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5.7.3 [01UJ]

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5.7.3

Soit VV un espace affine réel de dimension finie et soit (fi)i∈I(f_{i})_{i\in I} une famille non vide de formes affines sur VV. Les conditions suivantes sont équivalentes :22 2 conditions vraisemblablement équivalentes dont je ne sais laquelle doit être mise en évidence. Le seul but est d’introduire une terminologie qui permet la non-nullité du coefficient devant une masse de Dirac.

(i) Soit j∈Ij\in I. La famille (fi→−fj→)(\overrightarrow{f_{i}}-\overrightarrow{f_{j}}) de formes linéaires sur V→\overrightarrow{V} contient une base de l’espace dual V→∗\overrightarrow{V}^{*}.

(ii) La famille (fi→)(\overrightarrow{f_{i}}) contient un repère affine de l’espace des formes linéaires sur V→\overrightarrow{V}.

(iii) La famille (fi(mod𝐑))(f_{i}\pmod{\mathbf{R}}) contient un repère affine de l’espace des formes affines sur VV modulo le sous-espace des formes constantes.

Nous dirons alors que la famille (fi)(f_{i}) est très séparante. Si c’est le cas, l’ensemble des points xx de VV tels que fi​(x)=fj​(x)f_{i}(x)=f_{j}(x) pour tous i,ji,j est de cardinal au plus 11.

(Preuves : (v)⇔\Leftrightarrow(ii). Si ∑λi​fi≡c\sum\lambda_{i}f_{i}\equiv c, avec ∑λi=1\sum\lambda_{i}=1 et c∈𝐑c\in\mathbf{R}, on a ∑i≠jλi​(fi−fj)=c\sum_{i\neq j}\lambda_{i}(f_{i}-f_{j})=c, puis ∑i≠jλi​fi→−fj→=0\sum_{i\neq j}\lambda_{i}\overrightarrow{f_{i}}-\overrightarrow{f_{j}}=0. Et inversement. Donc les fif_{i} sont affinement liés modulo constantes ssi les fi→−fj→\overrightarrow{f_{i}}-\overrightarrow{f_{j}} sont linéairement dépendants.

(iv)⇔\Leftrightarrow(v). Car ∑λi​fi→=0\sum\lambda_{i}\overrightarrow{f_{i}}=0 ssi ∑λi​fi\sum\lambda_{i}f_{i} est constante.

(v)⇒\Rightarrow rabiot. Soit x,yx,y tel que fi​(x)=fj​(x)f_{i}(x)=f_{j}(x) pour tous i,ji,j, et fi​(y)=fj​(y)f_{i}(y)=f_{j}(y). Alors, fi→−fj→\overrightarrow{f_{i}}-\overrightarrow{f_{j}} s’annule en x−yx-y. Si ces formes linéaires contiennent une base du dual de V→\overrightarrow{V}, il en résulte x=yx=y.)

\propname 5.7.4.

Soit VV un espace affine réel de dimension nn, soit μ\mu un vecteur-volume sur VV. Soit (f1,…,fm)(f_{1},\dots,f_{m}) une famille de formes affines sur VV et soit g=max⁡(f1,…,fm)g=\max(f_{1},\dots,f_{m}).

Pour x∈Vx\in V, soit IxI_{x} l’ensemble des i∈{1,…,m}i\in\{1,\dots,m\} tels que g​(x)=fi​(x)g(x)=f_{i}(x). Soit SS l’ensemble des points xx de VV tels que la famille (fi)i∈Ix(f_{i})_{i\in I_{x}} soit très séparante. L’ensemble SS est fini et il existe une famille (λx)x∈S(\lambda_{x})_{x\in S} de nombres réels positifs ou nuls, à support fini, telle que

⟨(d′​d′′⁡g)n,μ⟩=∑x∈Sλx​δx.\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g)^{n},\mu\rangle=\sum_{x\in S}\lambda_{x}\delta_{x}.

En outre, λx\lambda_{x} ne dépend que de la famille (fi)i∈Ix(f_{i})_{i\in I_{x}} et du vecteur-volume μ\mu.

Démonstration.

