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5.5 Fonctions plurisousharmoniques [01TV]

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5.5 Fonctions plurisousharmoniques

\definame 5.5.1.

Soit XX un espace analytique équidimensionnel. On dit qu’une fonction continue uu sur XX est plurisousharmonique (psh) si le courant d′​d′′⁡[u]\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[u] est positif.

On note CPsh⁡(X)\operatorname{CPsh}(X) l’ensemble des fonctions continues plurisousharmoniques sur XX. C’est un sous-cône réel de l’espace vectoriel des fonctions continues sur XX.

Si f:Y→Xf\colon Y\rightarrow X est un morphisme d’espaces analytiques équidimensionnels et u∈CPsh⁡(X)u\in\operatorname{CPsh}(X), alors f∗​u∈CPsh⁡(Y)f^{*}u\in\operatorname{CPsh}(Y).

\lemmname 5.5.2.

Pour qu’une fonction uu sur XX soit plurisousharmonique, il faut et il suffit qu’elle le soit au voisinage de tout point. En d’autres termes, le sous-foncteur U↦CPsh⁡(U)U\mapsto\operatorname{CPsh}(U) du faisceau des fonctions continues sur XX est un faisceau.

Démonstration.

Soit uu une fonction sur XX. Si uu est continue et d′​d′′⁡[u]\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[u] est un courant positif, il en reste de même après restriction à tout ouvert UU de XX, si bien que u|Uu|_{U} est psh. Inversement, supposons que tout point de XX ait un voisinage sur lequel uu est psh. Soit (Ui)(U_{i}) une famille d’affinoïdes de XX dont les intérieurs recouvrent XX telle que pour tout ii, la restriction de uu à UiU_{i} soit psh. Soit (λi)(\lambda_{i}) une partition de l’unité subordonnée au recouvrement (Ůi)(\mathring{U}_{i}) formée de fonctions lisses. Notons n=dim(X)n=\dim(X) et soit ω∈𝒜cn−1,n−1​(X)\omega\in\mathscr{A}^{n-1,n-1}_{\text{c}}(X) une forme lisse positive. On écrit ω=∑iλi​ω\omega=\sum_{i}\lambda_{i}\omega, où la somme n’a qu’un nombre fini de termes non nuls puisque le support de ω\omega est compact. Pour tout ii, λi​ω\lambda_{i}\omega est une forme lisse positive dans 𝒜cn−1,n−1​(Ui)\mathscr{A}^{n-1,n-1}_{\text{c}}(U_{i}). Puisque u|Uiu|_{U_{i}} est psh, on a donc ⟨d′​d′′⁡[u],λi​ω⟩≥0\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[u],\lambda_{i}\omega\rangle\geq 0. Par suite,

⟨d′​d′′⁡[u],ω⟩=⟨d′​d′′⁡[u],∑iλi​ω⟩=∑i⟨d′​d′′⁡[u],λi​ω⟩≥0,\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[u],\omega\rangle=\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[u],\sum_{i}\lambda_{i}\omega\rangle=\sum_{i}\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[u],\lambda_{i}\omega\rangle\geq 0,

de sorte que le courant d′​d′′⁡[u]\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[u] est positif, comme annoncé. ∎

\lemmname 5.5.3.

Supposons que XX soit compact, soit f:X→Tf\colon X\rightarrow T un moment et soit P=ftrop​(X)P=f_{\text{trop}}(X). Soit vv une fonction continue sur PP. Pour que la fonction f∗​vf^{*}v soit plurisousharmonique, il faut et il suffit que la restriction de vv à toute face maximale de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) soit convexe.

Démonstration.

Supposons que la restriction de vv à toute face maximale de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) soit convexe. Soit ω\omega une (n−1,n−1)(n-1,n-1)-forme lisse positive et prouvons que ⟨d′​d′′⁡[f∗​v],ω⟩≥0\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[f^{*}v],\omega\rangle\geq 0. Soit (Ui)(U_{i}) une famille d’affinoïdes de XX dont les intérieurs recouvrent XX telle que pour tout ii, la restriction de ω\omega à UiU_{i} soit tropicale, de la forme fi∗​αif_{i}^{*}\alpha_{i}, où fi:Ui→Tif_{i}\colon U_{i}\rightarrow T_{i} est un moment. Soit (λi)(\lambda_{i}) une partition de l’unité subordonnée au recouvrement (Ůi)(\mathring{U}_{i}) formée de fonctions lisses. Il n’est pas restrictif de supposer que le moment fif_{i} raffine le moment f|Uif|_{U_{i}}, c’est-à-dire qu’il existe un morphisme affine de tores gi:Ti→Tg_{i}\colon T_{i}\rightarrow T tel que f|Ui=gi∘fif|_{U_{i}}=g_{i}\circ f_{i}. Posons alors vi=v∘gi,tropv_{i}=v\circ g_{i,{\text{trop}}} ; c’est une fonction continue sur gi,trop−1​(ftrop​(X))g_{i,{\text{trop}}}^{-1}(f_{\text{trop}}(X)) ; sa restriction à chaque face maximale de fi,trop​(Ui)f_{i,{\text{trop}}}(U_{i}) est convexe. On a alors

