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4.3 Courants d’intégration [01RP]

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4.3 Courants d’intégration

4.3.1

Soit XX un espace analytique bon et topologiquement séparé. Soit LL une extension complète de kk, soit YY un LL-espace analytique (bon et topologiquement séparé) qui est de dimension dd. Soit φ:Y→X\varphi\colon Y\rightarrow X un morphisme d’espaces analytiques qui est topologiquement propre. Par exemple, on peut prendre pour φ\varphi l’immersion d’un domaine analytique, d’un sous-espace analytique fermé, ou encore d’une fibre d’un morphisme munie de sa structure naturelle d’espace analytique.

Le morphisme φ\varphi induit une application linéaire naturelle, notée φ∗\varphi^{*}, de 𝒜(p,q)​(X)\mathscr{A}^{(p,q)}(X) dans 𝒜(p,q)​(Y)\mathscr{A}^{(p,q)}(Y). Si le support d’une forme ω\omega est compact dans XX, il en est de même de celui de la forme φ∗​ω\varphi^{*}\omega sur YY.

4.3.2

Pour toute (d,d)(d,d)-forme lisse α\alpha sur XX dont le support est compact et disjoint de Int⁡(X)\operatorname{Int}(X), posons alors ⟨φ∗​δY,α⟩=∫Yφ∗​α\langle\varphi_{*}\delta_{Y},\alpha\rangle=\int_{Y}\varphi^{*}\alpha, où l’intégrale d’une (d,d)(d,d)-forme à support compact sur YY a été définie en (3.7). On définit ainsi un courant de bidimension (d,d)(d,d) sur XX, qu’on appelle courant d’intégration sur YY.

Pour démontrer la continuité de f∗​δYf_{*}\delta_{Y}, on se ramène au cas où Y=XY=X puis, compte tenu de la définition de ∫Y\int_{Y}, à la continuité de l’intégrale d’un polytope calibré dans un espace affine.

4.3.3

Plus généralement, pour toute forme ω\omega sur YY, de type (p′,q′)(p^{\prime},q^{\prime}), et à coefficients continus, on définit le courant φ∗​(ω​δY)\varphi_{*}(\omega\delta_{Y}) sur XX par la formule ⟨φ∗​(ω​δY),α⟩=∫Yω​φ∗​α\langle\varphi_{*}(\omega\delta_{Y}),\alpha\rangle=\int_{Y}\omega\varphi^{*}\alpha. Il est de bidimension (d−p′,d−q′)(d-p^{\prime},d-q^{\prime}).

4.3.4

On définit de manière analogue le courant d’intégration sur le bord de YY, noté δ∂Y\delta_{\partial Y}, par la formule ⟨α,δ∂Y⟩=∫∂Yφ∗​α\langle\alpha,\delta_{\partial Y}\rangle=\int_{\partial Y}\varphi^{*}\alpha, pour toute (p−1,p)(p-1,p)-forme à support compact α\alpha sur XX. Il est donc de bidimension (p−1,p)(p-1,p).

4.3.5

On associe alors à une forme α∈𝒜p,q​(X)\alpha\in\mathscr{A}^{p,q}(X) le courant [α]=α​δX[\alpha]=\alpha\delta_{X} de bidimension (n−p,n−q)(n-p,n-q) sur XX. Cela définit plus généralement un morphisme de faisceaux

𝒜X(p,q)⊗𝒟(p′,q′),X→𝒟(p′−p,q′−q),X.\mathscr{A}^{(p,q)}_{X}\otimes\mathscr{D}_{(p^{\prime},q^{\prime}),X}\rightarrow\mathscr{D}_{(p^{\prime}-p,q^{\prime}-q),X}.
\lemmname 4.3.6.

Supposons que XX soit purement de dimension nn. Si α\alpha est une forme lisse de type (n,n)(n,n) telle que [α]=0[\alpha]=0, alors α=0\alpha=0 sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X).

Démonstration.

Soit xx un point de Int⁡(X)\operatorname{Int}(X), soit VV un voisinage affinoïde de xx contenu dans Int⁡(X)\operatorname{Int}(X), soit f:V→𝐆mNf\colon V\rightarrow\mathbf{G}_{\mathrm{m}}^{N} un moment et soit η\eta une forme lisse sur ftrop​(V)f_{\text{trop}}(V) telle que α=f∗​η\alpha=f^{*}\eta.

Démontrons que η\eta est nulle en prouvant que sa restriction à toute cellule ouverte maximale de P=ftrop​(V)P=f_{\text{trop}}(V) est nulle.

Si dim(P)<n\dim(P)<n, alors η\eta est nulle. Supposons que dim(P)=n\dim(P)=n et soit QQ une cellule ouverte de PP de dimension nn. Par construction, ftrop​(x)∈Q¯f_{\text{trop}}(x)\in\bar{Q}. Par ailleurs, ftrop​(∂(V))f_{\text{trop}}(\partial(V)) est contenu dans un polytope de dimension <n<n contenu dans PP ; il est en particulier d’intérieur vide dans QQ. Pour démontrer que η|Q=0\eta|_{Q}=0, il suffit de prouver que η\eta est nulle au voisinage de tout point yy de Q ftrop​(∂(V))Q\mathchoice{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=3.09999pt,width=6.93192pt,depth=-1.63612pt}}{\mathbin{\vrule height=2.15277pt,width=3.65973pt,depth=-1.20554pt}}{\mathbin{\vrule height=0.86108pt,width=2.45418pt,depth=-1.03334pt}}f_{\text{trop}}(\partial(V)).