Soit II une partie non vide de {1,…,m}\{1,\dots,m\} telle que la famille (fi)i∈I(f_{i})_{i\in I} sépare VV. Fixons i∈Ii\in I. Chaque équation fj​(x)=fi​(x)f_{j}(x)=f_{i}(x), pour j∈Ij\in I (j≠ij\neq i), définit une hyperplan affine de VV ; par hypothèse, l’intersection de ces hyperplans est de cardinal au plus 11. Par suite, l’ensemble SS est fini.

Soit xx un point de VV. Au voisinage de xx, on a donc g=maxi∈Ix⁡fig=\max_{i\in I_{x}}f_{i}. Autrement dit, si yy est assez petit, on a

g⁡(x+y)=maxi∈Ix⁡fi​(x+y)=g⁡(x)+maxi∈Ix⁡fi→​(y),g(x+y)=\max_{i\in I_{x}}f_{i}(x+y)=g(x)+\max_{i\in I_{x}}\overrightarrow{f_{i}}(y),

où fi→\overrightarrow{f_{i}} est la forme linéaire associée à fif_{i}. D’après le lemme 5.7.2 qu’au voisinage de xx, gg est limite uniforme d’une famille (gε)(g_{\varepsilon}) de fonctions convexes lisses provenant de l’espace affine VxV_{x} image de VV par les formes fif_{i}, pour i∈Ixi\in I_{x}. Si cet espace est de dimension <n<n, on a donc (d′​d′′⁡gε)n=0(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{\varepsilon})^{n}=0, d’où (d′​d′′⁡g)n=0(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g)^{n}=0 au voisinage de xx.

Cela démontre que le support de la mesure (d′​d′′⁡g)n(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g)^{n} est contenu dans SS, d’où la proposition. La dernière assertion est évidente. ∎

La preuve du lemme suivant contient une formule explicite pour ces coefficients λx\lambda_{x}.

\lemmname 5.7.5.

Soit VV un espace vectoriel réel de dimension nn, soit μ∈|Λn​V|\mu\in\mathopen{|}{\Lambda^{n}V}\mathclose{|} un vecteur-volume sur VV. Soit (f1,…,fm)(f_{1},\dots,f_{m}) une famille de formes linéaires sur VV et soit g=max⁡(f1,…,fm)g=\max(f_{1},\dots,f_{m}). Il existe un nombre réel c≥0c\geq 0 tel que

⟨(d′​d′′⁡g)n,μ⟩=c​δ0;\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g)^{n},\mu\rangle=c\delta_{0};

de plus, c=0c=0 si (f1,…,fm)(f_{1},\dots,f_{m}) ne contient pas de base de V∗V^{*}.

Démonstration.

Soit a=(a1,…,am)a=(a_{1},\dots,a_{m}) une famille de nombres réels strictement positifs. Rappelons que gε​(x)=ε​fa​(x/ε)g_{\varepsilon}(x)=\varepsilon f_{a}(x/\varepsilon) est une fonction convexe, lisse, qui converge uniformément vers g⁡(x)g(x) quand ε→0+\varepsilon\rightarrow 0^{+}. On a donc ⟩(d′​d′′g)n,μ⟩=limε→0+⟨(d′​d′′gε)n,⟩\rangle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g)^{n},\mu\rangle=\lim_{\varepsilon\rightarrow 0^{+}}\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{\varepsilon})^{n},\rangle. Remarquons que

d′​d′′⁡gε\displaystyle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{\varepsilon} =ε−1​∑i=1nai​exp⁡(fi​(x/ε)CLOSE∑ai​exp⁡(fi​(x/ε))​d′⁡fi​d′′⁡fi\displaystyle=\varepsilon^{-1}\sum_{i=1}^{n}\frac{a_{i}\exp(f_{i}(x/\varepsilon)}{\sum a_{i}\exp(f_{i}(x/\varepsilon))}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}f_{i}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}f_{i}
−ε−1∑i,j=1nai​exp⁡(fi​(x/ε)CLOSE∑ai​exp⁡(fi​(x/ε))aj​exp⁡(fj​(x/ε)CLOSE∑aj​exp⁡(fj​(x/ε))d′fid′′fj\displaystyle\qquad-\varepsilon^{-1}\sum_{i,j=1}^{n}\frac{a_{i}\exp(f_{i}(x/\varepsilon)}{\sum a_{i}\exp(f_{i}(x/\varepsilon))}\frac{a_{j}\exp(f_{j}(x/\varepsilon)}{\sum a_{j}\exp(f_{j}(x/\varepsilon))}\mathop{\mathrm{d^{\prime}}}f_{i}\mathop{\mathrm{d}^{\prime\prime}}f_{j}

