contenu dans de la façon suivante. Considérons des formes et , fortement positives et à support contenu dans telles que ; posons . Soit tel que est construite. Considérons des formes et , fortement positives, à support compact contenu dans , telles que et posons .
On commence par écrire
Le produit des formes fortement positives est une forme positive et son support est contenu dans . Par suite, le premier terme est majoré par
Un raisonnement analogue avec l’autre terme, ainsi qu’avec , fournit la majoration
Appliquons alors le lemme précédent ; on obtient
Par récurrence, il vient
d’où la proposition puisque . ∎
\definame 5.6.3.
On dit qu’une fonction sur un espace analytique est localement psh-approchable si tout point de possède un voisinage sur lequel est limite uniforme de fonctions psh lisses.
On dit qu’une fonction est localement approchable si elle est localement la différence de deux fonctions localement psh-approchables.
Les fonctions localement approchables forment un sous-faisceau en -espaces vectoriels du faisceau des fonctions continues. Il est engendré par le faisceau des fonctions localement psh-approchables qui en forme un sous-faisceau en cônes réels.
\remaname 5.6.4.
Je ne sais pas si toute fonction continue psh est localement psh-approchable, ni même localement approchable. Je ne suis même pas sûr que ce soit vrai : les techniques de régularisation standard (du côté réel) laissent penser que c’est le cas si est tropicale et psh (mais encore, passer d’un espace vectoriel à un espace PL ne semble trivial), elle est localement approchable, mais le cas général résiste.
Dans le cas des courbes, je crois avoir prouvé que si est psh, et si est un compact formé de points de type II ou III, alors est limite uniforme sur de fonctions psh lisses avec pôles.
\coroname 5.6.5.
Soit des fonctions localement psh-approchables sur .
Alors, il existe un unique courant positif
sur tel que pour tout ouvert , toute forme lisse , et toute famille de suites de fonctions lisses psh sur telle que converge uniformément vers ,
Démonstration.
Soit un ouvert de , soit et soit une famille de suites de fonctions lisses psh sur telle que converge uniformément vers . Il découle de la proposition précédente que la suite est de Cauchy, donc converge. Sa limite ne dépend pas des suites choisies : considérons une autre famille de suites approximantes et construisons la suite dont les termes pairs sont fournis par les suites et les termes impairs par les suites ; cette suite est encore de Cauchy, donc converge. Il en résulte que et ont même limite. Notons cette limite.
L’application est linéaire. Supposons que soit faiblement positive. Pour tout , les formes sont fortement positives (elles sont de type ), donc est faiblement positive. En particulier, pour tout , donc . Il résulte alors du lemme 5.4.4 que l’application est un courant positif.
Soit un ouvert de sur lequel les fonctions sont localement psh-approchables. Par construction, les restrictions à des courants et coïncident avec le courant .
Puisque est recouvert par des ouverts sur lesquels les fonctions sont localement psh-approchables, il existe un unique courant sur dont la restriction à est égale à , pour tout ouvert sur lequel les fonctions sont localement psh-approchables. ∎
\coroname 5.6.6.
Soit un espace analytique. Il existe un unique morphisme -linéaire symétrique
défini sur le faisceau des fonctions continues localement approchables à valeurs dans le faisceau des mesures sur , et qui prolonge l’application précédemment définie lorsque sont localement psh-approchables.
\definame 5.6.7.
Si est une fonction localement approchable sur , la mesure est appelée mesure de Monge-Ampère de , et notée .
Si est localement psh-approchable, cette mesure est positive (corollaire 5.6.5).
5.6.8
Dans [5], Bedford et Taylor définissent par récurrence, si est psh localement bornée. Plus généralement, si est un courant positif fermé (symétrique, éventuellement), on pose . Autrement dit, on pose . Comme est un courant positif, l’application est une mesure (signée) à support compact sur , donc s’étend aux fonctions mesurables bornées. L’application est alors un courant sur , positif si est positive. On définit comme le courant . Pour prouver qu’il est positif, il faudrait démontrer que est limite décroissante de fonctions psh lisses. Il est aussi fermé (c’est évident).
5.7 Un calcul d’opérateur de Monge-Ampère (cas réel)
\lemmname 5.7.1.
Soit un ouvert de et soit une fonction de classe . Alors,
Démonstration.
Partons de la formule
Alors, dans l’expression
tous les termes pour lesquels ou sont nuls. Ainsi,
Remarquons aussi que
où désigne la signature d’une permutation. En outre, si , on a
et
Par suite,
ainsi qu’il fallait démontrer. ∎
\lemmname 5.7.2.
La fonction de dans est convexe.
Soit une famille de nombres réels strictement positifs. La fonction de dans donnée par
est convexe. Lorsque , on a
la limite étant uniforme sur .
Démonstration.
La première propriété résulte de ce qu’un maximum de fonctions convexes est convexe. La fonction est lisse sur ; pour démontrer qu’elle est convexe, il suffit de démontrer que sa hessienne est positive. On a en effet
Par suite, pour tout , on a
Posons . Comme la fonction est convexe, on a
si bien que .