Soit θ\theta une fonction sur 𝐆m,tropN\mathbf{G}_{\mathrm{m},{\text{trop}}}^{N}, de classe 𝒞∞\mathscr{C}^{\infty}, dont le support ne rencontre aucune autre cellule que QQ et ne rencontre pas ftrop​(∂(V))f_{\text{trop}}(\partial(V)). La fonction f|V∗​θf|_{V}^{*}\theta est lisse sur VV et son support ne rencontre pas le bord de VV, et donc pas le bord de VV dans XX. Son extension par 00, notée f∗​θf^{*}\theta, est donc une fonction lisse à support propre sur XX. On donc ∫X(f∗​θ)​α=0\int_{X}(f^{*}\theta)\alpha=0. Comme le support de (f∗​θ)​α(f^{*}\theta)\alpha est contenu dans VV, on a ∫V(f∗​θ)​α=0\int_{V}(f^{*}\theta)\alpha=0. Comme le support de θ\theta ne rencontre que la cellule ouverte QQ, cette dernière intégrale est donnée par ∫Q⟨θ​η,μQ⟩\int_{Q}\langle\theta\eta,\mu_{Q}\rangle, où μ\mu désigne le calibrage canonique de VV. Comme θ\theta est arbitraire, cela entraîne que la restriction de η\eta à la face QQ est nulle, ce qu’on voulait démontrer. ∎

\coroname 4.3.7.

Si [α]=0[\alpha]=0, alors α=0\alpha=0 sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X).

Démonstration.

Supposons que la restriction à Int⁡(X)\operatorname{Int}(X) ne soit pas nulle. Soit β\beta une forme sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X) telle que α∧β≠0\alpha\wedge\beta\neq 0 (proposition 3.2.8 Soit xx un point du support de α∧β\alpha\wedge\beta et soit λ\lambda une fonction lisse à support propre sur XX qui vaut 11 au voisinage de xx. La forme λ​β\lambda\beta sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X) est à support compact, donc son prolongement par zéro est une forme ω\omega à support propre sur XX et la forme α∧ω\alpha\wedge\omega n’est pas nulle sur Int⁡(X)\operatorname{Int}(X). D’après le lemme 4.3.6, on a donc [α∧ω]≠0[\alpha\wedge\omega]\neq 0. Il existe donc une fonction φ\varphi lisse à support propre sur XX telle que ⟨[α∧ω],φ⟩≠0\langle[\alpha\wedge\omega],\varphi\rangle\neq 0. Puisque

⟨[α∧ω],φ⟩=∫Xφ​α∧ω=⟨[α],φ​ω⟩,\langle[\alpha\wedge\omega],\varphi\rangle=\int_{X}\varphi\alpha\wedge\omega=\langle[\alpha],\varphi\omega\rangle,

on a [α]≠0[\alpha]\neq 0. ∎

\remaname 4.3.8.

Soit XX un espace kk-analytique (bon et topologiquement séparé) purement de dimension nn. Soit α\alpha une (n,n)(n,n)-forme dont la restriction à Int⁡(X)\operatorname{Int}(X) est nulle. Supposons que ∂(X)\partial(X) soit d’intérieur vide. Alors, α=0\alpha=0.

Soit xx un point de XX ; démontrons que α\alpha est nulle au voisinage de xx. C’est vrai par hypothèse si x∈Int⁡(X)x\in\operatorname{Int}(X) ; supposons donc que x∈∂(X)x\in\partial(X). Soit WW un voisinage de xx qui est un domaine analytique compact de XX, soit f:W→Tf\colon W\rightarrow T un moment et soit ω\omega une (n,n)(n,n)-forme sur ftrop​(W)f_{\text{trop}}(W) telle que α=f∗​ω\alpha=f^{*}\omega. Comme xx appartient au support de α\alpha, ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) appartient au support de ω\omega et ω\omega est une (n,n)(n,n)-forme non nulle au voisinage de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x). Par suite, ftrop​(W)f_{\text{trop}}(W) est de dimension nn au voisinage de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x). En outre, comme ∂(X)∩W⊂∂(W)\partial(X)\cap W\subset\partial(W), ftrop​(∂(X)∩W)f_{\text{trop}}(\partial(X)\cap W) est contenu dans un polytope de dimension ≤n−1\leq n-1, donc est d’intérieur vide dans les faces de dimension nn. Il en résulte qu’au voisinage de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x), la restriction de ω\omega à chacune des faces de dimension nn de ftrop​(W)f_{\text{trop}}(W) est nulle. Par suite, ω\omega est nulle au voisinage de ftrop​(x)f_{\text{trop}}(x) et α\alpha est nulle au voisinage de xx.

\remaname 4.3.9.

L’hypothèse « ∂X\partial X d’intérieur vide » peut sembler surprenante. Elle est vérifiée dans les deux cas importants suivants :

  • —

    L’espace XX est sans bord ;

  • —

    La valuation de kk est non triviale et l’espace XX est strict.

C’est évident dans le premier cas. Dans le second, tout ouvert non vide de XX contient un point rigide par le Nullstellensatz analytique et ces points n’appartiennent pas au bord de XX, si bien que Int⁡(X/k)\operatorname{Int}(X/k) est dense dans XX.

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