⟨d′​d′′⁡[f∗​v],ω⟩=∑i⟨d′​d′′⁡[fi∗​gi∗​u],λi​fi∗​αi⟩=∑i∫Uiλi​fi∗​(d′​d′′⁡ui∧αi).\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[f^{*}v],\omega\rangle=\sum_{i}\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[f_{i}^{*}g_{i}^{*}u],\lambda_{i}f_{i}^{*}\alpha_{i}\rangle=\sum_{i}\int_{U_{i}}\lambda_{i}f_{i}^{*}(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u_{i}\wedge\alpha_{i}).

Pour tout ii, soit ViV_{i} un domaine affinoïde contenu dans l’intérieur de UiU_{i} qui tropicalise λi\lambda_{i} et contenant le support de λi​fi∗​(d′​d′′⁡ui∧αi)\lambda_{i}f_{i}^{*}(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u_{i}\wedge\alpha_{i}). Quitte à changer les notations et à raffiner le moment fif_{i}, on se ramène au cas où λi=fi∗​θi\lambda_{i}=f_{i}^{*}\theta_{i}. Soit μi\mu_{i} le calibrage canonique de fi,trop​(Vi)f_{i,{\text{trop}}}(V_{i}) ; on a donc

⟨d′​d′′⁡[f∗​v],ω⟩=∑i∫fi,trop​(Vi)⟨d′​d′′⁡ui∧θi​αi,μi⟩.\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[f^{*}v],\omega\rangle=\sum_{i}\int_{f_{i,{\text{trop}}}(V_{i})}\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u_{i}\wedge\theta_{i}\alpha_{i},\mu_{i}\rangle.

Puisque uiu_{i} est convexe sur toute face maximale de fi,trop​(Vi)f_{i,{\text{trop}}}(V_{i}), d′​d′′⁡ui\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u_{i} est une (1,1)(1,1)-forme fortement positive sur chacune de ces faces, et d′​d′′⁡ui∧θi​αi\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}u_{i}\wedge\theta_{i}\alpha_{i} est une (n,n)(n,n)-forme positive. Ainsi, ⟨d′​d′′⁡[f∗​v],ω⟩\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[f^{*}v],\omega\rangle est une somme d’intégrales de formes positives, donc est positive.

Démontrons maintenant la réciproque en supposant que d′​d′′⁡[f∗​v]\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[f^{*}v] est un courant positif. Soit FF une face maximale de ftrop​(X)f_{\text{trop}}(X) ; prouvons que la restriction de vv à F̊\mathring{F} est convexe. Soit θ\theta une fonction positive ou nulle sur FF, nulle sur ∂F\partial F. Pour toute forme positive α\alpha de type (n−1,n−1)(n-1,n-1) sur ⟨F⟩\langle F\rangle, θ​α\theta\alpha s’étend en une forme positive β\beta sur ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) et la condition ⟨d′​d′′⁡[f∗​v],β⟩≥0\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}[f^{*}v],\beta\rangle\geq 0 entraîne que ∫⟨F⟩⟨d′​d′′⁡v∧θ​α,μF⟩≥0\int_{\langle F\rangle}\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}v\wedge\theta\alpha,\mu_{F}\rangle\geq 0. D’après la proposition 2.5 de [43], il en résulte que vv est convexe sur F̊\mathring{F}, d’où la proposition. ∎

\remaname 5.5.4.

Le maximum de deux fonctions tropicalement continues et psh est tropicalement continue et psh. En effet, le maximum de deux fonctions convexes continues l’est encore.

Original mathematics by the credited authors. Source-backed reader collection; mathematical self-containment is not assessed.