Soit . Pour tout , on a
si bien que
tandis que
Par conséquent, si , on a
ce qui entraîne que converge uniformément vers lorsque tend vers par valeurs supérieures. ∎
5.7.3
Soit un espace affine réel de dimension finie et soit une famille non vide de formes affines sur . Les conditions suivantes sont équivalentes :22 2 conditions vraisemblablement équivalentes dont je ne sais laquelle doit être mise en évidence. Le seul but est d’introduire une terminologie qui permet la non-nullité du coefficient devant une masse de Dirac.
(i) Soit . La famille de formes linéaires sur contient une base de l’espace dual .
(ii) La famille contient un repère affine de l’espace des formes linéaires sur .
(iii) La famille contient un repère affine de l’espace des formes affines sur modulo le sous-espace des formes constantes.
Nous dirons alors que la famille est très séparante. Si c’est le cas, l’ensemble des points de tels que pour tous est de cardinal au plus .
(Preuves : (v)(ii). Si , avec et , on a , puis . Et inversement. Donc les sont affinement liés modulo constantes ssi les sont linéairement dépendants.
(iv)(v). Car ssi est constante.
(v) rabiot. Soit tel que pour tous , et . Alors, s’annule en . Si ces formes linéaires contiennent une base du dual de , il en résulte .)
\propname 5.7.4.
Soit un espace affine réel de dimension , soit un vecteur-volume sur . Soit une famille de formes affines sur et soit .
Pour , soit l’ensemble des tels que . Soit l’ensemble des points de tels que la famille soit très séparante. L’ensemble est fini et il existe une famille de nombres réels positifs ou nuls, à support fini, telle que
En outre, ne dépend que de la famille et du vecteur-volume .
Démonstration.
Soit une partie non vide de telle que la famille sépare . Fixons . Chaque équation , pour (), définit une hyperplan affine de ; par hypothèse, l’intersection de ces hyperplans est de cardinal au plus . Par suite, l’ensemble est fini.
Soit un point de . Au voisinage de , on a donc . Autrement dit, si est assez petit, on a
où est la forme linéaire associée à . D’après le lemme 5.7.2 qu’au voisinage de , est limite uniforme d’une famille de fonctions convexes lisses provenant de l’espace affine image de par les formes , pour . Si cet espace est de dimension , on a donc , d’où au voisinage de .
Cela démontre que le support de la mesure est contenu dans , d’où la proposition. La dernière assertion est évidente. ∎
La preuve du lemme suivant contient une formule explicite pour ces coefficients .
\lemmname 5.7.5.
Soit un espace vectoriel réel de dimension , soit un vecteur-volume sur . Soit une famille de formes linéaires sur et soit . Il existe un nombre réel tel que
de plus, si ne contient pas de base de .
Démonstration.
Soit une famille de nombres réels strictement positifs. Rappelons que est une fonction convexe, lisse, qui converge uniformément vers quand . On a donc . Remarquons que
Par suite, pour toute fonction sur qui est lisse à support compact, on a
Cela démontre l’égalité annoncée, avec . Si elle pourrait être établie directement (soit par un calcul, soit par des propriétés générales, cf. [43], Proposition 3.9), la convergence de cette dernière intégrale résulte aussi de ce calcul. En effet, prenons pour une fonction positive ou nulle, égale à dans un voisinage de . Comme est convexe, est une mesure positive. Alors,
La positivité du courant entraîne que . Si l’on soustrait de toutes les , cela remplace et par et , donc ne modifie pas et . Cela permet de supposer que . Si ne contient pas de base du dual de , provient d’une fonction lisse sur un espace vectoriel de dimension . Par suite, . ∎
\lemmname 5.7.6.
Soit un ouvert convexe de et soit une fonction lisse, strictement convexe. L’application est injective et .33 3 Si est convexe, mais pas strictement convexe, n’est plus forcément injective, mais la seconde formule semble toujours vraie. La raison est que pour , est strictement convexe et que quand . Faut-il plutôt mettre cet énoncé?
Démonstration.
Soit et des points distincts de . Comme la fonction est strictement convexe sur , on a puis d’où . En particulier, .
La matrice jacobienne de l’application n’est autre que la matrice hessienne de l’application . D’après la formule de changement de variables dans les intégrales multiples, on a donc
puisque, étant convexe, . ∎
\remaname 5.7.7.
Soit une famille de formes linéaires sur qui contient une repère affine de l’espace affine . Posons ; c’est une fonction strictement convexe sur . Si les sont définies sur , la fonction est donc la fonction d’appui d’un fibré en droites ample sur une variété torique de tore . Dans ce cas, l’application est appelée « application moment » et l’image de est un polytope convexe de correspondant à la variété torique polarisée . On sait alors que . Le courant est donc égal à . Cela redonne une formule de Lagerberg ([43], Exemple 3.2 et Proposition 5.12). Le lien entre supercourants et théorie de l’intersection apparaîtra clairement dans la suite de ce texte.