Par suite, pour toute fonction φ\varphi sur VV qui est lisse à support compact, on a

∫Vφ⁡⟨(d′​d′′⁡g)n,μ⟩\displaystyle\int_{V}\varphi\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g)^{n},\mu\rangle =limε→0+∫Vφ⁡(x)​⟨d′​d′′⁡gε​(x)n,μ⟩=limε→0+∫Vφ⁡(ε​x)​⟨(d′​d′′⁡g1)n,μ⟩\displaystyle=\lim_{\varepsilon\rightarrow 0^{+}}\int_{V}\varphi(x)\langle\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{\varepsilon}(x)^{n},\mu\rangle=\lim_{\varepsilon\rightarrow 0^{+}}\int_{V}\varphi(\varepsilon x)\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{1})^{n},\mu\rangle
=φ⁡(0)​∫V⟨(d′​d′′⁡g1)n,μ⟩.\displaystyle=\varphi(0)\int_{V}\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{1})^{n},\mu\rangle.

Cela démontre l’égalité annoncée, avec c=∫V⟨(d′​d′′⁡g1)n,μ⟩c=\int_{V}\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{1})^{n},\mu\rangle. Si elle pourrait être établie directement (soit par un calcul, soit par des propriétés générales, cf. [43], Proposition 3.9), la convergence de cette dernière intégrale résulte aussi de ce calcul. En effet, prenons pour φ\varphi une fonction positive ou nulle, égale à 11 dans un voisinage BB de 00. Comme g1g_{1} est convexe, (d′​d′′⁡g1)n(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{1})^{n} est une mesure positive. Alors,

∫Vφ⁡⟨(d′​d′′⁡g)n,μ⟩\displaystyle\int_{V}\varphi\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g)^{n},\mu\rangle =limε→0+∫Vφ⁡(ε​x)​⟨(d′​d′′⁡g1)n,μ⟩\displaystyle=\lim_{\varepsilon\rightarrow 0^{+}}\int_{V}\varphi(\varepsilon x)\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{1})^{n},\mu\rangle
≥lim sup∫ε−1​B⟨(d′​d′′⁡g1)n,μ⟩\displaystyle\geq\limsup\int_{\varepsilon^{-1}B}\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{1})^{n},\mu\rangle
=∫V⟨(d′​d′′⁡g1)n,μ⟩.\displaystyle=\int_{V}\langle(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{1})^{n},\mu\rangle.

La positivité du courant (d′​d′′⁡g)n(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g)^{n} entraîne que c≥0c\geq 0. Si l’on soustrait f1f_{1} de toutes les fif_{i}, cela remplace gg et gεg_{\varepsilon} par g−f1g-f_{1} et gε−f1g_{\varepsilon}-f_{1}, donc ne modifie pas d′​d′′⁡g\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g et d′​d′′⁡gε\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{\varepsilon}. Cela permet de supposer que f1=0f_{1}=0. Si (f2→−f1→,…,fm→−f1→)(\overrightarrow{f_{2}}-\overrightarrow{f_{1}},\dots,\overrightarrow{f_{m}}-\overrightarrow{f_{1}}) ne contient pas de base du dual de V→\overrightarrow{V}, g1g_{1} provient d’une fonction lisse sur un espace vectoriel de dimension <n<n. Par suite, (d′​d′′⁡g1)n=0(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}g_{1})^{n}=0. ∎

\lemmname 5.7.6.

Soit UU un ouvert convexe de 𝐑n\mathbf{R}^{n} et soit h:U→𝐑h\colon U\rightarrow\mathbf{R} une fonction lisse, strictement convexe. L’application ∇h:U→𝐑n\nabla h\colon U\rightarrow\mathbf{R}^{n} est injective et ∫U(d′​d′′⁡h)n=n!​vol⁡∇h​(U)\int_{U}(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}h)^{n}=n!\operatorname{vol}\nabla h(U).33 3 Si hh est convexe, mais pas strictement convexe, ∇h\nabla h n’est plus forcément injective, mais la seconde formule semble toujours vraie. La raison est que pour ε>0\varepsilon>0, hε:x↦h⁡(x)+ε​∥x∥2h_{\varepsilon}\colon x\mapsto h(x)+\varepsilon\mathopen{\|}{x}\mathclose{\|}^{2} est strictement convexe et que vol⁡∇hε​(U)→vol⁡∇h​(U)\operatorname{vol}\nabla h_{\varepsilon}(U)\rightarrow\operatorname{vol}\nabla h(U) quand ε→0\varepsilon\rightarrow 0. Faut-il plutôt mettre cet énoncé?

Démonstration.

Soit xx et yy des points distincts de UU. Comme la fonction f:y↦h⁡(x+t⁡(y−x))f\colon y\mapsto h(x+t(y-x)) est strictement convexe sur [0,1][0,1], on a f′​(1)>f′​(0)f^{\prime}(1)>f^{\prime}(0) puis d’où ⟨∇h​(y)−∇h​(x),y−x⟩>0\langle\nabla h(y)-\nabla h(x),y-x\rangle>0. En particulier, ∇h​(x)≠∇h​(y)\nabla h(x)\neq\nabla h(y).

La matrice jacobienne Jac⁡(∇h)\operatorname{Jac}(\nabla h) de l’application ∇h:U→𝐑n\nabla h\colon U\rightarrow\mathbf{R}^{n} n’est autre que la matrice hessienne ℋ⁡(h)\mathscr{H}(h) de l’application hh. D’après la formule de changement de variables dans les intégrales multiples, on a donc

∫U(d′​d′′⁡h)n=n!​∫Udetℋ⁡(h)=n!​∫UdetJac⁡(∇h)=n!​vol⁡(∇h​(U)),\int_{U}(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}h)^{n}=n!\int_{U}\det\mathscr{H}(h)=n!\int_{U}\det\operatorname{Jac}(\nabla h)=n!\operatorname{vol}(\nabla h(U)),

puisque, hh étant convexe, detℋ⁡(h)≥0\det\mathscr{H}(h)\geq 0. ∎

\remaname 5.7.7.

Soit (f1,…,fm)(f_{1},\dots,f_{m}) une famille de formes linéaires sur 𝐑n\mathbf{R}^{n} qui contient une repère affine de l’espace affine 𝐑n\mathbf{R}^{n}. Posons f=max⁡(f1,…,fm)f=\max(f_{1},\dots,f_{m}) ; c’est une fonction strictement convexe sur 𝐑n\mathbf{R}^{n}. Si les fjf_{j} sont définies sur 𝐐\mathbf{Q}, la fonction ff est donc la fonction d’appui d’un fibré en droites ample LL sur une variété torique XX de tore 𝐆mn\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{n}. Dans ce cas, l’application ∇(h)\nabla(h) est appelée « application moment » et l’image de VV est un polytope convexe de 𝐑n\mathbf{R}^{n} correspondant à la variété torique polarisée (X,L)(X,L). On sait alors que vol⁡(∇(h)​(V))=degL⁡(X)/n!\operatorname{vol}(\nabla(h)(V))=\deg_{L}(X)/n!. Le courant (d′​d′′⁡f)n(\mathop{\mathrm{d}^{\prime}\mathrm{d}^{\prime\prime}}f)^{n} est donc égal à degL⁡(X)​δ0\deg_{L}(X)\delta_{0}. Cela redonne une formule de Lagerberg ([43], Exemple 3.2 et Proposition 5.12). Le lien entre supercourants et théorie de l’intersection apparaîtra clairement dans la suite de ce texte.

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